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Full text of "Traité pratique de médecine légale v. 2"

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TRAITÉ PRATIQUE 

MÉDECINE LÉGALE 



D'APBËS DES OBSERVATIONS PERSONNELLES 



llvivÇASï^i^''''"''- ■ 

PnfMKiir de nrfdHlns léfilii t ruiiinnilc da B«rli]i, 
■dn (ap<n ità inbonaiii, Rtembrc d« li diipuUlitHi KianliAqu de Pruuc, 

Coùeillir ialina du roi de PrutH, Cosiiunitfur de l'Aigle rou^e 
ih« mnetdeSiinle-Anne ■( Siinl-Stiniil». Chevalier due ordrode DiDebwe 
ds Lcapiild (1 de Siie-Weiniir. 
Hentre cmTeayoodint de rAudéirin ImpMala de niM«iii« de Ptria, 
" -'- leHoima, de Bniinllei, dei ï^ocldlà nédiulet devienne. Leipiie, 
bn, Igan, U NouieUD-Orlêinb, Dru'ide, Stacklmlai, etc. 



TraMoll tr rAlInnind m 



» rmi de l'Anlear 



GosTiii eEKDEII etILUEIIE. 




TOHE SECOND. ( 



PARIS 

LIBRAIRIE MÉDICALE GERMER BAILLIÈRE , 
rue tlo l'Erole-tle-Médecine, il. 

LonpBBs 1 new-iroiK 

Mit! blIMn, bmi iirn[, m. I bfllMn ttDilwn, IH, Nilvai. 

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TRAITÉ PRATIQUE 



MÉDECINE LÉGALE 



PARTIE THANATOLOGIQUE. 



INTRODUCTION. 

I« Cadavre. 

LÉGISLATION. — Code pénal prussien, 1851, S i86. Celui qui à l'insude Taulorilé 
aura inhumé ou caché un cadavre, sera puni d'une amende jusqu'à 200 thalers 
ou d'emprisonnement jusqu'à six mois. 

La punition sera l'emprisonnement jusqu'à deux ans, si une mère inhume on 
cache le cadavre de son enfant nouveau-né illégitime, à l'insude l'aulorité. 

Avant rapparition du nouveau Code prussien, on n'avait jamais eu 
à préciser la définition du mot cadavre. Hais maintenant cela devient 
nécessaire puisque ce mot est employé dans le Code, et il s*agit de 
savoir si une mère qui cache un fœtus de trois ou quatre mois, doit 
être considérée comme ayant c caché un cadavre ». 

Scientifiquement parlant, un cadavre humain est un être humain 
privé de vie ; par conséquent, un Tœtus de trois ou quatre mois est un 
cadavre ; car, sans cela, que serait-il? 

Cependant, dans plusieurs affaires, la Cour de cassation prussienne 
a donné une autre interprétation à ce mot, en disant que : t Consi- 
1 dérant que ne peut être mort ce qui n*a pas vécu et ne pouvait 
» pas vivre, la viabilité d*un Tœtus est nécessaire pour qu*on puisse 

IL I 



2 PARTIE TUANATOLOGIQUE. 

i> lui appliquer la qualiOcalion de cadavre: *• Dans un cas, elle a 
déclaré également qu*un fœlus de trois ou quatre mois, qui n'était 
pas viable, n*étant pas considéré comme ayant vécu d'après les lois 
civiles et les usages de TEglise, et ne devant pas être soumis aux 
règlements des enlerrements, ne pouvait être considéré comme un 
cadavre. 

Ainsi, au point de vue du droit, on ne considère pas la vie végé- 
tative du Tœtus dans Tutérus, mais sa viabilité exira-uterum. C'est 
celle interprétation que nous adopterons et sur laquelle nous aurons 
à revenir à propos de la docimasie pulmonaire. 



PREMIERE DIVISION. 

MEDECINE i^ÉGALË GÉNÉRALE. 



PBEMIÈIIE SECTION. 

BUT DE L'AUTOPSIE. 

Une autopsie peut avoir pour but les (rois points principaux sui • 
vants: 

1 Déclarer si un enrant nouveau-né est né viable et a vécu ; 
2* Détenniner depuis combien de temps un sujet est mort; 
3° Découvrir quelle est la cause qui a amené la mort. 

Le premier point est celui que Ton a à résoudre le plus souvent (1); 
le troisième, qui consiste à découvrir la cause de la mort, se présente 
légalement très fréquemment; enfin, le second est celui que Ton a le 
moins souvent à étudier. Deux de ces questions, ou même toutes les 
trois, peuvent se présenter pour le môme sujet ; nous les étudierons 
Tane après l'autre. 

(1) A Berlin, et probablement dans toutes les grandes villes, les autopsies des 
nouveau-nés forment à elles seules le quart de toutes let autopsies légales. 



PARTIE THANATOLOGIQUE. 



CHAPITRE PREMIER. 

VIABILITÉ. 

Législation. — AUgemein Landrecht* thl. 11.,. Ut. 2, §. 2. Conlrc la pré5ompUon 
légale (que des enfants qui sont procréés et nés pendant le mariage sont pro- 
créés par le mari), il ne sera fait droit aux réclamations du mari que lorsqu'il 
peut prouver qu'il n*a pas cohabité avec sa femme dans le temps qui a couru 
du trois cent deuxième jusqu'au deux cent dixième jour avant la naissance de 
l'enfant. 

Code civU des Provineei rhénanes, art. 312 Le. mari pourra désavouer 

l'en tant s'il prouve que, pendant le temps qui a couru depuis le trois centième 
jusqu'au cent quatre- vingtième jour avant la naissance de cet enfant il s'est trouvé 
dans l'impossibilité physique de cohabiter avec sa femme. 

Loi du 24 avril 1854, § 15. Sera regardé comme père d'unenCsnt illégitime, celui 
qui a cohabité avec la mère entre le temps qui a couru depuis le deux cent 
quatre-vingt-cinquième jusqu'au deux cent dixième jour avant la naissance de 
l'enfant. 

ÀUg» Landreckl., thl. 1, tit. I, § 17. Les enfants sans forme ni figure humaine, sont 
privés des droits civils et de famille. 

/6tc(., Qrid,,, } 18. Si ces monstres vivent, ils doivent être nourris et soignés autant 
que possible. 

AUg. Landrecht.f (h. I, tit. 1\, § 371. Si la question : A qui appartient un héri- 
tage? dépend de la naissance d'un fruit conçu lors de la mort du testateur, on 
doit attendre la naissance. 

Ibid.y tli. I, tit. XII, § 13. On doit admettre qu'un enfant est né vivant si des té- 
moins dignes dto foi, présents à l'accouchement, ont entendu clairement sa voix. 

Code civil des Provinces rhénanes, art. 725. Sont incapables de succéder : 1^. . . . 
2** l'enfant qui n'est pas né viable 

IM,, ibid.f art. 906 Néanmoins la donation ou le testament n'auront leur 

effet qu'autant que l'enfant ^era né viable. 

§ 1er. ^ définition. 

Un nouveaU'Hé est viable^ en sens médicaly si, par son âge et 
par la configuration de ses organes^ il peut vivre exlra-uteroy 
e'est-à-dire s*il peut atteindre la durée moyenne de la vie humaine. 
Un Truit même bien formé, de cinq mois, ne peut pas, dans le sens 
scientifique, vivre extra-uteroj pas plus qu*un fruit de dix mois qui 



VIABILITE. — DéFINITlOW. 5 

est né avec une ectopie des orgnnes de la poitrine, ou une oblitérn- 
lion complète de Tanus. 

Des juristes distingués se sont rangés de celte opinion, par exemple 
Mittermaier (I) et Ed. Henke (2), qui regardent comme sans impor- 
tance une vie de quelquesjours. Mais d'autres proresseurs de droit sont 
d'une opinion contraire et prétendent que, si l'enfant a vécu un seul 
instant extra-uterum^ il doit être considéré comme étant né viable, 
et doit jouir de tous les privilèges de cette qualité. 

Les diflérentes législations ne sont pas d'accord sur ce sujet. Le 
Code civil prussien demande, pour que l'enrant puisse hériter, qu'il 
ail vécu ; tandis que le Code civil français et ceux qui l'ont copié, 
comme le Codesarde, demandent que l'enfant soit né viable. 

Nous laissons ces questions juridiques aux hommes de droit, nous 
06 les avons mentionnées que comme renseignements curieux. Le 
médecin légiste, en Prusse, peut se contenter de la définition que 
nous venons de donner, car il est évident qu'un enfant qui est né à 
cinq mois ou qui est né à terme mais avec une occlusion de l'œso- 
phage, quand même il a vécu et respiré quelques instants, n'est pas 
né viable. 

Cependant il y a quelques vices de conformation auxquels les se- 
cours de l'art peuvent remédier et qui n'excluent pas la viabilité. 
Nous ne sommes pas de Tavis de H. Robert, qui, dans une dis- 
cussion récente à l'Académie de médecine de Paris, soutenait l'opi- 
nion qu'un enfant doit être déclaré 'viable , s'il est né avec des 
vices de conformation qui, abandonnés à eux-mêmes, amènent la 
mort, mais auxquels on peut remédier par une opération dangereuse, 
quand même le résultat en serait rarement favorable ; encore plus un 
enfant qui est né avec une difformité légère, par exemple l'imper- 
foration du prépuce qui, abandonnée à elle-même, amène aussi la 
mort, mais à laquelle on peut remédier par un procédé opératoire 
simple. MM. Trousseau et Devergie luttèrent contre celle opinion et 

(I) Archiv des Crim. Bechls^ vol. VU, p. I,p. 318. 
l2) Handbuch. des Crim. Kechis, II, p. 58. 



6 PARTIB THANATOLOGIQUE. 

avec raison. H. Robert citOi par exemple, Tabsenoe congénitale com- 
plète du rectum, à laquelle, dans certains cas, il est vrai très rares, on 
a remédié par la formation d'un anus artificiel ; il nous prouve par là 
que son opinion est erronée, car, de cette manière, nous retombe* 
rions dans la vieille controverse des degrés de létbalité (Voir plus bas. 
Partie SPÉciALK, sur la Uikaliti accidentelle^ sur les iraUementâ 
médicaux plus ou moins bien appropriés). La position sociale des pa- 
rents qui peuvent avoir recours à un médecin tout de suite après la nais- 
sance de Tenrant, Tbabileté, labardiessederopérateur, la possibilité de 
faire un traitement suffisant, etc. , seraient alors à examiner, et nous au- 
rions une viabilité diflTérente entre les enfants des riches et les enfants 
des pauvres, entre les enfants de la ville et les enfants des campagnes, 
et chacune de ces circonstances serait un point de contestation entre 
les deux parties intéressées. Par les mêmes raisons, on aurait tort 
d'admettre avec certains auteurs français, comme troisième condition 
de non-viabilité, la présence de maladies avec lesquelles l'enfant naît 
et qui sont ordinairement mortelles. 

Tous les codes pénaux modernes, excepté les codes de Prusse et de 
Wurtemberg, considèrent le meurtre d'un fruit qui n*était pas viable, 
comme une tentative d*infanticide. Le Code pénal prussien ne parle 
pas de viabilité, il semblerait par là que le médecin, dans une affaire 
criminelle, n'a pas à s'occuper de la viabilité; je n'hésite cependant 
pas A conseiller, au contraire, de l'apprécier dans toutes les affaires, 
car une question civile peut surgir à propos du fruit en question, 
même lorsque les apparences sont loin de le faire supposer. 

Dans la détermination de la viabilité, c'est surtout la maturité du 
fruit qui est importante A considérer; car les vices de conformation 
qui rendent impossible la vie extra-uterum^ sont d'abord très rares 
et, ensuite, très faciles à reconnaître. La question de maturité a 
été très longtemps discutée. Le Code civil admet cent quatre-vingts 
jours (d'après Hippocrate) ; mais il est beaucoup plus conforme à la 
nature de porter le chiffre comma on le fait en Prusse, jusqu'à deux 
cent dix jours (trente semaines ou sept mois), époque A laquelle la 
membrane pupillaire disparaît et les testicules descendent. 



YfAVILITÉ. — MONSTRtTOBITÉ. 7 

Ceux qai connaissent les histoires extraordinaires contenues dans 
certains livres avoueront que les législateurs ont eu raison de fixer, 
par des limites exactes, un terme qui serait resté trop vague s*il 
était livré aux opinions des médecins. N^a-t-on pas souvent cité le 
Tameux exemple de Forlunato Liceti, mort à soixante dix-^neuf ans, 
que Tun a fait naître à cinq mois, l'autre à quatre mois et demi, et 
qui, à sa naissance, n'était pas plus long que la maiti, de sorte que 
Ton a dû le conserver dans un fourneau comme les œufs de poule des 
Égyptiens I ! Nous laissons ces fables pour ce qu'elles valent, et nous 
conseiUons au médecin légiste de constater et de déclarer si le firutt 
a atteint soit cent quatre-vingts, soit deux cent dix jours, selon la légis* 
lalion. 

I 2. — Xoastnioiîté. 

Comme nous venons de le voir, la question suivante : Tel fruit 
est-il un monstre? peut se présenter au médecin légiste. Pour la 
résoudre, je pense que ce dernier doit faire un peu abstraction 
des principes de l'anatomie pathologique afin d'avoir surtout en vue 
le but du législateur. C'est en me basant sur cette manière de voir, 
que j'établis la définition suivante : Un monstre est un fruit dont 
les organes sont tellement anormaux que la vie exlra^utérine est 
impossible. En un mot, en médecine légale, un monstre est un fruit 
non viable. 

Ainsi, je laisse de cAté la question de savoir si le fruit a c forme et 
figure humaines », ou s'il a un doigt de plus ou de moins; ce qui est 
important, c'est de savoir &*il est né viable ; le médecin légiste devra 
déclarer s'il a vécu ou non, en laissant aux juges le soin d'apprécier 
ce que cette dernière circonstance peut avoir d'important. Je com- 
munique ci-après deux observations de monstres qui ont été l'objet 
d'autopsies légales. La première se présenta lorsque l'ancien Code 
était en vigueur ; la seconde est très intéressante, parce qu'elle nous 
présente un vice de conformation congénitale très rare, et parce qu'elle 
nous montre qu'un nouveau-né peut être un monstre selon la défini- 
tien que j'ai donnée, tout en conservant c une forme et une figure 
humaines. » 



4 

8 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

Obs. 1 . — AnefMéphaUe, 

Ce monstre, de lese féminin, était un anêticéphale. L'ooeipital manquait, le cer- 
velet, groi eomme un e»uf, unguinolent, était renfermé dant set membranes. La 
cavité det deux premières vertèbres était anormalement large et contenait de la 
matière cérébrale. La tète, difforme, était enfouie dans les épaules, et les téguments 
du menton faisaient -tvp* avec ceux de la poitrine, de sorte qu'il n*y avait pas de 
cou ; en outre, il y avidt spina biflda de toute la colonne vertébrale et épanchement 
séreux dans la cavité pectorale. 

Obs. 2. — Hernie congénitale âiaphragmatique. 

Ce cas concernait un fruit bien formé, mâle et complètement à terme. Il avait 
vécu pendant quatre heures, et était mort, disait-on, à cause d'hémorrhagie par 
négligence de la uge-femme. En effet, le linge du cadavre était rempli de sang, 
tout le corps blanc comme de la cire, les lèvres pftles. 

Aussitôt que l'on ouvrit la poitrine, on vit le dbpbragme refoulé en bas entre la 
huitième et la neuvième côte.Totite la partie drolle de cet organe était rudimentaire. 
Au milieu de cette partie droite se trouvait une ouverture triangulaire & bords presque 
cartilagineux, dans laquelle une portion du foie était étranglée et surgissait dans 
la cavité pectorale. En même temps une partie du gros intestin pénétrait aussi par 
cette ouverture et remplissait presque toute la poitrine (t). L'intestin qui se trouvait 
dans la poitrine était vide, et la portion qui se trouvait dans le ventre était gorgée 
de méconium. Le poumon droit était situé derrière le fragment d'intestin, dans le 
thorax ; sa couleur était brun-clair et sa consistance ferme; pas plus grand qu'un gros 
haricot, ce qui prouvait que la hernie avait eu lieu de bonne heure dans la ma- 
trice de la mère. Le foie, la rate et la veine cave inférieure contenaient asseï de 
sang, de sorte que Ton ne pouvait pas admettre une hémorrhagie mortelle. Le 
cœur était plat, large et ne contenait pas de sang, mais il avait une conflguration 
complètement normale. La sage-femme accusée dit que l'enfant, au moment de 
u naisMnce, était tout à fait bleu « comme si on l'avait plongé dans de l'indigo » . 
Il va sans dire que, dans notre rapport, nous déclarâmes le fruit non viable et qu'il 
était mori non pas par hémorrhagie, mais par vice de conformation. 

Les résultats de la docimasie étaient aussi très intéressants. Nous avons déjà décrit 
le poumon droit, le gauche était brun et marbré de rouge clair ; les deux poumons 
avec le coeur pesaient 31 grammes 35 centigrammes, les poumons sans le cœur 
pesaient 1 3 grammes. I«es deux poumons avec le cœur nageaient sur Teau ; séparé 
du cœur, le poumon gauche nageait complètement; le poumon droit gagnait le 
tond excepté deux petits morceaux qui, détachés du reste, nageaient. 

Le poumon gauche incisé contenait de l'écume sanguinolente et faisait entendre 
une crépitation (2). 

(1) Lct iMrniet congënitâU» diapliragmatiquat sont lrè« rarci du eôlé droit. 

(2) J'ai rapporté dans mon journal {Vierteljahnichrift, t. VIT, p. 160), un autre cas de 
herni« c )ngénilale irauche diaplirag matiqiu*. 



XOXENT PRÉCIS DE LA MORT. ^ GÉNÉRALITÉS. 

CHAPITRE n. 

MOMENT PRÉCIS DE LA MORT. PRIORITÉ. 

UfinLATiOH. — A. L A.» thl. I, Ut. I, $ 39. Si deux ou^lKsieurs personnes ont 
perdu la vie dani un malheur commun ou autrement, dé sorte que l'on ne peut 
pas reconnaître laquelle d'entre elles est morte la première, H sera admis qu'au- 
cune n'a survécu àrauti*e. 

Code civil rhénan (/i*afipait),art. 720. Si plusieurs personnes respectivement appe- 
lées à une suceession périssent dans un même événement «ans qu'on puisse 
reconnaître laquelle est décédée la première, la présomption de survie est déter- 
minée par les circonstances du fait et à leur délaut par la force de l'âge ou du 
sexe. 

/ftid., Udd. art. 7S1. Si ceux qui ont péri ensemble avaient moins de quinze ans, 
le plus ftfé sera présumé avoir survécu; s'ils étaient tous au-dessus de soixante 
ans, le moins âgé sera présumé avoir survécu. Si les uns avaient moins de quinte 
ans et les autres plus de soixante ans, les premiers seront présumés avoir sur- 
vécu. 

Ibid.^ tNd., art. 72S. Si ceux qui ont péri ensemble avaient quinze ans accomplis 
et moins de soixante ans, le mâle est toujours présumé avoir survécu, lorsqu'il y 
a égalité d'âge ou si la différence qui existe n'excède pas une année. S'ils étaient 
du mémo sexe, la présomption de survie, qui donne ouverture à la succession 
dans l'ordre de la nature, doit être admise : ainsi le plus jeune est présumé avoir 
survécu au plus âgé. 

$ 1. Oénér Alités. 

Ordinairement la recherche du moment précis de la mort n'est pas 
étudiée par les auteurs qui écrivent sur la médecine légale. C'est une 
grande lacune que tout médecin légiste sentira ; car il arrive très sou- 
vent que le juge d'instruction demande à quelle époque le défunt a 
périy soit dans des cas d'assassinat, soit lorsque des personnes disparues 
depuis longtemps sont trouvées mortes, soit dans des cas d'inranlicides. 

Une vieille femme fut assassinée. Au moment de l'autopsie on 
o'élait pas encore sur les traces de l'assassin, comme cela arrive sou- 
vent. Il était certain que le samedi soir précédent on avait encore vu la 
femme bien portante, et le lundi matin on Tavail trouvée assassinée. 
Le soupçon se dirigea sur plusieurs individus qui avaient des rapports 
avec celle femme, les uns le soir, les autres le matin, et il était im- 



10 PARTIE TRANÀTOLOOIQUR. 

portaat de savoir si elle avait été assassinée le samedi soir, le dimanche 
matin ou le dimanche soir; en d'autres termes à quel moment précis 
la mort avait-elle eu lieu ? 

Dans un autre cas d'assassinat que nous communiquerons plus bas, 
il était également important desavoir si l'assassinat avait été commis 
le samedi, le dimanche ou le lundi matin, jour où on avait trouvé le 
cadavre, car on soupçonnait le valet de la victime, et celui-ci avait 
disparu depuis le dimanche matin. L'époque de la mort que nous 
fixâmes fut déclarée exacte par les aveuK du][meurtrier. 

Dans d'autres cas d'assassinat, j'eus à fixer non-seulement le jour, 
mais même l'heure de la mort! Une fois, c'était un jeune homme qui 
avait disparu sous des circonstances très singulières, tout à coup, 
pendant la nuit. Les bruits les plus extraordinaires couraient sur sa 
mort, et l'on trouva dans l'eau, trois mois après, qn cadavre que l'on 
soupçonna être le sien. On me posa la question : Combien de temps 
ce cadavre a-t-il été dans l'eau? La réponse était importante pour fixer 
l'identité. 

Cette question se présente souvent aussi pour les cadavres des 
nouveau-nés , surtout si l'autopsie démontra qu'il y a au infanticide ; 
car alors la détermination de l'époque de l'accouchement, c'est-à-dire 
de l'époque où l'infanticide a eu lieu, peut aider à la découverte de 
la mère. Comme on le voit, cette question importante, et qui peut se 
présenter souvent, mérite une étude approfondie. 

La question de priorité de mort, concernant plusieurs per- 
sonnes trouvées décédées ensemble, est excessivement rare. Elle 
ne s'est présentée à moi qu'une fois [108-171 obs.),et on n^en trouve 
dans les auteurs que peu d'exemples. Il est très difficile de poser 
un jugement certain dans les questions do ce genre. Voici la thèse 
générale que l'on peut seule adopter : Il n'y a pas de symptôme 
sérieusement valable, s\nppliquant à tous les cas, au moyen duquel on 
puisse déterminer le moment précis de la mort; il faut peser toutes les 
circonstances particulières se rapportant n chaque cas, telles que les 
difTérences d'âge, de sexe, de constitution, de position, de putré- 
faction. 



MOMENT PRÉCIS DE LÀ MORT. — SIGNES DE LA MORT. H 

Suppoionv, par exemple, que trois hommes se li?raiit un combat 
ont été tués tous les trois. A... a reçu un coup de sabre sur la tète, 
B... un coup de baïonnette dans le cœur, et C... a reçu une balle qui 
a effleuré et déchiré la veine jugulaire. Il est évident que, dans ce 
cas, B... est mort le premier, C... a dû avoir une hémorrhagie qui 
a duré quelque temps, enfin A... a résisté plus longtemps que les 
deux autres à Tinfluence mortelle de sa blessure. 

Mais, lorsque plusieurs personnes ont été noyées ou brûlées lors 
d'un même accident, il est réellement impossible de déterminer h qui 
appartient la priorité; du reste, le législateur a sagement prévu cette 
impossibilité. Le médecin doit cependant faire toujours son expertise, 
car il doit déclarer si cette impossibilité existe. 

Le seul signe un peu important, c'est le degré de putréfaction. 
Nous étudierons cette question plus bas. 

$ 9. — Signes de le mort. 

An moment ou la vie s'éteint, l'organisme commence à se mettre 
en équilibre avec les milieux environnants ; il subit toutes les influences 
extérieures puisqu'il ne peut plus leur opposer une réaction vitale ; il 
se putréfie. 

Dans la crainte chimérique et traditionnelle de prendre la mort 
tpparente pour la mort réelle, on s'est efforcé de toujours chercher 
de nouveaux c signes infaillibles > de la mort. Nous avons eu les 
observations de Frank concernant la séparation facile de la con« 
jonclive et de la cornée, le thanatomètre de Nasse. Ce sont là de 
simples curiosités scientifiques, car les signes généralement connus 
suffisent bien dans la détermination de cette question, et la médecine 
légale serait heureuse si elle pouvait donner à tous les problèmes 
qu'elle a à résoudre une réponse aussi souvent infaillible. 

Je vais donner l'histoire chronologique des phénomènes de la mort : 

1** La reêpiration et la circulation cessent au moment même de 
la mort. L'auscultation ne permet plus de reconnaître ni le rhythme 
du coBor, ni le moindre bruit des poumons. 



12 PARTIF. THANATOLOQIQUE. 

2* Immédialement après la mort, le brillant de l'ail disparaît. 
Celui qui a une seule fois écarté les paupières d'un homme qui 
vient de mourir connaît ce regard sans vie, fixe, indescriptible. Na- 
turellement la lumière n*a plus d'effet sur la pupille. 

S"" Aucune excitation ne provoque plus de réaction, je passerai 
sous silence les expériences par l'électricité qui n'appartiennent plus 
ici. Nous parlerons plus bas de nos expériences sur l'excitabilité des 
cadavres. 

b!" Tout le corps se décolore et pâlit. Cependant les personnes qui 
sont très rouges gardent encore quelquefois, après la mort, un peu de 
leur couleur. Les bords rouges des ulcères ne se décolorent pas. Les 
marques de tatouage rouges, noires ou bleues, ne disparaissent pas 
non plus, si elles n'étaient déjà effacées pendant la vie. Une coloration 
ictérique ne s'efface pas non plus par la mort ; enfin, les ecchymoses 
gardent toujours aussi leur couleur rouge-bleue, vert-jaune, etc. 

b"" La chaleur animale se conserve encore un certain temps, car 
les tissus de la peau, et surtout la graisse, sont mauvais conducteurs 
de la chaleur. Aussi, les individus trèsgras restent, toutes choses étant 
égales d'ailleurs, plus longtemps chauds que les individus maigres. 
D'autres circonstances encore influent sur le refroidissement, ce sont la 
température du milieu environnant et le genre de mort. On sait que les 
cadavres refroidissent très vite dans l'eau, qui est toujours plus froide 
que l'air. Dans les lieux d'aisance et dans les fumiers, les cadavres 
restent proportionnellement plus longtemps chauds; il en est de 
même des cadavres qui restent dans un lit. Quant au genre de mort, 
on dit que les individus tués par la foudre restent plus longtemps 
chauds après leur mort; je ne puis donner mon opinion à cet égard, 
car je n'en ai jamais observé. Mais il est certain que ceux qui pé- 
rissent par asphyxie, quelle qu'elle soit, refroidissent plus lentement 
que les autres. Nous trouvâmes, par exemple, une femme étranglée, 
vieille, très grasse il est vrai, qui, trente heures après sa mort, était 
froide à l'extérieur, mais dont l'intérieur de la poitrine avait encore 
un degré de chaleur très sensible. 

Pour la grande majorité des cadavres on peut poser, en thèse gé- 



SIGMDS DE LA MORT.— CHRONOLOGIE. l^ 

nér^le, qu'ils sont complètement froids après dix à douze heures. 

6^ Immédiatement après la mort arrive le relâchement général 
de tous les muscles, le premier symptôme qui prouve que le lurgor 
vilalit est éteint. 

Un cadavre quipre'senle seulement les symptômes décrits jusqu'à 
prêtent (1-6) peut être regardé comme celui d'un homme décédé 
au plus depuis dix à douze heures, 

T Une autre preuve de l'extinction du turgor vitalisy c'est l'af- 
fdissement du globe de l'œil. On le voit clairement vingt-quatre à 
trente heures après la mort, quelquefois plus t6t. Le globe de l'œil, 
à Tétat vivant, par la tension de ses fluides, est résistant au toucher 
et élastique, même chez les mourants. Mais, après la mort, quand 
le laps de temps que nous venons d'indiquer s'est écoulé, la ré- 
sistance n'existe plus. Alors le globe cède à la pression; plus la 
mort est ancienne et plus sa consistance devient analogue à celle du 
beurre, jusqu'à ce que dans une époque avancée de putréfaction, il 
crève et se vide. 

S"* La mémecause, l'extinction du turgor^ produit V aplatissement 
du tissu ^des muscles sur lesquels le cadavre repose; ainsi non-seu- 
lement aux fesses et aux mollets, mais aussi aux muscles des parties 
latérales du corps, aux muscles des membres et des joues, selon la 
position que le cadavre a conservée depuis que la mort est survenue. 

9* Hypostases sanguines. Le sang s'accumule dans les capillaires, 
d*après les lois physiques de la pesanteur.^Par cette raison, Tliypostase 
se trouve aux parties déclives du cadavre, qui sont ordinairement toute 
la surface postérieure, le dos, les fesses, les mollets ; mais aussi, quand 
le cadavre est plus ancien, cette hypostase gagne les oreilles, les côtés 
de la poitrine, les côtés des membres, parce que, comme dit Engcl, 
ces parties elles aussi ont une portion supérieure et une portion infé- 
rieure. Il est donc évident que lorsque le cadavre est resté couché sur 
le ventre, Thypostase se rencontrera à la partie antérieure du corps. 
On peut, dans de tels cas, conclure avec assurance quelle a été la 
position du décédé, pendant ou aussitôt après la mort. Ces hypostases 
commencent à se former sur le cadavre après six à douze heures, et 



lA PARTIE THANATOLOGIQUE. 

elles augmentent de circonférence jusqu'à la putréfaction commen- 
çante. Elles sont en elles-mêmes un signe suffisant pour prouver la 
mort. 

1" HYPUSTASES SANGUINES. 

Les hypostases sanguines peuvent se diviser en hypostases externes 
et hypostases internes. 

A, H ysposlases sanguines externes. 

1*" Les hypostases sanguines externes (hypostases du tissu cellu- 
laire sous-épidermique, lividités cadavériques, vergetures, taches de 
mort) f(Nrment un signe cadavérique important à étudier, car on les 
confond quelquefois avec des ecchymoses, c'est-à-dire des traces de 
violence exercée sur le vivant. On peut cependant les reconnaître par 
de simples incisions ; lorsque l'on a affaire à une tache cadavérique il 
n'y a jamais épanchement de sang dans la plaie, on voit tout au plus 
quelques petits points sanguins épars, provenant de petites veines de 
la peau qui ont été coupées ; tandis qu'une ecchymose coupée , 
quelque petite qu'elle soit, présente un épanchement de sang soit 
liquide, soit en caillot. 

Puisque c'est un symptôme infaillible dans le diagnostic et que 
c'est le seul qui puisse faire distinguer la tache de mort de l'ecchy- 
mose, le médecin légiste ne devra jamais négliger de faire ces 
incisions, afin de ne laisser aucun doute. Les médecins superar^ 
bitres sont complètement dans leur droit si , dans le cas où ces 
incisions n'auront pas été faites, ils contestent les résultats des 
experts avec tout ce qui s'ensuit. Pour prouver l'importance de ce 
que nous venons de dire, nous allons rapporter le cas célèbre de 
l'assassin Schall (1). 

Les experts qui étaient chargés de l'ouverture du corps avaient 
dit que, aux extrémités supérieures et inférieures du cadavre , ils 
avaient trouvé « des ecchymoses, qui semblaient indiquer que ces 

(1) Voir mou Journal (Vierleljahrsschrifti^ 1, p. 293]. 



SIGMES DE LA MORT. -^ UY1*06TA5ES SANGUINES EXTEKMES. 15 

paities avaient été souniMes à une forte preaaion », et l'accusé niant 
cette manœafre, le difenseur appuyait sa défense sur la présence de 
ces ecchymoses qui prouvaient que plusieurs personnes avaient dû 
coopérer à Tassassinat. Or, lei experts avaient oublié de prouver que les 
taches étaient des ecchymoses en faisant des incisions,et) requis comme 
oiédecin superarbitre, je dus mettre en doute la certitude de leur con* 
closion, attendu que ces prétendues ecchymoses pouvaient n'avoir été 
que de simples hypostases sanguines. Cela a été confirmé plus tard 
complètement, lorsque, au moment de Texécution, Taccusé avoua son 
crime , disant qu'il n'y avait pas eu de résistance de la part du 
défont I résistance qui aurait pu amener des ecchymoses; il ajouta 
qu'il n'avait eu aucun complice, et qu'il avait tiré un coup de fusil 
dans la tète de sa victime. 

La couleur des taches de mort peut varier entre le rouge écre- 
visse, le rouge cuivre et le rouge bleu. Jamais ces hypostases ne sou- 
lèvent la peau comme le font souvent les ecchymoses. Leur forme 
n*est pas nette : tantôt ce sont des stries, tantôt des tâches de forme 
ronde, d'autres fois anguleuse. Au commencement elles sont éparses, 
de la grandeur d'une noix, d'une pomme, d'une assiette, puisse 
réunissent et couvrent des parties entières du cadavre, le dos, toute 
la partie postérieure du corps. Ni âge, ni sexe, ni constitution n'ont 
une influence sur leur formation. 

Elles ont lieu, sans exception, après tous les genres de mort, même 
iprès la mort par hémorrhagie. M. Devergie (1) dit le contraire et 
appuie son opinion sur une seule observation. Mon opinion est com- 
plètement opposée à celle de M. Devergie, et elle est basée sur une 
expérience de Vieille date (2). 

:i) Médecine Ugalê, 2* édit, 1835, t. I, p. 81. 

(3) Voir, entre autres, les réflexions qui suivent les observations 75 et 137. 
Usas un autre cas que je n*ai pas rapporté, qui a élé occasionné par l'hémorrhagie 
•l'on vaisseau de Testomac, le cadavre était si anémique que Tarière pulmonaire 
et la veine cave étaient tout à fait vides. Néanmoins le dos du cadavre (deux jours 
après la mort) était tout eouveri de taclies de mort bien dessinées d'un rouge 
cahrre. 



16 PARTiE THAKATOLOGIQUE. 

Du reste, le cas de^l. Devergie ne prouve rien, puisqu'on ne sait 
pas à quelle époque après la mort s'est faite Tautopsie de cet homme 
qui s'était coupé les vaisseaux du cou avec un rasoir et, protiablemeni, 
M. Devergie l'a observé au moment où les bypostases ne s'étaient 
pas encore formées. On ne peut pas non plus concevoir à priori 
pourquoi ces tacbes ne se formeraient pas après la mort par hémor- 
rhagie, car celle-ci ne prive certainement pas le cadavre de tout son 
sang, et il est indubitable, comme je le démontrerai plus bas, que, 
même dans ce genre de mort, il se forme des bypostases internes. 

Engel prétend que l'on peut faire disparaître la tâche de mort sur 
le cadavre en faisant des incisions dans les taches de mort déclives, 
et en laissant le cadavre en repos. Quoique cette expérience n'ait 
aucune valeur en médecine légale, je l'ai répétée pluâeurs fois. J'ai 
vu les taches de mort devenir plus petites et plus pâles, mais je ne 
les ai jamais vues disparaître complètement. *" 

B. Hypostases unguines internes. 

Les hypostases sanguines internes se rencontrent dans les organes 
suivants : 

1"* Dans le cerveau elles se montrent par un engorgement des 
veines de la pie-mère, à la parlie postérieure du cerveau, si la tète, 
comtne cela a lieu ordinairement, repose sur l'arriëre-téle. Cet en- 
gorgement est plus prononcé s'il y a hypérémie générale de la cavité 
crânienne, mais il est encore très visible lorsqu'il y a anémie dans 
cette cavité. Ce sont justement ces hypostases du cerveau qui ne 
manquent pas dans la mort par hémorrbagie, comme nous le prou- 
verons par beaucoup d'exemples. Cette remarque est importante, car 
elle doit mettre les médecins en garde de ne pas nier que la mort u eu 
lieu par hémorrhagie, parce qu'ils trouvent i'iiypostase sanguine à la 
parlie postérieure du cerveau. 

Il est douteux que lorsque Thypostase sanguine s'est formée on 
puisse, en changeant ledécubilus,la faire naître dans un autre endroit. 
J en ai fait une expérience qui est restée sans résultat : je pris le ca- 



SIGNES DE LA MORT. — HYPOSTASES SANGUINES INTERNES. 17 

davre d*une femme empoisonnée par Tacide sulhirique, morle depuis 
six jours, je le disposai de manière que la tête était pendante et je 
le laissai dans cette position pendant vingt-quatre heures, il n'y eut 
aucune nouvelle hypostase sanguine. Mais il est très important de 
ne pas confondre cette hypostase du cerveau si fréquente avec 
rhypérémie cérébrale (apoplexie), ce qui peut arriver. 

I'' L'hypostase sanguine interne la plus fréquente est celle des 
poumons. Orfila dit qu'elle ne commence à se former que vingt- 
quatre à trente-six heures après la mort; je suis certain qu'elle a 
lieu plus tôt et se forme en même temps que les autres hypostases 
sanguines. Toute la surface postérieure des poumons, c'est-à-dire à 
peu près un quart de la surface entière, se revêt d'une coloration 
plus foncée dans tous les cadavres couchés sur le dos, et lorsqu'on y 
fait des incisions, on voit très bien l'engorgement, même dans les 
poumons anémiques ; cette hypostase est si considérable qu'elle peut 
induire en erreur et faire croire à une apoplexie pulmonaire ou à une 
pneumonie. Cela peut arriver surtout si le sang est très foncé, alors 
on peut prendre pour un état pathologique ce qui n'est qu'un phéno- 
mène cadavérique. 

S*" Dans les intestins l'hypostase se trouve aux parties déclives de 
Torgaoe. La coloration rouge livide que montrent les anses intesti- 
nales inférieures peut induire en erreur et faire croire à un état patho- 
logique. Cependant le diagnostic est facile : en soulevant l'intestin on 
verra des endroits livides, d'autres complètement intacts; tandis que, 
s'il y avait eu inflammation, il y aurait eu injection et coloration uni- 
formes. 

&** Quant aux reinsy l'hypostase se trouve à la partie postérieure, 
bien entendu lorsque le cadavre, comme cela a lieu ordinairement, 
est resté couché sur le dos ; aussi on ne la confondra pas avec un 
engorgement de ces organes. 

if On a attaché, jusqu'à présent, peu d'importance à l'hyposiase 
sanguine (/e la moelle épinière qui, pourtant, est très importante et 
peut facilement être le sujet d'erreurs. Elle se montre dans les veines 
de la pie-mèrei et peut faire croire aune méningite. Cette erreur est 

II. 2 



18 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

d'autant plus facile, fQe les experts, ayant rarement l'occasion d'où- 
vrir le canal vertébral^ ne connaissent pas ce phénomène; et ils 
seront d'autant plus portés à admettre qu'il y a eu inflammation, si le 
hasard veut que le défunt ait reçu des coups dans le dos. On trouvera 
la justesse de cette observation conGrmée, en examinant un cadavre 
quelconque qui sera resté quelques jours sur le dos. 

2° COAGULATION DU SANG APRÉ3 LA MORT. 

Le cœur ne présente jamais d'hypostase sanguine, mais il nous 
offre un phénomène très important ; je veux parler de la coagulation 
du sang (concrétions polypiformes, fibrineuses). Cette coagulation 
peut se former pendant la vie, lorsque l'état intermédiaire entre la 
vie et la mort, lorsque l'agonie se prolonge; mais elle se forme 
également après la mort pendant le refroidissement successif du 
cadavre, et c'est ce qui arrive le plus souvent. 

Il est donc certain que le sang trouvé coagulé dans des blessures 
d'un cadavre ne peut pas prouver, comme on l'a cru, que la bles- 
sure a été faite pendant la vie. 

Henke (1) est dans la plus grande erreur, lorsqu'il dit : « La coa- 
» gulation du sang épanché dans les ecchymoses prouve que la vio- 
» lence qui a produit l'ecchymose a eu lieu pendant la vie ». La 
grande autorité dont son nom a été longtemps entouré, explique 
comment cette opinion s'est répandue facilement, et, cependant, il 
suffit d'examiner le cadavre avec attention pour en faire justice. 

Engel dit très bien : < Je ne crois pas qu'il y ait une maladie ou 
un genre de mort qui empoche le sang de se coaguler dans le ca- 
davre. > 

Bock fixe môme le moment, quatre heures après la mort, à partir 
duquel la coagulation commence. Je ne parle pas seulement de la 
présence continuelle du sang coagulé au-dessous des téguments de la 
tête des cadavres d'enfants nouveau-nés, mais de coagulations indu- 
bitables dans des organes internes. 

(1) Handbuch^iU'O. 



SIGNES DE LA MORT. — COAGULATrON DU SANG. 19 

Un rniitde sepl mois était né mort, comme le démontrait avec cer- 
titude la docimasie pulmonaire. Il y avait grande hypérémie dans la 
cavité crânienne, et nous trouvâmes, ce qui est très rare chez les 
nouveau-né^, du sang coagulé dans les sinus. Les popmons étaient 
semés de nombreuses ecchymoses sous-pleurales, qui couvraient 
aussi le cœur. 

Brûcke a prouvé que le contact du sang avec Tair qui n*a pas lieu 
dans le cadavre, ne facilite pas beaucoup la coagulation, car, en 
mettant le sang dans le vide, on ne peut pas le conserver liquida. 

Il est extraordinaire que des faits aussi clairs, aussi indubitables, 
et que chacun peut observer journellement, n'aient pas plus tôt mis 
les hommes de science sur la voie de la vérité. 

La coagulation du sang après la mort obéit à des lois que nous ne 

connaissons pas. Ainsi, pourquoi, après la mort par asphyxie dans 

laquelle la conservation de la fluidité du sang est caractéristique, 

pourquoi le sang est- il quelquefois coagulé? Pourquoi la coagulation 

commence-t-elle toujours dans certains organes, par exemple : le 

ventricule droit du cœur, la veine cave, le foie? (Voir obs. 309). 

!^o\is ne pouvons résoudre ces questions, mais nous admettons comme 

certaine la loi suivante : 

La présence du sang coagulé dans le pourtour ou Ictprofon-' 

àtur d'une blessure ne prouve pas que la blessure ait eu lieu 

ftndant la vie, car cette coagulation peut se former même après 

h mort. 

Obs. 3. — Rupture du cœur. Mort subite. Coagulation du sang. 

loe femme de cinquante -neuf ans avait été écrasée par une voiture et était restée 
^orte sur-fe- champ. Le cadavre avait une couleur de cire blanche et on voyait que 
^ mort avait eu lieu par suite d'une hémorrhagie interne, quoique extérieurement 
il b'; eût pas la moindre trace de blessure* Après avoir incisé les tacties de mort 
lipides du dos, nous trouvâmes de grandes extravasations de sang qui occupaient la 
iDoiUé du dos et les fesses. Le sang épanché était en partie liquide, en partie coa^ 
g^é. 11 n*y avait pas de fracture de la colonne vertébrale ni des os pelviens. 

Ce qui avait causé la mort, c'était une rupture du cœur. L'oreillette droite était 
vfkarée du ventricule, elle ne tenait plus au reste du cœur que par une petite lan- 
Pelles bords de la déchirure étaient dentelés. La substance du cœur était tout à 
t>it aormale. Le péricarde était rempli de sang en partie liquide, en partie coagulé^ 



20 PARTIE THASâTOLOGIQUE. 

c'est-à-dire que des caiDolf nageaient dans le sang fluide. Le cerveau était exsan- 
gue, excepté à la partfe fostérieure où se trouvait une hypostase sauguine. Les 
poumons étaient peu remplis de sang, mais le foie en contenait beaucoup. 

0b8. 4. — Ç^np de pUlokt ayant atteint le ventrictUe gauche du comr. 

Mort subite. Coagulation du sang, 

Un ouvrfer de trente ans s'était tué en se tirant un coup de pistolet dans la poi- 
trine. La balle était entrée au-dessus de la cinquième cdte gauche et avait enlevé 
toute la pointe du ventricule gauche du cœur. Toute la plèvre gauche était remphc 
de sang avec beaucoup de caillots» 

Il est certain que, dans ces cas, où la mort a envahi subitement, le 
sang n'a pu se coaguler qu'après la mort. 

Les faits suivants en donnent également une preuve bien convain- 
cante. 

Cas. 5* — Blessures à la télé reçues après la mort. Coagulation du sang. 

Nous avons fait beaucoup d'expériences, sur le cadavre, concernant les blessures 
de tête, expériences que nous continuerons encore. Nous avons frappé, avec un 
marteau de bois, la tête intacte d*un noyé, trois jours après sa mort; trente heures 
après nous fîmes l'autopsie. L'endroit de notre rapport qui nous intéresse ici était 
ainsi conçu : «... 7<* A la pointe supérieure de l'oreille droite on voit une blessure de 
trois quarts de pouce de longueur, à bords non sanguinolents, dentelée, déchirée ; 
8° au milieu de l'os pariétal se trouve une blessure contuse longue d'un pouce, 
dont les bords ne sont pas nets, dans la profondeur de laquelle on aperçoit du sang 
liquide. Une autre plaie aussi longue et de même aspect se trouve à l'occiput ; le 
fond de cette plaie est couvert d'un caillot de sang de deux millimètres d'épaisseur, » 

Ainsi il s'était formé une coagulation du sang trois jours après la mort Du reste, 
le sang do ce noyé était très fluide dans tout le corps. 

Obs. 6. — Coagulation du sang quatre jours après la mort. 

Par une journée froide de janvier, nous ouvrîmes le corps d'un homme asphyxié 
par l'acide carbonique et mort depuis quatre jours. Le cadavre était resté dans la 
chambre des morts qui était très froide ; pendant que l'on retirait le larynx et la 
trachée-artère, il s'écoula par hasard du sang le long du cou et de l'épaule gauche du 
cadavre. Ce sang, très fluide à sa sortie, se coagula assez vite sur le cadavre très 
froid, de sorte qu'on put le prendre avec le manche du scalpel comme un vrai caillot. 

Obs. 7. — Sang coagulé che* un enfant mort-né. 

Le cadavre de cet enfant màlc avait déjà, par suite de la putréraction, la tête 
nuire et le corps vert ; les poumons étaient encore très frais, d'un brun clair, et 



SIGNES DE LA MORT. — RIGIDITÉ CADAVÉRIQUE. '21 

remplissaient peu la poitrine. La docimasie pulmonaire prouva que l'enfant était 
mort-né, néanmoins le cordon ombilical était gorgé de sang coagulé, ce qui démontre 
que la présence des ecchymoses sur le poumon ne prouve rien dans la docimasie. 

Obs. 8. — Un cas sen^lable. 

L'extérieur du cadavre d'un fœlus prouvait qu'il n'avait pas encore attein 
l'âge de trente semaines, car les ongles et les cartilages des oreilles étaient encore 
mous: la longueur du cadavre était de cinquante centimètres, son poids de un 
kilogramme et demi. La docimasie pulmonaire n'aurait pas été nécessaire si le juge 
ne l'avait pas demandée expressément. Elle démontrait avec certitude que l'enfant 
n'avait pas respiré ni pendant, ni après l'accouchement. A l'occiput, au-dessous du 
péricrâne, on trouva une extravasation de sang coagulé de la grandeur d'une 
pièce de cinq francs. Tout le cerveau était hypérémique, et la putréfaction avancée 
empêcha un examen plus approfondi de ses parties. 

Obs. 9. — Un cas semblable. 

Un enfant du sexe féminin, attaché encore au placenta, fruit de huit mois de 
grossesse, fut trouvé mort dans un cimetière. Les poumons mis dans l'eau gagnaient 
le fond, ainsi que lorsqu'ils étaient coupés en plusieurs morceaux ; les incisions dans 
ces poumons ne donnaient ni crépitation, ni écume sanguinolente. Évidemment il 
n'y avait pas eu vie (respiration) ni pendant, ni après l'accouchement. Cependant, 
an milieu du front, on trouva une tache de la grandeur d'un franc, ronde, rouge- 
brune, molle, qui, incisée, montra un foyer de sang coagulé. 



'ô^ RIGIDITÉ CADAVÉRIQUE. 

La rigidité cadavérique est le dernier des signes de cette première 
époque de la mort, et précède la première période de la putréfaction ; 
elle est constituée par le raccourcissement de certains muscles et 
laugmentation de leur densité, surtout des fléchisseurs et des adduc- 
teurs des extrémités et de la mâchoire inférieure ; ces muscles de- 
viennent durs et donnent à tout le corps, comme le dit très bien 
K. Devergie, quelque chose d'athlétique. Cette roideur envahit de 
haut en bas, commence à la nuque et à la mâchoire inférieure, arrive 
ensuite aux muscles du cou, de la poitrine, aux membres thoraciques 
et enfin aux membres abdominaux. Elle disparait ordinairement dans 
le même ordre, et, une fois disparue, elle ne revient plus; alors le 
cadavre redevient souple et flexible comme il était auparavant. 



22 PARTIS THANATOLOQtQUE. 

Le moment où la roideur cadavérique survient, après la mort, 
n'est pas régulier, cela peut être après huit, dix et vingt heures, et elle 
peut persister plus longtemps qu'on ne l'admet ordinairement, savoir 
de un à neuf jours. M. Sommer dit que, pour les cadavres qui sont 
restés dans Teau fraîche, la rigidité peut se maintenir pendant qua- 
torze jours et plus; mais je ne puis affirmer la même chose, car je 
ne Tai jamais observée, quoique j'aie vu un très grand nombre de 
noyés, 

La cause de cette rigidité n'a pas été expliquée, malgré les re- 
cherches minutieuses de Brûcke, Ed. Weber, Stannius, Kfilliker, 
Brown-Séquard, Hachka, Kussmaul, Pelikan et autres. La répétition 
des mêmes expériences n'a presque jamais amené le même résuK 
tat. Nous ne savons pas encore quelle est Topinion qui est juste, on 
l'opinion ancienne, remise en vigueur par Brûcke, de la coagulation 
de la substance nutritive dans le muscle, ou la théorie de Stannius, 
de la mort des nerfs dans les muscles, ou celle de Kôlliker, d'un 
changement particulier des molécules des muscles. 

Il nous reste, à nous, médecins-légistes praticiens, à faire de nou- 

m 

velles observations ; nous devons surtout étudier les différentes condi- 
tions qui accélèrent oa retardent ce phénomène. 

Il parait certain qu*après des empoisonnements narcotiques, elle 
est faible et de courte durée. Je ne puis dire si le même phénomène 
ft'vbserve sur les hommes tués p^ir la foudre, car je n'en aï pas ob- 
servé. Je nai jamais observé celte rigidité sur des cadavres de 
fœlus non à terme. Mais, comme d'autres obeervateurs l'ont vue, 
dans les maisons d'accouchement, avouant qu'elle est très faible et 
très court<î, on ne peut pas la nier absolument, on peut seolenent 
la regarder comme n'existant pas pour le médecin-légiste, car son 
observation ne peut avoir lieu assez vite. Chez les enfants nouveau- 
■es venus à terme et chez les petits enfants, la rigidité est très faible et 
de très courte durée. M. Sommer a dit qu'il en était de même chez les 
vieillards, mais je prouverai que c'est une erreur. L'opinion, souvent 
énMse, que la rigidité n'existe pas ou n'arrive que très tard ou très 
faible el de trè»cowrt)e durée, après les morts par asphyxie, est corn- 



SIGNES DE LA MORT. — RIGIDITÉ CADAVÉRIQUE. 2S 

plétement erronée. Nous avons trouvé, comme on le verra dans nos 
observations, qu'il n'y a pas de différence, sous ce rapport, entre la 
mort par asphyxie et les autres genres de mort. 

Certains auteurs prétendent que la rigidité, après la mort par con- 
vulsions ou par maladie aiguë, envahit vite et est courte; que la mort 
subite et la mort par congélation amènent une rigidité tardive et lon- 
gue ; que cette rigidité est en général d'autant plus longue qu'elle en- 
vahit moins vite, etc. Ces assertions sont loin d'être complètement 
exactes et ont besoin d'être conflrmées par de nouvelles observations. 

La température basse et l'alcoolisation favorisent évidemment une 
dorée plus longue de la rigidité. Je l'ai vue encore le quatrième jour, 
dans un cas de mort subite par hémorrhagie cérébrale, en état 
d'ivresse; je l'ai vue le septième jour, dans un cas où un homme 
ivre s'était pendu ; le sixième jour chez un homme qui s'était tué par 
un coup de pistolet, dans un moment de très grand froid ; dans un 
quatrième cas, la rigidité cadavérique existait aux membres abdomi- 
naux encore le huitième jour chez un jeune garçon d'auberge, qui 
fat frappé la nuit d'une apoplexie du cœur et fut trouvé mort dans 
son lit (au mois de décembre); et chez un homme mort subitement, 
au mois de novembre, à cause d'ivresse, d'une hypérémie pulmo- 
naire, nous l'observâmes encore le neuvième jour (218'' cas). 

n n'est pas rare de voir la rigidité cadavérique, quand elle dure 
longtemps, combinée avec les colorations de la putréfaction. Il parait 
certain que cette rigidité a lieu chez presque tous les cadavres, et 
on doit noter l'habitude populaire importante, car elle est fondée sur 
des milliers d'observations impartiales, qui consiste à laver le cadavre 
et le vêtir aussi vite que possible, avant qu'il devienne roide. On 
ne peut pas confondre la rigidité cadavérique avec la congélation. Le 
cadavre gelé est roide comme une planche de la tête aux pieds, 
tandis que la rigidité cadavérique permet toujours encore de fléchir 
un peu les articulations des coudes et des genoux. 

Un cadavre qui montre seulementjes signes de la mort décrits 
juiquà présenty c'est-à-dire des hypostases sanguines internes 
H extemesy et de la rigidité cadavérique, peut être regardé 



2& PARTIR THANATOLOGIQUE. 

comme celui d'un homme qui est morty au plus, depuis deux d 
trois jours. 

V PUTRÉFACTION. 

Quand la mort remonle à plus de deux ou trois jours, le seul phé- 
nomène qui puisse servir à déterminer à quel moment elle a eu lieu, 
c'est la putréfaction. II est donc nécessaire de préciser à quel instant 
ce phénomène commence à se produire, et quels sont les intervalles 
de ses différentes phases. 

Malheureusement ici les difficultés abondent, surtout & cause des 
modifications nombreuses que peuvent apporter, dans le phénomène 
de la décomposition , les influences de toute espèce venant soit 
de Textérieur, soit de l'individualité même du cadavre. C'est ce 
qui faisait dire à Orfila, (ju'il est < au-dessus des forces humaines ) 
de déterminer depuis combien de temps est mort un homme dont 
le cadavre est putréfié. M. Devergie a eu raison d'objecter que 
le portier de la Morgue et le garçon de peine, par une longue 
habitude du maniement des cadavres, arrivent à déterminer avec 
exactitude l'ancienneté de la mort ; je puis affirmer qu'à Berlin 
pareille chose a lieu, et il est évident que la science doit pouvoir 
offrirla solution d'un problème dont la routine seule donne la clef. 

Si nous consultons les auteurs qui ont écrit sur cette matière, 
Orfila et Lesueur (1), Gûntz (2) et Devergie (3), nous y trouvons des 
observations fidèles et de savantes appréciations, mais une richesse 
de détails allant jusqu'au chaos ; et, comme les nombreux phéno- 
mènes décrits n'ont pas été rangés en catégories générales, il en ré- 
sulte une confusion qui ôte toute valeur à ces travaux pour le 
médecin-légiste praticien. 

Je vais tâcher de remplir la lacune qui me semble exister dans la 
science sur cette matière, ne visant, comme toujours, qu'à un but 
pratique, et n'exposant que ce que j'aurai observé moi-môme. 

(1) Orflla et Lesueur, Exhumaléons me'dico-lêgales. 

(2) GunU, Der Leichnam des Ncugebortien» Leipzig, 1827. 

(3) Devergie, Traité théorique et pratique de médecine légale, Vans, iHtî2, 



SIGNES DE LA MORT. — PUTRÉFACTION. — CONSTITUTION. 25 

Les conditions qui modifient la putréfaction, tantôt l'accélèrent, 
tantôt la retardent, et si le cadavre A , après vingt-quatre et trente- 
six heures, a la même apparence que 1^ cadavre B, après quatre 
semaines, cela tient ou à des circonstances internes et individuelles 
on à des circonstances extérieures; il est bien entendu que la putré- 
faction ne se fait que par l'influence d'un contact extérieur, et que la 
viande fraîche, mise dans le vide, ne se putréfie pas. 

A, Circonstances internes de la putréfaction. 

Les modifications individuelles qui influent sur les progrès de la 
putréfaction sont : 

!• Vàge. Je répète ce que tous les auteurs ont dit, que les cada- 
vres des nouveau-nés, cœteris paribuSy se putréfient plus vite que les 
autres. Mais ce que je ne trouve mentionné nulle part, c'est que les 
cadavres des nouveau*nés que le médecin-légiste a à explorer sont, 
presque sans exception, soumis à des influences difl'érentes de celles 
des cadavres des adultes. Ils ont été exposés nus tout de suite après 
kav naissance f ou tout au plus couverts de quelques lambeaux ; jetés 
dans l'eau, dans le fumier, dans les fosses d'aisance ; tandis que 
pour les adultes il n'y a que certains noyés qui sont trouvés nus. Or, 
les habits dont est couvert le cadavre retardent la putréfaction. Les 
hommes âgés se putréfient plus lentement que les adultes, mais ici 
aussi la constitution a son influence (Voir le n° 3). 

2*" Le sexe. — Je ne puis pas dire que le sexe soit une cause de 
différence. Vouloir invoquer c la constitution plus lymphatique de la 
femme >, c'est se jeter dans la théorie pure. Remarquons seulement 
que les cadavres des femmes, mortes de suite après l'accouchement, 
se putréfient vite, quel que soit leur genre de mort. 

3" La constitution a une très grande influence. Les corps obèses, 
lymphatiques, se putréfient plus vile que les corps maigres et secs, 
parce que l'abondance des liquides dans l'organisme favorise la dé- 
composition. G*est pourquoi les cadavres des vieillards se conservent 
mieux que tous les autres, étant ordinairement maigres et secs. 



26 PARTIE THANATOLOGIQUE . 

4* Le genre de mort modifie essentiellement les progrés de la pu- 
tréfaclion. Après une mort subite elle arrive plus tard qu'après la 
mort qui a succédé à une maladie de langueur accompagnée d'une 
décomposition du sang, le typhus, l'hydropisie, les vices organiques, 
la tuberculisation, les fièvres putrides, etc. La putréfaction envahit 
vite les corps très mutilés soit par des coups multipliés, soit par des 
forces mécaniques violentes, par exemple les accidents de chemin de 
fer. On ne trouve d'exceptions que dans le cas où la mort a été pro- 
duite par des éboulements de terrains, des écroulements de mu- 
railles ; car, alors, le cadavre restant couvert de pierres, de planches, 
de décombres, de sable, de terre, l'air ne peut pénétrer directement 
jusqu'à lui. 

Les asphyxiés par la fumée, l'oxyde de carbone, se putréfient vite. 

« 

Nous ne pouvons pas dire, faute d'en avoir vu, s'il en est de même 
pour les asphyxiés fui ont succombé à l'influence des autres gaz 
irrespirables. Les poisons narcotiques favorisent la putréfaction. 
D'autres poisons n'ont pas le même effet, surtout le phosphore. 

J'ai observé que les cadavres dont le sang était intoxiqué par l'al- 
cool, c'est-à-dire les cadavres d'hommes qui sont morts d'apo- 
plexie en état d'ivresse, se conservent longtemps frais ; et l'odeur 
de l'alcool se perçoit très sensiblement dans les cavités (216* à 
220'' cas). Tout le cadavre, pour ainsi dire, est conservé dans l'al- 
cool. 

Enfin, il est à remarquer que, dans les empoisonnements par l'acide 
suirurique, la putréfaction est retardée, vraisemblablement parce 
que l'acide empêche la formation de l'ammoniaque dans le cadavre, 
ou parce qu'il neutralise l'ammoniaque aussitôt qu'il se forme. Il 
n'est pas rare de trouver les cadavres empoisonnés par l'acide 
sulfurique encore frais, et n'exhalant aucune odeur quand on ouvre 
leurs cavités à une époque où, dans d'autres circonstances, la putré- 
faction serait déjà avancée. 

Après les empoisonnements par l'arsenic, la putréfaction a lieu 
selon les lois ordinaires ; mais on sait qu'elle peut être interrompue 
par la momification sur laquelle nous reviendrons. 



SIGNSS DE LA MORT. — PUTnÉFACTlON. -*- AIH ATMOSPHÉRIQUE. S7 

Il est certain qoe tooies les circonstances que nous menons d'énu» 
mérer ont bien une valeur générale, mais il existe de plus des cir- 
constances inconnues jusqu'à présent, qui favorisent ou qui empêchent 
la putréfaction. 

Je citerai comme exemple l'observation suivante : 

J'ai examiné, le 20 mars 1848, quatorze hommes presque tous 
du même dge^ de vingt-quatre à trente ans, vivant tous dans les 
mêmes conditions (des prolétaires ouvriers) ; ils se trouvaient dans 
la même chambre de la Morgue ; ils avaient succombé sur les barri- 
cades, leiS mars, tous au même genre de mort et à la même heure. 
Il y avait certainement là les mêmes conditions, et, cependant, il 
a'y en eut pas deux qui offrissent les mêmes signes de putréfac- 
tion. 

Dans un autre cas, deux époux presque de même âge, de cinquante 
à soixante ans, avaient été asphyxiés en même temps par l'oxyde de 
carbone. Les cadavres avaient eu à subir les mêmes influences exté- 
rieures jusqu'au moment de notre exploration. Néanmoins, quatre 
jours après la mort, au mois de novembre, le cadavre du mari était 
vert sur le ventre et sur le dos, la trachée-artère colorée, couleur lie 
de vin , tandis que la femme, quoique très grasse, s'était conservée 
très fraîche. Il est certain que dans ce cas la différence du moment 
précis de la mort ne peut être alléguée, car elle ne peut être tout au 
plus que d'une heure. 

B, Circonstances extérieure! de la putréfaction. 

Les circonstances extérieures ont, sur la putréfaction, une influence 
bien plus grande dans le retard ou dans Favancemenl de son appari- 
tion, du moins celte influence est plus connue. Ces agents sont : l'air 
atmosphérique, l'humidité, la chaleur. On a voulu aussi cpmpter la 
lumière et Télectricité ] mais on doit considérer que ces deux agents 
sont déjà compris dans l'air, et que, d'un autre coté, leur influence est 
encore assez problématique. 

1' Uair atmosphérique, -^ Tout ce qui favorise eu empêche son 



28 , PARTIE THANATOLOGIQUE. 

contact avec la substance animale morte (végétative) accélère ou re- 
tarde la putréfaction. C*est pourquoi les cadavres qui restent en plein 
air, par exemple les pendus, se putréfient plus vite que les cadavres 
enterrés ou submergés ; les cadavres nus ou légèrement vôlusse putré- 
fient plus vite que ceux qui sont vêtus, surtout d'habits étroits et peu 
perméables. Il est fréquent, chez les hommes qui sont lires de Teau 
encore habillés, de trouver encore fraîches les jambes couvertes par 
la tige des bottes, tandis que Tépiderme des autres parties du corps 
est déjà soulevé ou détaché. Un tailleur bossu s'était pendu, la pu- 
tréfaction était déjà avancée; mais le thorax présentait une grande 
différence par la raison que le décédé portait un pansement collant en 
grosse toile qui était rembourré du côté opposé à la scoliose, afin de 
cacher sa difformité. 

La terre, selon sa composition, peut empêcher ou favoriser le 
contact de l'air. Selon que le sol est mou et poreux comme du 
sable, ou gris et ferme comme de l'argile, le cadavre inhumé se pu- 
irifiera plus ou moins facilement. Mais pour le sol l'humidité rétablit 
l'équilibre et égalise à peu près la facilité de la putréfaction, car 
cette humidité, elle aussi, comme nous le verrons tout à l'heure, a 
une grande influence sur la décomposition. Le sol sablonneux qui 
contient de la chaux est plus sec ; celui qui contient de l'argile ou 
de la tourbe est plus humide. 

Il est certain que les cadavres qui, comme ceux des nouveau-nés, 
ne sont enterrés qu'à la surface de la terre, se putréfient plus vite 
que s'ils étaient enterrés profondément. 

Par la même raison, on doit tenir compte de l'objet qui enveloppe 
le cadavre dans la terre ; c'est ce qu'Orfila a prouvé par de nom- 
breuses observations. On sait que les cercueils en sapin se pourrissent 
très vite et tombent bientôt en poussière, ainsi que leur contenu ; 
tandis que les grands de la terre restent longtemps intacts dans leurs 
cercueils solides de bois dur, de plomb, de pierre, surtout lorsqu'ils 
sont renfermés dans plusieurs cercueils emboîtés les uns dans les 
autres. Au contraire, les cadavres enterrés nus dans la terre se pour- 
rissent très vile. 



SIGNES DE LA MORT. — PUTRÉFACTION. — CHALEUR. 29 

2* Vhumiditc, — Sans eau ou vapeur d'eau il n'y aurait pas de * 
putréfaction. Mais les liquides propres du cadavre suffisent complè- 
tement à produire cette humidité. Ils s'évaporent peu à peu, rom- 
pent avec le temps les téguments, d'abord ceux de l'abdomen, puis 
ceux de la poitrine, enfin ceux du crâne, de sorte que le cadavre 
macère dans ses propres fluides. Â ce moment, des vers et des larves 
se montrent à la surface, d'abord aux plis du corps, paupières, 
oreilles, vulve, région inguinale, puis ils se multiplient par myriades, 
et complètent la destruction des parties molles. 

Plus l'humidité du dehors parvient facilement, plus la putréfaction 
envahit vite. C'est sans doute la raison pour laquelle les cadavres des 
noyés qui restent dans l'eau se décomposent beaucoup plus vite que 
les cadavres enterrés. L'humidité jointe à la chaleur fait marcher la 
putréfaction à grands pas, lorsque par exemple les cadavres sont dans 
du fumier ou des lieux d'aisance (voir 15*" obs.); tandis que la 
sécheresse prévient la putréfaction, dessèche le cadavre et favorise 
la momification. 

3" La chaleur: — Un haut degré de chaleur, en évaporant rapide- 
ment les liquides du cadavre, amène le dessèchement bien plus vite 
que l'absence d'humidité. Quand cette chaleur est à son plus haut 
degré et qu'il y a combustion, le cadavre est carbonisé. Mais la cha- 
leur jointe aux deux autres conditions, l'air et l'humidité, favorise la 
putréfaction proportionnellement à son élévation. Il est connu de tout 
le monde que les cadavres se putréfient plus vite en été qu'en hiver. 
Des cadavres qui, en été, à une température de 18 à 22 degrés, 
sont aujourd'hui très bien conservés, seront peut-être demain ou 
dfprès-demain complètement putréfiés et presque impossibles à dissé- 
quer ; tandis qu'en hiver, à une température de — 6, — 6 et — 8 de- 
grés, les cadavres, après dix et douze jours, sont encore assez frais. 

La différence de température est encore très remarquable pour l'eau. 
Si le cadavre gèle soit dans l'eau, sott dans un sol humide, il reste 
très frais pendant longtemps, et le terme de milliers d'années n'est 
pas une exagération, car j'ai vu moi-même, au musée de l'Université 
de Moskou^ les téguments mous, il est vrai saponifiés, d'un mam - 



SO PARTIE THANATOLOGIQUE. 

*moulh déterré en Sibérie. En hiver, un cadavre tiré de Teau dii à 
douze jours après la mort, lorsque l*eau a de 2 à 6 degrés de cha- 
leur, est encore assez bien conservé pour que Ton retrouve les traces 
de Tasphyxie; ce qu'en été on peut à peine retrouver après cinq ou 
six jours, quand Teau est à 18 ou 20 degrés. 

On doit aussi considérer ici une autre circonstance, la température 
de Teau est plus basse dans les couches inférieures que dans les 
couches supérieures, parce que le calorique du soleil n'atteint pas 
ces couches inférieures. La putréfaction fait des progrès plus rapides 
ou plus lents, selon que le cadavre est à la surface ou est retenu au 
fond. Il faut tenir compte de toutes ces circonstances, et le mé- 
decin-légiste devra en être instruit lorsqu'il lui faudra juger l'époque 
de la mort par le degré de putréfaction, s'il n'est pas présent quand 
on retire le cadavre. Ajoutez que des cadavres retirés de l'eau, qui 
restent exposés à l'air, se putréfient excessivement vite. L'intervalle 
d'un seul jour, alors, amène de plus grands progrès que n'en auraient 
amené trois ou quatre jours de plus dans l'eau. Je ne pourrais pas 
dire si l'on doit attribuer ce résultat au changement des milieux ou à 
quelque autre circonstance. 

4* Différence des phénomènes de la putréfaction provenant de 
la différence des milieux. — C'est s'exposer aune fâcheuse confusion 
que de décrire les périodes de putréfaction séparément dans chaque 
milieu, comme l'ont fait les auteurs les plus compétents dans cette 
matière, Orfila, Devergie et Gûntz ; de plus, c'est superflu, puisque 
le procédé de la putréfaction, depuis le premier instant jusqu'au der- 
nier, est toujours le même, et qu'il n'est pas modifié dans son accé- 
lération seulement par les milieux, mais encore par la réunion des 
trois agents que nous venons d'étudier. Il me parait plus convenable 
d'adopter une règle générale pour chacun de ces milieux : Tair, l'eau, 
la terre, et, dans chaque cas particulier, on pourra, en outre, ajouter 
les autres influences qui ont pu agir. ^ 

Bien qu'il soit assez difficile de déterminer cette règle générale, je 
crois pouvoir, d'après mon expérience, poser la thèse suivante : 

La température moyenne étant à peu prés égale ^ la puiréfac- 



SIGNES DE LA MORT. — PUTRÉFACTION DES ORGANES EXTERNES. 81 

tion sera égale apriê une semaine de séjour du cadavre à l'air * 
libre, après deux semaines de séjour dans l'eau^ et après huit 
semaines de séjour dans la terrcy dans les conditions d'inkuma^ 
tion ordinaire* Ainsi, cœteris paribus^ trois cadavres A, B, C,. 
montreront à peu près le même degré de putréraction, si A est resté 
en plein champ pendant un mois, B, noyé, est resté dans Teau pen- 
dant deux mois, et C a été enterré pendant huit mois dans un cer-< 
cneil ordinaire. En évaluant les circonstances particulières du cas et 
les ajoutant i cette règle générale, on pourra être certain de ne pas 
faire d'erreur grave. 

C. Chronologie des phénomènes de la putréfaction, 
a. Extérieurement. 

La plupart des cadavres qui se présentent & Tautopsie médico- 
légale ont séjourné jusque-là dans Tair. Nous les prendrons comme 
types pour décrire les progrès chronologiques de la putréfaction. 

1° Le premier signe est la coloration des téguments du ventre en 
vert avec laquelle survient l'odeur de la putréfaction (nous étudierons 
plus bas, dans la partie spéciale, les exceptions que présentent les 
Doyés). D'après les différences de température et de conditions indi- 
viduelles , cette coloration se fait de vingt-quatre à soixante-douze 
heures après la mort. 

2^ Ed même temps le globe de l'œil devient mou et cède à la 
pression du doigt. 

3"* Après trois à cinq jours, toujours comptés du moment de la 
mort, la coloration verte devient plus foncée et s'élargit sur tout le 
ventre, y compris les parties génitales où elle prend, dans les deux 
sexes, une teinte d'un brun-vert sale. Chez beaucoup de cadavres, 
surtout chez les asphyxiés, un fluide écumeux et sanguinolent, mêlé à 
une certaine quantité de bulles d'air, est expulsé du nez et de la 
boocbe. En même temps, on voit des taches vertes plus ou moins 
grandes envahissant avec une grande irrégularité, le dos, les extré- 
mités infériearesy la cou, les parties latérales de la poitrine. 



32 PARTIE TUANATOLOGIQUE. 

à" Après huit à douze jours, toutes ces Uiches s'élargissent, se 
réunissent et couvrent tout le corps en defenant plus foncées et en 
exhalant à mesure une odeur plus forte. A quelques places, surtout 
à la figure et au cou et à la poitrine, ces taches commencent à prendre 
une teinte vert rouge, parce que le sang décomposé est épanché daiis 
le tissu cellulaire. Les gaz produits par la putréfaction commencent à 
se développer et enflent le ventre. Ce sont ordinairement, mais pas 
toujours, des gaz inflammables, l'hydrogène sulfuré et phosphore. Si, 
alors, on fait une piqûre sur les téguments gonflés, et qu'on allume 
le gaz qui sort, on peut, pendant un certain temps, entretenir une 
lumière. La cornée est aflaissée et concave, mais on peut encore re- 
connaître la couleur des yeux ; on ne peut plus constater, chez les 
fœtus non à terme, si la membrane pupillaire a disparu. Le sphincter 
de l'anus est ouvert. A certains endroits, surtout aux extrémités, au 
cou et à la poitrine, à travers la peau restée plus claire, on aperçoit 
des sillons d'un rouge sale formés par les veines et renfermant des 
bulles d'air. Les ongles tiennent encore ferme. 

60 Après quatorze à vingt jours, la couleur d'un vert grenouille et 
d'un rouge brun, est uniformément étendue surtout le corps. L'épi- 
derme est en partie soulevé par bulbes de la grosseur d'une noix, en 
partie tout à fait détaché dans l'étendue de 50 centimètres au plus. 
Des vers innombrables couvrent tout le corps et cherchent surtout les 
plis et les ouvertures naturelles. La production des gaz a tellement 
augmenté que le ventre est gonflé comme un ballon, ainsi que la 
poitrine*, tout le tissu cellulaire est soufllé, tout le corps est mons- 
trueux. 

Les traits de la figure ne peuvent plus se reconnaître. Ceux qui 
ont connu le sujet peuvent à peine établir son identité, car les pau- 
pières, les lèvres, le nez, les joues très gonflées changent toute la 
physionomie. De plus, la couleur des yeux n'est plus reconnaissable, 
riris et la pupille ne sont plus visibles, et l'œil montre, chez tous tts 
cadavres arrivés à ce degré de décomposition, une coloration d'un 
rouge sale uniforme dans la continuité de la sclérotique. Chez les 
hommes, le pénis gonflé a une dimension colosfale, et le scrotum 



SIGNES DE LA MORT. — PUTRÉFACTION DES ORGANES EXTERNES. 33 

peut atleiudre le volume d'one tête d'enfant-, les ongles sont déchaus- 
sés et facilement déracinables. Les téguments du crflne sont décollés. 

L'envahissement de ee degré avancé de putréfaction dépend beau-*» 
coup de la température. Ainsi cet état peut se présenter après huit à 
dix jours, quand la température est de 16 à 20 degrés ; tandis qu'il 
n'arrive qu'après vingt à trente jours, quand la température est de 
à 8 degrés. 

Nous avons déjà dit que dans cette période de putréfaction le ca- 
davre est criblé de vers, et il n'est pas rare de voir, quand il est resté 
en plein air ou dans l'eau, qu'il a servi aussi à la nourriture d'autres 
animaui. Ce sont principalement les rats de terre et d'eau ; puis les 
chiens, les chats, les oiseaux de proie, les renards et les loups. On 
trouve alors les traces de la voracité de ces animaux à la poitrine et 
au ventre qui sont ouverts, et aux membres où souvent des parties 
entières semblent préparées anatomiquement jusqu'aux os. Ces ouver- 
tures de cavités, ces blessures de téguments ne pourront être confon- 
dues avec les blessures Iraumatiques, Notons que nos poissons de 
rivière ne mangent pas de cadavre. 

Ces phénomènes décrits, on pourra déclarer avec quelque assu- 
rance, ajant égard aux températures et milieux différents, que l'indi- 
vidu est mort au moins depuis quatorze jours, mais pas qu'il est 
mort au plus depuis vingt jours ; car ce degré de putréfaction se 
conserve, en général, très longtemps, plusieurs semaines et même 
plusieurs mois, et passe très insensiblement à la période suivante, 
contrairement à ce qui a lieu pour les périodes précédentes. 

On ne peut déterminer avec assurance si un cadavre putréfié 
fut est vert y gonflé et excorié y est mort depuis un, ou trois y ou 
même cinq mois, 

6* Après quatre à six mois, ou plus tôt pour les cadavres qui ont 
séjourné dans un milieu chaud et humide, survient la phase de colli- 
«(iialion putride. Les téguments des cavités sont crevés par le déve- 
loppemenl continuel des gaz, et les cavités thoracique et abdominale 
sont ouvertes. Les sutures du crâne même ont cédé à la pression, et 
\e cerveau a coulé. Les cavités de l'orbite sont vides. Toutes les par- 

II. 3 



SA PARTIE THAKATOLOGIQUE. 

lies molles sont en bouillie et, pins tard, se dissolvent tout à fait et 
disparaissent. Des os entiers, surtout ceux du crâne et des extrémi- 
tés, sont à nu. Les os des extrémités sont souvent, déjà à cette époque, 
détachés de leurs articulations par suite de la destruction des ligaments 
et des aponévroses. Il n'y a plus une trace de physionomie. On ne 
peut plus reconnaître s'il y avait des seins de femme ; de plus, comme 
les organes génitaux extérieurs sont tout <^ fait détruits, on ne peut 
plus fixer le sexe du cadavre par son hahitus extérieur, excepté 
lorsque, ce qui arrive quelquefois, la disposition des poils au pubis 
peut encore être reconnue. On sait qu'une interruption nette des poils 
indique le sexe féminin, tandis que la continuation des poils jusqu'à 
l'ombilic indique le sexe masculin. On peut du reste, si on fait l'autop- 
sie, vérifier le sexe d'un cadavre par la présence ou l'absence de 
l'utérus (Voir de la 14' à la 16« obs.) (1). 

SaponiHcation. 

La putréfaction colliquative s'arrête quelquefois par la saponifica- 
tion. Cela arrive surtout quand le cadavre gît dans l'eau ou dans un 
terrain très humide, et d'autant plus facilement que le corps est plus 
gras ; aussi est-ce plus fréquent chez les enfants que chez les adultes. 
Outre ces deux circonstances, il en est d'autres qui sont inconnues 
et en vertu desquelles certains cadavres se saponifient plus tôt que 
d'autres placés dans les mêmes conditions. 

Il y a saponification lorsque l'acide oléique se combinant à l'am- 
moniaque, il se forme le gras de cadavre , l'adipocire (2). Il est 
difficile de déterminer, en général, à quelle époque ce phénomène 
de saponification commence. Il est certain que les fossoyeurs du 
cimetière des Innocents à Paris, dans lequel on fit pour la première 
fois des expériences sur le gras de cadavre (Fourcroy), se sont trom- 
pés en assignant le terme de trente ans â la production de ce*savon. 

(1) Pour 1« procédé particulier de putréfaction des noyés, voir la partie spéciale, 
et, plus loin, la putréfaction du fruit dans la matrice. 

(2) Sur la théorie de la formation de l'adipocire, voir Orfila, /oc. cil. Une analv^e 
chimique de WetliereU, im Arch. der Phartnacie^ 1857, février, p. 203. 



SIGNES DE LA MORT. — PUTIIÉFACTION. — SAPONIFICATION. 35 

Quand il se forme, c*est beaucoup plus tôt. M. Devergie dit : « Il 
faut un an environ pour obtenir la transformation en gras de la totalité 
d'un noyé, et trois ans à peu près dans la terre pour arriver à ce ré- 
sultat. > Quant à moi, je puis citer, parmi mes observations propres, 
outre Texemple d*un cadavre (SO"" obs.), qui présenta une saponifica- 
tion partielle après quelques semaines, le cas d'un enfant nouveau-né 
qui n'était resté enterré, dans un jardin, que pendant treize mois dans 
un terrain très humide, enveloppé dans de grosses toiles, et dont un 
tiers du corps était déjà saponifié (voir lA*" obs.). Enfin j'ai vu récem- 
ment un cas présenté par un fruit venu avant terme, dont le cadavre 
était enveloppé d'adipocire ; ce fruit n'avait été enterré que depuis 
six mois et demi dans un jardin. Je crois donc devoir admettre que la 
saponification n'a pas lieu en moins de trois à quatre mois dans l'eau, 
et en moins de six mois dans un terrain humide. Je veux parler de la 
saponification totale ou presque totale, car ce phénomène commence 
plus tôt à se manifester. 

Une fois formée, cette saponification ne peut pas être méconnue. 
C est un produit homogène blanc ou blanc-jaunâtre, gras, s'affaissant 
sous la pression du doigt, mou, fondant à la chaleur, d'une odeur qui 
n'est pas désagréable et qui rappelle celle du fromage. Les muscles et 
leurs aponévroses présentent les premiers cet état; mais il n'y a pas 
un seul organe, soit interne, soit externe, qui y échappe. Les parties 
saponifiées deviennent une masse informe, dans laquelle on ne peut 
plus reconnaître le type original. 

D'après les expériences de Gûntz, le gras du cadavre a un volume 
et un poids plus considérables que ceux de la graisse que possédait le 
corps. C'est une circonstance importante quand on veut fixer l'âge 
d'un nouveau-né par le poids du cadavre; c'est d'autant plus à noter 
que le cadavre, retiré de la terre et saponifié, est déjà rendu plus lourd 
par le terreau qui y adhère. Je n'ai jamais vu un cadavre complète^ 
mtni saponifié, ce qui s'accorde avec ce que dit M. Devergie (4). 

;l) Ubf. de Mponification. 14% 15% 26% 29% 30% 320« obs. 



36 PARTIE THANATOLOGIQUE. 



Mornincatioii. 



En n'ayant égard qu'à la conservation du cadavre, il n'est pas 
étonnant que l'on ait divisé la momification en grasse et en sèche (1). 
Mais la « momification grasse » ou saponification est visiblement et 
chimiquement tout à fait différente de la momification proprement 
dite ; aussi doit-on séparer ces deux phénomènes, quoique nous les 
ayons trouvés réunis sur le même cadavre (26*" obs.). 

On appelle momification cette dessiccation complète particulière du 
cadavre au moyen de laquelle il conserve son aspect général et même 
sa physionomie quoique défigurée, et il revêt une couleur brun-rouille. 
La peau devient alors sèche, dure comme du parchemin, fermement 
adhérente aux os. L'odeur n'est pas du tout celle des cadavres putréfiés, 
mais celle du vieux fromage. Les organes internes, en partie disparus^ 
sont transformésen une masse noire brune, sèche, et sont impossibles à 
reconnaître à l'œil nu ; dans la partie abdominale surtout, les viscères 
réunis en une seule masse sont difficiles à distinguer.Toussainta fait des 
recherches microscopiques et chimiques sur la momification, qu'il a 
jointes à celles qui existaient déjà dans la littérature médicale (2). 

Les Egyptiens savaient déjà que ce phénomène pouvait être pro- 
duit artificiellement par des injections d'arsenic et par d'autres mé- 
thodes d'embaumement. Mais les conditions générales de la momi- 
fication naturelle sont très peu connues même maintenant. Elle se 
présente sur les cadavres renfermés dans les caveaux et sur ceux qui 
sont exposés, n'importe de quelle manière, à un courant d'air dessé- 
chant. On peut en voir un exemple sur un cadavre qui repose depuis 
soixante ans à Charloltembourg, près de Berlin, dans un caveau 
fermé seulement par une grille de fer, et qui est parfaitement con- 
servé et momifié. D'un autre côté, la momification s'observe aussi sur 
des cadavres qui sont soustraits au contact de l'air et enfermés dans 

(t) Siebenliaar. Encyclop. Ilandbuch dcr gcr. Arzneik. Leipzig, 1838, I,p.474. 
(2) Voir mon journal {Vierleljahrsschrift, 1857, XI, p. 203). 



SIGNES DE LA MORT. — PUTRÉFACTION. — MOMIFICATION. 37 

des cercueils, etc. (1). On ne peut douter que des cadavres se momi^ 
fient facilement dans du sable chaud et desséchait, et il n*est pas 
incroyable, comme on le raconte, que des caravanes entières ayant 
été enfouies dans les sables de TÂrabie, aient été retrouvées momifiées 
longtemps après, car une très haute température, jointe surtout à 
une grande sécheresse, semble favoriser ce phénomène de la momi- 
fication ; de même que le courant d'air continuel, elle amène Tévapo- 
ration des fluides du cadavre.' On dit que les enfants se momifient 
plus vite que les adultes, les femmes plus vite que les hommes, les 
personnes maigres plus vite que les personnes grasses. 

Rieke prétend que le phénomène de la momification naturelle a 
lieu dans les cimetières de Stuttgart; il dit que, quant à Tinfluence 
du genre de vie qu'a mené le décédé, les fossoyeurs lui ont confirmé 
le mot de leurs collègues dans la scène admirable de Hamlet : < La 
putréfaction d'un tanneur dure neuf ans complets. > Cependant nous 
attendrons des observations plus exactes que celles des fossoyeurs. 

La momie une fois formée peut se conserver des milliers d'années ; 
aussi ne peut-on pas dire, même approximativement, depuis combien 
de temps est mort un corps momifié; et si on se contente de dire : la 
mort a eu lieu il y a plusieurs années, la justice ne sera guère éclairée. 

Pour ce qui regarde l'autopsie légale, ce qui est surtout impor- 
tant c'est la momification du cordon des nouveau-nés et la momi- 
fication provenant de l'arsenic. Nous y reviendrons plus bas dans la 
partie spéciale. 

b. Intérieurement. 

Les organes internes ne subissent pas la putréfaction au même mo- 
ment ni au même degré. Leur structure hislologique différente, la 
quantité différente de sang et des autres fluides qu'ils contiennent, 
leur position profonde ou superficielle qui changent les conditions 

1) D*après ce qu'assure le professeur Demaria, l'éditeur de la traduction italienne 
de cet ouvrage, la momiflcation des cadavres est assez fréquente dans quelques loca- 
lilèi du Piémont. M. Demaria en cite plusieurs exemples. ^ 



3s PAUTIE THANATOLOGIQUE. 

(l'imbiliitîon d*après les lois physiques, enfia la possibilité plus pu 
moins grande du contact de Tair atmosphérique, sont autant de causes 
de différences importantes. Il y a des organes qui ont besoin de vingt 
ou trente fois plus de temps que d'autres pour se putréfier complète- 
ment; aussi, au moyen de la chronologie de la putréfaction des organes 
internes, on peut juger Tépoque de la mort avec plus de certitude 
qu'au moyen des phases de la putréfaction des organes externes. Et je 
me crois autorisé à donner la description suivante de ce phénomène, 
d'après mes nombreuses observations sur le cadavre, indépendamment 
de ce qu'ont dit les auteurs qui se sont occupés de cette question 
(Bichat, Orfila, Devergie, Gûntz, Hébreard). 

l"" L'organe interne attaqué le plus tôt par la putréfaction est la 
trachée y y compris le larynx. 

Chez les cadavres frais ou qui n'ont que quelques taches verdàtres 
isolées sur les parois de l'abdomen, la muqueuse de la trachée a encore 
dans toute son étendue, jusque dans les ramifications des bronches, sa 
couleur blanchâtre qu'elle prend aussitôt après la mort, excepté lors- 
que la mort est survenue par suite d'une asphyxie ou d'une laryngite. 
Mais si la décomposition est plus avancée, quoique le cadavre pa- 
raisse encore frais et ne présente qu'une couleur verdàtre sur l'ab- 
domen, par conséquent, en été, après trois à cinq jours, et, en hiver, 
après six à sept jours; tandis que l'on trouve tous les autres organes 
intacts et dans leur état naturel, déjà la membrane muqueuse de la 
trachée change de couleur, elle devient d'un rouge cerise ou d'un 
rouge brun sale, sans qu'on puisse y distinguer, même avec une loupe, 
des vaisseaux injectés. Je ne puis dire si ce phénomène est produit 
par irabibilion ou par le contact direct de l'atmosphère. 

Que l'on se garde de prendre pour une injection capillaire ou le 
résultat d'une asphyxie, ce qui n'est qu'un simple phénomène cadavé- 
rique primitif. Les différences d'âge , de constitution , de genre de 
mort, n'ont pas d'influence sur la manifestation de ce phénomène. Plus 
tard, quand la putréfaction est plus avancée, la muqueuse de la trachée 
devient d'un vert olive, les cartilages du canal se séparent les uns des 
autres jusqu'à ce qu'enfin ils disparaissent dans la dissolution générale. 



SIGNES DE LA MOBT. — PUTRÉFACTION. — ESTOMAC. 39 

2"* Le cerceau des nouveau-nés et celui des enfaals n'ayant pas 
plus d'un an, vient en seconde ligne parmi les organes qui sont pu- 
tréfiés le plus vite. Il est vraisemblable que la structure de cet organe 
chez les petits enfants favorise cette décomposition hâtive; ajoutons 
cette circonstance importante, que Tair atmosphérique peut facile- 
roeut pénétrer dans la cavité crânienne par les fontanelles, qui ne sont 
encore couvertes que de membranes. On comprend alors pourquoi 
cet organe, chez les enfants, se putréfie plus vite que chez les 
adultes, qui ont un cerveau plus dur et abrité du contact de Tair par 
une voûte osseuse continue. 

S'il y a seulement chez ces enfants une légère couleur de putréfaction 
à l'extérieur, quand même tous les autres organes seraient intacts, le 
cerveau est déjà décomposé. Il ne remplit plus la cavité crânienne, il 
est devenu une bouillie plus ou moins fluide, de couleur rose, et s'é- 
coule dès que Ton sépare les os du crâne, sans que l'on puisse distin- 
guer ses différentes parties. Cette circonstance peut être très fâcheuse 
quand il s'agit de déterminer le genre de mort d'un nouveau-né. 

3* Il n'y a pas d'organe, dans les cadavres que l'on trouve> d'une 
forme plus différente que V estomac. Tantôt petit , tantôt grand ; 
tantôt boursouflé de gaz, tantôt affaissé; tantôt plus ou moins rempli 
d'aliments, tantôt vide; jamais deux estomacs ne se ressemblent. 
ajoutons que l'estomac se pénètre avec la plus grande facilité des 
matières colorantes, de sorte que sa muqueuse présente les couleurs 
les plus différentes : jauni par le pigment de la bilO', noirci ou 
bruni par les médicaments, par les fruits; rougi par le vin, etc. 
Sans parler des changements que cette muqueuse peut présenter par 
l'influence de maladies, catarrhes, inflammations, poisons cautéri- 
sants, et du phénomène cadavérique le ramollissement gélatiniforme . 

n faut savoir tenir compte de ces différents aspects que peut pré- 
senter l'estomac pour pouvoir apprécier avec exactitude les change- 
ments apportés dans cet orga^ne par suite de la putréfaction. 

L'estomac se putréfie très vile. Les premières traces de la décom- 
position se montrent déjà après quatre à six jours par des taches 
isolées, d'un rouge sale, pas circonscrites, irrégulières, plus ou moins 



40 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

• 

grandes, jusqu*à la dimension de la paume de la main à rextréroité 
splénique, dans laquelle on aperçoit quelques sillons d*un bleu rouge 
qui parcourent, en serpentant, l'étendue des taches. Tous ces phé- 
nomènes se voient d'abord à la partie postérieure où ils se joignent à 
Thypostase, puis, bientôt, aux parois antérieures. En môme temps, 
il se forme , à la petite courbure, des sillons rouges semblables. 

Il est important de bien connaître ces altérations, afin d'éviter les 
erreurs dans les cas d'empoisonnement. Les « stases sanguines, » 
même les c traces d'inflammation, i» de beaucoup d'auteurs alléguées 
comme des symptômes d'asphyxie dans la suspension et la submer- 
sion, ne sont autre chose que les résultats du phénomène de la pu - 
tréfaction commençant de bonne heure. 

Lorsque le phénomène de la putréfaction avance, la couleur rouge 
sale est remplacée par la couleur noir gris, et le tissu de l'organe 
se ramollit d'une manière uniforme dans toutes les couches. 

Jamais je n*ai vu la membrane muqueuse se décoller (excoriation) 
du tissu musculaire par le fait de la putréfaction, comme cela a lieu par 
rînfluence des poisons corrosifs ; ce que Ton ne doit pas confondre 
avec le seul boursouflement emphysémateux que produit la putréfaction. 

A* Les intestins viennent après l'estomac dans la chronologie de 
la putréfaction, et, tout ce que nous avons dit de l'estomac se rap- 
porte au reste du tube digestif (1). La coloration connue du pigment 
de la bile, et qui a lieu par endosmose dans les parties voisines de la 
vésicule du Rel, ne peut pas induire en erreur. Mais la coloration due 
à l'hypostase sanguine des anses de l'intestin que l'on aperçoit quand 
on tire en haut les intestins pourrait plus facilement tromper. 

(1) Je ne me rappelle pas avoir jamais trouvé des portions d'intestin putréfiées 
plus tdt que l'estomac. Le cas suivant montrera combien est importante celte chro- 
nologie de la putréfaction. Dans un cas d'empoisonnement douteux, par le vin de 
colchique, les experts avaient admis « inflammation et gangrène de l'estomac, » au 
lieu de mettre sur 1$ compte de la putréfaction, indubitable du cadavre « la rou- 
geur foncée et la friabilité du tissu de l'estomac, » parce que le reste du tube 
digestif n'était pas encore putréfié. Cette « gangrène a alléguée fut cause que l'af- 
faire passa devant toutes les instances légales, et il fallut rectifler l'erreur des experts 
par un supe^arbitre de la députation seientiflque. 



SIGNES DE LA MORT. — PUTRÉFACTION. — CERVEAU. 41 

La putréraction commençant, les intestins deviennent bruns fon- 
cés; ils se crèvent, laissent écouler leur contenu, deviennent pâteux 
et se changent enûn en une bouillie foncée, sans forme. Orfila dit que 
chez des cadavres exhumés, qui ne présentaient plus aucune trace 
d'organe dans la poitrine, il a trouvé quelques restes de tubes intes- 
tinaux. Je crois qu*il y a ici une erreur, qui est très facile, dans l'exa- 
men des organes d*un cadavre exhumé après longtemps. 

ô"" Dans la plupart des cas, la rate se conserve plus longtemps 
que l'estomac et les intestins, quoique quelquefois elle se putréfie 
plus tôty ce qui semble dépendre de son état plus ou moins sain. Il 
est certain qu'elle doit être comptée parmi les organes qui se putré- 
fient vite. Elle devient molle et, plus tard, se change en une véritable 
pâte, se laisse écraser facilement sous le doigt ; en la ratissant avec 
le manche du scalpel on en enlève des morceaux. Par suite des pro- 
grès de la putréfaction elle revêt une couleur vert bleu. 

^ Uépiploon et le mésentère résistent un peu plus longtemps à 
l'infloence de la putréfaction. Ils peuvent même rester encore quel- 
ques semaines après la mort assez bien conservés, lorsque les sujets 
sont maigres. Mais, lorsqu'ils sont gras, ils se putréfient vite. Alors 
ib deviennent d'un gris vert et secs. 

7** Ordinairement on trouve le foie, encore quelques semaines 

après la mort, ferme et dur. Chez les nouveau-nés il se putréfie plus 

tôt que chez les adultes. La décomposition commence à la surface 

convexe, et paraît sous une couleur vert luisant qui s'étend sur tout 

l'organe, puis cette couleur passe et le foie devient noir ; en même 

temps, le sang qu'il contient diminue par l'évaporation comme dans 

tous les organes qui se putréfient, et le parenchyme devient plus ou 

moins pultacé. Le tissu de la vésicule du fiel se conserve longtemps ; 

mais, quand elle ne contient pas de concrétions, elle s'affaisse sur 

elle-même, par suite de l'évaporation et de la transsudation de la bile. 

8* Ce n'est qu'ici qu'arrive, dans Tordre de la putrescence, le 

cerveau des adultes. Après la mort il s'affaisse, et, à mesure que sa 

putréfaction augmente, cet affaissement devient plus considérable. Les 

premièret traces de la décomposition se montrent non à la surface. 



42 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

mais à la base du cerveau , par une couleur vert clair qui se continue 
de bas eu haut dans tout le cerveau ; elle envahit de la substance cor- 
ticale à la substance médullaire. Après deux à trois semaines (à une 
température moyenne), le cerveau se ramollit, mais il reste ordinai- 
rement plusieurs mois chez les adultes avant de se changer en cette 
bouillie rose que présente si vile le cerveau des nouveau-nés. 

Le cerveau qui a été blessé et qui, par conséquent, se trouve en 
contact avec l'air, se putréfie beaucoup plus tôt, comme cela arrive, 
du reste, pour tous les organes blessés; cette dernière circonstance 
peut s*opposer à un examen minutieux des plaies de tête pénétrantes. 

Les organes nommés jusqu'ici appartiennent à la catégorie de ceux 
qui se putréfient vite. Dans la catégorie de ceux qui se putréfient 
lentement, on compte : 

9** Le cœur. — Lorsque déjà, quelques semaines après la mort, 
estomac, intestins, foie, etc., sont avancés dans la putréfaction, on 
trouve encore cet organe dans sa fraîcheur et présentant très distinc- 
tement toutes ses parties. Mais il est plat et affaissé, ordinairement 
exsangue ou contient du sang huileux. Puis peu à peu, d'abord les 
colonnes charnues, ensuite les parois se ramollissent. L'organe devient 
mou, verdâtre, gris et, enfin, noir. La liqueur du péricarde s'évapore 
quand la putréfaction est un peu plus avancée, et le péricarde est sec. 
Mais il faut plusieurs mois après la mort pour que le cœur présente 
ces derniers degrés de putréfaction. 

lO*" A peu près en même temps que le cœur, quelquefois plus tôt, 
les poumons commencent à montrer les indices de la décomposition. 
Des cadavres qui extérieurement présentent des degrés de putréfac- 
tion avancée, une couleur vert foncé, l'épiderme décollé, etc., offrent 
encore souvent des poumons assez bien conservés, de sorte que 
l'on peut bien reconnaître leur structure, quoique l'on ne retrouve 
plus de sang. Ce fait est important pour écarter les objections des 
purs théoriciens (Henke et tous ceux qui l'ont imité), alléguées contre 
le degré de confiance que l'on doit attribuer aux épreuves hydrosta- 
tiques de la docimasie pulmonaire. Car si les poumons d'un nouveau- 
né, dont le cadavre est encore frais ou même présente quelques traces 



SIGNES DE LA MORT. — PUTRÉFACTION. — POUMONS. A3 

de putréfaction, nagent sur l'eau, il est absurde de prétendre qu'ils 
nagent grâce aux gaz développés par la putréfaction, puisque les pou« 
mons, encore une fois, se putréfient très tard. 

Néanmoins on ne doit pas, dans certains cas, méconnaître l'inQuence 
delà putréfaction des poumons. Les premières traces se montrent par 
l'apparition de petites vésicules, de la grandeur d'un grain de millet 
à celle d'un haricot, qui soulèvent la plèvre et sont très faciles à 
constater; on possède ainsi un très bon signe diagnostique de la 
putréfaction de cet organe. D'abord ces petites vésicules sont isolées 
çà et là y plus tard elles deviennent plus nombreuses, de sorte que 
Ton trouve des parties entières du poumon qui en sont couvertes, 
i;urtout â la partie inférieure. 

Au commencement, malgré le développement de ces vésicules, la 
couleur n'est pas changée ; mais au bout d'un certain temps cette 
couleur devient plus foncée, vert bouteille et enfin noire. En même 
temps que cette coloration devient plus foncée, le parenchyme se 
détruit. Les poumons deviennent mous, s'affaissent à cause de l'éva- 
poration de leur contenu fluide, et enfin ils se décomposent tout à fait. 

J'ai observé quelques exceptions à cette règle; comme elles sont, 
en général, très rares, je vais les citer. 

Des. 10, il, 12 et 13. — Putréfaction précoce des poumons» 

Obs. 10*. — Un enfant nouveau-né, du sexe féminin, fut trouvé mort dans Teau. La 
mort avait eu lieu par apoplexie cérébrale. Le corps avait déjà quelques taches vertes 
aux téf^ments du ventre, mais était encore bien frais et sans odeur de putréfac • 
tion. Néanmoins nous trouvâmes de petites vésicules d'air à la surflice des poumons. 
Mais tous les signes de la docimasie pulmonaire étaient si nets et si convaincants, 
que nous n'hésitâmes pas â déclarer que Tenfant avait respiré et vécu, ce qui fut, 
plus tard, complètement confirmé. 

Obs. 1 1*. — Dans un autre cas, chez un enfiint qui était né à terme et mort 
d*apoplexie cérébrale, très probablement à cause de l'étranglement du cou par le 
conion , nous trouvâmes sur les poumons du cadavre encore frais de nombreuses 
vésicules d'air, surtout à la surface du poumon gauche, l'une de ces vésicules même 
iUeifnait la grandeur d'un haricot blanc. 

Obs. 12*. — H fut réellement surprenant chez un enfant né à terme, dont 
k cadavre (au mois d'avril, à une température de 9 à 10 degrés) montrait 



44 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

seulement quelques lividités sur le dos , mais pas la moindre coloration verte 
des téguments abdominaux, de trouver des vésicules do putréfaction sur le pou- 
mon qui, (lu reste, était encore tout à fait frais. L'une d'elles, à la base du poumon 
g^auchc, avait la grandeur d'nn petit pois ; six ou neuf autres, à la base du poumon 
droit, avaient la grandeur d'un grain de millet. L'enfant, du reste, avait vécu et 
(Hait mort d'apoplexie bientôt après la naissance. 

ObS. 13^. — Un 4^ cas se rapporte à un enfant nouveau-né à terme, trouvé mort 
le 27 avril, dans la rue : (temp. de 8 à 10 degrés) les téguments abdominaux étaient 
déjà colorés en vert, et les poumons encore tout à fait frais, comme on pouvait s'y 
attendre, leur couleur était rose claire, marbrée de bleu, ils remplissaient la cavité 
thoracique, crépitaient à la pression, et à l'incision laissaient échapper une écume 
sanguinolente. Mais la base des deux poumons était couverte de vésicules de ia. 
grandeur d'un grain de millet qui, comme toujours, soulevaient la plèvre et figu- 
raient des perles blanches. 

Il'' Après les poumons et le cœur, les reins sont saisis par la pu- 
tréfaction. Ces organes durs et fermes seront toujours trouvés frais 
dans les cadavres qui ne présenteront que des commencements de 
putréfaction. Quand ce phénomène se manifeste en eux, ils revêtent 
d*abord une couleur chocolat, puisse ramollissent; mais on peut en- 
core bien reconnaître leur texture, et ce n*est que très longtemps 
après la mort qu'on les trouve pâteux, faciles à déchirer et d*une 
couleur vert noirâtre. 

12* La vessie se conserve encore plus longtemps que les reins; 
qu'elle soit vide ou pleine, elle ne commence à se putréfier que lors- 
que tous les organes mentionnés jusqu'ici sont déjà décomposés. 

1 3"" Vœsophage ne se putréfie pas en même temps que le resle du 
tube digestif; il résiste très longtemps à la décomposition, et même 
après plusieurs mois on le trouve encore assez résistant, mais coloré 
seulement en gris vert sale, alors que l'estomac et les intestins ne 
peuvent plus être l'objet d'un examen exact. 

14" Le pancréas, — Il faut que tout le cadavre soit déjà putréfié 
pour que cet organe soit envahi par la putréfaction. Il revêt alors une 
couleur rouge sale, reste longtemps ainsi jusqu'à ce qu'enfin il par- 
ticipe à la destruction générale. 

ib*" Le diaphragme se putréfie excessivement tard. Il a bien, 
dans les premières semaines après la mort, des taches vertes ; mais 



SIGNES DE LA MORT. — PUTRÉFACTION. UTÉRUS. 45 

uu peut très bien encore, après quatre à six mois, distinguer sa slruc- 
ture musculaire et aponévrotique. 

16** Le système vasculaire des petites branches échappe à l'obser- 
vation dans les organes putréfiés, mais les grosses branches, surtout 
les grosses artères, sont décomposées presque les dernières des parties 
molles. M. Devergie (1) raconte l'exemple d'un cadavre qui, exhumé 
nprùs quatorze mois, présentait encore une aorte très facilement re- 
counaissable. 

JT" Enfin, je dois déclarer, contrairement à ce que dit Orfila, que 
l'organe qui résiste le plus à la putréfaction est Vutérus, On le trouve 
encore intact, frais et ferme, d'un rouge sale, et bien conservé, à 
une époque où tous les autres organes échappent à l'observation, par 
suite des désordres apportés par la putréfaction. Le cas que nous 
rapportons plus bas (15"^ obs.), est très remarquable : il prouve com- 
bien ce fait peut devenir important, quand il s'agit de constater, 
longtemps après la mort, une grossesse douteuse. 

Les utérus des nouveau- nés ne font pas exception. Ce sont ces 
cadavres de nouveau^nés que nous voyons le plus souvent à des 
phases avancées de putréfaction. On les jette dans les lieux, dans les 
cloaques, dans les ruisseaux ; on les enterre dans les caves, dans les 
jardins, etc., et ils sont ensuite trouvés longtemps après. Nous trou- 
îâmes toujours, même lorsque la putréfaction était complète, la ma- 
trice bien conservée, de sorte qu'il était encore possible de déter- 
miner le sexe du fruit, quoique les parties génitales externes fussent 
détruites. On trouvera, dans les observations suivantes, des preuves 
évidentes de cette Conservation de la matrice. 

Obs. 14. — Formation de gras de cadavre. Utérus rcconnaissable. 

Au mois de mars on exhuma d'un jardin humide un fruit du sexe féminin. Le 
corps était tout noir, et la surface ne pouvait ôtre débarrassée de toutes les par- 
celles de paille et de plante qui y adhéraient. La tète était détachée, et on ne pré- 
senta à l'aulopsic que quelques os du crûne. Il va sans dire qu'extérieurement on 

(I) Loc. cil. 



46 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

ne pouvait plus distinguer le sexe. Le tronc avait 40 centimètres et pesait 2 kilo- 
grammes. Les muscles du tronc et des membranes étaient saponifiés en gras de ca- 
davre. Les organes des cavités thoracique et abdominale étaient noirs et on ne 
pouvait plus les reconnaître, excepté la vessie vide que l'on pouvait très bien distin- 
guer. La matrice était très bien conservée, d'un rouge sale. Nous pouvions donc 
reconnaître le sexe du fruit et admettre que très vraisemblablement il était né à 
terme, et que, probablement, il était resté dans la terre plus d'un an. Ces conclusions 
ont été confirmées par l'instruction criminelle. 

Obs. 45. — Submersion dans une fosse d'aisance. Conservaiion de lutérus. 

Gras de cadavre» 

Une jeune fille qui avait dû être très jolie, ce qui peut expliquer les complica- 
tions deTafraire que nous allons rapporter, avait été, au mois de mars 18..., atteinte 
d'une pleurésie et devait être transportée à l'hôpital. Elle s'y était vivement opposée 
et avait dit qu'elle aimerait mieux mourir tout de suite. 

Le même soir, le 21 mars, elle avait tout à coup disparu. Toutes les recherches 
pour la retrouver furent vaines, et le bruit courut qu'elle était devenue enceinte 
par suite de ses rapports avec un homme marié qui restait dans la maison, et que 
celui-ci l'avait fait disparaître. Mais on ne put constater ce qu'il y avait de vrai dans 
cette rumeur. 

Au mois de décembre de la même année, ainsi près de neuf mois après, les lieux 
de la maison furent vidés. On trouva dans la fosse un corps humain tout à fait pu- 
tréfié ; on soupçonna que ce pouvait être celui de la fille disparue au printemps, et 
la justice demanda l'exploration médico-légale de ce cadavre. Je ne crois pas avoir 
jamais eu l'occasion d'observer un cadavre présentant un tel degré de putréfaction. 
Même les garçons du service, si habitués à cette odeur, sentirent peut-être, pour la 
première fois, un dégoût invincible. Le crâne, le maxillaire inférieur, les membres 
inférieurs étaient, en grande partie, dénudés par la macération, détachés de leurs 
articulations ; ce qui restait des parties molles n'était que des lambeaux infects et 
méconnaissables. On ne pouvait naturellement pas faire une autopsie. Mais le juge 
posait cette question : Est-il encore possible^ de vérifier si cette fille, à l'époque de 
sa mort, était enceinte? J'espérais pouvoir répondre à la question, et on ouvrit 
l'abdomen. Les muscles étaient saponifiés, les intestins présentaient une masse noire 
et huileuse dans laquelle on jne distinguait plus les différentes parties ; le foie, la 
rate et les reins avaient subi la même transformation. Nous trouvâmes l'utérus rose 
clair, dur et épais, de la grandeur d'un utérus vierge ; sa forme, que l'on distinguait 
très bien, était normale, sa cavité vierge et iHde- Bien qu'on ne put pas dire quel 
avait été le genre de mort de cette fille, nous pouvions cependant déclarer avec 
certitude qu'à l'époque do sa mort elle n'était pas enceinte. Celte déclaration lit 
tomber les soupçons que l'on avait sur le soi-disant père et assassin, un homme du 
reste qui, jusque-là, avait joui d'une bonne réputation. 



SIGNES DE LA MORT. — PUTRÉFACTION. ^ UTÉRUS. &7 

Obs. 16. — Restes du cadavre d'un nouveau-né. Utértts conservé. 

Le 7 juillet 18..., nous fîmes à Charlottenbourg Tautopsie d'un enfant nouveau- 
né , du sexe féminin, qui avait été tiré de la Sprée et que l'on disait être resté très 
longtemps dans l'eau. Sur la table de dissection se trouvaient, comme restes de la 
tête, simplement les os pariétaux. La colonne vertébrale, la jambe gauche, toutes 
I ^^S' côtes du cété droit, les deux mains avaient été rongées jusqu'au squelette par des 
rats d'eau, qui avaient mangé aussi tout le poumon droit. Les téguments abdomi- 
cft^ux étaient noirs, putréfiés ; le cordon, qui n'avait qu'un pouce et demi de longueur, 
ôt^it momifié. Ce qui prouve que le cordon une fois desséché, ne se ramollit plus, 
vxiéme par un long séjour dans l'eau. Tous les viscères de l'abdomen étaient trans- 
formés en une bouillie grise, excepté l'utérus qui était d'un rose clair ; c'était le 
seul organe qui fût tout à fait reconnaissable (Voir 25' obs.). 



h 



/ 



AS PARTIE THANATOLOGIQUE. 

CHAPITRE III. 

CAUSES DE MORT. 
S 1. Généralités. 

Il arrive souvent des cas dans lesquels l'examen le plus minutieux 
d'un cadavre ne monlre pas un dérangement matériel qui puisse ex- 
pliquer la mort. Ces exemples se présentent quand la mort a été la 
suite de mauvais traitements qui causent une maladie générale et qui 
finissent, après plusieurs semaines ou plusieurs mois, par amener 
la mort: Tintervalle de In maladie laisse aux traces des violences le 
temps de disparaître de la surface du corps. 

li arrive d'autres cas dans lesquels un homme a succombé à une 
mort violente parce qu'on l'a vu tomber malade et mourir au milieu 
de circonstances que l'on ne peut expliquer, et cependant la dissec- 
tion n'offre rien qui puisse prouver que la mort a été violente. Ce sont 
des cas qui embarrassent le médecin-légiste peu exercé. On ne trouve 
rien d'anormal ni à la surface du corps, ni dans les cavités crânienne, 
thoracique ou abdominale. De quoi le décédé est-il donc mort? 
Quelle conclusion peut- on faire? Le médecin déclarera-t-il qu'il ne 
sait pas? Qui dira à la justice comment un homme est mort, si l'ex- 
pert se déclare incompétent? 

Une telle déclaration d'incompétence, outre qu'elle ne rendrait 
aucun service à la justice et qu'elle compromettrait la dignité scien- 
tifique, indiquerait que l'on ne comprend pas le but judiciaire des 
autopsies médico-légales. Il importe peu à la justice qui guette la 
trace d'un crime et qui veut savoir la vérité, d'apprendre les causes 
physiologico-pathologiques de la mort ; par exemple, une fièvre ner- 
veuse, un marasme, qui certainement ne pourront pas être constatés 
parl'autopsie. Le juge a seulement besoin de savoir si la mort est arrivée 
par les voies naturelles, par suite d'une maladie (n'importe laquelle) ou 
par un moyen violent, artificiel, par la faute d'un tiers. Dans le pre- 
mier cas, naturellement, le juge abandonne l'affaire. Dans certains 



CAUSES DE MORT. — MORT VIOLENTE. 49 

cas il arrive que le juge, qui conaaii les anle acta^ denianJe des 
délails sur celte € maladie » admise par le médecin comme cause de 
mort, et désire, par exemple, savoir si elle a été la suite de mauvais 
traitements antérieurs. Si, alors, le médecin-légiste sait les antécé- 
dents, il ne lui sera pas difficile de juger la question. Nous en rap- 
porterons plusieurs exemples. 

Il n'y a que pour les cas, heureusement rares, dans lesquels on 
soupçonne que la mort a eu lieu ou a été accélérée par riropéritie 
des médecins, que Ton doit admettre une exception à la règle que nous 
avons posée et qui dit que la déclaration de c maladie » suffit dans 
le rapport. Ici il va sans dire que Ton doit rechercher par l'autopsie 
un diagnostic précis de la maladie mortelle et de sa période de déve« 
loppement. 

C'est seulement dans ces cas qu'il est nécessaire de faire une des- 
cription spéciale des altérations pathologiques, par exemple des tuber- 
cules, des* cavernes, des dégénérescences du foie, des reins, des tu- 
meurs, de la période des inflammatiojos, de la gangrène, etc. , tandis 
^e, dans toutes les autres autopsies, cette description spéciale est 
^Qperflue, et une description générale suffit. En efiTet, si l'on décrit 
avec détails une altération purement pathologique qui n'est pas du 
tout en rapport avec la mort violenté, par exemple, si l'on fait une 
description minutieuse d'une hydropisie de l'ovaire chez une femme 
foi a été étranglée, d'une maladie de Bright, chez un homme qui a 
^Çu une balle dans le cerveau, etc., cela ne sert qu'à prolonger, sans 
l^ulet sans profit, l'autopsie et le procès-verbal, et il faut se souvenir 
<|Qe l'autopsie doit être légale et non pas clinique « 

J s. «— Mort violente. 

Les cas dont nous venons de parler dans le paragraphe précédent 
forment la minorité des cas médico-légaux; le plus souvent on a 
^flaire aux morts violentes. La mort violente peut avoir lieu de six 
n^anières différentes. 

1* Mort par cause mécanique, — La plupart du temps cette mort 
n. 4 



* - T - - 



•> • 



60 ' PARTIE TIÎANATOLOGIQUE. 

est subite. L'harmonie de Torganisme est violemment dérangée en 
partie ou en totalité : par exemple, par l'écroulement de maisons, de 
murailles, d'échafaudages, de mâts de vaisseau; lorsque le corps est 
écrasé par une aile de moulin, paç une roue de machine, ou bien 
lorsque le corps est brûlé, lorsqu^il est broyé pat une voiture, un 
chemin de fer, lorsqu'il est atteint par une explosion de poudre (i)) 
lorsqu'un nouveau-né est empaqueté avec force dans une caisse, etc. 
La plupart des blessures par armes à feu appartiennent à cette caté-* 
gorie, surtout celles par lesqtielles le cerveau , le cœur, la moelle 
épinière, les gros vaisseaux, ou le poumon ont été atteints. 

Lorsque la mort ne survient pas par cause mécanique, elle a lieu 
par cause dynamique; mais on peut diviser ces causes dynamiques 
ainsi qu'il suit : 

2° Mort par neuroparalysie. — C'est juste l'opposé de la mort 
par cause mécanique, ainsi qu'on le voit sur le cadavre. Le méca* 
nisme général de l'organisme n'est nullement altéré par la neuro- 
paralysie (apoplexie nerveuse)^ on ne trouve aucun changement sur 
le cadavre. Les résultats de rautopj^ie sont tout à fait négatifs, et on 
arrive à la conclusion que ce genre de mort a eu lieu, par exclusion 
de toutes les autres causes, sans pouvoir le prouver positivement. On 
la rencontre souvent chez les noyés et les pendus. 

3<> Mort par inflammation, — La vie peut être terminée par 
l'inflammation d'un organe important et ses suites, telles que la sup- 
puration, l'épanchement, la gangrène, etc. C'est ainsi que finissent un 
prand nombre de blessures, celles du cerveau, des p^bumons, du foie, 
des intestins, du péritoine, etc.; ou bien ce mode de terminaison est 

(1) A Toplosion du laboratoire du préparateur de feux d'artifice D..., quatre per^ 
Sonnes périrent. D... eut toute la moitié gauche de la tôte fracturée et enlevée, son 
cadavre ne présenta pas d'autres lésions. Un ouvrier avait les os du crâne com- 
pli^tement écrasés, tandis que les téguments étaient intacts. J'ai observé ce phéno« 
mène deux fois dans les blessures à la tôte. La femme de D... a\aitété tuée vraisem- 
blablement par la chute d'une planche. Un autre ouvrier, qui était malade et était 
couché dans une baraque prés du laboratoire, fut lancé à cent piedi avec son Ut. 
Son cadavre était tout à fait niéconnaissabic, la télc fracturée, tous les membres 
écrasés. La baraque et le laboratoire avaient complètement disparu. 



• • . a . I 



CAUSES DE MORT. — MORT VIOLENTE. ÔJ 

ie résultat d'empoisonneineDts par des substances corrosives ou des 
brûlures graves. 

&* Mort par hypérimie. — Ce genre de mort s'observe lorsqu'il 
y a stase sanguine dans les viscères : 

a. Dans la cavité crânienne la mort peut être le résultat de la 
compression produite, soit par Thypérémie des vaisseaux (congestion 
cérébrale), soit pai un épanchement (hémorrhagie cérébrale). 

è. Dans la cavité pectorale, la mort peut arriver par apoplexie ou 
pir paralysie, lorsque la stase sanguine se trouve dans les poumons, 
le cœur ou les gros vaisseaux (asphyxie). 

L'apoplexie cérébrale peut être le résultat de blessures à la tôte, 
de la pendaison, de la strangulation, de la suffocation, des em- 
poisonnements par des substances narcotiques, de la congélation et 
quelquefois de la submersion. 

L*asphyxie est le genre de mort ordinaire dans la submersion, et 
en général lorsqu'il y a empêchement à Tentrée de Tair dans les voies 
aériennes. L'asphyxie est donc le genre de mort des personnes dont 
la poitrine est fortement comprimée, des gens qui meurent dans le 
teu et la fumée, de ceux qui succombent par suite de l'inspiration de 
gaz irrespirables et souvent aussi des gens pendus et étranglés. 

On sait qu'on trouve souvent les deux hypérémies dans le même 
cadavre. 

5" Mort par anémie. — Il y a anémie lorsque le sang est en si 
petite quantité que la vie n'est plus possible. Ici appartient la mort 
par hémorrhagie externe ou interne, quelle que soit leur cause, et la 
mort par inanition et privation de nourriture. 

Q"" Mort par dysémie. — Il est indubitable que la mort peul 
provenir de l'intoxication du sang, comme cela est démontre par 
1) micfoscopie et la chimie. L'autopsie montre quelquefois la dysémie 
par un aspect anormal du sang, mais cet aspect peut tromper. Une 
grande quantité de poisons ne tue pas autrement que par l'intoxi- 
cation du sang, par exemple dans les empoisonnements chroniques 
P^l'arsenic, l'acide prussique, l'alcool, probablement la plupart des 
^bloldes, certainement aussi le phosphore ; et il doit y en avoir encore 



52 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

beaucoup qui ont le même effet, quoique jusqu'à présent on ne Tait 
pas encore prouvé. C'est également par djscmie que meurent les 
individus qui, après de longues maladies et des opérations chirui^i- 
cales, sont atteints d'iofeclions purulentes (pyémie). Je n'ai pas besoin 
de dire que cette division des genres de mort n'est pas logique nosolo- 
giquement parlant. Une telle logique serait impossible, parce que 
plusieurs causes de mort peuvent exister sur un même individu. Par 
exemple, déchirement mécanique et blessure par arme à feu, lésion 
mécauique et asphyxie chez les écrasés, inflammation et dyséroie 
après des blessures, etc. Mais le besoin d'une certaine classiflcation 
des résultats de l'autopsie se fera toujours sentir, et celle que nous 
avons posée a pour die l'avantage d'une grande utilité en pratique. 



ÉPOQUE DE L*AUTOPSIE. 53 



SECTION II. 

ÉPOQUE DE L'AUTOPSIE. 

$ 1. — Moments opportam «I ioopportons» 

Comme toutes les autopsies, les autopsies légales doivent être faites 

peu de temps après la mort, avant que la putréfaction soit avancée et 

iiende difficile un examen approfondi. La législation recommande avec 

raison de faire l'autopsie vingt-quatre heures après la mort, car alors 

les signes de la mort sont déjà bien évidents et on n'a plus à craindre 

une mort apparente. Malheureusement h plupart des autopsies légales 

se font plus tard. Cela tient à ce que tantôt le cadavre n'est trouvé 

que bien plus longtemps après la mort; tantôt les formalités officielles, 

le transport du cadavre au local des autopsies, les difficultés qu'il y a 

â réunir les témoins nécessaires pour reconnaître le cadavre, sont de 

fréquentes causes de retard. 

Le médecin-légiste doit néanmoins faire l'autopsie, même lorsque 
le moment qui lui est assigné lui paraît inopportun. 

Le moment est inopportun, lorsque l'autopsie est faite dans une 
des circonstances suivantes : 1^ Lorsque la putréfaction lest déjA 
avancée ; 2^ lorsque l'autopsie du cadavre a été déjà faite par un autre 
médecin ; 3® lorsque le cadavre a été enterré et est exhumé. C'est là 
la question des autopsies tardives que nous allons étudier en détail. 

S s. — > Aatoptîei tardivef. 
A, Putréfaction avancée. 

On peut encore recueillir des renseignements précieux sur un ca - 
davre complètement putréfié. Il est certain, en effet, que l'on peut 
constater les c anomalies des os », les c blessures des os » (par 
exemple les fractures, les blessures par armes à feu, etc.), les « corps 
éirangers », surtout des balles, des pointes de couteau, etc.; la pré- 
sence ou l'absence d'une grossesse à l'époque de la mort (obs. 15), 



bh PARTIE THANATOLOGIQfTE. 

beaucoup d'empoisonnements, non-seulement par l'arsenic, mais 
probablement par tous les autres métaux (1). Même la question im^ 
portante de la vie de Tenfant peut quelquefois être tout à fait 
résolue sur des cadavres putréfiés ; nous en citerons des preuves. 
Puis, on peut encore, par l'examen des os, décider si un nouveau- 
né est venu à terme ou non (obs. 29). Enfin, des parties qui ne se 
décomposent pas, telles que les cheveux et les dents, peuvent servir 
à déterminer l'identité dans des cas importants. L'observation 31 en 
donnera un exemple remarquable. 

Obs. 17. — Déterminer le genre de morl d^un cadavre tout à fait putréfié. 

Par une très grande chaleur d'apût, à 25 degrés Réaumur, un homme bien mis 
fut trouvé mort daiis la campagne. Les mains étaient couvertes de gants de peau gla- 
cée et, dans la droite, il tenait un mouchoir qui, 'dit-on, avait des taches de lang.A 
côté du cadavre il y avait un couteau de poche, petit, vieux, ébréché, ne coupant 
pas, qui ne paraissait pas devoir appartenir k cet homme bien mis *, U semblait être 
taché de sang séché. L'autopsie légale eut lieu. 

Le cadavre était déjà vert noir, l'épiderme détaché, des myriades d*astioots cou- 
vraientle corps, le cerveau était fluide et coula quand on ouvrit le crâne; maii on 
pouvait encore constater que cet homme était mort d'une congestion au cœur, car, 
quoiqu'il y eût déjà l'anémie de la putréfaction générale, le cœur droit et l'artère 
pulmonaire étaient encore gorgés d'un sang demi-liquide, demi-coègulé. Ajoutes 
qu'il n'y avait pas la moindre blessure sur le cadavre qui pût faire croire que le 
couteau eût causé la mort, et que l'autopsie ne donnait aucune preuve d'une mort 
produite par une cause extérieure. Cette conclusion fut sufllsante pour le juge. 

B, Autopsie faite après celle d'un autre médecin. 

Il arrive des cas dans lesquels l'ouverture d'un cadavre est deman- 
dée par Te tribunal, ce cadavre ayant déjà été soumis à l'autopsie 
par un autre médecin. Dans cette circonstance on peut encore rendre 
des services à la justice, car il y a des blessures qui laissent des traces 
ineffaçables de leur influeuce mortelle, de sorte qu'une seconde au- 
topsie peut encore prouver quelle a été la cause de mort. Dans d'au- 
tres cas, on ne peut présenter que des probabilités, mais cela donne 
toujours aux juges de précieux renseignements. Il va sans dire que 

(1) Voir l'obs. 25 dans laquelle nous avons trouvé du mercure dans un cadavre 
exhumé après cinq mois et demi. 



AUTOPSIES TARDIVES. — SECONDE AUTOPSIE. 55 

le jugement dans de pareils cas ne doit être donné qu'avec une grande 
précaution. On ne peut pas donner ici des règles générales, il faut 
envisager à part chaque cas particulier. 

Obs. 18. — Blessures de tête trouvées sur un cadavre déjà disséqué. 

Un ouvrier avait été bleisô à la téta par une barra de far. Il avait élé tranaporté 
dana un hôpital, at après sa mort, on avait fait la dissection avant que le juge d'in-» 
itniction eût pu être prévenu. 

Charfé de faire une seconde autopsie, nous trouvâmes la cavité crânienne vide, 
le cerveau disséqué avait été mis dans la cavité abdominale ; la base du crâne 
était fracturée, le cunéiforme, l'ethmoïdal et la partie orbitale du frontal étaient en 
plusieurs fragments, et, en admettant que ces lésions eussent été causées par la 
blessure, on pouvait déterminer facilement quel avait été le genre de mort. Si, ce 
qui n*a pas eu lieu, on avait donné suite à Taffaire, si l'on avait demandé un rapport 
en nous communiquant Thistoire de la maladie dans l'hôpital, on aurait pu, personno 
a*en doutera, juger le cas avec certitude. 

Obs. 19. — Rupture du foie, fractures de edtet trouvées sur un oadawre déjà 

disséqué. 

Ca ouvrier avait été écrasé par une voiture. Un médecin avait disséqué le cadavre 
^lû nous fut présenté dans Tétat suivant : La tète n*avait pas été ouverte, la poi- 
trine et le ventre étaient cousus comme toqjours après les dissections. 

A côté du cadavre on nous présenta un foie qui avait une déchirure longitudinale. 
L'estomac et les intestins étaient détachés dans la cavité. DaiKi la poitrine, les 
poumons anémiques avaient été beaucoup incisés, ainsi que le cœur qui était tout 
à fait vide. Le cerveau était normal, on ne pouvait plus voir s'il y avait eu hémor- 
rhagie interne dans la cavité abdominale. Outre la rupture du foie qui, comme cela 
arrite ai souvent, ne s'annonça par aucune trace extérieure, il y avait encore quatre 
eôtes cassées. 

Nous jugeâmes que si le foie qu'on nous a présenté était celui du décédé (ce 
dont on s'assura par des témoins), et si la rupture avait été faite pendant la vie, ce 
qui était vraisemblable, il était certain que la blessure avait été mortelle. 

Ots. 20. — Blessure par arme à feu de V artère axillaire. Autopsie faite sur un 

cadavre déjà disséqué. 

Le iO février 1851, le garçon K..., âgé de trois ans, jouait avec un fusil qui 
éiiil raeté chargé depuis l'année 1848, le coup partit et l'atteignit à l'aisselle droite, 
lae abondante hémorrhagie eut lieu immédiatement. Le garçon fut transporté dans 
on hépital, où il mourut le 15 du môme mois. 

Le 22, le cadavre nous fut présenté pour l'autopsie légale, il avait été préalable- 
nent disséqué dans l'hôpital. Il manquait à l'artère axillaire droite un morceau de 
iOcentimètres de longueur; l'interne de Thôpital présenta ce morceau coupé après 



66 PARTIE THANATOLOCIQUE. 

la mort ; il y avait une ligature avec une flcelle rouge, et, à 1 centimètre de celte 
ligature, une ouverture de la grandeur d'une tôte d'épingle. Dan» l'aisselle on 
voyait trois ouvertures rondes à bords nets, de 8 à 10 millimètres de diamètre, 
qui traversaient les téguments. Un pouce plus bas se trouvait une blessure à 
bords nets (blessure de l'opérateur). Les poumons et le cœur avaient été beaucoup 
incisés, mais leur couleur était très pâle. Le foie, la rate, les reins étaient 
kicisés et très pftles, la veine cave était presque vide. La cavité crânienne n'avait 
pas été ouverte, les méninges étaient pâles et anémiques, les sinus complètement 
vides de sang, le cerveau et le cervelet étaient très pâles. 

Nous déclarâmes : 1® ce garçon est mort d'hémorrbagie ; 2* cette hémorrbagie 
a eu lien par une blessure de l'artère axillaire droite ; 3° celte blessure a dû né- 
cessairement amener la mort (1). Ici l'autopsie préalable ne gêna pn rien l'au- 
topsie légale. 

Obs. 21 . — Blessures ietéleiur un cadavre déjà disséqué. 

Un garçon de cinq ans avait été, dix jours auparavant, frappé à la tête avec une 
cuvette. Il était mort et avait été disséqué dans un hôpital. 

J'en fis une nouvelle autopsie par ordre du tribunal : il y avait au front, à droite, 
une plaie horizontale' moitié cicatrisée, sur laquelle on avait fait des points de suture 
presque cicatrisés. On avait réséqué un morceau triangulaire de l'os frontal , le 
cerveau avait été disséqué, mais on voyait très bien qu'il avait été enduit de pus 
dans une grande étendue. La base du crâne était intacte, tous les organes de la 
poitrine avaient été disséqués. Nous pûmes conclure : 1* que le garçon était mort 
d'une affection da cerveau ; 2* qu'on pouvait admettre, avec vraisemblance, qu'elle 
avait été cauajitpir la blessure à la tète (2). 

■ 

C, Cadavres exhumés, fragments de cadavres. 

LÉGISLATION. — Code pénal prussien, § 46. Des crimes punis par la mort se pres- 
criront par trente ans révolus ; des crimes punis au maximum, par une privation 
de liberté de plus de dix ans, se prescriront par vingt ans révolus ; des crimes 
punis par une privation de liberté moins longue, se prescriront par dix ans 
révolus. 

Des- délits punis au maximum d'un emprisonnement de plus de trois mois, se pres- 
criront par cinq années révolues ; les autres délits par trois années révolues. 

Ces périodes commencent à compter du jour où le crime ou le délit a élé commis. 

Il y a des cas dans lesquels l'exhumation d*un cadavre est deman- 
dée, parce qu'elle est nécessaire pour Tinstruction d'un crime. En 
général, cette exhumation est demandée spontanément par le juge. Il 

(1) Cello rëponie était nëcesMir» toas l'ancien Code. 
(9) Voir encore les obs., 23, 31. 



AUTOPSIES TARDIVES. — EXHUMATIONS. 67 

fa sans dire qu'elle n'a pas lieu s'il s'est écoulé, depuis le temps de 
l'eiécution du crime, une période d'années par laquelle le crime se 
trouve prescrit, c'est-à-dire dans les dispositions du Code ci-dessus 
citées, après vingt ou trente ans. 

Dans presque tous les cns, les signes mentionnés plus haut, tels que 
Télat des os, l'existence d'une grossesse, la maturité douteuse d'un 
fruit, l'état des cheveux, les corps étrangers, les traces d'un empoi- 
sonnement, peuvent être reconnus, après vingt et même après trente 
ans; de sorte que le médecin peut encore donner son avis. Lorsque 
le médecin-légiste est consulté d'avance sur l'utilité d'une exhuma- 
lion, il devra recommander l'exhumation si l'examen d'un des signes 
que nous avons nommés peut être utile à l'affaire. 

Alors sa présence lors de l'exhumation est nécessaire, car le cer* 
cneil est souvent pourri et en morceaux, et le transport du cadavre 
pourrait changer l'état de certains symptômes importants. Ajoutez 
que si Ton soupçonne un empoisonnement par Tarsenic, il Tant prendre 
la terre qui entoure le cercueil , ainsi que les liquides qui peuvent 
s'écouler du cercueil quand on l'ouvre, et toutes ces précautions ne 
seront bien remplies que sous la surveillance personnelle du médecin. 
D'un autre côté, il faut bien considérer qu'une exhunifttion est une 
opération très longue et très dispendieuse, aussi le médecin doit con* 
seiller de ne pas la faire quand il n'a pas l'espérance fondée qu'elle 
puisse être utile (obs. 16A), par exemple, lorsqu'il s'agit de donner 
son avis sur une maladie interne douteuse, et que le cadavre est en- 
terré depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois, en général lorsque 
les soupçons de la justice ne peuvent être contrôlés que par l'examen 
des parties molles. 

Mais il ne faut pas oublier, nous le répétons, que les os se con- 
servent très longtemps après la mort. Les os du roi Dagobert, que 
Ton a trouvé dans l'église de Saint- Denis en faisant des fouilles, étaient 
encore bien conservés après deux cents ans (Orfila). Déjà Haller avait 
prétendu avoir trouvé de la gélatine dans des os de momies datant de 
deux mille ans. Orfila a fait aussi des expériences, et a trouvé, dans 
des os datant de six cents ans, 27 pour 100 de gélatine. Je possède 



68 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

le cubitus d'un adulle qui fut trouvé au mois d'août 18AA, tous mes 
yeux, a Pompeî; ainsi il était resté dans les ruines de cette ville un 
peu plus de dii-liuit cents ans; il est si bien conservé qu'on pourrait 
y faire des démonstrations anatomiques. 

Ces curiosités ont une valeur en pratique, et prouvent que det o$ 
exhumée à la fin de la période la plus longue de prescripHon 
(trente am) peuvent encore offrir des renseignements. Gela est 
vrai, surtout pour les os crftniens, les os longs et les dents qui sont 
presque inaltérables, tandisque les os spongieux, comme les vertèbres, 
se détruisent plus vite. Mon expérience ne me suffit pas pour donner 
des renseignements précis sur les changements qu'offrent les os pendant 
les trente ans qui suivent la mort, je suis forcé de renvoyer aux au- 
teurs qui, du reste, donnent sur cette question des théories très 
contradictoires (et encore ces théories sont-elles basées sur des 
observations personnelles), et qu'on oe doit accepter qu'avec réserve. 
Voici quelques cas d'exhumation (1): 



Obs. 22. — Exhumation aprèf troi$ semaines pour vérifer si un enfant 

est mort du croup. 

.Un garçon de trois ans avait perdu ses parents dans la campagne, et fut trouvé 
mort trois jours plus lard. Il fut enterré ; mais au bout de trois semaines, le 
21 juillet, il fut déterré pour que l'on vérifiât si l'enfant était mort du croup (!). 

Toute la figure avait été rongée jusqu'aux os par des vers nombreux, ainsi que 
les téguments du crâne, de la nuque et du cou. Sur tout le corps il y avait des 
moisissures. Il n'y avait aucune blessure extérieure. Le cerveau avait disparu, et 
la duro-mére était comme un sac vide. En examinant la gorge, on voyait que les 
parties molles avaient été complètement détruites, et que toute la cavité était rem- 
plie de liquide putréfié et de myriades de vers. Le larynx et la Irachéô-artère 
étaient déjà un peu rongés et leur muqueuse dissoute dans un liquide putride. Il 
n*y avait pas de trace de concrétion membraneuse, les poumons étaient putréfiés, 1^ 
cœur mou et lâche, l'estomac, la rate, les reins, le foie étaient plus ou moins dé- 
composés. Nous déclarâmes que l'on ne pouvait dire, même avec la réserve d'une 
probabilité, si l'enfant était mort du croup. 



(I) Voir le mémoire intéressant de Rander sur la squelctto-nécropsle médieo- 
légale, dans mon journal (Vierteljahrtchrifl), vol. V,p. 206. 



AUTOPSIES TAnDIVES. -* EXHUMATIONS. — OBSERVATIONB. 60 

Ots. 33. — EwhunkUion aprèi vingt* trois jours pour constater «m 

mnpoisonnêment par V arsenic. 

La femme d'un médecin était en procès de divorce avec son mari. En première 
instance, le mari avait été condamné à rendre la dot de 1 2000 thalers (48 000 francs) . 
Le 8 mai, au soir, avant que la cour d'appel eût jugé raffaire, la famille mangeait de 
la salade de harengs. La femme, qui mangeait seule dans une pièce séparée, y 
reçut sa portion envoyée par son mari. Toute la famille resta en bonne santé, et la 
femme fut atteinte, la nuit, de vomissements ; elle mourut le i*' juin, après quatre 
jours de vomissements. Le mari la fit disséquer par un oiUcier de santé, de ses 
smis, auquel il parut étonnant de voir le mari verser, pendant l'autopsie, beaucoup 
d*eau de Cologne dans l'abdomen. Le cadavre fut enterré, mais, comme la justice 
eut vent de l'afTaire, elle soupçonna un empoisonnement ; le cadavre fut exhumé, et 
on nous le présenta pour en faire l'autopsie légale, le 24 juin, ainsi vingt«trois jours 
après la mort. 

Le corps avait encore, presque dans toute son étendue, la couleur ordinaire des 
cadavres , seulement , au tronc et aux membres thoraciques, il y avait des places 
vertes et sans épiderme. L'estomac était extérieurement, ù sa partie postérieure, 
eoloré uniformément en rouge foncé, évidemment par suite de l'bypostase sanguine. 
Intérieurement la muqueuse était décollée en grosses bulles de putréfaction, on ne 
voyait ni corps granuleux, ni cristaux, ni inflammation, ni épanchement de sang, ni 
gangrène, ni perforation. Du reste on ne trouva aucune anomalie dans le reste du 
corps. L'œsophage, l'estomac, le duodénum, le sang, les urines furent soumis à 
l'analyse chimique qui fut dirigée naturellement à la recherche de poisons métal- 
liques, spécialement de l'arsenic. Aucun de ces organes ne présenta des traces de 
poison. Nous dûmes déclarer que le soupçon d'un empoisonnement n'était pas 
confirmé. Les circonstances qui ont amené la mort sont néanmoins très singu- 
lières. 

Obs. 24. — Ea^umation après vingt jours. Os fracturés. Pleurésie, 

Dans ce cas on pouvait encore parfaitement poser un jugement. Une femme de 
qnatre-viofts ans avait été écrasée par une voiture, était morte dans un hôpital après 
n jours et avait été enterrée. 

On fit l'exhumation vingt jours après. Le cadavre était encore assez frais (en fé- 
nier). Le ventre était seulement coloré en vert foncé , l'épiderme détaché en 
beaucoup d'endroits, la couleur des yeux ne pouvait plus être reconnue. Des bles- 
lares sa trouvaient à la tète, mais elles n'intéressaient que les téguments et ne 
pouvaient être considérées comme mortelles, pas plus qu'une firacture transversale 
de l'oa lygomatîque. Cependant nous trouvâmes du celé gauche, cinq côtes cassées, 
et, aux parties molles, on voyait très bien les restes d'ecchymoses antérieures. La 
plèvre deçà côté était plus rouge du côté droit. Dans la plèvre gauche se trouvaient 
2(K) grammes d'un liquide sanguinolent ; et cela n'existait pas dans la plèvre 



^9 PARTIE THA^ATOLOGIQUE. 

^ffnUf, n^yo« pAiifionfi dire qoe ce liquide n'était pas un produit eadavérique. Les 
d^m ^ftmmnn* adhéraient h la e9^e thoracique par des endroits purulents. Sur le 
\o\i^, ftii^f^ri^fir du poumon droit se trouvait une extravasation sanguine de la lar- 
^finr A'ntifi yO-r^ti de 5 francs. D'aprAs cela, on devait admettre que cette femme 
hn\i m*9fUi par siift^ de fractures de cAtes et d'une pleurésie consécutive. 

(n%, 2.*f, — ' Exhumation après cinq mois et demi, pour déterminer s^U y aeu 

empoisonnement par Varsenk. 

l/e 24 Janvier 18...« la veuve F... mourut à la campagne, dans une propriété 
qtfi appartenait h R..., et dans laquelle elle demeurait provisoirement. 1^ sieur 
h, , avait fait une promesse de mariage à la dccédée qui avait cinquante-cinq ans« 
et, mirci^tte promesse, il avait obtenu d'elle toute sa fortune qui était considérable. 
RientAt aprAs il se désista, et la femme F... eut beau le prier ou' de se-marierou 
de rrndre la fortune, il refusa obstinément. Les choses en étaient là, lorsque la 
f«f mme F, . . mourut nu milieu de circonstances assez bicarrés. 

RienlAl après cette mort, B... vendit sa propriété et se retira dans une province 
éloignée. Mais les soupçons so soulevèrent sur son compte et sur celui de sa bonne 
V... qui était oncninte do lui. On jugea nécessaire d'exhumer le cadavre; nom 
aasIstAmf* h crlto opératlbn, qui fut faite le 10 Juillet; ainsi c'mq mois et demi 
après la mort de In femme F... Nous rapportons les faits les plus essentiels do 
pror>«-vnrlinl dn rnutopBin et de notre rapport. 

Ln f^ndavrn était habillé. On ne put pas dépouiller les mains des gants dont elles 
^lfli(<nt rouvertes ni les piods des bas cl des souliers, à cause de la boursouflure 
dn* pnrtin* mollos produite par la putréfaction. Les vêtements étaient couverts 
lin niolRisMurt*! tt dn vers innombrables. Le cadavre n'exhalait pas une odeur 
dn pulrénirtlon , mais plulAt collo du vieux fromage. La tète, dont la figure 
était pnr.ori* rpronnalusablr, était couverte d'un bonnet qui, lui aussi, ne put être 
Aie. La flgum était d'un gris noir, sèche, parcheminée, momifiée. Les globes des 
yp\\\ manqualmt, ainsi que les cartilages du net; la langue était incomplète; 
li«« iir«>llli*s étaioni ronsf*r\éo5, et on y voyait des boudes d'oreilles d*or. La 
Airmi» rondi* du oorps i*l drs membre» était encore complètement conservée. Toute 
la «urfitoi* Antérieure» du oadavro était d*un brun jaune rusé. La peau en était 
|mr^hitminén ^t ri« ooupait Oicilemenl. l«a surC^^e dorsale du corps était plus daire; 
n^nm«^(n« la p<»au on élnil égalemeni parcheminée. Les cavités extérieures ne 
OAHtonafrnt pan di» corpn élrangor»^ il n*\ avait pas de blessu^^ ni marque de stran- 
gtiUlliAn. 

iVim» U th\\H abilominale, los viscéro» étaient dans leur situation ordinaire, 
^ Mgwn^U étalant p<mr\u«dNm<' graisse aK^ndante, dure, mais encore bien 
AMlii^«N^. \a péritoine était pAle et normaK lYpiploon irfs gras, le foie gris et très 
t«M^UvMi^ïil« hiWniti' onoAre remplie; reM<>mac avait la grandeur ordinaire, tout 
1^ Mt vMf M nffliisitf « mou au loucher et «rr.n aspect bran grîs. Il ftit lié et Até. 
tNt^ M V^vivril on xit sa mit^neute d'un gri$ noir, sans aucun vlcèie ou autre 
MMM^ <m W MWMil à Tavialyoe chimique ax-^'c un morceau du Ibie ;1es intestins, 
^ €M^ |Hal« HMmA fllM M vidM, les reîm et la mtr rameIKs par la patréCK- 



AUTOPSIES TARDIVES. — EXHUMAI lOMS. — OBSERVATIONS. 61 

Uoo, la matrice de couleur rosée éUil encore très ferme et vide. Les grandes veines 
itaient exsangues, le cœur affaissé, la trachée-artère et le larynx étaient vides, 
eur muqueuse d'une couleur brun rouge. L'oesophage ne montrait rien d'extraor- 
lioaire, on le soumit à l'analyse chimique. Le cerveau était réduit de volume par 
a pQtréfaotion. 

L'analyse chimique démontra indubitablement l'absence complète de toute com- 
maison d'arsenic. Toutes les parties examinées n'ont offert aucune substance 
énéneuse, on a trouvé seulement une très petite quantité de mercure. 

Dans notre rapport nous dîmes : « Il y a peu de chose dans les actes sur les cir- 
«Qstances qui ont précédé la mort. Nous ne connaissons pas l'histoire de la mala- 
lie ; uous ne pouvons pas même avoir des renseignements du médecin de village 
TÛtL soigné la malade. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il y a des circonstances accès- 
eires qui feraient croire qu'il y a eu empoisonnement. Lorsque, au commencement 
!• la maladie, des amis de la femne F... venaient pour 4a visiter, la bonne leur refu- 
ahla porte en disant que ni la femme F... ni le sieur B... n'étaient à la maison, ou 
•îea elle disait que le médecin avait défendu que la femme F... reçût des visites. 
^a le médecin dément cette assertion. Cependant quelques amies pénétrèrent 
Bsqu'à.elle ; elle était dans une chambre tout à fait sombre, que la bonne n'éclairait 
•*en hésitant. La femme F... dit que le vin la dégoûtait, elle frissonna lorsque ses 
■lis lui conseillèrent de prendre la tasse qui était devant elle. Elle se plaignit de 
Mleors de cou, d'écorchures de la bouche, de grandes douleurs dans l'estomac, 
e vomissements continuels. B... avait recommandé de jeter les excréments de la 
ï» de manière que les botes ne pussent les trouver et en manger ! La cuisi- 
dépose que la bonne, dans les derniers temps de la maladie, a préparé elle* 
tous les mets que devait manger la malade, et qu'elle a versé dans le potage 
m médicaments, quoique la malade lui eût déclaré qu'elle n'en voulait plus pren- 
re. La cuisinière dit avoir entendu de la bonne des propos comme celui-ci : • Si 
i diable voulait ^enir chercher cette vieille, o Les deux accusés attribuent la mort 
vue grande intempérance de la part de la femme F... ; cependant tous les témoins 
'accordent à dire qu'elle a été toujours très sobre. 11 est à noter que B... a fait (ai{« 
eoteirement avec précipitation, et, lorsque l'instruction commença et que B... fut 
rrèlé, il voulut se peudre dans la prison ! » 

Après avoir expliqué que toutes ces circonstances ne pouvaient donner aucune 

aie à une expertise médico-légale, nous continuâmes : u Les deux accusés déclarent 

li'à la fête de Noël il y eut un dîner dans lequel la femme F... mangea et but 

betucoup, absorba surtout une grande quantité de vin de Hongrie *, aussitôt après le 

ter elle commença à vomir, fut malade pendant quelques jours, mais se rétablit 

tetM. Au milieu de janvier elle tomba encore une fois malade, elle se plaignait de 

liiisoD, mal à la gorge, constipation, elle toussait et avait la lièvre. Deux jours plus 

M elle fut rétablie par des remèdes diaphorétiques, de sorte que le médecin ne 

Vâ^escrivit plus rien. Mais ces données ne correspondent pas avec les dates des 

ovionnances. Le jour de la mort de la femme F..., le médecin dit : « Je la trouvai 

*ï*ai un embarras gastrique ». C'est tout ce que ce médecin (I) trouva chez une 

■osnole. 



62 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

• 

D'un autre cdlé, la cuisinière de la maison déposa : « Le matin du jour de sa 
mort, la malade se plaignait de vives douleurs et d'un sentiment de brûlure dans le 
ventre, qui lui donnait toujours envie de boire de Teau fratche ; elle mourut subi- 
tement, en ayant eonsclence de son état, ses derniers excréments étaient fluides et 
verts ». Le témoin dit avoir vu, pendant la maladie, des écorchures et des ulcères 
dans la bouche de la femme F.... 

D'après ce peu de données, il n'y a sur la maladie de la femme F... (jue des 
probabilités et des hypothèses. Il est certain qu'on a quelques symptômes qui se 
présentent après des empoisonnements par substances corrosives, les vomissements 
firéquents, l'oppression de l'estomac, les « douleurs affreuses » , le sentiment de 
brûlure dans le ventre et les ulcères de la bouche. Tandis que ce qui ferait douter 
d'un empoisonnement, c'est que les vomissements ont été observés dans la première 
maladie, et les douleurs du ventre ne se sont montrées que dans la seconde, et sur- 
tout que la mort est venue subitement, la femme ayant tuu'.c »a connaissance. Tous 
ces symptômes appartiennent aussi à d'autres maladies. On ne peut donc pas, 
d'après les renseignements que nous avons sur la maladie de la femme F..., conclure 
qu'on a feit prendre du poison à cette femme (1), d'après les dispositions du Code. 

L'autopsie ne peut pas non plus nous amener à cette conclusion. Il est llcheux 
que cette autopsie n'ait pu être foite que six mois après la mort, alors que la pu* 
tréfoction avait déjà produit des ravages sur tous les organes; néanmoins, il faut le 
dire, on a pu, dans des cas d'empoisonnement par l'arsenic, arriver è des résultats 
précis après des exhumations de cadavres plus anciens. Il est vrai qu'on a observé 
sur le cadavre de la femme F... un certain degré de momification; mais il aérait 
téméraire d'en conclure qu'un empoisonnement a certainement eu lieu, car on a vu 
la momification ehet des cadavres de toute espèce, lorsque les conditions favora* 
Mes i ce phénomène se sont présentées. Nous ne savons pas si le terrain du ci- 
metière du village est favorable à la momification, et il faudra savoir si d'autres 
cadavres inhumés dans ce même cimetière montrent après six mois ce même 
phénomène. L'autopsie ne nous montre pas d'autres phénomènes résultant d'un 
empoisonnement. 

Nous avons dit n'avoir trouvé aucune combinaison d'arsenic que l'on peut cepen- 
dant reconnaître in mtntmo, et que l'on a seulement découvert une très petite quantité 
de mercure. Or, on ne peut regarder cette substance comme un « poison •, puisque 
l'on sait que tous les jours on ingère des médicaments contenant du mercure à une 
bien plus haute dose. Il est néanmoins singulier que l'on trouve ce mercurei 
puisque le médecin traitant dit qu'il n'a jamais donné de préparations mercurielles 
à la malade, et qu'on n'en voit pas dans ses ordonnances. On peut expliquer peut- 
être la présence de ce mercure par l'habitude qu'ont les malades de prendre très 
souvent des médicaments qui ne leur sont pas ordonnés : ainsi la femme F... a pu 
prendre des pilules laxatives qui se trouvent facilement à la disposition de tout le 
monde. Nous concluons, par tout ce qui précède, que, au point de vue médico- 

(1) L'ancien Code demandait 8*i! dtaU certain que le poison eût éié donnd et s'il dtait vrai- 
semblable que dw phénomènes obscnrûe en eussent é\é le r&ultat. 



AUTOPSIES TARDlVBft. — EXHUMATIONS. — OBSERVATIONS. OS 

léfai, on D6 penl pas dire si l'on a fait prendre du poison à la femme F... » 
Ce cas s'est présenté II y a très longtemps ; maintenant, de nombreuses ol»ser- 
Titions sur les empoisonnements, sur la putréftiction et sur l'évaporation de Taclde 
anénieux, nous feraient donner une conclusion un peu différente et nous n'bésf- 
terioDs pas i donner une réponse plus positive. 

Obs. 26. — ExhwnalUm après neuf mois. Fractures, gras de cadavre* 

Momification. 

Un garçen de quatre ans avait été tué, disait-on, par la chute d^uneporte-cochère 
et avait été enterré. On fit l'exhumation. 

Le cadavre avait des Iraits complètement défigurés. La couleur du corps était 
d'un noir brun sale, la surface était couverte de moisissures. Le cadavre était 
roide et, à beaucoup d'endroits, surtout aux extrémités supérieures et à la face, il 
était moaiifié, au point qu'on, pouvait le couper comme du bois. 

La surfiice interne des téguments de la tête était saponifiée. La suture lambdoïde 
du côté droit était disjointe de quelques millimètres, rarrière-tôte présentait une 
fracture de deux pouces de longueur, le cerveau était diminué de volume et trans- 
formé en bouillie grise, la base du crâne était fendue par une fracture qui commen- 
çât au rocher droit, traversait la selle turcique et aboutissait au rocher gauche. Les 
poumons, diminués de volume, étaient complètement anémiques ; il en était de même 
du csor qui était grisâtre, et dont on pouvait encore distinguer le tissu. La trachée 
et faesophage étaient saponifiés -, l'estomac encore reconnaissable contenait quelques 
restes de nourriture, l'épiploon et le mésentère étaient saponifiés ; la rate et le foie, 
gris, exsangues, nageaient quand on les mettait dans Teau, les reins étaient sa- 
ponifiés ainsi que les intestins, la vessie était vide, la veine cave n'avait pas de 
sang. 
Les blessures de tète n* avaient pu être faites après la mort dans cette forme et 
1 cette étendue, et devaient ftiire admettre qu'une forte violence avait été produite 

à la t£te de cet enftmt, et dont les suites avaient amené la mort. 

Ois. 27. -^ Ecdiumalion des restes d'un enfant après deux ans, afin de constater 

s^Uy aeu empoisonnement par Varsenic. 

Dans ce cas je fus consulté par un tribunal étranger, pour savoir si l'on pouvait 
opérer un résultat scientifique en exhumant trois cadavres d'enfants que l'on soup- 
{«wait avoir été empoisonnés par leur mère, il v a douze, huit et deux ans. 

Je conseillai de faire d'abord Texhumation de l'enfant mort le dernier. Quelque 
temps après, on m*cnvoya les restes de ce cadavre avec du terrain provenant du 
I cimetière. Le cadavre avait été pris du cercueil par le médecin de l'endroit, et mis 

dios an vase ; on joignit une caisse dans laquelle se trouvaient les copeaux que l'on 
bel tosiiours dans les cercueils pour remplir les vides, les parois du cercueil et des 
pvctttes de terrain qui eatouraieot le cercueil. Le médecin -légiste de l'endroit dé^ 



6à PAUTIE THANATOLOGIQUE. 

Clara dans le procès- verbal : « Le cadavre est celui d'un enfaiil de quelques semaioes, 
la forme ronde du corps est encore reconnaissable, le corps est devenu si friable, 
par suite de la putréfaction, qu*il s'écrase au toucher et tombe en miettes ; les os de 
la base du crâne, les vertèbres et les autres os sont intacts et a leur place, cepen- 
dant les ligaments sont détruits par la putréfaction comme toutes les partios molles 
On ne peut plus reconnaître ni les mains ni les pieds. Les vêlements se distinguent 
à peine. » 

J'ouvris le vase qui contenait le cadavre, étant assisté du chimiste assermenté, 
M. Schacht; nous trouvâmes des copeaux bruns, quelques os du crâne et une mas;e 
d'humineen putréfaction qui devait être regardée comme des restes départies molles 
et d*os putréfiés. Ces substances furent soumises à une analyse chimique pour voir 
si elles contenaient du plomb, du cuivre, du mercure, du bismuth, de l'antimoine 
ou de l'arsenic. 

Nous trouvâmes que les restes du cadavre et les copeaux ne contenaient pas la 
moindre trace d'arsenic, mais qu'il y avait dans toutes ces substances une très 
petite quantité d'oxyde de cuivre. Ce fait ne pouvait pas faire conclure qu'il y avait 
eu empoisonnement par une substance cuivreuse; car, abstraction faite, qu'une 
partie des copeaux entourant le cadavre adhérait au cadavre et se trouvait dans 
toutes les épreuves, ce qui pourrait faire admettre que le cuivre provenait du 
bois, ^enfant était vêtu avec des étoffes de linge ou de coton, et le cuivre est con- 
tenu dans les substances végétales, comme le prouvent les recherches de Sarxeau, 
John,Meissneret autres; de plus, les recherches récentes de Wackenroeder {4ffvftlp 
der Pharmacie, octobre 1853) ont démontré que le sang humain en contient sou- 
vent des traces. Vu ces circonstances, nous déclarâmes qu'il était impossible de 
reconnaître s'il y avait eu empoisonnement, et les deux autres cadavres ne furent 
pas exhumés. 

Obs. 28. — 05 exhumés. 

Au mois de mars 18..., je fus requis par les tribunaux pour examiner des os 
humains afin de déterminer depuis combien de temps ils avaient été enterrés, et 
de déclarer si on pouvait y trouver des traces de violence. Je dis dans mon rapport: 

• Ces os sont ceux du crâne et des membres supérieurs et inférieurs. L'individu 
auquel ils appartenaient doit être mort à l'âge de vingt à trente aiis. On ne trouve 
aucune trace de violence, les os sont intacts. Leur couleur jaune et leur fragilité 
me portent à croire qu'ils sont restés longtemps dans la terre ; mais il est impos- 
sible de fixer une époque exacte. Néanmoins je suis porté à croire qu'ils sont 
dans la terre depuis un temps plus long que celui nécessaire à la prescription 
des crimes les plus graves n. Cette déclaration suffit à la justice, et cette affaire 
fut abandonnée. 

Obs. 29. — 0$ d'un iiouveau*né cahumé, Adipocire. 

Dans un jardin de Charlottenbourg on trouva les os d^un enfant, qui me furent 
présentés avec la mission de déterminer : « si ces os appartiennent à un cadavre 



▲UTOPSIKS TAHDIVES.— EXHUMATIONS. — OBSERVATIONS. 05 

enfiinl nouveau -né, si cet enfant a vécu et combien de temps, et s*il y a long- 
npc que Tenfant est mort. «» 

Oatre le« os , il y avait un morceau de toile grossière qui était couvert de 
nvx , une grande quantité d'adipocire ou gras de cadavre d'un jaune blanc, 
iféeuz, fondant à la chaleur, enveloppait les os, surtout les deux fémurs, l'os 
Mrtal, les os iliaques et le maxillaire inférieur ; aussi les os étaient difficiles à 
pÊnr de ces enveloppes. Ces os étaient : 

1* Un os temporal avec trois fentes ayant à son plus grand diamètre 6 centi- 
èlret 1 /2 de longueur et 5 centimètres de largeur. 

S* Un os occipital presque entier, avec sa protubérance extérieure très vbible, 
ml de la base à la pointe de 5 centimètres et large de 4 centimètres 1 /2 ; 

3* Un fragment semi-lunaire d'un os temporal, 5 centimètres de hauteur, 5 cen- 
■êtres 1/2 de largeur, auquel adhéraient encore quelques cheveux blonds ; 

4* Un os frontal avec la protubérance visible» il y avait de l'arcade oculaire jusqu'à 

pointe 5 centimètres de hauteur et autant de largeur ; 

5* Deux os maxillaires inférieurs ayant chacun 5 centimètres do longueur ; 
w hauteur i la suture était de 1/2 centimètre; 

0* Un petit os plat, mince, sans forme bien déterminée, qui devait appartenir à 
M ethmotdal ; 

7* Deux os maxillaires supérieurs ayant 26 millimètres de largeur et 22 mlUi- 
iilret de hauteur ; 

t* Uo lambeau déchiré en beaucoup d*endrôits, long de 5 centimètres, large de 

CiÉfaiètres 1 /2, mince comme une feuille de papier à lettre provenant de l'apo- 
crânienne, et qui était couvert de cheveux blonds ayant 2 centimètres de 

r; 

f* Cinq fragments de vertèbres, dont trois avaient leurs apophyses épineuses ; 
m eorps de ces vertèbres pouvaient être tranchés avec un couteau et on en aper- 
evBt le tissu spoBgieux. 

10* Un grand morceau d^adipocire duquel on avait retiré les deux os iliaques ; 
eux-ci étaient bien conservés, ils avaient 30 millimètres de hauteur et 31 milli* 
sètres de largeur. 

Il* Une masse caséeuse enveloppée dans de l'apodicire, d'un brun jaune, devait 
ilR regardée comme du méconium d'après son odeur. 

12* Un humérus de 5 centimètres de longueur dont le bout inférieur avait 2 cen- 
teètres de largeur, et le bout supérieur I centimètre ; cet os était enduit d'un tissu 
micuUire rouge brun. 
13* La clavicule gauche de 30 millimètres de longueur, assez dur. 
\t* L'omoplate gauche ayant 32 millimètres de longueur, 2 centimètres de lar- 
leviila partie la plus légère; racromion proéminail d'une longueur de 4 milli- 
■èlm; 
IS* l*n fragment de Tomoplatc droit avec sa crête. 

16* Douze cétes dont la plus petilo avait 5 centimètres, la plus grande 6 centi- 
■Mires de longueur, assez dures et bien courbées, 
n* Us deux fémurs ayant chacun 8 centimètres de longueur, la tète avait 
a. 5 



CG PARTll;: THANATOLOGIQUE. 

i centimètre d'épaisseur, la partie médiane 1/2 centimètre, la partie inférieure 
2 centimètre, du reste assez durs (1). 

1 S^ Deux tibias et deux péronés, chaque tibia long; de 5 centimètres ; le bout 
supérieur était large de 1 centimètre, le bout inférieur de 1 centimètre 1/2, le mi- 
lieu de 1*08 avait 6 nf^ilUmètres de largeur, chaque péroné avait 5 centimètres de 
long, le bout supérieur était large de 4/2 millimètre, le bout inférieur de 6 milli- 
mètres ; 

D'après ces données nous déclarâmes : 

i*^ Les os sont ceux d'un enfant nouveau-né ; 

9* Leur configuration et leur dimension prouvent que l^nfant a été viahUy et que 
très vraisimblablemmt il est né à terme ; 

3® On ne peut pas dire si l'enfant a vécu après sa naissance ; 

i'* Vraisemblablement l'enfant n'est pas resté dans la terre plus longtemps qu'un 
an à un an et demi. 

Obs. 30. — Déterminer Vdge d'un fruU déjà ioponifté. 

Ce cas montre combien la saponification peut se faire vite. 
La fille L... était accouchée secrètement et avait caché le cadavre de son enfant. 
Elle avoua l'accouchement, mais prétendit que le fruit n'avait pas plus de trois à 
(|ttatre mois. J'eus à vérifier la véracité de cette déclaration. 

Les seins de cette fille laissaient échapper les gouttes d'un lait gras. Les taches 
et les rides qui se trouvaient sur le ventre ne pouvaient rien prouver dans •• cas, 
car cette femme disait être accouchée déjà antérieurement ; on voyait encore un 
peu de lochies, Torifice du col de la matrice, qui était déchiré, était encore ouvert 
de la grandeur d'un centime. Je déclarai que la fille L.., était accouchée depuis 
quelques semaines *, mais, vu la qualité du lait et l'ouverture encore présente de 
Toriflce de la matrice, il était très vraisemblable que le fruit auquel elle avait 
donné naissance avait plus de quatre mois. 

Peu de temps après, on trouva l'enfant enfoui dans la terre humide d'une cave^ 
enveloppé dans un tablier de coton *, il nous fut présenté pour que nous en fissions 
I l'autopsie. Il était déjà très putréfié, et aux extrémités, surtout àl'avant-bras droit et 
à la cuisse droite, la saponification avait commencé. Toutes les cavités étaient ou- 
vertes, les os crâniens détachés, le cerveau avait coulé. Mais comme les extrémités 
supérieure et inférieure gauches étaient encore bien conservées, la dernière avait 
20 centimètres de longueur et était encore très grasse et rondelette ; comme le 
poids du corps entier était de 3 kilogrammes ; comme la longueur, autant qu'on 
pouvait la reconnaître, était encore de dix-neuf pouces, je dus déclarer : que le fruit 
certainement avait plus de quatre mois, qu'il était même, selon toute vraisemblance, 
né à terme ou à peu près. Ainsi l'autopsie confirmait ce que nous avions dit lors de 
l'exploration de la mère. (Comparer cette observation aux obs. 14, 15, 26 et 29.) 

(1) La ddcoiirertc du point d'ossiflcalion dcl'cxlrcrait*? inftVietirc du fémur n'était pas encort* 
f.iiic. Il aurait été intéressant de l'examiner dans ce cas. 



ÂUfOPSŒS TAIlDIVËd. — KXUUMATiONS. - OBSHlRVATlOiNS. 07 

[)m. 31 . — Exhmmalion d'un cadavre^ Irois fois répétée, pour des 'buis différents . 

C'était une des causes les plus célèbres des temps modernes, unique en méde- 
ciue-légale, qui souleva une question tout k flUt noQVelle, celle du tatouage (voir 
plus bas le chapitre tatouage) ; c'était TaChire de Schall qui était accusé d'avoir 
lisassiné son camarade, le marchand Ebermann (1). 

H a fallu exhumer le cadavre de la victime à trois reprises différentes, parce que 
l'on ne pouvait pas déterminer l'identité de la victime. 

La première exhumation eut lieu neuf jours après l'autopsie, parce qu'une 
femme prétendit que son mari avait disparu et qu*elle croyait que c'était lui la vic- 
time. Elle déclara qu'elle reconnaissait le cadavre, mais plus tard on s'aperçut 
fà*eàkô était une inilme menteuse. 

La seconde fois, le corps fut exhumé cinq mois après la mort, pour savoir s'il y 
avait des marques de tatouage que l'on savait être sur le bras d'Ebermann, et dont 
la présence, par conséquent, était de la plus grande importance à vérifier. Mais la 
putréfaction était déjà trop avancée pour que l'on pût déterminer s'il y avait eu ou 
DOD des marques de tatouage. 

La troisième exhumation ne concerna que la tète seule, qui avait été coupée par 
l'Miatsin ; elle fut faite deux ou trois ans après la mort, parce que la maîtresse de 
la vietime, sur l'identité de laquelle on avait toujours des doutes, prétendait que 
!•■ amant avait des dents ê\ particulières, qu'elle les reconnaîtrait tout de suite. Nous 
eAoMie k examiner les os du crâne qui avaient été brisés par un coup de fusil. On 
dsoMUdait si le coup mortel était entré dans la tète par le derrière de l'oreille gau - 
die, ce que l'on ne pouvait plus déterminer, car ce crâne avait été écrasé en miettes 
|iar les deux balles d'un fusil double, et la destruction produite par la putréfaction 
empêchait de reconnaître l'endroit où le projectile avait dû entrer. Le crâne n'était 
représenté que par des morceaux d'os cassés. Cependant, le maxillaire inférieur 
était encore frais, jaune et ferme (pas de ce jaune blanc et mou que les os ont plus 
tard), et avait encore toutes ses dents intactes. Ce qui est très remarquable, c'est 
fu'au menton il y avait encore quelques traces de barbe rouge, et celte barbe était 
implantée sur une petite portion de peau sèche et collée sur l'os qui, dans tout le 
reste de son étendue, était dénudé. On me présenta les dents, en me demandant si 
e&es ressemblaient à celles du frère de celui que l'on présumait être la victime. 
h déclarai qu'il existait une ressemMance entre les deux systèmes dentaires, 
■ais <ioe je ne puis en tirer aucune conclusion positive < 

Ce cas montre quelles questions singulières sont quelquefois posées au médecin- 
Itgisle. 

(I) VoiruMNi jotiriMl, Yici'teljahrtschrifl, l, y. 274 ulsuiv. 



68 PARTIE THANATOLOGIQUE. 



SECTION III. 

PROCÉDÉ DE L'AUTOPSIK. 

I^GiSLATiON. — Toute la légUlation concernant le procédé que Ton doit suivre dans 
Tautopûe est contenue dans le règlement rédigé par la députa lion scientifique, le 
15 novembre 1858. 

Règlement concernant le procédé que doivent suivre Ut médecint'légistee dans les 
explorations médico'légales des cadaivres humains. 

^'' I. Dispositions générales. 

§ 1. L'inspection extérieure et Touverlure du cadavre par le médecin ne doivent 
être faites que sur la réquisition d'un magistrat, et Touverlure ne doit se faire 
qu'en présence d'une députation du tribunal. 

§ 2. Les médecins pliysiciens sont obligés de faire eux-mêmes l'inspection exté- 
rieure du cadavre, ainsi que l'ouverture du corps avec l'assistance de l'ofiicier de 
santé assermenté. Ils ne peuvent être remplacés que par un autre médecin 
physicien, dans les cas prévus par la loi. 

^ 3. Une autopsie légale ne peut être faite que vingt-quatre heures après la mort; 
la seule inspection extérieure peut être faite plus tôt. 

g 4. Les médecins ne doivent pas refuser de faire l'autopsie à cause de la putréfac* 
lion ; car, même quand la putréfaction est avancée, on peut encore trouver des 
lésions et des blessures d'os, et des signes qui peuvent servir à constater 
l'identité douteuse du cadavre, par exemple la couleur des cheveux, l'absence de 
membres, etc. On peut trouver des corps étrangers ayant pénétré dans les par- 
• ties molles, découvrir des grossesses et prouver des empoisonnements. C'est pour 
cette raison que le médecin doit conseiller l'exhumation dans les cas où ces 
circonstances sont en question, quelque ancienne que soit la mort. 

§ 5. Le médecin-légiste doit avoir soin d'avoir auprès de lui, pour faire l'autopsie, 
tous les instruments nécessaires et en bon état. L'officier de santé qui assiste le 
médecin doit, après l'autopsie, recoudre le corps et jeter les résidus de l'au- 
topsie. 

§ 6. Le local où l'autopsie est faite doit être assez large et clair; le cadavre doit 
ôlre placé dans une position commode pour l'expert, et l'opération doit so faire 
loin de toute distraction. Il est défendu de faire les autopsies à la lumière, 
excepté dans les cas où un retard est impossible. Les raisons qui feront admettre 
une exception devront être mises dans le procès-verbal (§ 19). 

11. Procédé de l'altopsie. 



PROCÉDÉ DE L*AUTOPSIE.— LÉGISLATION. 69 

§ ?. Il est quelquefois nécessaire, même pour le médecin, d*examiner Tendroit où 
le cadavre a été trouvé ainsi que les environs, de rechercher la position dans 
laquelle il se trouvait quand on Ta découvert, d'examiner ses vêtements. Ordi- 
nairement les experts attendront pour cela une réquisition judiciaire ; mais il 
peut être nécessaire qu'eux-mêmes demandent cet examen. Les experts ont le 
droit de demander à la députalion du tribunal les renseignements de toute 
espèce qui concernent la mort du sujet. 

S 8. Lorsque l'on voit sur le cadavre, des blessures qui ont été en apparence la 
eaaae de la mort, et que l'on a trouvé des instruments qui ont pu faire ces bles- 
sures, les experts, sur la demande du Juge, devront comparer les instruments et 
les blessures, et dire si t^Ue blessure a pu être faite avec tel instrument, et si l'on 
peut, par la position et l'état de la blessure, juger la manière et la force qu'a 
employées vraisemblablement le coupable. 

1 9. L'autopsie se compose de deux parties : 

A, Inspection extérieure. 

B. Dissection. 

S 10. Dans l'inspection extérieure on doit examiner d'abord l'état du corps en gé- 
néral, puis celui de chaque région en particulier. ' 

Quant à l'état général, on doit examiner : l'âge, le sexe, la taille, la constitution, 
les anomalies. Par exemple : les cicatrices, les marques de tatouage, les anoma- 
lies dans le nombre des membres, les symptômes de maladies, par exemple : 
nleères des jambes, etc. Toutes ces conditions sont à enregistrer avec soin, sur- 
tout chex 4es cadavres inconnus (§ 2i!. Puis, chez tous les cadavres sans 
exception, on doit examiner les signes de la mort et de la putréfaction. Après 
avoir lavé le cadavre de toutes les saletés qui peuvent le couvrir, telles que 
du sauf, des fèces, etc., on examinera s'il y a ou non de la rigidité cadavérique, 
quelle est la couleur de la peau, la coloration de certaines parties pulréflées, 
s'il y a lividités et taches de mort elles devront être constatées par des incisions, 
afin de rendre inpossible toute confusion avec des ecchymoses. 

ynaut à l'inspection de chaque région en particulier, on doit observer, pour les ca- 
davres inconnus, la couleur des cheveux et des yeux, s'il y a des corps étrangers 
dans les cavités extérieures, l'état des dents et de la langue. 

^iis od doit examiner la tête, le cou, la poitrine, le ventre, la surface du dos, 
Tanus, les parties génitales, enfin les membres. Lorsqu'on trouve une bles- 
sure dans une partie quelconque, on doit nommer sa forme générale, sa direc- 
tion et sa position par rapport à des points fixes, sa longueur et sa largeur. 
Ordinairement il est superflu de sonder la solution de continuité, puisque 
Ton verra la profondeur par la dissection intérieure. Si les experts croient 
nécessaire d'introduire une sonde, ils doivent faire enregistrer au procès-ver- 
bal (] 19) les raisons qui les font agir ainsi. Quant aux blessures, on doit bien 
examiner Tétai de leurs bords et des parties environnantes et, après que l'examen 



72 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

incise les poumons au- dessous de Veau pour voir s*il en sort des bulles d'air. 
L Enfin on dfeoupe les poumons en lobes et les lobes en petits morceaux, pour 
voir s'ils surnagent tous. 

S 18. En général, les experts doivent examiner aussi les autres organes qui ne 
sont pas nommés dans ce règlement, lorsqu'ils y voient des blessures, et doivent 
y décrire les lésions dans le procès- verbal. ' 

m. RÉDACTION DU PROCÈS - VERBAL ET DU RAPPORT. 

I 19. Le juge doit dresser procès-verbal des résultats de Tautopsie sur les lieux 
mêmes (Olduciions protokoU» § 168, der crtminaZ-ordit^n^). 

§ 20. Dans l'autopsie, l'expert doit toujours avoir en vue le but légal différent du 
but anatomico-pathologique. Il observera tout avec un soin minutieux et complet, 
mais sans donner aux explications des limites trop étendues. Tous les résultats 
importants doivent être montrés au juge avant d'être enregistrés au procès* 
verbal. 

§ 21 . Le contenu médical du procès-verbal est dicté par le médecin-légiste claire- 
ment, d'une manière compréhensible même pour les laïques. Ainsi on doit 
éviter, autant que possible, les termes techniques, autant que cela ne fait pas 
tort à la clarté. On séparera les deux grandes divisions de l'autopsie, interne 
et externe, par les lettres A et R ; les ouvertures des trois cavités par des nom- 
bres romains I, H, III. Outre cela, l'examen de chaque partie spéciale devra être 
désigné par des chiffres arabes qui ne s'interrompront pas pour chaque cavité, 
et qui se suivent jusqu'à la fin du procès-verbal. Plusieurs parties ne peuvent 
pas être rangées ensemble sous le même numéro, et aucune ne doit être passée 
sous silence. Les résultats doivent être des descriptions mais pas des jugements 
(par exemple, tel organe est rouge, noir et non pas « enflammé, » «r gangrené»). 
A la fin de l'autopsie, les experts donneront sommairement leur conclusion 
sans la motiver. 

§ 22. Lorsqu'on demande à l'expert un rapport (expertise motivée), celui-ci se 
composera d'un court préambule en évitant toute formalité inutile ; puis on fera, 
en peu de mots, l'histoire du cas autant que l'expert peut la connaître par les ac- 
tes, puis le procès- verbal sera copié textuellement et avec les numéros, pour les 
endroits qui sont intéressants pour l'affaire. La rédaction du rapport doit être 
également courte et claire, les motift de la conclusion doivent être développés 
de telle sorte que quiconque étranger à l'art puisse les comprendre. Lorsque le 
juge d'instruction a posé des questions aux experts, ils doivent y répondre aussi 
textuellement et aussi complètement que possible, ou dire les raisons en vertu 
desquelles cela leur a été impossible. Le rapport sera signé par les experts et 
sera revêtu du cachet officiel. Chaque rapport demandé doit être rédigé et envoyé 
au plus après quatre semaines. * 

Berlin, le 15 novembre 1858. Députation royale scienliffque. 



INSPECTION EXTÉRIEURE I>ES CADAVRES. — SEXE. 73 



CHAPITRE PREMIER. 

INSPECTION EXTÉRIEURE DES CADAVRES 
$ 1,— Xnspeotion générale. 

L'inspection générale extérieure d'un cadavre soumis à l'autopsie 
légale est de la plus grande importance ; elle doit être faite avec 
d'aataul plus de soin que les erreurs sont irréparables. 

Le médecin-légiste doit arriver près du cadavre sans idée pré* 
conçue, il doit examiner froidement et scientifiquement tous les signes 
qui se présentent, sans prendre en considération les péripéties du 
crime. J'ai vu des médecins qui, préoccupés de l'idée qu'un crime a 
été commis, croyaient voir, sur le visage du sujet, des traces de vio- 
lence, des indices de terreur et d'effroi, parce que le cadavre avait 
les yeux ouverts, fixes, hagards, la bouche ouverte, contractée, tandis 
que les yeux et la bouche n'avaient cette expression que parce qu'ils 
avaient été ouverts après la mort, et le nez était aplati parce que le 
corps avait reposé sur sa partie antérieure. 

Une précaution également très importante et même indispensable, 
est celle qui consiste à mettre le plus grand ordre en décrivant les 
régions du cadavre dans le procès-verbal et le rapport de l'autopsie. 
Il est même bon d'adopter un ordre déterminé, qui soit toujours le 
même pour toutes les autopsies. Je conseillerai l'ordre suivant que 
j'ii toujours employé et qui me paraît logique et commode. 

1* Le sexe. — On sait que le sexe ne peut se reconnaître à l'ex- 
lériear sur les cadavres complètement putréfiés. Lorsque la putréfac- 
lioD n'est pas très avancée, on peut encore constater le sexe, même 
dans les cas où les organes génitaux ont disparu, car la disposition 
des poils sufiBt. Le cercle des poils bien circonscrit sur le pénil ou 
mont de Vénus annonce le sexe féminin ; la continuation des poils, 
même peu prononcée, du pénil jusqu'à l'ombilic, annonce le sexe 
masculin. On sait que le sexe des fœtus n'ayant pas plus de 
trou mois est impossible à reconnaître. Dans ces cas, on devra 



7 A PARTIE THANATOLOGIQUE. 

néanmoins avoir recours A l'usage de la loupe. (Voir n° 13 plus bas.) 

2° L'âge, — Pour les cadavres connus il est inutile de chercher 
à évaluer Tâge, car le juge a en mains des preuves beaucoup plus 
sûres que le jugement du médecin. Hais pour les cadavres inconnus, 
lorsqu'il faut faire des recherches sur les causes de la mort d'un ca- 
davre dont l'identité est ignorée, la justice ne peut se fonder que 
sur l'appréciation du médecin. Or, s'il est déjà difficile d'évaluer, 
môme approximativement, l'âge d'un vivant dont on voit le regard, la 
démarche, la manière d'être, la parole, l'intelligence, il est eocore 
bien plus difficile d'évaluer l'âge d'un cadavre. 

La présence ou l'absence des dents , les cheveux plus ou moins 
blancs peuvent tromper, les rides peuvent avoir disparu par la bour- 
souflure putride du cadavre. L'œil le plus exercé ne peut donner 
qu'un jugement à peine approximatif, à dix ou quinze ans près. 

Les cadavres d'enfants peuvent surtout tromper sous ce rapport; 
cela peut paraître extraordinaire puisque pendant la vie les enfants 
sont plus faciles à juger, quant à leur âge, que les adultes. Mais alors 
c'est le vêtement, la manière d'être et le degré de développement intel- 
lectuel qui aident le jugement; tandis que devant un cadavre, c'est la 
taille surtout qui peut guider, et elle diffère beaucoup, non-seulement 
pendant la vie, mais encore après la mort, car les cadavres s'allongent 
plus ou moins après la rigidité cadavérique ; on ne s'étonnera donc 
pas si le médecin, même le plus exercé, assigne l'âge de deux ans i 
un enfant qui en a quatre. 

3° La longueur du corps. — Pour les nouveau-nés, nous recom- 
mandons à tous les médecins-légistes l'instrument à peser de Siebold ; 
cet appareil consiste en une surface en cuir plaqué, sur laquelle on 
met l'enfant et qui se trouve graduée en pouces, de sorte qu'elle sert 
en même temps à mesurer. Pour cela, on n'a qu'à poser l'enfant sur 
cette surface et à l'étendre avec les deux mains. Pour les cadavres 
d'adultes nous nous servons d'une mesure de six pieds de longueur, 
dont l'extrémité est divisée par pouces. 

A° La constitution générale. — On peut toujours la juger sans 
difficulté. Ce serait une erreur grossière que de prendre un ventre 



INSPECTION EXTÉRIEURS DBS CADAVRES. — ÉTAT DES CHEVEUX. 75 

boorsonOé par la potréfactioii oa par nue anasarque, pour un ventre 
doaé d'embonpoint; mais ne nous arrêtons pas là-dessus, 

5* les signes de la mort. -^ Noos en avons déjà parié plus haut. 
Lenr examen et leur description au procès-verbal ne doivent jamais être 
négligés. Mais les lividités cadavériqaes, Tétat de la cornée, la rigidité 
cidivérique seront laissés de côté, lorsque le cadavre présentera déjà 
des traces de putréfaction, par exemple : une couleur verdfttre des 
tépuaents du ventre; il ne faudra pas alors les enregistrer au pro- 
cb-?erbal, car le majus inclut le minusy et Ton doit écarter du pro* 
cès-verbal tout ce qui est superflu. 

6' La couleur et l'état des cheveux. — Quant à ce signe, qui 

est on ne peut plus individuel, on est bien en droit de demander si 

l« questions de c léthalité individuelle > n'existant plus, il est encore 

sfeeisaire de décrire les cheveux, les yeux, etc. Mais, outre que le 

règlement oflBciel ordonne de faire cette description pour les cadavres 

iseonnos (§ 10), l'omission en elle-même présenterait quelquefois 

de grands inconvénients. Il est évident que le plus souvent, quand on 

reeiierche le genre de mort d*un individu, il est indifiérent de savoir 

ft'ii a eu les cheveux blonds ou bruns, des yeux bleus ou verts, des 

dttts longues ou courtes, etc. Néanmoins, au moment de l'autop- 

fle, on ne sait pas quels pourront être les complications ou les 

incidents de l'affaire ; on n'en est qu'aux premiers renseignements, 

H le médecin ni le juge ne peuvent savoir si des circonstances qui 

paraissent insignifiantes, n'acquerront pas par la suite une grande 

fiieur, et alors il serait très regrettable de les avoir négligées. 

Dans l'observation 61, que nous rapportons plus loin, il y eut des 
iblences mortelles exercées sur un enfant, la femme coupable lui 
mît brisé nue dent molaire, ce qu'elle niait. Nous avions fait men- 
tiim de cette lésion au procès-verbal. Trois jours après l'autopsie, on 
trouva cette dent dans les ordures provenant de la chambre dans 
laquelle le meurtre avait été commis. Il va sans dire que cette cir- 
constance était très importante. 

Lorsqu'il s'agit de constater l'identité de cadavres inconnus, la 
description des moindres particularités devient très importante, 



76 PARTIE THANATOLOGIQUB. 

comme le prouve l'observation 31A, concernant un homme inconna 
trouvé assassiné. En faisant l'autopsie nous décrivîmes la couleur 
des cheveux (c'était une perruque collée sur la tête chauve) ainsi que 
la couleur des yeux. Plus tard on soupçonna que ce cadavre était 
celui d'un homme qui avait disparu, et on demanda à l'épouse de 
ce dernier la couleur des cheveux et des yeux de son mari, mais la 
femme, faible d'esprit, ne put le dire ! 

7*^ La couleur des yeux. — C'est un signe très vague. Elle est 
souvent sujette à de nombreuses erreurs chez les cadavres, et de 
plus, la perception des couleurs est individuelle. Si le cadavre est 
frais et la couleur de l'iris bien tranchée, bien bleue ou bien noire, 
et si plusieurs personnes donnent leur avis,' elles seront peut-être 
d'accord ; mais souvent, lorsque la couleur est vert bleu, gris brun 
ou brun vert, il est certain que sur dix personnes il n'y en aura pas 
cinq du même avis. Ajoutons que la putréfaction altère très vite la 
couleur des yeux, que le blanc de l'œil devient rouge brun, puis vert 
noir, et que l'iris subit les mêmes transformations. 

8"* Le nombre et Vital des dents. — Chez les cadavres inconnus 
il est nécessaire, par les raisons déjà énoncées, de déterminer avec 
soin le nombre et l'état des dents. Je me rappelle que, dans le procès 
Schall, la tête de la victime fut exhumée pour la troisième fois, rien 
que pour l'inspection des dents (voy. p. 67 ). 

9^ La situation et Vitat de la langue. — Nous démontrerons 
combien il est erroné, quoique fréquent, de considérer la position de 
la langue plus ou moins entre les dents ou les maxillaires, comme un 
signe d'asphyxie. Néanmoins on ne peut pas se passer de noter si la 
langue est derrière, entre ou en avant des dents. L'état du tissu de 
la langue est plus important à examiner. Il faut dire si elle est tumé- 
fiée, blessée; c'est surtout dans les cas d'empoisonnements douteux 
par les substances corrosives, que l'examen de sa surface peut éclair- 
cir beaucoup l'afTaire, comme le prouve le cas suivant : 



KNSrECTlON EXTÉRIEURK DES CADAVRES.— CAVITÉS EXTÉRIEURES. 77 

Obs. 32. — Suicide par empoisonnement au moyen de Vacide sulfurique 
pris pour un assassinat par suite de blessures aiu cou. 

Le 24 juin 18.>.> on trouva, dans une ville près de Berlin, le cadavre d*une 
femme avec ses deux enfants également morts et ayant de profondes blessures 
proveDani d*un instrument tranchant. 

Les experts n hésitèrent pas à déclarer que les enfants étaient morts par suite 
des blessures. Il en fut autrement pour lu mère. Les experts disaient avoir trouvé 
« un épanchement de sang noir pesant 200 grammes, moitié coagulé dans Tab- 
domen; l'estomac déchiré, coloré en noir par du sang coagulé, la rate déchirée 
ei paltacée. » L*un des experts déclara qu'on avait commis un triple meurtre, et 
dit que, quant à la mère, ou elle a d'abord reçu ses blessures au cou, et en tombant, 
elle s'est fait ses lésions à l'estomac et à la rate, ou bien elle a reçu un coup dans 
la région de l'estomac qui a causé la déchirure de l'estomac et de la rate, et en- 
suite elle a reçu ses blessures au cou. Comme le second expert avait une autre 
opinion et que tout était assez vague dans ce rapport, la cour se décida à me fiiire 
appeler par le télégraphe, pour me demander mon avis avant l'enterrement du 
cadavre. 

Je le trouvai déjà habillé dans le cercueil. Un sillon brun Jaune, qui allait du coin 
ée la bouche au menton, me fit soupçonner de suite qu'il y avait eu empoisonne* 
ment par l'acide sulfurique. La langue^ à laquelle on n'avait pas fait attention, fut 
retirée et se montra à moitié tannée et enduite d'un liquide sanguinolent muqueux 
^ rougissait tout de suite le papier bleu de tournesol. La bouillie noire du ventre, 
e'est-à-dire l'estomac brûlé avec son contenu, offrait la même réaction. D'après cela^ 
il était évident qu'il y avait empoisonnement, on pouvait déclarer que très probable^ 
BKot la mère, après avoir tué ses enfants, avait essayé de se suicider avec l'acide 
tuUorique et, ne trouvant pas de suite la mort, elle s'était coupé la gorge avec le 
même rasoir qui lui avait servi pour égorger ses enfants et qui était encore plein 
de sang h cOté d'elle. Cette opinion fut déclarée exacte par suite d'une recherche 
bite dans la maison. On trouva une lettre de la décédée, dans laquelle elle annon- 
çait son projet, et le reste de l'acide sulfurique dans son armoire. 

10* L'état des cavités extérieures : roreille, le nez, la bouche, 
riniis, les organes sexuels de la femme. — Il est rare de trouver 
des corps étrangers dans ces cavités ; cependant il arrive, surtout 
chez les noyés, que Ton trouve de la vase, de la terre ; et chez les 
asphyxiés, surtout les nouveau-nés, on trouve quelquefois des corps 
étrangers qne Ton a mis avec violence dans la bouche, ou des excré- 
ments qui ont été aspirés dans une asphyxie dans les lieux d'aisances. 
Il y a encore d'autres circonstances dans lesquelles on a à faire 
Vexamen de la cavité buccale, c'est surtout quand on soupçonne un 



78 PARTIE THANATOLOGIQUK. 

empoisonnement par des substances corrosives, car alors on trouve 
déjà un commencement de corrosion dans la bouche, ou lorsque la 
mort a eu lieu par un coup de feu tiré dans la bouche. 

Pour le vagin, la présence ou l'absence de la virginité, des règles, 
ou des blessures de ces parties peuvent acquérir une importance qiM 
souvent au moment de l'autopsie on ne prévoit pas. Pour l'anus, on 
doit regarder s'il y a eu écoulement des fèces, quoique je n'attribue 
que très peu de valeur à ce signe qui ne se montre que dans la moitié 
des cas de mort subite. D'un autre côté, le transport du cadavre, sua 
séjour dans l'eau, sont autant de circonstances qui modifient ce 
signe. 

11'' L$ cou, — Il mérite dans tous les cas une attention miou* 
tieuse. La plus petite trace jaune brun peut .être le signe d'un 
étranglement, et il y a des cas où l'inspection de l'intérieur du corps 
fait tellement soupçonner la strangulation, que la moindre trace 
eitérieure sur le cou devient de la plus haute importance. L'état do 
larynx et des vertèbres est aussi très important à examiner. Pour les 
vertèbres, il faut se tenir en garde contre un jugement trop précipité, 
qui ferait conclure qu'il y a une luxation ou une fracture des vertè- 
bres par la présence d'une grande mobilité du cou. Si l'époque de la 
rigidité cadavérique est passée, si le cadavre est maigre ou si la 
graisse n'est pas figée par le froid, surtout chez les petits enfants, oo 
trouvera ordinairement la tête très mobile. 

fô** Les mains. — Elles offreat des signes importants. Dans un 
cas assez curieux, il s'agissait de dire si un anneau de mariage avait 
été porté pendant la vie ou mis après la mort dans un des doigts du 
cadavre. Cette question fut facilement décidée quand on trouva nu 
sillon au doigt. Souvent on trouve du sang aux mains, ce qui peut 
être important quand on doute s'il y a eu assassinat ou suicide. On 
trouve aussi souvent de la poudre brûlée dans la main des suicidés 
qui se sont tués avec des armes à feu. Les blessures aux mains sont 
également importantes pour décider s'il y a eu résistance dans les cas 
d'assassinat. La couleur gris blanc et les plis longitudinaux aux mains 
et aux pieds indiquent que les cadavres ont séjourné plus de vingt- 



1>S1*ECT10K EXTÉRIEURE DES CADAVRES. — COULEUR GÉNÉRALE. 70 

• 

quatre heures dans Teau. Du sable, de la vase, etc., dans les ongles, 
ont aussi leur importance. Nous y reviendrons en parlant spéciale- 
ment de chaque mort violente. 

13' Les parties génitales, — Elles offrent rarement des rensei- 
gnements utiles, excepté quand on trouve des spermatozoaires au 
moyen du microscope chez des hommes trouvés pendus, et le rac- 
courcissement du pénis des cadavres trouvés dans l'eau. Je men- 
tionne comme curiosité que, dans un cas, on m'a demandé si je 
pouvais dire, par l'état des parties génitales, si le décédé, trois jours 
avant sa mort, avait été ep état d'accomplir le coït. 

ih*" La couleur générale du cadavre. — Ordinairement on trou- 
vera la couleur blanchâtre. Cette couleur est vert un peu clair comme 
cellqde la cire blanche non raffinée, quand les sujets sont morts d'hé- 
morrhagies. Si des blessures de tête amènent la mort après une longue 
maladie, on trouve souvent la coloration ictérique surtout le cadavre, 
coloration que présentait déjà le malade pendant la vie. Mais il y a 
encore d'autres colorations importantes chez les cadavres; par 
exemple, la couleur rouge brun uniforme des fruits avortés, la 
couleur rouille chez les sujets qui ont été rôtis, la couleur noir 
charbon chez les sujets qui ont été brûlés. Quand on décrit la cou- 
leur de la peau, il faut tenir compte de la coloration de la putré- 
faction et de celle des lividités cadavériques. C'est avec raison que le 
règlement prescrit de laver les parties qui présentent des taches sus- 
pectes aGn d'éviter les erreurs, par exemple, les places brûlées par 
Tacîde sulfarique, les petites blessures couvertes de sang, les endroits 
où l'on croit voir de la poudre brûlée, une ecchymose, etc., et qui, 
quelquefois, ne sont que recouverts de boue ou de sang séché. Cela 
arrive pins souvent qu'on ne le pense (1). 

(t) Pour l'inspection spéciale des cadavres des nouveau-iiés, voir la ])artic 
«fêôile. 



^>0 PAUTIE TUANATOLOGIQUE. 

S 3. — Aoomalîei troavëei lar la cadavre. 

A. Maladies. 

Il n*est pas rare de trouver dans les autopsies des anomalies sur 
l'extérieur du corps des cadavres, produites par des maladies, telles 
que des hernies, des tumeurs de toute espèce, des déviations, des 
ulcères, le décubitus (eschare), l'hydropisie, etc. 

Chez les cadavres connus dont on n*a pas à chercher Tidentité, 
tous ces signes peuvent être décrits brièvement au procès-verbal, 
excepté quand le cas réclame un examen approfondi à propos de ces 
maladies, par exemple, lorsque l'impérilie d'un médecin est en 
question. 

Il en est de même des maladies internes, par exemple, la tuber- 
culisation des poumons, ossification ou autre lésion organique du 
cœur, tumeurs de Tovaire, etc., excepté lorsque la maladie est pour 
quelque chose dans la mort. 

Chez les cadavres inconnus il est nécessaire de bien décrire les 
anomalies et produits extérieurs, car l'expérience a montré que la 
présence d'un ulcère, l'absence d'une tumeur, ont aidé à fixer la jus- 
tice sur une identité douteuse. 

B, Cicatrices. 

Les cicalrices que l'on trouve sur les cadavres, surtout sur ceui 
qui sont inconnus, doivent fixer l'attention du médecin, car elles peu* 
vent donner lieu à des questions importantes de la part des tribunaux. 

Des cicatrices peuvent- elles disparaître tout à fait? Dans le procès 
de Schall cette question devint d'une telle importance, qu'il fallut 
exhumer le cadavre afin de vérifier si les cicatrices de ventouses et de 
tatouage avaient disparu. Le temps qu'une cicatrice met à disparaître 
complètement, dépend de la plus ou moins grande profondeur de la 
blessure dans le tissu et les vaisseaux du derme. Des cicatrices de 
blessures qui ont traverse seulement l'épiderme ou même un peu le 
derme, peuvent disparaître complètement et ne plus se retrouver sur 



lîfSPECTIOff EXTÉRllURS DES CADAVRES. — CICATRICES. 81 

le cadaTre^ ee sool, les ^pratignures d'épingles, les eicatrices de 
sûgnéeSy de sangsues et de ventouses. Si les ventouses ont été éner- 
giques, leurs traces en restent visibles pendant bien des années, mais 
cependant elles peuvent disparaître. En France, on employait autre- 
fois un procédé pour faire reparaître les marques des galériens, qui 
prouve que les blessures profondes de la peau qui avaient disparu 
peuvent redevenir visibles. M. Devergie raconte qu'on frappait avec 
la paume de la main la partie blessée, jusqu'à ce qu'elle devint 
ronge, et alors la partie bAlée paraissait en blanc. 

Les cicatrices jointes i une perte de substance ne disparaissent 

jamais ; on peut observer cela chez les vieillards qui ont eu, dans 

leur jeunesse, des chancres ou des bubons qui se sont guéris avec 

|>erte de substance, ou chez ceux qui présentent des ulcères guéris 

depuis longtemps; il en est de même des cicatrices qui sont restées 

longtemps en suppuration, qui ne disparaissent jamais tout à fait ; 

de même pour les cicatrices de la petite vérole, fl y a encore des 

dcatrices qui ne disparaissent pas, ce sont celles que l'on trouve 

sur les cadavres qui appartiennent i la basse classe et qui sont les 

toiles de rixes; elles se rencontrent surtout à la tête. 

Une autre question : Peut-on reconnaître l'ancienneté de la cica- 
trice d*après sa forme et sa couleur? Les cicatrices des exanthèmes 
et des blessures présentent d'abord une coloration plus rouge que 
celle des parties environnantes, puis deviennent de plus en plus 
klaaches et miroitantes. Mais le genre de blessure et l'individualité du 
Messe sont des raisons qui peuvent faire varier beaucoup l'état des 
ticatrices; on sait que les cicatrices de petite vérole pâlissent très 
irrégulièrement, selon les différents individus, de sorte que chez les 
IBS elles sont blanches après six à huit mois, tandis que chez d'autres 
diessont encore rouges après deux ou trois ans. Il en est de même 
fov les cicatrices produites par des blessures. Donc, on ne doit juger 
^«oeieBneté d'une cicatrice qu'avec les plus grandes précautions, et 
il n'y a que les cas négatifs qui permettront une décision à peu près 
^^ne. Par exemple, quand ou trouvera une cicatrice blanche, lui- 
^Bte, on pourra dire avec certitude qu'elle ne peut pas provenir 

11 6 



82 PARTIE TRANATOLOOIOVI, 

d'une blessure faiid il y a delix, iroît^ quatre Mmaings, tsar rtxpérience 
démoAife qu^en si peu de temps une cteatrice ne peut pes p4ltr; msis 
en ne pourrait pas dire, dans ce cas, si la cicatrice date de deux ou de 
sixens. 

En rés«né : 

Otê àieatricei ai9€c perte de snhHaïufe, dtê cieuiricêi de pUies 
€Uppmtm^8 H d'ulcèree ne diiftttainenijumnùtî je rtUttmveni 
têHf^uri sur h cadavre. 

Des cicatrices de isnngsHeSj dr, saifiiées^ dt ventwMs^ pem^ent 
ditpwêttre duni un temps plus ou moins long. 

Il est très difficile de donner une upprécitition ptmtiw sur 
VnHciênineté d*une ckutrice, 

m 

OBs. 3S. — Déterminer Vemeienneté d'une deetrioe. 



CeUe détermination était d'une grande importance pour découvrir rautaur d'un 
vol commis avec violence. , 

On me demanda, Ve it mâts, si chez N..., un apprenti soupçonné d^avdh* ttm- 
iflfs la ertmèv aae cicatrice au doigl pouwil être considérée coamia ajant^fNt»- 
duite par une blessure reçue au mois de féwier au moyen d'uu crochet ou d'un 
levier, ou d'une vrille ou par une autre manière. 

La cicatrice était à la surface externe du petit doigt de la main droite, près de 
l^atlfètolation métacat^-phëlan^enne, de forme ronde« 4» la gr a ii aoi ' à*vm ^t 
iwis, rose pâle et entourée d'un cercle foncée L'inculpé disait que cette blevsura avait 
été faite, le 5 février, dans une rixe, par un coup porté avec la main au moyeu 
d'une enseigne en porcelaine brisée ; mais c'était très invraisemblable, parce qu'une 
telle blessure aurait été contuse et de forme Irrégulière; il étaft pHis traimnMaMe 
de l'attnbXier à une blessure caaaée par une vrille ou un emperte-piècet em au 
autre instrument rond et pointu, il est possible que, comme le dit le préveuU) )a 
blessure ait été faite six semaines auparavant. 

I 

« 

C. Tatouage. 

Gomme nous l'avons déjà dit dans la 31* observation» dans une 
affaire très grave, mnis eûmes k répondre à cette question : Des 
marques de tatouage qui existaient pendant la vie peuvent*^les ne plus 
9e relronver sur ie cadavre? Cette question était tout à âut noavdle, 
et, tomme il n'en existait aucun précédent dans toute la littératve 



LNSFKCTIN EXTÉfilËURË DES CADAVUES. — TATOUAGE. 83 

ui^dicalei je ne pus U résoudre que par des recherches persennelies. 
Si la réponse étail négative, le cadavre inconnu que Ton avait trouvé 
ne pouvait être celui de l'homme que l'on soupçonnait et qui avait 
eu nt)loireroent des marques de tatouage pendant la vie ; et si cette 
identité n'était pas constatée, l'accusation contre l'assassin tombait 
d*elle*méme. Si, au contraire, on pouvait prouver que, seulement 
une fois, ces marques ont disparu, Taccusation se trouvait con« 
lirmée. 

Chez nous, les marques de tatouage sont faites ordinairement par 
(les honunes et presque toujours sur les bras, quelquefois aussi sur la 
poitrine. Les peuples sauvages font ce tatouage sur tout le corps, et 
se servent de ce signe pour indiquer le rang plus ou moins élevé de 
l'individu dans la société. Le tatouage se lait au moyen de trois ou 
quatre épingles enveloppées jusqu'à la pointe dans un bouchon ou 
un morceau de bois, on les enfonce dans la peau sur laquelle on 
a d'avance dessiné la figure. Lee hommes qui aiment à se faire ces 
marques de tatouage sont ordinairement des soldats ou des marins ; 
ils dessinent un ou deux cœurs avec les initiales de leur bien-aimée, 
l'innée qui court, des épées croisées, des pipes, etc. Lorsque l'hé- 
oiorrhagie produite par les petites piqûres a cessé, on frotte dans 
les blessures fraîches une matière colorante, du cinnabre, de la pou- 
dre, ordinairement ces deux substances sont mêlées, ou de la couleur 
noire, du charbon, de l'encre, de la couleur bleue. 

Pour savoir si ces marques peuvent disparaître encore pendant la 

vie par une résorption des matières colorantes pendant l'acte de la 

régénération continuelle du derme, je visitai les invalides de la Haison- 

Rojale, parmi lesquels je trouvai trente-six hommes qui dirent 

ivoir été tatoués (1). Chez l'un on voyait encore clairement des mar- 

^Ms de tatouage après cinquante-quatre ans, chez beaucoup d'autres 

ipis plus 4e quarante ans, chez deux autres les marques de tatouage 

tvveit disparui sans laisser auQUoe trace, après trente^-huit et trente- 



(l).Voir le tableau »pécial de ces tatouages dans moaiourual (VierleljahrsKhrift^ 
^•l,p.îS8)* 



Si partiiî: thanatolugique. 

six ans» Le résaltat général de mes recherches lut que sur (rente-six 
qui avaient été (atoués, chez trois les marques avaient pâli, chez deux 
elles avaient en partie disparu, et chez quatre elles avaient disparu 
complètement. Donc, il y en avait un sur neuf qui avait perdu toute 
trace de tatouage. Dans Taudience publique dans laquelle j'annonçai 
les résultats de mes recherches, il se trouva un témoin, homme du 
monde, qui' montra son bras complètement intact et sans aucune 
trace des tatouages qu*il y avait faits dans sa jeunesse avec du cin- 
nabre. 

Un an plus tard, M. Hutin (1), à Paris, a répété ces expériences 
sur une échelle encore plus grande, dans le grand établissement 
des Invalides. Sur trois mille invalides il en trouva cinq cent six qui 
s'étaient tatoués autrefois. Ces recherches ont abouti aux mêmes 
résultats que les miennes. Les couleurs furent trouvées les mêmes que 
celles que nous avons nommées, et, comme cela a lieu ordinairement, 
on s'était servi du cinnabre. Les marques produites par cette substance 
disparaissent, d'après H. Hutin, très souvent; les marques faites avec 
(le la couleur noire ou du charbon pulvérisé restent pins souvent visi- 
bles, celles qui sont faites avec de la poudre, du bleu ou de l'encre 
palissent assez souvent, mais ne disparaissent ordinairement pas. 
Parmi les cinq cent six tatoués, M. Hutin trouva les marques complè- 
tement disparues chez quarante-sept. Ainsi c*est presque la même 
proporliun que celle que j'ai trouvée, un dixième.^ 

Cette question une fois soulevée a été encore étudiée par un autre 
iiiéJecin de Paris, M. Tardieu, qui deux ans plus tard fit des obser- 
vations et publia un mémoire remarquable sur les tatouages (2), au 
point de vue médico-légal. Parmi soixante-seize individus qui avaient 
clé autiefois tatoués, il en trouva trois dont les marques avaient 
complètement disparu. Cette proportion est très faible comparée à la 
mienne et à celle de M. Hutin; elle est expliquée par M. Tardieu par 
le choix lie la matière colorante. Les invalides que nous examinâmes. 



(1) Hahenhes sur les tatouages, Paris, 1855. 

i2) Annales d'hygiène publique y ian\* 1855, p. 17 1< 



INSPECTION RITÉBIEUEE DES CADAVRES. — TATOUAGE. SÔ 

M. Hulia et moi, chacun de notre c6té, avaient employé principale- 
ment da cinnabre, tandis qae les individus observés par M. Tardien 
avaient été tatoués au moyen d'une composition chimique noire. M. Tar- 
dieu dit que le cinnabre et Tencre bleue restent moins longtemps que 
les préparations chimiques noires, la suie et le bleu de blanchissage. 
C*est-à dire que les premières matières sont plus facilement résor- 
bables que les dernières. M. Follin a trouvé, dans les ganglions lym- 
phatiques, la matière colorante provenant de marques de tatouage 
disparues; le regrettable Heckel, professeur distingué, a fait la 
mèoie observation sur plusieurs cadavres qui avaient été tatoués. 11 
trouva, chex des individus qui n'étaient tatoués que depuis peu de 
temps, déjà des traces de matière colorante dans les ganglions. 

Mous pouvons confirmer ces recherches par nos propres observa- 
tions: 

1* Un nojé de vingt ans avait sur le bras gauche un A très visible, 
roage. Noua trouvâmes à Tœil nu le cinnabre dans les ganglions de 

2* Un individu, mort de pleurésie purulente, âgé de soixante ans, 
avait tatoué son avant- bras gauche d'un cœur très rougi, dans lequel 
il j avait les lettres J, C,G, 1858. Au bord du ganglion on voyait du 
cinnabre pointillé. 

S* Le cadavre d'un homme de soixante ans qui se tua en 1856 en 
se coupant la gorge, présentait à l'avant-bras droit un cœur tatoué, 
aiec la date (encore très visible après quarante-trois ans) 181S, et 
au-dessous deux figures. Ces marques avaient été faites avec du cinna- 
bre dont on retrouvait de nombreuses traces dans les ganglions de 
Tiisselle. 
&* et 5* Quatre jeunes bouchers avaient été asphyxiés, en 1857, 
^ de Toxjde de carbone. Deux avaient été tatoués avec du cinna- 
lue au bras droit. A... avait une couronne, trois chiffres et la date 
IU5. Tout était encore très visible après deux ans, et dans les 
patdions il n'j avait pas encore de cinnabre. B... avait un joli dessin : 
^oft tète de bœufy en dessous deux massues, des chiffres et la date 
1S51. Excepté le chiflfîre 5 un peu pflle, tout était encore visible. 



86 PARTIE THANATOLOGIQUE . 

Nous troQvâmes déjà (après six aas) du cinnabre dans le ganglion axil • 
laire. 

■ 

6** L'in?a1ide G..., âgé de soixante-huit ans, Tut écrasé en mars 
i8A8. Il avait des marques de tatouage faites avec du cinnabre aux 
deux bras, et très bien conservées; c'était un cœur, au dessus duquel 
se trouvait un pot de fleurs ; à gauche la date i 809, à droite celle de 
181 A. Dans les ganglions de ce bras droit, nous trouvâmes le cinnabre 
plus abondant que dans tous les autres cas, à gauche il n*y avait que 
quelques points déposés. 

7*" Le marchand H..., âgé de trente* huit ans, se pendit le 8 juillet 
1868. A l*avant-bras droit se trouvaient des marques de tafona^^e 
faites avec du cinnabre : c'était un cœur, des chiffres et l'année 184 1. 
Tout était très bien conservé. Dans le ganglion axillaire (après dix-sept 
ans) on vit des traces de cinnabre. 

Meckel trouva le cinnabre déposé dans les ganglions en plus grande 
quantité, quand les marques de tatouage étaient devenues presque 
pâles. De sorte que l'on peut s'attendre à trouver le cinnabre dans les 
ganglions, même si les marques sur le bras ont disparu complètement. 
Je ne puis dire quelle influence peuvent avoir sur la disparition des 
marques de tatouage, l'individualité, le genre de vie, la profondeur 
des piqûres, car la question est encore trop nouvelle. 

Je trouve que H. Tardieu va trop loin, en disant que les dessins de 
tatouage peuvent â eux seuls fixer l'identité douteuse, la profession du 
décédé, parce que le soldat dessine sur son bras d'autres figures que 
le matelot et que les filles publiques. 

Je pense que cette théorie peut faire tomber dans des erreurs 
graves, et ne peut avoir une valeur assez précise pour qu'on en fasse' 
une règle générale. Mais M. Tardieu a fait une autre observation très 
importante et très juste ; il a trouvé que l'on pouvait faire disparaître 
artificiellement des marques de tatouage. Ayant reçu des aveux d'un 
prisonnier qui avait employé un procédé pour faire disparaître ses 
marques de tatouage et tromper la justice, M. Tardieu employa ce 
même procédé sur un malade d'hôpital, et obtint un succès complet. 
La marque de tatouage était un crucifix tatoué avec du noir. Elle fut 



INSPECTION EXTÉRIBURE DBS CADAVRES. - BLESSURES. 87 

frMée avec m onguent compost de graisse et d*acide acétiqne pur, 
pnit «fOG une solution de potasse, enfin avec de l'acide chlorhydrique 
étendu d*eau. L*ongoent resta pendant vingt-quatre heures sur le 
bras en couche épaisse, puis le lendemain on frotta quatre à cinq fois 
avec la solution de potasse. Ces opérations ne causèrent qu'une dou- 
leur très faible. Le jour suivant il se forma une croûte mince mais 
très adhérente, qui tomba au bout de sept jours. Il s'en forma une 
louvelle qui resta plus de quinze jours et qui, après sa chute, laissa 
nie cicatrice superficielle dans laquelle on ne pouvait reconnaître la 
moindre trace du dessin antérieur. Ces expériences ont besoin d'être 
répétées. 

Jusqu'à présent, nos recherches, jointes à celles de MM. Hutin et 
Tardieu pour les cas d'identité douteuse, ont mené à ce résultat que : 
Dei marques de tatouage peuvent disparaître complètement pen* 
(bal la vie et disparaissent dans un assez grand nombre de cas ; 
Itwr existence antérieure peut être prouvée par l'état des gan^ 
flÛNw correspondants. 

D, Blawures. 

Ce point est le plus important de Tinspection extérieure du cada* 
ïïe. Nous le diviserons en plusieurs catégories : 

1* n peut n'y avoir aucune lésion extérieure sur le corps, 
fttoique la mort ait été, selon toute apparence, produite par une vio< 
leoee extérieure, par exemple : par des coups de pied, l'écrasement 
f une Toiture, des chutes, etc. On dit alors : « il n'y a pas de trace de 
violence extérieure ). C'est la formule ordinaire des affiches judi- 
ciaires concernant les cadavres inconnus; on suppose, par cette 
phrase, qu'il n'y a pas eu mort violente et qu'une autopsie légale 
a'est pas nécessaire ; car on croit que, du moment où il n'y a pas de 
< traces » extérieures, on ne trouverait aucune lésion intérieure 
pnmîant la violence. Ce raisonnement est excusable chez des gens 
ilnagm à la médecine, quand on considère que les traités de méde- 
^« légale ne parlent pas de cette question, comme si elle était évi- 



88 PARTIE THANATOLOGIQUR. 

dente. Henke seul dit, à propos des ruptures de la rate, que quelque? 
fois on ne trouve sur le cadavre, extérieurement, ni uiie ecchymose ni 
aucun signe de lésion, et cela prouve qu'il n'a pas observé lui- 
même. Car l'expérience démontre qu'ordinairement toutes les bles- 
sures qui ne sont pas pénétrantes, comme celles produites par des pro- 
jectiles, et qui sont suivies d'une mori subite^ et surtout toutes les 
fois qu'il ; a rupture d'organe occasionnant une hémorrbagie interne 
mortelle, il n'y a pas de lésion à l'extérieur , La raison en est que la 
vie très courte du blessé ne permet pas la formation de Teccbymose. 
Les observations que je vais rapporter et qui nous offrent des bles- 
sures très graves, ne se trahissaient extérieurement par aucune trace ; 
elles démontreront la justesse de cette thèse. Nous fûmes asses sou- 
vent à même, sur les cadavres qui avaient péri par des chutes vio- 
lentes, des écrasements, etc. , et qui ne présentaient rien extérieure- 
ment, de diagnostiquer, par cette seule raison, une rupture interne rien 
que par l'inspection extérieure. Dans ces cas, nous démontrâmes aux 
juges la nécessité d'une autopsie regardée auparavant comme inutile. 

Obs. 34. — Fractures de côtes. Rupture du foie et de ta r<Ue sans IHkm 

extérieure. 

Un homme de soixante-trois ans avait été écrasé et était mort en dix minutes. 
Deux taclies d'un brun jaune parcheminé, de la grandeur d'un centime, se trou- 
vaient : Tune à la région de l'os iliaque gauche sur la peau, et l'autre an coude. 
C'étaient là les seules lésions extérieures. Mais les septième et huitième côtes étaient 
fracturées à leur partie médiane, sans qu*H y eût aw:une trace d'épanchemenl de 
sang dans les parties environnantes^ et tout à fait comme si les fractures avaient été 
faites affres la mort. On trouva une rupture du foie de 8 centimètres de lon- 
gueur, qui s'étendait diagonalement sur toute la surface inférieure du lobe droit et 
pénétrait en profondeur jusque dans la moitié du parenchyme. La rate était égale- 
ment complètement déchirée. 

Obs. 35. — Fractures de côtes et rupture du foie par écrasement^ aons lésion 

e0rieure. 

Un ouvrier avait été renversé par une voiture et avait reçu une blessure qui avait 
amené promptement la mort. Excepté une tache grande comme la paume de la 
main, semblable à une brûlure et qui se trouvait sur le côté gauche de la poitrine, 
et une ecchymose insignifiante sur l'os iliaque droit, le cadavre ne préseBtail rien 
d'anormal. Les endroits cités ne répondaient à aucune lésion interne; mais il y avait 



INSPECTION EXTÉBIÎEURE DES CADAVRES. — BLESSURElS. SO 

une rupture loofitudinale complète du foie, qui présenUil deux portions séparées, 
^t une fracture transversale des cinquième et sixième cdtes droites. Ces lésions 
internes seraleot restées inconnues, si les quelques ecchymoses insignifiantes qui 
se troufaient k l'extérieur n'avaient pas donné lieu à une autopsie légale. 

Obs. 86. — Rupture du [oie par écrasemenij tans trace de lésion à Vextérieur. 

Cn garçon de quatorxe mois, robuste, fut écrasé par une voiture; excepté de pe- 
tites écorehures à l'arrière-tête et une ecchymose de la grandeur d'une noix à la 
région du grand trochanler droit, le cadavre ne présentait rien d'anormal à Texte - 
rieur. La tète était tout à fait intacte. Devant ce cadavre, je diagnostiquai avant la 
disseetioQ nae rupture du foie ou de la rate. Il y avait rupture du foie. Le lobe 
droit était presque séparé par une rupture longitudinale. 

Obs. 37. -* C/n cae tetnMable, 

Gu garçon de six ans fut écrasé par une voiture. Excepté des ecchymoses tout à 
fait insignifiantes, de la grandeur d'un haricot, à la région de l'os iliaque gauche. In 
joue gauche, la malléole gauche et le frontal droit, il n'y avait aucune anomalie 
extérieure. £t ici aussi, on trouva une rupture longitudinale du foie divisée en deux 
parties, qui avait causé la mort. 

Ois. 38. — Hupiwre de Vartère pulmonaire par une roue de macMne^ sans lésion 

extérieure importante» 

Va garçon de cinq ans avait été écrasé par une grande roue en fer destinée à 
ne machine ; la mort était survenue instantanément. Au milieu de la poitrine il y 
mit une tâche d'un pouce de longueur d'un bleu pâle, non ecchymosée ; il n'y 
mit ni flraeture du sternum, ni fracture des côtes. Toute la plèvre droite était rem- 
pile de sang liquide provenant, ce qui est très rare, d'une rupture de 9 millimètres 
de l'artère pulmonaire, près de son entrée dans le poumon droit. Il y avait anémie 
féoérale et cependant il y avait une hypostase sanguine cérébrale très nette, et 
k aamhreuses lividités cadavériques. 

Obs. 39. — Ruptures du poumon par écrasement. 

Cn cocher fut écrasé par une voiture, le 11 mars, et vécut jusqu'au 15. An- 
iessns de l'oreille gauche il y avait une plaie semi-lunaire de 6 centimètres de Ion- 
Caevr, de laquelle coulait du pus. Tous les tégumenU mous de la tète étaient infil- 
trés de pus, les os crâniens étaient intacts; le poumon droit était affaissé ; à la 
VÊSÎÊce interne du lobe moyen il y avait une rupture formant un angle obtus de 
S eeotimètres de longueur, et, à 4 centimètres de là, il y en avait un autre formant 
aae ouverture qui aurait pu donner passage à une noisette. Il y avait 500 grammes 
de sang liquide dans la plèvre. Le lobe inférieur de ce poumon avait un fort eni • 
fkytème, son tissu était détruit en partie et rempli de sang ^coagulé. Cette partie 



M) PARTIE TRANATOLOGIQVE. 

avait perdu la ficullé de nager sur Teau. Le poumon o^auclie non faleasé oRIrtit un 
fort œdème cadavérique. Au bras droit il y avait une ecchymose grande comme 
la main. D*après cela, nous déclarâmes que Taccusé prétendant que^ voiture n*i 
donné qu'un el)oc au décédé, ne disait pas la vérité, puisque les blessures de la 
tôte, de la poitrine et du bras ne pouvaient pas dire le résultat d'un seul choc, et 
qu'il était plus que probable que la voiture avait écrasé le décédé. 

Obs. 40. — Chute du cœur séparé des grands vaisseaux par un choc extérieur 
très violent, fracture d'une apophyse épineuse, rupture d'un poumon et du 
foie, sans lésion extérieure. 

C'est là certainement un cas des plus rares, un cœur tout à faU séparé dê$ par* 
lies environnantes ! 

Un vitrier de vingt-quatre ans, par une nuit très froide, conduisait une voiture 
très lourde qui descendait la petite côte de Spandau et, pour mieux conduire les 
chevaux, il marchait auprès d'eux. La voiture très lourde se mit à rouler très vite, 
sans que les chevaux pussent la retenir, et le malheureux Ait lancé avec une grande 
force contre un des peupliers qui bordaient la route. On le trouva mort le len* 
demain. 

A l'inspection extérieure on ne découvrait rien, excepté une petite écorchure i la 
joue droite et sur le bras gauche. Qui aurait pu soupçonner ce que nous trouvâmes 
quand nous ouvrîmes le corps ! 

Dans la tête il n*y avait rien d'extraordinaire, si ce n'est que le sinus transversal 
contenait plus de sang qu'à l'ordinaire. 

Dans la colonne vertébrale il y avait un litre de sang épais et foncé. L'apophyse 
épineuse de la première vertèbre dorsale était tout à fait fracturée et était suspendue 
^ans les parties molles. Les muscles du dos étaient fortement ecchymoséi dans leur 
profondeur. La moelle épinière était intacte. Dans le thorax du côté gauche il y 
avait 500 grammes de sang foncé, liquide. Le péricarde était détaché dans toute 
sa longueur. Les ouvertures des gros vaisseaux étaient béantes et visibles. Le cœur, 
séparé des vaisseaux et libre dans la cavité pectorale, contenait, dans les ventri- 
cules surtout, beaucoup de sang foncé et coagulé. Le poumon gauche était presque 
tout à fait déchiré dans sa fente transversale, et enfin nous trouvâmes dans le lobe 
droit du foie une déchirure de 5 centimètres de longueur et de 1 centimètre de 
profondeur. 

Et avec tout cela, pas de lésion extérieure sur le cadavre ! 

Obs. i I . ~ Violence. Fracture de cinq côtes sans trace de lésion extérieure, 

M..., un homme très enclin à la colère, vivait en concubinage avec la femme B..., 
mais aussi en querelles continuelles. 

Le 20 décembre, au matin, on avait encore vu la femme B. . bien portante. A 
midi, un voisin, en rentrant dans la maison, vil M... la maltraitant de la manière 
la plus brutale, la frappant avec son poing et son sabot, sur la (été et la figure ; 
il la jeta sur une table et sur le plancher, en ré<(istant au témoin qui voulait 



INSPECTION EXTÉniEURE DES CADAVRES. — BLESSURES. 91 

le séparer. Une femme aperçut la femme B... moitié déshabillée, as&ise sur 
le plancher de sa chambre, ayant du snng sur la figure, la bouche enflée, les cheveux 
épars ; elle vit M... lui donner un coup dans la poitrine, qui la renversa. La 
femme B... voulut se lever et aller jusqu'au poêle, mais elle chancela; alors M... 
Il saisit de nouveau, la renversa sur le dos, lui donna des coups de pied sur la 
poitrine et sur le ventre. 

Le soir, à sept heures, la femme B... mourut. On trouva bien des écorchurcs 
et des ecchymoses sur le cadavre, une ecchymose des paupières, la muqueuse det 
lèvres déchirée, ce qui devait être le résultat des coups de sabot ; mais ce qu'il y 

avait de plus important, c'est la fracture des cinq premières cdtes à droite, ne le. 

trahissant par aucune trace extérieure, et une extravasation de 1 centigramme de 

sauf moitié coagulé sur le pont de Varole. 
Ce cas ressemble à celui qui est rapporté plus haut, où il y avait rupture de 

quatre côtes et du foie sans trace extérieure. 

Obs. 42. — Huplure du cerveau par écrasement, sans signe extérieur. 

Un tailleur d'un certain âge avait été tué par un écrasement de voilure. Le ca- 
darre ne présentait à l'extérieur rien d'anormal, même sur la tête. Et pourtant on 
troava une Assure allant depuis la suture pariétale jusqu'au milieu de la partie 
écailleuse du temporal, et, sur la place correspondante du cerveau, on vit 
fiO grammes de sang noir coagulé. Au-dessous de cette extravasation, il y avait une 
rupture du cerveau béante, de 2 centimètres de longueur, remplie par 60 grammes 
àt sang; l'homme avait encore vécu sept heures, et onjui avait mis des ventouses 
dont les traces se retrouvaient sur le cadavre. » 

Parmi des centaines d'autopsies, je n'ai vu que deux ruptures de cerveau (voir 
3t8* obs.). Il est évident qu'une telle rupture doit faire supposer des violences exté- 
rieures terribles. 

Ois. 43. — Ckute d'une grande hauteur; fracture du crâne, déchirure du péri- 
carde, du foie et de la rate ; enfoncement de côtes sans lésion extérieure. 

Un riche brasseur trouva dans sa fabrique une mort aCTreuse. 
On avait laissé ouverte une trappe qui menait dans une cave de quarante-six 
|Heds de profondeur, et dans l'obscurité'de la nuit le malheureux tomba dans cette 
rave, d'où il fut relevé mort. 11 était âgé de quarante -quatre ans. Les téguments 
de la tète étaient arrachés et formaient un lambeau anguleux, ce qui prouve qu'il 
était tombé sur une surface anguleuse. Tout le cerveau était couvert d'une couche 
de lang de 2 millimètres d'épaisseur, foncé et coagulé ; cette extravasation péné- 
trait jusque dans les ventricules latéraux. La base du crâne était fendue transver- 
Mlement en deux parties, et cette dernière lésion à elle seule montrait combien la 
violence avait été grande. De plus, il y avait une déchirure du péricarde dans toute 
sa lon;:ueur, tandis que le cœur était intact ; une déchirure transversale de 5 cen- 
timètres au foie, à la surface inférieure du lobe gauche, et une déchirure de la rate ; 
^nfin, nous trouvâmes encore les quatre premières côtes enfoncées. Avec ces 



92 PARTIE THANATOLOGIQUR. 

blessures affreuses il n*y avail aucune trace d*ecchymose, ni h la région du foie, ni 
à celle de la rate, ni à celle des côtes enfoncées. 

Obs. 44. — Chute d'une grande hauteur; fracture du tternum et det cûtet^ frac- 
ture d'une vertèbre cervicale, rupture de la moelle épinière et du foiê^ tans 
marque ext&ieurer 

Un ouvrier, âgé de trente ans, était tombé d*une hauteur de soixante pieds 
dans une grange ; il resta sans connaissance et mourut au bout de trois heures. 

Excepté des écorchures insignifiantes aux mains et dux pieds et une ecchymose 
"peu importante au cou, on ne trouva extérieurement aucune trace de bleasurv. 
L'autopsie nous montra : 

1^ Hypérémie apoplectique dans le grand et le petit cerveau; 

2^ Une rupture de la troisième vertèbre cervicale et une fracture complète de 
Tapophyse épineuse ; 

3^ A cet endroit , la moelle déchirée et le canal gorgé de sang moitié 
coagulé ; 

4® l4i partie supérieure du sternum brisée ; 

5^ Les deuxième, troisième et quatrième côtes droites fracturées ; 

6^ Au lobe droit du foie une rupture superficielle en forme de T ; 

7^ Une rupture plus petite dans le lobe quadrilatère. 

Obs. 45. — Violent choc ; rupture du foie^ Hen d^anormal à Vextérieur. 

Une fille de onxe ans avait été prise par la roue d*une machine et lancée contre 
la muraillB.'La mort était arrivée après une heure et demie. Le cadavre n*oflhiit 
aucune trace de blessure extérieurement, et nous prévîmes, parla rapidité delà mort, 
qu'il devait y avoir une rupture interne. En effet, le foie présentait une rupture lon- 
gitudinale de 16 centimètres de longueur, de sorte que le lobe droit était presque 
ftéparé. Dans la cavité abdominale il y avait 500 grammes de sang épanché en 
partie coagulé, 

Obs. 46. — Chute de Vintérieur d*une voiture : fracture du sternum et des côies^ 

rupture du foie. Pas de trace extérieure. 

Pendant un hiver rigoureux, un cocher tomba de sa voiture et mourut bientôt 
après. On dit qu'il était mort « d'apoplexie » ; il ne présentait aucune trace exté- 
rieuriB de violence. On pouvait pronostiquer une rupture interne, d'autant plus que 
le cadavre avait une couleur vert blanchâtre sale qui rendait probable une forte 
hémorrhagie interne. La rupture existait dans le foie, de sorte qu'il fallut supposer 
une chute très violente. Le lobe droit était tout à fait séparé, et une grande quan- 
tité de sang gelé reposait dans la cavité abdominale. La vessie était remplie, mais 
le contenu était gelé. Le sternum était transversalement fracturé à sa partie supé- 
rieure, les cinq dernières côtes du côté droit étaient également fracturées. Et ce- 



INSPECTION EXTÉRIEURE DES CADAVRES. — BLESSURES. 93 

peadaDl pas de trace de lésien extérieure ! Lea poumons étaient anémiqaea, et le 
cenreau était gelé (1). 

2^ Très souvent on trouve, sur des cadavres qui ont succombé à 

une mort violente, une ou plusieurs taches au Tront, sur le visage, 

aux membres supérieurs et inférieurs, aux coudes, au dos des mains, 

aux malléoles, aux tibias, etc. Ce sont de petites taches delà grandeur 

de un ou un demi-centimètre, ordinairement rondes, rouges ou 

rooges brunes, plus ou moins parcheminées, qui, lorsqu'on les 

incise, montrent les capillaires de la peau plus ou moins remplis 

de sang, mais ne présentent pas d'ecchymose proprement dite. Ces 

taches peuvent embarrasser le médecin. Elles demandent, en effet, 

«ne attention et une *description spéciales lorsque la mort du 

sujet est entourée de circonstances suspectes ; car, prises pour des 

ecchymoses, elles pourraient donner l'idée d'un combat préalable de 

résistance entre l'assassin et sa victime. 

Ces pseudo-ecchymoses sont le résultat de la chute du corps au 
moment de la mort ou du glissement du cadavre contre un corps dur, 
et n'ont, par conséquent, aucune analogie avec la cause de la mort. 
EDes se produisent avec une grande facilité par le transport du 
cadavre. 

De nombreuses expériences sur le cadavre m'ont prouvé que ces 
[Meudo- ecchymoses peuvent se produire encore plusieurs jours après 
li mort, ainsi que d'autres lésions de la surface du corps qui, à pre- 
mière vue, pourraient être prises pour des phénomènes de réaction. 
Plus on fait ces expériences près de l'instant de la mort, et plus ces 
phénomènes se montreront d'une manière frappante. Si on frotte une 
?ir1ie du corps avec une brosse épaisse qui excorie un peu, ou que 
ion traîne le cadavre par les pieds sur un sol raboteux, on verra 
spis vingt-quatre ou trente-six heures des phénomènes qui pourraient 
facilement être pris pour le résultat d'une réaction pendant la vie. Ce 
soQt des taches rouge vermillon, se distinguant bien de la couleur du 
^adtrre, des croûtes ou eschares d'un brun jaune sale, parchemi- 

'H Viir d'antre» ca» nonibrcnx de Uessara» graves des» iiartie» dure» el uiuUo» miis> Irace cx- 
>^^«>«4iuhs obNmtioi» 54, SS, 91, 93, 95, 90. 97, 103 et aelre». 



9& PARTIE TUANÂTOLOGIQUE . 

t 

nées, duces à couper. Ces expériences prouvent que rexplicalion que 
nous avons donnée de ce phénomène est exacte. 

Les expériences de Ëngel viennent à Tappui de ce que je viens 
de dire, chacun pourra les répéter avec le même succès. Eogeldii: 
« Quand on excorie la peau d'un cadavre, c^est-à-dire qu'on sépare 
l'épidernie par un Trotlement, elle sèche plus vite qu'à tout autre 
endroit, car l'évaporation devient beaucoup plus rapide* Si cette 
excoriation est faite pendant la vie, le résultat est le même. On peut 
donner la couleur que l'on veut à la peau du cadavre, d'après la place 
que l'on choisit ; ainsi, si l'on excorie la peau à un endroit où les 
hypostases sanguines ne peuvent pas se former, la plaie sédiée 
et parcheminée aura une couleur jaune brun clair, transparente aux 
bords; mais lorsque l'on fait une excoriation à une place ou les 
hypostases sanguines peuvent se former facilement, la peau devient 
d'un noir brun. Dans aucun de ces cas on ne peut distinguer si l'ex- 
coriation a été faite pendant la vie ou après la mort* a 

Nous ne pouvons pas assez insister sur ces observations, car les 
cas où ces faits ont donné lieu à des conclusions erronées et fiinestes 
se sont présentés souvent. 

3° La question suivante se rattache à ce que nous venons de dire : 
Une blessure trouvée sur le cadavre a-t-elle été faite pendant la 
vie ou après la mort? 

Quand on considère combien sont rares les expériences en méde- 
cine légale, on peut s'expliquer les erreurs nombreuses qui se sont 
transmises traditionnellement dans cette science, en pratique et en 
théorie, de livres en livres, de professeurs à élèves, d'experts à ex- 
perts. C'est surtout à propos de celte question que cela saute aux 
yeux. 

En théorie on admet que les blessures faites sur le vivant se dis- 
tinguent des blessures faites sur le cadavre, par la présence de 
pb^omènes de réaction, tels que les infiammations, hémorrhagies, 
suppurations, tuméfactions, cicatrisations des bords de la plaie, gra- 
nulations, etc. Celui qui a fait une piqûre à un cadavre et qui n'a 
trouvé aucun de ces ph'nouènes croit avoir constaté cette théorie. 



INSPECTION EXTÉRISURB DES CADAVRES. — BLESSURES. 95 

L'espérience démootre qu'il faui metlre quelques resirictioos à 
C6lte thèse qui, du reste, est juste. Il est incontestable que Ton ne 
IroaTera jamais de Tinflammation, de recchyroose, de la suppuration 
« une blessure faite après la inort ; mais il D*est pas rare de voir, sur 
un sujet très gras, qu'une blessure faite après la mort, surtout si le 
cadavre commence à gonfler, laisse surgir la graisse qui renverse les 
Iwrdsy ce qui déjà peut produire une erreur en offrant les appa- 
rences d'ue suppu|catioD. Cette erreur deviendra encore plus facile 
s'il s'écoule du sang de la blessure, ce qui arrive si elle a été faite à 
des parties déclives, et si le sang du cadavre est eucore liquide. 
Qn'oa disse des expériences de cette nature sur des cadavres et qu'on 
les abandonne à eux-^mêmes pendant un ou deux jours, et l'on verra 
confirmé ce que j'avance. 

Si le cadavre est vieux de plusieurs semaines ou deplosieurs mois, 
kl pbécoraènes sont autres. Lorsque l'on apporte des cadavres qui 
iont restés longtemps à un certain endroit, par exemple dans Tesé, 
et sont trouvés eu état de putréfaction, alors la surface entière du 
corps ou au moins les parties qui environnent la blessure, sont vertes 
M gris vert,, privées d'épiderme, de grands sillons veineux pleins de 
sug décomposé parcourent la peau, les bords des plaies sont ramollis, 
il s'écoale de la graisse el un liquide sanguinolent, et je puis assurer 
que ménie celui qui est exercé hésitera à dire si une blessure a été faite 
pendant la vie ou après la mort, et il sera heureiu si l'inspection de 
rialérieur du corps éclaircit la question, ce qui n'arrive pas tou- 
jours. 

Dans d'autres circonstances le fait peut être également douteux, 

lorsque le corps a été brûlé a l'endroit de la blessure. Ici on ne 

peut Eaire L'exploration du fond et des bords de la plaie, <»ur ils sont 

charbonnés comme les parties environnantes, et on peut rester tout à 

îaii indécis si l'ouverture du corps n'apporte pas ^explication. 

Outre ces restrictions au sens positif de la thèse, qui dit que la 
prisceee des phénomènes de réaction prouve que la lésion a été « 
Ute pendant la vie, restriction que je ne trouve mentionnée nulle 
piri,aous devons dire que dans son sens négatif elle est complètement 



96 - PARTIE TMANATOLOGiyUE. 

erronée. Car, d'après cette théorie, il senihliT.rt Tncile ric distinguer 
une lésion faite pendant la vie d'une lésion faite après la mort ; on 
devrait reconnaître avec sûreté cette dernière à l'absence de phéno- 
mènes de réaction sur le cadavre, et cependant le contraire se voit 
souvent sous des conditions que nous allons énumérer. 

Déjà, sous le n*" 2, nous avons montré la ressemblance qui existe 
quelquefois entre ces deux sortes de blessures ; cette analogie est 
surtout très grande lorsque la blessure a causé une mort immédiate 
et foudroyante. Par exemple, lorsque la blessure est produite par un 
instrument tranchant et contondant, un coup de sabre qui a frappé 
un organe important : le cœur, les poumons, un gros vaisseau. Le 
blessé, pour ainsi dire, ne meurt pas, il est mort ; c'est-à-dire, il 
n'y a aucun état intermédiaire entre la vie et la mort , aucune ago- 
nie ; il vivait et il est mort dans la même minute. On devra penser 
à priori que dans de tels cas une réaction ne consistant qu*en une 
ecchymose des bords n'a pas eu le temps de se former, encore 
moins, bien entendu, une suppuration, une tuméfaction, etc.; et 
l'expérience démontre que dans ces cas la blessure se présente sur 
le cadavre absolument sous le même aspect qu'une blessure faite ar- 
tificiellement tout de suite après la mort, He sorte que l'on ne peut 
les distinguer l'une de l'autre. Ainsi il faut conclure en thèse gé- 
nérale : c Qu'il est très difficile de distinguer les blessures faites sur 
le vivant, des blessures faites après la mort. » 

Nous n'avons pas besoin de dire que cela est d'une importance 
énorme en pratique, car souvent les blessures que l'on trouve sur 
les cadavres ont été produites par des instruments pour retirer les 
cadavreide l'eau, des lieux d'aisances, des fumiers, de dessous les 
ébbulements, et que dans ces circonstances on a à examiner juste- 
ment ces blessures. 

Les cas qui suivent prouveront celte thèse. 

Cas. 47. — Perforation du sternum ; blessure de la crosse de l'aorte. 

L'ouvrier Siegel, ancien valet de buurieau, avait clé répudié par sa femme, et 
toutes les tentatives qu'il avait faites pour la ramener à lui avaient été vaines. Il 



INSPECTION EXTÉRIEURE DES CADAVRES. — BLESSURES. 97 

résolut de tenter un dernier effort et, en cas d'insuccès, de la tuer. C'est ce qu'il 
lit : il lui enfonça un couteau dans la poitrine, en disant : « Voilà ce que tu mé- 
rites ». L'accusé me raconta avec insouciance, dans sa prison, que son couteau était 
entré comme dans du « beurre », et pourtant il avait traversé le sternum de la lon- 
gueur d'un pouce. Les bords de la plaie de l'os élaienl lisses, l'os n'avait ni fissure 
ni fracture comminulive. Pans la cavité pectorale, on trouva dans les deux plèvres 
UQ demi-litre de sang foncé en partie coagulCy et 200 grammes de sang coagulé dans 
le péricarde. Le couteau avait pénétré dans le poumon droit près de l'entrée dci 
gros vaisseaux ; il avait traversé le péricarde et la crosse de l'aorte, à la hauteur 
de 3 centimètres, après sa sortie du cœur. La plaie de l'aorte était courbée légère- 
ment, elle avait la longueur de 1 centimètre et avait des bords nets et un peu bleus. 
A la paroi postérieure de la crosse de l'aorte se trouvait également une plaie semi- 
lunaire, de sorte que le couteau avait dû traverser de part en part le sternum et la 
crosse de l'aorte. 

La victime était tombée morte en poussant un cri, et pourtant, ici aussi, nous 
trouvâmes du sang coagulé. 

L'état de la blessure était intéressant à étudier. Extérieurement, la plaie se trou- 
uii entre la troisième et la seconde côte gauche près du sternum, se dirigeant obli- 
quement de dehors en dedans, longue de 2 centimètres, large de 1 centimètre 1/2 ; 
m bords étaient nets, lisses, sans inflammation, sans ecchymose, et offraient deux 
angles aigus. Ne présentant aucune trace de sang ni autour ni à l'intérieur de la 
plaie, cette blessure avait absolument l'aspect d'une blessure faite sur le 
cadavre. 

La blessure extérieure ne correspondait pas à la blessure intérieure, ce que l'on 
peut expliquer en réfléchissant que la femme a dû'se trouver un peu obliquement 
Ht rapport à son assassin, tandis que maintenant, le cadavre se trouvant dans le 
décubitus dorsal, les téguments se sont distendus. 

Obs. 48. — Coup de couteau dans les poumons. 

t'a garçon de quatorze ans avait reçu de sa belle-mère en colère et moitié ivre 
an coup de couteau avec lequel elle écorchait un poisson ; l'instrument était entré 
«lins le dos, l'enfant s'évanouit et mourut six heures après. La blessure était longui; 
<^20 millimètres et large de 6 dans sa partie béante; les bords en étaient nets 
cl lisses, sans aiACune ecchymose, mous et secs ; enfm les bords étaient tels qu'ils 
auraient été si la blessure avait été faite sur le cadavre. 

U cau>e de la mort avait été une hémorrhagie interne, car l'instrument avait 
IHînétré de la longueur de 3 centimètres dans le lobe inférieur du poumon gauche, 
^^ns la plèvre gauche, nous trouvâmes 2 kilogrammes de sang foncé contenant 
Muelqies caillots. Il y avuit de plus une anémie générale, malgré laquelle, comme 
**rdiiiaireiuent, les veines du cerveau et des sinus étaient encore gorgées de sang. 
Ooirmort par /iémorr/ia(;rie, partie spéciale.) 



II. 



98 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

Obs. 49. — Coups de styîet dans le poumon. 

Histoire navrante ! A roccasion d'une fête, une famille s'était réunie ei tout le 
monde avait bu une grande quantité de bière de Bavière. 

Le beau-frère du père de famille était devenu ivre-mort, il entra dans la cuisine 
voisine, il prit une lame d'épée brisée, de 30 centimètres de longueur et de 3 centi- 
mètres de largeur, qui avait été limée pour servir de brochette ; cet instrumeni était, 
à son extrémité, très coupant et très aigu. Il rentra dans la chambre et brandit ion 
instrument en vacillant. Le père de famille alla à sa rencontre, l'ivrogne Tem- 
brassa en ouvrant les bras et lui enfonça l'instrument dans le dos. Trois quarts 
d'heure oprès, le blessé mourut. 

Lorsque nous fîmes l'autopsie, le cadavre avait la couleur de cire blanche. Au 
bord interne de l'omoplale droite il y avait une plaie de 1 centimètre en longueur 
et en largeur à sa partie béante. Les bords étaient nets, lisses, secs, pAies, sans 
ecchymose. Dans la plèvre droite il y avait 1 litre 1/2 de sang foncé, en ptrtic 
coagulé. Le lobe supérieur du poumon droit était percé horizontalement etrinalni- 
ment avait pénétré le viscère, avait même traversé les muscles intercostaux du côté 
opposé, entre la deuxième et la troisième côte, et s'était arrêté dans le tissu cellu- 
laire sous-cutané. Le corps était exsangue, excepté les veines de la pie-mère qui 
ne participaient pas à l'anémie générale. 

Obs. 50. ^ Coup de feu dans la moelle épinière. 

Le 16 octobre 1848, il y eut une émeute à Berlin qui donna lieu à un combat 
opiniâtre derrière des barricades, entre les insurgés et la garde nationale. Huit 
personnes furent tuées. Une de ces victimes était un citoyen qui trouva une mort 
honorable en montant sur la barricade. 11 reçut une balle tirée derrière et d'en 
bas. La balle était entrée dans la région de la septième vertèbre cervicale, avait 
fracassé les trois dernières vertèbres cervicales et déchiré la moelle épinière. Elle 
était sortie près du maxillaire inférieur droit ; là se trouvait une ouverture de i cen- 
timètre, un peu anguleuse, qui fit conclure que la balle avait été pointue. Les bords 
des deux plaies n^étaient pas du tout ecchymoses, ce qui s'explique facilement à 
cause de la mort subite produite par la déchirure de la moelle épinière ; ces plaies 
ne différaient en aucune façon des plaies par armes à feu, que nous avons souvent 
produites artificiellement sur des cadavres. 

Obs. 61. — Coup de feu dans les poumons. 

Dans une autre émeute de l'année 18i8, un homme reçut une balle de fusil qui 
traversa le corps en pénétrant dans le lobe inférieur du poumon gauche. La mort 
eut lieu par suite d'une violente hémorrhagie, elle fut subite ; les deux plaies, celle 
d'entrée et celle de sortie, avaient absolument le même aspect que celles qui sont 
faites après la mort. 



1>SI*ECT10N EXTÉRIKURB DES CADAVRES. — BLESSURES. 09 

A" On trouve très souvent sur les cadavres des blessures produites 
lege ards, telles que les blessures de sangsues, de ventouses, de sai- 
gnées, les sutures chirurgicales, les incisions, les amputations, etc. 
Le médecin légiste devra donner une description sommaire de ce 
qu'il trouvera dans de tels cas, excepté lorsqu^il s'agit d'impéritie 
médicale qu'il faut apprécier. Il faut alors donner naturellement une 
description minutieuse de tout ce que Ton trouve, d'une blessure de 
saignée par exemple, lorsque Ton soupçonne que celle-ci est la 
cause de la mort. 

A celle catégorie appartiennent aussi les blessures et lésions 
de toutes sortes que produit souvent Topération de la levée du ca- 
davre, ainsi que le résultat des dégâts produits par les animaux sur 
les corps abandonnés. Ces blessures se voient surtout sur les cadavres 
retirés de Teau qui ont été souvent blessés par des bateaux, par des 
rimes, etc., ou qui ont été rongés par des rats d'eau. 

6* ICnGn, il reste à considérer les blessures qui n'ont pas 
amené la mort et qui sont les plus fréquentes. Le § 10 du règle- 
ment indique le procédé que l'on doit suivre, et nous n'ajouterons 
que quelques remarques. 

La science approuve parfaitement le règlement ne demandant 
( qu'une description sommaire pour des blessures qui ont une ori- 
gine ne se rapportant pas directement à la mort », et en permettant 
< de décrire les ecchymoses et les écorchures qui évidemment n'ont 
|«s pu donner la mort, en les comparant pour leur aspect général 
Mit à des fruits, soil à des corps de toute espèce. » 

Le médecin légiste ne peut s'arrêter à la description minutieuse 
<!' ces petites blessures sans importance. Il arrive que dans les 
^^ssioats qui ont été accompagnés d'un combat opiniâtre, on trouve 
sur le cadavre une grande quantité de lésions de toutes sortes, des 
><)lutioiisde continuité, égraUgnures, écorchures, ecchymoses, comme 
1^ obs. 61 et 70 en donnent des exemples. Pour décrire tout avec 
ciactiiude, il faudrait un procès- verbal contenant plus de cent nu- 
"'éros, ce que Ton doit toujours éviter, car la clarté n'existe plus 
^i Ton veut décrire minutieusement chaque anomalie spéciale, et 



100 PARTIE TllANATOLOGlQUE. 

cela serait du reste très diflicilc. Il suftit dans depareils cas d'exa- 
miner avec soin les lésions principales et les blessures que Ton 
juge a priori importantes dans Taflaire, puis décrire sommairement 
tous les autres résultais peu importants sous un même paragraphe. 

C'est ici Tendroil de parler des coups de verges que Ton a sou- 
vent à examiner comme cause de mort, dans les cas où les enfants 
ont succombé à de mauvais traitements. Les blessures produites par 
les coups de verges se reconnaissent de deux manières. Lorsque les 
verges ont porté à plat sur le corps de Tenfant, elles impriment des 
sillons plus ou moins longs de deux à trois pouces, rouges, un 
peu ecchymoses, parallèles par séries de deux, trois, ou quatre; 

• 

lorsque les coups ont porté de sorte que les pointes des verges frap- 
paient d*abord, on voit des groupes de taches ecchymosées sembla- 
bles à des pétéchies, mais les coups de verges ont ceci de particulier 
qu'ils ne sont donnés ordinairement que sur le dos et les fesses. 
Dans les sillons on voit de petites écorchures; je n'ai jamais observé 
des lésions plus profondes produites par les coups de verges telles 
que celks dont on se sert chez nous (1). 

Pour ce qui concerne enfin l'usage de la sonde, le règlement permet 
c de s'en servir avec précaution » , si les experts le croient néces- 
saire; mais il prescrit avec raison, pour éviter les abus, d'enregis- 
trer au procès-verbal la cause qui les a fait agir ainsi. Il est en effet 
superflu dans la plupart des cas d'employer la sonde, car la pro- 
fondeur de la blessure se voit très bien à la dissection. Quand l'exa- 
men et la description de la blessure ont été faits extérieurement, on 
l'élargit afin d'examiner l'état du tissu cellulaire environnant, ainsi 
que celui des bords et du fond de la pbie. 

(1) Dans l'hôpital de la marine à Kronstadt, près de Saint- Pélersbourg, j'ai vu un 
prisonnier coucliù sur le ventre, qui huit jours auparavant avait passé par les verges 
et qui avait re<,u douze cents coups, et auquel une nouvelle dose était encore ré- 
servée ! Tout le dos était couvert d'ulcères siiperliciels, mais i'ctat général n'était 
pas grave. 



INSPECTION TES INSTRUMENTS. iOJ 

CHAPITRE II. 

INSPECTION DES INSTRUMENTS. 

Ugislation. — Code (prussien) de procédure criminelle^ § 162. Les experts doivent 
donner leur avis sur le^ instruments au moyen desquels les lésions ont pu éti o 
faito ; il faut aussi leur montrer les instruments qui ont élé trouvés el leur Ce- 
mander si telle lésion a pu Aire produite par tel instrument, si In situation et In 
grandeur des blessures peuvent indiquer la manière avec laquelle lo coupable a 
probablement agi, l'intention qu'il y a mise et la force physique qu'il a em< 
ployée. 

Il est inutile de dire qu*il est absurde de diviser les instruments en 
mortels et non mortels; que ce soit utile pour le juge, cela ne nous 
regarde pas ; pour la science il n'y a qu'une seule division raison- 
nable, celle qui consiste à diviser les instruments et les blessures 
qu'ils occasionnent d'après leurs elTels spéciaux sur l'organisme, effets 
qui permettent de reconnaître sur le vivant comme sur le cadavre quel 
est rinslrument qui a élé employé. Nous diviserons donc les instru- 
ments en : 1° tranchants et perforants; T contondants; 3* armes a 
feu; et &** instruments slrangulants. 

g \", — Znstraments tranehanls et perforants. 

li y a des instruments coupant d'un côté, comme les rasoirs; d'au- 
tres coupant d'un côté sont en même temps pointus, comme les cou- 
leanx de table, de poche; d'autres coupant de deux côtés et en même 
temps ordinairement pointus, tels que les poignards, les stylets, les 
<^pées de canne ; d'autres qui coupent de trois côtés, comme les alê- 
nes, les baïonnettes. Ces instruments ont ordinairement leur lame 
Mte. D'autres ont un tranchant plus ou moins courbé , semi- 
lunaire, comme certains sabres, les faux, les serpettes. Ici appartien- 
nent aussi les morceaux de verre ou de métal, qui sont tranchants el 
pointus, et les ongles des doigts. Nous avons eu à observer des bles- 
ses faites avec tous ces instruments, comme le démontreront nos 
«ksemtions. 



102 PARTJB THANATOLOGIQUE. 

Les coups portés avec ces instruments sépareni les tis^sus ^lus 
.. ou moins profondément. Les bords d'une plaie, si on les examine 
' immédiatement après que la blessure a été faite et même si Tinstru- 
ment était bien tranchant, présentent, dans un cercle un peu externe 
autour de la plaie, un plus ou moins grand affaissement. I^s phi- 
nomènes de réaction dépendent naturellement de la place où le coup 
a frappé, de l'époque à laquelle on les examine pendant la vie, ou 
après la mort, et de Tintervalle qui sépare le moment où la blessure a 
éié faite de celui où a lieuTexamen. Si l'instrument a pénétré jusqu'à 
Tos, il y a ou des fractures comminutives ou une coupure de Tos à 
bords lisses, ce qui arrive surtout sur les os longs, les os des 
doigts. Pour le crâne, les coups portés avec des instruments tran 
chants amènent ces deux sortes de lésions : les fractures commi- 
nutives et les coupures de Tos. Le cas suivant prouve que le sabre 
court d'infanterie, frappant avec force, peut fendre en coupant net 
tout le crâne. 

Obs. 52. — IlleFSurc mortelle par wi coup de sabre sur la tête. 

Dans une rixe entre des ouvriers et des militaires, un ouvrier de quarante-deux 
ans reçut, d'un soldat d'infanterie, un coup de sabre mortel sur la tAte. 

La phie, que nous examinâmes lors de l'autopsie, avait 8 centimètres de loup 
depuis la suture pariétale jusque dans le milieu de Tos temporal ; dans l'espar c do 
2 centimètres, le pariétal était comme coupé dans toute son épaisseur, la couche 
interne compacte de l'os était Iruclurée comminutivement autour de la plaie, les 
membranes du cerveau étaient coupées dans l'espace de 2 centimètres, hh se trou* 
vait uu abcès du cerveau Je la grosseur d'une noix dans lequel reposaient des frag- 
ments de l'os. L'autopsie montra en même temps des tubercules dans le foie. 

H est très singulier que les plaies par des coups d'instruments 
tranchants ne présentent presque jamais la dimension des instru- 
ments et ne permettent pas de reconnaître quel a été l'instrument 
qui a blessé. Il y a une grande différence, par exemple, lorsque les 
muscles ont été séparés dans leur dimension longitudinale ou dans 
leur dimension transversale. Dans ce dernier cas, la rétraction des 
muscles forme une plaie béante qui ne correspond pas aux dimen- 
sions de l'instrument. 



INSTRUMENTS TBANCHANTS. lOS 

L«s coupures faites avec inslniments tranchants, mais sans contu- 
sioD, font des plaies à bords nets et lisses. Les deux coins de la plaie 
son! formés par des angles très aigus. Les phénomènes de réaction 
sont les mêmes que lorsqu'il y a en même temps contusion. Il va sans 
dire qu'il peut y avoir hémorrhagie grave et mortelle s'il y a de grand s 
vaisseaux lésés; il est très difficile de dire quel est le point que Tin- 
stmment a touché le premier (par exemple dans le cas de suicide 
douteux), si la plaie a été faite de droite à gauche ou de gauche 
k droite. Cette question se présente surtout à propos des cou- 
pures du cou. On sera quelquefois mis sut la voie par certaines 
circonstances particulières, telles que la présence du sang à la main, 
les vêtements coupés à un certain endroit, etc. A propos de ces cou- 
pures, il peut surgir un autre doute qui, dans une circonstance mé- 
morable, a détourné gravement de la vérité ceux qui exploraient. 
Lorsque des coupures ont été faites à une personne dont la peau est 
sèche et dure, comme celui des personnes vieilles et maigres, surtout 
si la tête a été penchée en avant, on trouvera, lorsque le cadavre sera 
étendu, au lieu d'une seule ligne plusieurs petites enchevêtrées en 
briques, comme cela se voit quand on fait une incision dans un mou- 
choir plié que l'on déplie après. Les experts, dans un cas pareil, 
conclurent qu'il y avait c quatre coupures », qu'il y avait assassinat 
et qae les assassins avaient dû faire plusieurs blessures. 

Les plaies faites par instruments piquants ou perforants ne pro- 

doisent presque pas d'hémorrhagie lorsqu'elles n'atteignent pas de 

pos vaisseaux, et, lorsque ces piqûres sont petites, les phénomènes 

ie réaction sont tout à fait insignifiants ; mais , lorsqu'elles sont 

profondes, elles amènent les épanchements les plus graves de sang, * 

f urine, de chyle, etc. Je dois faire ici mention d'une circonstance 

importante. On fait souvent un reproche aux médecins de n'avoir 

V» indiqué, dans les cas d'hémorrhagie par piqûre des gros 

^ùsseaox parcourant, l'endroit même où se trouve la piqûre; ce 

r^RToche est souvent injuste, car dans beaucoup de cas il n'est pas 

^jours possible, même après avoir éloigné tous les viscères, de dé- 

^Qîrir la piqûre qui a occasionné une hémorrhagie mortelle. De plus, 



104 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

une telle recherche me parait en général superflue, car Thémorrhagie 
interne est confirmée par la présence du sang, et il est indifférent de 
savoir quel est le vaisseau et quel est l'endroit qui a donné lieu à 
rhémorrhagie. Néanmoins je n'ai pas besoin de dire qu'il peut S3 
présenter des cas où cette recherche est nécessaire. Les piqûres aussi 
n'ont presque jamais les dimensions de rinstrument qui les a pro- 
duites, parce que ces ouvertures varient selon la contractiiité de la 
peau, de sorte que Ton ne peut comparer la plaie à l'instrument et 
en déduire une conclusion rigoureuse. 

D'un autre côté, pour tous les instruments piquants, tranchants ou 
perforants, on ne peut plus rien juger de l'instrument, si la granu- 
lation ou la cicatrisation ont eu lieu, ce que l'on voit souvent dans les 
blessures de tête. 

Les egratignures ou les traces d'ongles se trouvent sur le cadavre 
sous deux formes différentes. S'il n'y a eu qu'une pression forte avec 
le doigt, on trouve un sillon semi-lunaire plus ou moins ecchymose, 
produit par l'ongle, dont la direction indique la position» du doigt, ce 
qui peut être très important dans les cas de strangulation ou lors- 
qu'une femme en couches veut s'aider avec ses mains pour hâter la 
délivrance. 

Si l'ongle a plutôt égratigné Iju'exercé une pression, l'épiderme est 
écorché tantôt avec, tantôt sans coloration rouge clair de la peau 
environnante. Toute la plaie n'est pas plus grande qu'une lentille, de 
sorte qu'il n'est pas difficile de la distinguer d'une écorchure d'cpi- 
derme produite par une autre cause. L'observation 283 prouve de 
quelle importance peuvent devenir de telles petites plaies, qui pa- 
raissent insignifiantes sur le cadavre. Au corps d'une femme nous 
trouvâmes des egratignures au cou, Thonime que l'on soupçonnait du 
cripie (qui avoua plus tard et fut condamné) avait des ongles rongés 
qui n'alleignaient pas la moitié de la phalange ; nous devions alors 
déclarer gu'avec de tels ongles les egratignures n'avaient pu être 
faites et qu'il devait y avoir eu un complice. L'accusé niait, par gé- 
nérosité pour son complice, un garçon qu'il avail entraîné a l'aider 
dans l'exécution do ce crime. 



INSTRUMENTS CONTONDANTS. 105 



^2. — Instruments contondants. 



Ces instruments ont des effets très variés tant à l'extérieur qu'à 
inlérieur, selon Tendroit auquel ils frappent et la force avec laquelle 
8 sont employés. Ils ébranlent les organes internes et peuvent pro- 
uire une mort subite (commotion du cerveau, de la moelle épi- 
iëre, du cœur), ou bien une mort plus lente par des ruptures do 
aisseaux. Ils brisent les os depuis la fracture la plus simple lorsque 
I force n*est pas trop grande, jusqu'à l'écrasement complet de tout 
'organisme quand la force est très violente. Ils séparent la continuité 
les parties molles en formant des bords inégaux, obtus, dentelés, dé- 
-hirés, plus ou moins plats, de sorte que la plaie ne correspond 
frdinairement pas à la forme de V instrument blessant y parce 
|ae l'instrument non-seulement frappe, mais encore déchire en même 
emps. Ils contondent et défigurent le visage, soit par aplatissement 
lu nez et des oreilles, soit par gonflement consécutif des paupières cl 
Jes lèvres, soit par brisement des os. Souvent, sur le même cadavre, 
)n trouve plusieurs de ces effets, ou parce qoe g^sieurs instruments 
contondants ont été employés par un ou plusieurs malfaiteurs, ou 
parce qu'un même instrument à plusieurs surfaces, une hache par 
exemple, a été employé. C'est ce que Ton trouve après ces meurtres 
affreux qui ont eu lieu au moyen de violences nombreuses et cruelles, 
après les assassinats commis par les hommes en fureur, comme on en 
terra des exemples plus bas. 

Quant à la nature même des instruments contondants, elle est très 
diverse; je citerai, pour les avoir vu employer, des haches, sabres, 
marteaux, . pavés, bâtons, pots brisés, choppes de bière, poutres, 
planches, sabots, roues, ailes de moulin, mâts, crosses de fusil, cro- 
chets de fer, voitures, chemins de fer, poings, dents, etc. Il faut 
compter aussi les chutes, les projectiles. 

Ine suite fréquente des blessures par instrument contondant, 
c'est la rupture des organes internes. Les poumons, le cœur, les in- 
itias à l'état sain ne se rompent jamais spontanément. Lorsque le 



106 PARTIE THANATOLOGIQUC. 

poumon d*un phlhisique se rompt, c'est h cause des cavernes; le cœur 
ne se rompt que lorsqu'il est atrophié ou hypertrophié. Mais lorsque 
ces organes sont sains, il faut une forcetrès grande pour les rompre. 
Lorsqu'une de ces ruptures se présente, on peut conclure avec assu- 
rance qu'il y a eu une très grande violence excercée. Voici le résultat 
de mes observations les plus concluantes : 

Les fisMures de la base du crâne sont presque toujours transver- 
sales. Je n'ai jamais vu une fissure longitudinale isolée. Elles se 
rencontrent ordinairement dans la partie qui forme le tiers anté- 
rieur de la base, et s'étendent d'un rocher jusqu'à la selle turcique, 
ou la traverse pour rejoindre l'autre rocher. Nous reviendrons plus 
loin sur la fracture des autres os crâniens. 

La rupture du cerveau est excessivement rare; quant à moi, 
je ne Tai vue que deux fois : une fois par suite d'un écrasement de 
voiture (h^" ob^.), une autre fois par suite de grandes violences sur 
la tôle (318* obs.). 

Les ruptures du poumon ne sont pas fréquentes. Elles peuvent se 
rencontrer à tous les endroits du poumon, avec des directions et des 
longueurs de toute espèce. (Obs. 80, AO et 03.) 

On voit très rarement des rupîurrs de la trachée^artère et de 
Vœsophage. Elles sont dues également à de très grandes violences 
exercées au moyen de corps contondants (obs. 92). 

Nous avons donné plus haut (obs. 39 et A3) des exemples de 
rupture du péricarde- ei de rupture du cœur qui, l'une et l'autre, 
sont très rares. Dans les deux cas, des blessures par instruments 
contondants avaient été faites avec une forte violence : la première par 
une chute de très haut, la seconde par un choc violent contre un ar- 
bre. La mort avait été instantanée, et il y avait d'autres lésions internes 
très graves. 

Les ruptures du foie sont les plus fréquentes relativement et 
absolument. (Voir obs. 34 à 37, 40, 43 à 40, plus loin obs^ 54, 93 
et 96.) Ordinairement ce sont des ruptures longitudinales dans Tun 
des deux lobes, ou entre les deux, et séparant alors les deux lobes; ou 
enfin elles existent en même temps dans les deux lobes et forment de 



INSTRUMENTS CONTONDANTS. 107 

petites plaies longitudinales, ce que, du reste, je n'ai vu que rare- 
ment. Les ruptures transversales sont très rares, elles ne sont ordi- 
reinent pas uniques, elles sont plus souvent multiples et parallèles. 
Noicides exemples de ruptures exceptionnelles. 

Obs. 53. — Forme rare de rupture du foie. 

Vd enfant de deux ans et demi présentait une forme très rare et très curieuce 
de niptiire du foie. La mort était survenue en une demi-heure. Depuis le milieu de 
Tabdomen jusqu'à la troisième vertèbre lombaire, s'étendait un lillon^arge d'un demi- 
poQce,d'un rouge brun parcheminé ; dans l'abdomen il y avait 100 grammes de sang 
foncé provenant d'une rupture du foie ayant un aspect tout particulier ; tout le bord 
Ankht droit était broyé et comme rongé par des animaux, le péritoine était ecchy • 
iBosé dans la région lielvienne, dans tout le corps il y avait anémie. La veine cave 
tétait Tide^ le cœur également, les poumons pàle$. Les veines de la pie mère étaient 
comme ordinairement remplies de sang. 

Obs. 54. — Division complète du foie. 

^cas est également très curieux. Une tiUc de quatre ans avait été écrasée et 
^ii morte au bout de quelques minutes. Extérieurement il n'y avait pas de traces de 
'^rôni remarquables, excepté une légère ecchymose au front gauche, une autre h 
laraQUbras droit et un sillon ecchymose à la jambe gauche, rien de plus. Aussi 
Pouvaiton diagnostiquer d'avance une rupture du foie. EUe existait en effet, mais 
^"< était d'une espèce particulière que je n'ai jamais rencontrée depuis. Le foie 
^it complètement déchiré dans son sens vertical et divisé en deux parties, la 
(^^ antérieure était libre dans la cavité abdominale. La rate présentait deux 
'"Ptures transversales qui ne pénétraient que jusqu'à la moitié du parenchyme. 
Dins la cavité abdominale se trouvaient 500 grammes de sang liquide. 

Us autres organes al> lominaux ne se rompent presque jamais, 
excepté la matrice pendant Taccouchement, et la rate dont lesrup- 
•>rtt sont ordinairement transversales (obs. 34, 54, 91, 97 et 108). 
Les ruptures de l'estomac et des intestins (obs. 97), des épiploons 
(^^meobs.), des reins, des grands vaisseaux, de la vessie, sont très 
'ares, et ne se présentent que lorsqu'il y a écrasement général. 
H- Devergie dit que les ruptures de la vessie sont assez fréquentes, 
"Mil il ne prouve celte thèse singulière par aucune observation per- 
sonnelle; il dit seulement deux mots de deux cas observés par 
tlWres, mais sans description spéciale. Je n'ai jamais trouvé sur le 



lOS PAIITIE THANATOLOGIQUE. 

cadavre une seule rupture de In vessie vide ou pleine, et quand elle 
est vide il est évident que la rupture ne peut avoir lieu que s'il y a 
écrasement du bassin. 

S 3. Armes à fea. 

Ce sont les pistolets, les carabines, les fusils (les canons et les 
mortiers, que M. Devergie mentionne, ne me semblent pas appartenir 
h la médecine légale!) 

Les coups portés par ces instruments séparent la continuité des 
(issus, perforent, déchirent ou écrasent les parties dures et molles, 
et, par suite, ils amènent la mort ou par destruction d'organes impor- 
tants ou par hémorrhagie. Les armes à feu sont rarement examinées 
par le médecin-légiste. Car, lorsqu'on trouve un cadavre qui a é»é 
assassiné, les coupables ont eu le soin de ne pas laisser l'arme ; il n'y 
n que les cas dans lesquels un homme étant mort par suite d'une 
blessure par arme à feu et l'arme se trouvant près de lui, on doute 
si la mort est le résultat d'un crime ou d'un suicide. Je dois ajouter 
(|ue la présence ou l'absence de l'arme ne peut rien prouver, car l'as- 
sassin peut l'avoir laissée dans sa précipitation a se sauver, et, d'un 
autre côté, le suicidé peut avoir été volé après sa mort. Du reste, je 
trouve que l'examen de l'arme n'a pas ordinairement beaucoup d'im- 
portance pour le juge, dans les cas de mort par armes à feu. Quanta 
la question : une arme a-t-elle été tirée et quand at-elle été tirée? 

w 

M. Boutigny, pharmacien à Evreux, a fait des expériences sur les phé- 
nomènes qui se passent dans la crasse qui tapisse la batterie d'un fusil 
n pierre, selon que celui-ci a été déchargé depuis plus ou moins 
longtemps. En voici les résultats : 

€ Il divise Fes cinquante jours de ses observations en quatre pé- 
riodes : 

» Dans la première période qui n'est que de deux heures, la crasse 
a une couleur noir bleu. Elle ne présente pas de cristaux, on n'y voit 
pas d'oxyde rouge de fer, ni de-trace de sels de fer. La crasse, enlevée 
avec un pinceau imbibé d'eau distillée, donne, après Gltration, une 



AIIMES A FEU. 109 

liqueur légèrement ambrée; cette liqueur colore en chocolat l'acétate 
de plomb, en vertu du sulfure de potassium que la crasse renferme 
encore à celte époque. 

> Dans la deuxième période, qui est de vingt-quatre heures, la 

crasse est moins foncée en couleur ; elle ne présente pas de cristaux, 

elle n'ulTre pas d'oxyde rouge de fer ; mais Taddilion de leinture de 

noix de galle, dans sa dissolution filtrée et limpide, la rend trouble 

et commence à y déceler Texislence d'un sel ferrugineux. 

n Dans la troisième période, dont la durée est de dix jours, on 
observe sur la crasse une foule de petits cristaux sous. le couvre-feu 
et sous la pierre (ces cristaux sont d'autant plus allongés qu'on 
s'éloigne davantage de l'époque à laquelle l'arme a été ttrée). Il 
existe sur la partie du canon correspondant a la batterie, et particu- 
iièremenl au bassinet, des taches nombreuses d'oxyde rouge de fer 
(probablement plutôt de carbonate) ; la dissolution provenant de cette 
crasse donne, par l'hydro-cyanate ferrure de potasse et la teinture 
^eooix de galle, les colorations bleues et violettes des sels ferru- 
gineux. 

> La quatrième période dure jusqu'au cinquantième jour. Il y a 
beaucoup plus d'oxyde rouge de fer sur le canon, et la liqueur prove- 
Q<iot du lavage de la crasse ne donne plus la réaction des sels ferru- 
gineux (1) p. 

OrGla, en parlant de ces expériences, n'hésite pas à dire que, 
d'après les résultats de M.^Bouligny, il est possible de déterminer, à 
quelques jours près et même à quelques heures près, l'époque à In- 
quellel'arme a été tirée. Quant A moi, je suis bien loin d'être de celte 
opinion. 

Us expériences de M. Boutigny n'ayant pas été répétées, ne peu- 
vent avoir une telle importance en médecine légale pour les cas où il 
peut s'agir de la vie d'un accusé. Ajoutons que la grande assurance 
avec laquelle M. Uoutigny pose ses conclusions nous les rend sus- 
P^les; car il est évident que les différentes qualités de poudre em- 

{^)hurnai de chimie médicale^ 1833, septembre. 



• 



110 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

ployées doivent constituer sur la batterie de Tarme des différeoles 
crasses; puis la proportion de salpêtre dans la poudre varie de 
62 pour 100 à 76 pour 100, le charbon de 12 pour 100 à 18 pour 
100, le soufre de 10 pour 100 à 20 pour 100. Le degré de rhurai- 
ditc de l'air pourra aussi influencer, puis les armes à capsules el 
remploi du coton-poudre ont rendu ces expériences tout à fait 
superflues. 

Mais je vais plus loin, je prétends que dans celle circonstance U 
médecin n'est pas un expert compétent s'il n'est pas habile chasseur 
ou adroit tireur, et il devra conseiller au juge d'appeler des fabri- 
cants d'armes, des gardes-forestiers ou des chasseurs comme experts. 
Il arrive souvent que parmi les douze jurés il se trouve un ou plusieurs 
bons chasseurs, et le médecin en débitant devant eux des théories 
qu'il a trouvées dans les auteurs, s'expose à perdre le prestige que lui 
doflne la dignité de sa position, en parlant devant des counaisseurs 
de choses qui lui sont étrangères. Une telle maladresse enlèvera aux 
jurés beaucoup de leur confiance dans son rapport tout entier. 

Il en est autrement pour ce qui concerne les efl'ets de l'arme à feu 
sur le cadavre. Ici le médecin rentre dans son domaine, car il s'agit 
d'observer un phénomène de la nature. La nouvelle invention de 
balles pointues apporte des modiGcations dans les efl'ets sur le corps 
humain. Nous exposerons plus loin (partie spéciale) en parlant de la 
mort par armes à feu, les détails qui se rapportent à cette question. 

S 4. — Initrutnents itraDgaUDif , 

11 n'y a pas de corps long, flexible et ne cassant pas facilement, 
qui n'ait pas encore été employé comme instrument strangulant : des 
cordes, des cordons, des fichus ou mouchoirs de toutes formes, des 
étofl'es de toute espèce, des ceintures, des bretelles, des nattes de 
paille, des bandes, des manches, des jambes de pantalon, etc. Ils 
agissent, comme on sait, en empêchant l'entrée de l'air dans les voies 
respiratoires, ou en interrompant la circulation par une forte pression 
sur les vaisseaux et sur les nerfs; cette pression peut avoir pour effet 
dj paralyser les nerfs. Leurs effets locaux sur leeou sont hsmarques 



INSTRUMBNTS 6TRANGULANTS. IM 

sifngulaloireê doDl nous parlerons plus tard en traitant de la mort 
pmr pendaison (partie spéciale), car il s*y rattache la question de la 
pendaison avant et après la mort. 

L'examen de Tinstrument strangulant doit être fait par le mé'^ 

decin*légiste pour constater si le sillon trouvé sur le cadavre a pu 

être causé par l'instrument. Une grande quantité d'observations me 

permettent d'assurer qu'il est souvent très difficile de déterminer cette 

question; car les instruments les plus différents peuvent produire les 

oDèoies effets. En général, cependant, les liens durs, tels que les 

cordes de chanvre, produisent des marques excoriées et en partie 

parcheminées, tandis que les corps mous, tels que les étoffes de soie et 

de bdne, ont moins souvent cet effet. En général aussi, la largeur de 

b marque correspond à celle de l'instrument strangulant. Les fichus 

iODt souvent garnis d'ourlets ou de franges nattées et de bordures 

de toute espèce, qui se trouvent en contact avec la peau, y laissent 

leur empreinte et souvent l'écorclient. 

D'uD autre côté, les instruments strangulatoires larges, comme des 
ceintures, des bretelles, peuvent produire un sillon très étroit d'après 
h position dans laquelle la pendaison a eu lieu, par exemple, si le 
iieiié n'a été placé que dans une anse de l'instrument largo et que 
celui-ci n'ait presixé que par une partie étroite de ses bords. 

Enfin la profondeur du sillon dépend de la pression plus ou moins 
innde avec laquelle l'instrument a étranglé. J'ai vu des cas où on 
oaundt pas pu mettre un doigt entre l'instrument et le cou, tandis 
foe souvent le lien est plus lâche ; mais le corps, par son poids, a 
sulB pour que la pression à un certain endroit ait déterminé la mort. 
Tontes ces circonstances doivent être examinées de près. Nous re- 
viendrons plus tard, au sujet de la mort par pendaison, sur l'étude 
du sillon strangulatoire. 

L'instrument strangulant peut encore devenir l'objet de l'examen 
lorsqu'on ne sait s'il y a eu meurtre ou suicide, alors il est très im- 
pertint d'étudier comment est fait le nœud du lien. 11 y a, comme 
^^i^iy une grande quantité d'espèces de nœuds. Les boulangers ont 
loe manière particulière de nouer les sacs, les tisserands ont aussi un 



112 PARTIE THANAT0L06IQUE. 

nœud particulier, ainsi que beaucoup d'artisans; on ni*a quelquefois 
demandé si tel nœud était un nœud de boulanger? Le médecin doit- 
il dune tout savoir? Il est absurde d'exiger de lui la connaissance de 
tous les instruments techniques et toutes les manipulations des ou- 
vriers. Tour les mêmes raisons données plus haut pour les armes à 
l'eu, je conseille à tous les médecins de toujours déclarer leur incom- 
pétence dans de pareilles questions. Que le juge, dans ces cas, appelle 
des ouvriers du métier. 

§ s. — l>cs taches de sang sur les instruments. 

Dans les affaires de meurtre, assassinat, blessure, viol, etc., le 
médecin est souvent appelé à constater si les' taches qui se trouvent 
sur des instruments, meubles, portes, murs, vases, vôtements, sont 
des taches de sang ou non. L'accusé nie ordinairement, et les taches 
suspectes dont il ne peut expliquer la nature sont souvent les charges 
les plus importantes contre lui. Ou bien il avoue que les taches sont 
bien des taches de sang, mais il dit qu'elles proviennent du sang d'un 
animal, ou bien quelquefois il prétend que ces taches de sang pro- 
viennent du sang d'une femme ayant ses règles. Dans d'autres cir- 
constances, quelqu'un se tache avec du sang d'animal afm d'accuser 
un tiers. Je pourrais citer des exemples présentant ces diverses 
circonstances, et je n'épuiserais pas encore les particularités qui s'at- 
tachent aux taches de sang. Comme cette question est de la' plus 
liante importance, il n'est pas étonnant que l'on ait cherché h déter- 
miner avec certitude les moyens de la juger. Mais ce n'est que dans 
l.)s temps les plus modernes (1) que l'on a pu atteindre ce but, car 

(1) Voyez Ornia. MM. lég.y 2'" édilion, p. nfii. 
I.assaignc, Revue médicale^ aoOt, 1 82 1 . 
IJarruel, Anuales (Vhygicne pxihiviue^ 1829. 
(.hcvallior, Annales de Poggendorf, 1838, numéro [). 
n.irriicl et Lesiieur, Archives de ?«(<i. , 1833, I, 2' scric. 
n. Ilose, dans ma Vieticljahrsschrifl , 18:i3, IV, \k 295. 
C. Schmidl, die Diagnostic verddchliger Fkcke it% Criminalfailen, 

.Milau et Lcipzij^, 18i8. 
t]. Ritler, Ueber die Ermittelung von BlutSdincn^ und Excremen- 
lenfiecken in CriminalfiiUen^ Wùrzburg, I85i. 



TACHES DE SANG SUR LES INSTRUMENTS. 113 

nombreuses méthodes préconisées par les auteurs anciens étaient 
lius ou moins insuflBsantes. 

Si les instruments sont luisants, comme ceux qui servent à Tusage 

dés ouvriers, et qu'il y ait dessus du sang frais séché, les taches 

seront faciles à reconnaître, car elles ne se confondront pas avec 

des taches d'une autre nature^ surtout avec des taches de rouille. 

Les taches de sang alors sont rouge clair s'il n'y a qu'une couche 

«ù«ce sur le fer, elles sont rouge foncé s'il y a une couche épaisse de 

sanjr. 

On peut facilement distinguer les taches de sang des taches de 
roûlle en chauffant l'instrument, le sang se détache et laisse la sur- 
face du métal pur, tandis que la chaleur n'a aucun effet sur les taches 
de rouille. Lorsque le sang est séché depuis longtemps, on ne peut 
phis, par le seul aspect, le distinguer de la rouille. On trouvera plus 
bas une bonne méthode diagnostique, elle devra être contrôlée par 
' Texaroen des cristaux d*hématine. 

Les taches fraîches de sang sur des portes, meubles, tapis de cou- 
leurs claires, sont faciles à reconnaître. Pour les taches fraîches de 
^Dg sar du bois foncé, sur des manches bruns de couteaux ou de 
It^ches, les portes brunes, les tapis et meubles foncés, j'ai employé 
>vec succès le procédé découvert par MM. OUivier et Pillon. Il con- 
^ à éclairer les taches suspectes avec une lumière artificielle, par 
s^ple une bougie que l'on approche très près; on voit alors briller, 
sor II couleur foncée des objets, des taches d'un rouge brun; car, 
lorsqu'il y a peu de tachas et qu'elles sont petites, il est impos- 
^le de les voir par la seule lumière du jour. Si le sang est fraîche- 
ment séché, il n'est ordinairement pas difficile de le reconnaître au 
otoyen du microscope; on peut aussi reconnaître encore très dis- 
tinctement* les globules. Mais cette dernière ressource, excellente, 
fait défaut si le sang est séché depuis longtemps, s'il a été mouille et 
&'il est redevenu sec, s'il est mêlé à d'autres substances, si lesétoff'cs 
sor lesquelles le sang a jailli ont été frottées ou lavées, car alors les 
Sloboles sont détruits et les micrographes les plus exercés ne sont 
pl»8 eu état de les trouver. 

u. 8 



IIA PARTIE THANÂTOI^GIQUË. 

Le procédé de Barruel a fait beaucoup de bruit, il consiste A trai- 
ter le sang par l'acide sulfurique et de distinguer de quel animal il 
provient par l'odeur spécifique qui s'exhale et qui est l'odeur carac- 
téristique de l'animal. Mais si déjà la perception des couleurs est 
assez délicate dans les expertises médico-légales, il est encore plus 
dangereux d'avoir recours à l'odorati puisque aucun sens, plus que ce 
dernier, n'oflre autant de différences individuelles. Du reste, la mé- 
thode de Barruel n'est pas infaillible, comme le prouvent les eipé* 
riences frappantes de Chevallier (1). Ce dernier traita, d'après la 
métliode de Barruel, du sang de mouton, de bœuf et d'homme; il se 
fit assister de quelques personnes. Chacune d'elles nota de son côté 
ses impressions d'odorat, et il se trouva que, si toutes furent d'accofd 
dans quelques cas, dans d'autres les uns déclarèrent du sang d'honune 
ce qui était du sarig de bœuf! Nous conclurons que la méthode de 
Barruel doit être rejetée dans les affaires criminelles lorsqu'il s'agit de 
distinguer le sang d'homme du sang d'animal, et surtout lorsqu'il s'agit 
de différencier le sang de plusieurs animaux ; car elle ne repose que 
sur une base insuffisante et qui peut induire dans de graves erreurs. 

Par le microscope on peut, avec certitude, distinguer le sang 
d'homme du sang d'animal, lorsque celui-ci est assez frais et a été 
préservé des influences funestes que nous avons énuméréesplus haut; 
c'est ce que prouve le cas suivant qui donna lieu à une expertise de 
la députation scientifique, dont notre grand physiologiste, Jean MCdler, 
fut le rapporteur. 

Obs. 55. — Déterminer s'il y a sang d^homme ou sang d^oiseau. 

Un homme avait été renvoyé Je son appartement avec violence par son proprié^ 
taire. U prétendait en être devenu malade ; mais on soupçonnait que le sang qui 
s'écoulait de Tanus n'était pas du saug d'homme, mais du sang de pigeon mis avec 
intention. 

Deux médecins rapportèrent que le sang qui s'était écoulé du 30 janvier au 3 fé- 
vrier, de Touverture de l'anus, avait été examiné par eux, le 22 juillet (ainsi six 
mois après), à l'aide du microscope, et qu'ils avaient trouvé que ce n'était que du 
sang d* oiseau. Au mois de novembre, on consulta le Collège médical de aeconde 
instance qui répondit que l'examen du sang n'était plus possible. Le juge d'instruction 

(i) Annalei d^hygiènepubliquct 1853, avril. 



TACHES DE SANG SUR L£S INSTRUMENTS. 116 

demaoda un superarbitre de la dépu talion scientifique et posa le« questions suivantes : 
i*^ La substance ci-joiate est-elle du sang d'homme ou du sang d'oiseau? 2® Si Ton 
ne peut pu le déterminer, quelles en sont les raisons ? 3** Le 22 juillet était-ce pos- 
sible de le reconnaître, et à partir de quelle époque cette possibilité a-t-elle dis- 
paru? 

Au milieu du mois de février de l'année suivante, c'est-à-dire pJus d'un an apràs 
que le saug avait coulé de l'anus, le sang fui examiné par J. Millier et moi. Voici le 
rapport qui fut fait : 

« Pour répondre aux questions posées, la substance envoyée (du sang sec, pul- 
vérisé dans une boite) fut comparée sous le microscope avec : 1° du sang frais et 
sec pris sur un cadavre humain; 2** du sang frais et sec de pigeon. Les glo- 
bules du sang envoyé se reconnaissent, si l'on prend une petite quantité de sang 
mêlé avec du sel de cuisine ou du sucre, et qu'on le mette sous le microscope ; ces 
globules ne sont pas elliptiques, ils ont la forme et la grandeur de ceux qui sont 
diQs le sang de l'homme ou dans le sang des mammifères. On n'y a pas trouvé des 
fiobules s'éloignent de la grandeur de ceux de l'homme ; quelques-uns s'écartent 
de la forme ronde, mais comme cela se voit dans le sang ordinaire de l'homme et 
des mammifères. On n'a pas trouvé de noyau et il est douteux qu'il s'en trouve 
dans le sang de l'homme ordinairement. Ces globules n'ont aucune ressemblance 
avec ceux du sang des pigeons ou des oiseaux en général, et l'on ne conçoit pas 
comment on a pu les identifier avec ceux-ci. Les globules du sang des pigeons 
ton! elliptiques tous sans exception ; ils ont un noyau très visible, oval, et ils sont 
deux fois plus grands que les globules du sang en question. 

• De là, nous concluons : que la substance envoyée n'estf)a8 du sang de pigeon 
ni d'aucun autre oiseau, et ne peut être que du sang d'homme ou de mammifère; 
nais on ne peut distinguer à laquelle de ces deux dernières espèces de sang cette 
nbatsDce appartient, à cause de leur ressemblance identique, et il n'y a aucun 
iQojea sûr de les différencier. 

» Ainsi, en réponse aux questions posées, nous disons : la substance envoyée 
n'est pas du sang d'oiseau, mais du sang d'homme ou de mammifère, ce qui ré- 
pond en même temps aux deux autres questions posées. Berlin, le 13 mars 1850. • 
Ici l'examen était facile, car les deux espèces de sang qu'il fallait distinguer sont 
très différentes. Les cas suivants prouveront combien il est plus difficile de distin- 
ct des taches douteuses dans certaines circonstances, 

OsB. 56# — Déterminer s'il y a sang d* homme ou sang de vache 7 

l<i4 janvier 18..., se trouvaient, dans l'auberge de N..., le sieur S... et le 
S^rçoQ de ferme W... Ce dernier remarqua que S... portait une bourse contenant 
^Uislers,lui demanda le chemin qu'il prendrait et s'éloigna. Tandis que S... re- 
^eoait pendant la nuit vers sa demeure, il marchait sur la neige, lorsqu'il sentit un 
^ violeiit qu'on hii portait dans la figure ; il perdit beaucoup de sang et s'éva- 
nooit Lorsqu'il revint à lui, il s'aperçut que sa bourse lui avait été volée. Le garçon 
^••. fut soupçonné d'ùtrc l'auteur de ce vol et fut arrêté. Ses boites coïncidaient 



116 PARTIE THÀNATOLOGIQUE. 

très bien avec les empreintes trouvées sur la neige, de plus il avait déjà été puni 
antérieurement pourvoi; on avait remarqué que depuis le erime il avait fait des dé- 
penses excessives relativement à ses ressources; enfin, ce qui augmentait tous les 
soupçons, c*est qu'on trouva sur son pantalon en toile une tache de sang grande 
comme la main« Il disait que ce sang provenait d'une vache qu'il avait aidé à tuer 
le jour de Noël de l'aïinée qui venait de finir. Il fut constaté qu'en effet il avait aidé 
à tuer une vache à cette époque. 

Sur ces entrefaites, la cour m'envoya le pantalon afin que je déterminasse si la 
tache provenait de sang humain ou de sang de vache. Plusieurs micrograpbes dis- 
tingués, entr'autres M. Dubois-Raymond, eurent la bonté de m'assister dans ces 
recherches. Je cite les passages les plus importants du rapport : 

« Les recherches de cette espèce sont d'autant plus difficiles que le sang est 
moins frais et que l'animal dont il s'agit présente des globules ayant à peu près la 
même forme que ceux de l'homme. C'est ce qui a lieu pour la plupart des mammi- 
fères, surtout le bœuf ; en effîet ces globules sont également ronds et ceux de 
l'homme ont seulement un diamètre un peu plus grand. 

» Dans un premier examen microscopique, le 8 février, nous avons examiné du 
sang frais d'homme et du sang frais de bœuf qui furent mis sous un microscope 
grossissant cent quatre-vingts fois, et nous constatâmes une diff'érence évidente daos 
les diamètres. Nous mêlâmes les deux espèces de sang et nous pûmes très fiicile- 
ment distinguer les globules de bœuf plus petits des globules d'homme plus grands. 
Alors nous commençâmes Texamen du corps de délit. On ramollit quelques fils 
imbit>és de sang au moyen d*huile pure et on les soumit au microscope ; mais aus^ 
sitôt, parmi les obsenbteurs présents, il y eut des incertitudes et des différences 
d'opinion, parce que la forme des globules n'était pas bien distincte. Le sang da- 
tait de six semaines si cela était du sang de vache, et de trois semaines si c*é(ait 
du sang d'homme ; de toutes manières il était assez vieux pour que les globules en 
fussent diflicUement appréciés. M. Schmidt prétend que le volume des globules 
reste le même quand ils sont secs. Pour juger cette théorie, nous fîmes une contre- 
épreuve : sur le même pantalon de toile on fit une tache de sang d'homme frais et 
une tache de sang de bœuf frais, nous les laissâmes sécher dans les mêmes condi- 
tions. Huit jours après nous examinâmes au microscope la toile ramollie avec la 
même huile, nous regardâmes d'abord chaque tache isolément, puis les deux espèces 
de sang mêlées. Le résultat fut que, quoique le sang sec d'homme fût plus semblable 
a celui àm corps du délit, les globules étaient trop modifiés par la contraction pour 
que Ton pût en tirer une conclusion infaillible (l).» ^ 

Ainsi nous ne pouvions conclure autrement que : « on ne peut pas distinguer avec 
certitude si la tache de sang trouvé sur le pantalon de l'accusé provient d'un homme 
ou d'une vache. » 

(1) Briicko a donné autti ton avis sur riucertitudo de la micrographio dans Télude du aaiif 
sëchd. 



EXAMEN CHIMIQUE DES TACHES DE SANG. 117 

« 

Obs. 57. — Déiermintr s*t[ y a du sang d' homme j de bœuf ou de mouton. 

Sur l'assassin dont nous parlerons à l'obs. 2S2, on trouva de légères taches de 
sanf aux manebes et aux poignets de la chemise. Comme la femme étranglée, pro- 
bablanent par lui, avait saigné du nez, ces taches parurent suspectes. Il déclara 
que, le lendemain, il avait aidé un boucher à tuer un bœuf, deux moutons et un 
veau, et que le sang avait jailli sur lui pendant cette opération. Cette déclaration 
fut reconnue exacte ; c'est pourquoi nous eûmes à examiner ce sang afin de déter- 
miner s'il provenait d'une femme ou d'un animal. 

Nofu reçûmes la chemise quinze jours après le fiut ; elle était enveloppée , 
serrée dans un paquet et n'avait que des taches insignifiantes. On ne pouvait 
douter qu'elle avait été lavée et frottée , de sorte que l'on pouvait supposer à 
priori une destruction des globules. Néanmoins la tache la plus grande était con- 
lerrèe, on en mouilla certaines parties avec de la salive examinée d'avance au mi- 
croscope et ne contenant pas de sang. Le microscope qui fut employé fut le mémo 
que dans le cas précédent, et nous examinâmes avec l'assistance de M. Dubois - 
laymond, dont le nom est une autorité suflQsante pour ne laisser aucun doute sur 
le résultat. Malheureusement nous ne pûmes reconnaître même la forme des glo- 
bales de sang, et, par conséquent, il était impossible de dire si l'on avait affaire à 
du sang d'homme ou à du sang de mammifère. Les contre-épreuves étaient super- 
Inès et on dut déclarer aux juges que le diagnostic n'était plus possible. 



S 6. — *«^— ^- tthîmiqaa dos taobos do sang sur les îasImmoBti • 

La méthode employée par Henri Rose (loc. cit.) est celle que je 
trouve la meilleure et que j'emploie toujours. Voici comment il agit 
qund il a affaire à une tâche qui peut, être facilement séparée de 
rinstroment sans entraîner de débris de matières étrangères : On 
inet le sang sec en contact avec de l'eau distillée pendant longtemps, 
sans mtemiption ; on décaifle de temps en temps la liqueur, afin 
<l*eQ retirer la fihrine non soluble à mesure qu'elle est débarrassée 
des globales rouges. Le microscope permet de reconnaître très bien 
celte fibrine, et on peut la comparer très facilement avec de la 
fibrine obtenue de la même manière avec du sang frais. La solution 
aqueuse rouge est traitée par des réactifs. Quand on y ajoute de l'eau 
chlororée en assez grande quantité pour que la liqueur en exhale 
'odeur, la couleur rouge disparaît et il se dépose des flocons blancs 
qoi surnagent à la surface. Tandis que si, dans une partie de la 



118 PARTIE THÀNATOLOCTQUE. 

liqueur encore rouge, on ajoute de Tacide azolique, il se fait un dépôt 
gris blanc, et si dans une autre partie on met de la teinture de galle, 
il se fait un dépôt violet. Mais lorsque la solution rouge est chauffée 
jusqu'à l'ébuUition, il s'y forme une coagulation plus ou moins épaisse 
selon la quantité de coloration rouge qui se trouve dans la liqueur ; 
lorsque la solution n'a qu'une teinte très claire, il ne se fait qu'une 
simple opalisatiou. La couleur des flocons est d'un rouge sale. Ils se 
dissolvent facilement par une dissolution de potasse chauffée ; la 
couleur de cette dissolution est plus ou moins verte, mais elle i^re 
la particularité que, vue par réflexion, elle est verte, tandis que, vue 
par réfraction, elle est rouge, ce que l'on reconnaît très bien au 
moyen d'une éprouvette blanche. C'est le dichroïsme de la matiélre 
colorante du sang que Berzelius, Lehmann et Brûcke (1) ont décrit. 

Si l'on n'a qu'une très petite quantité de sang, par exemple, si 
Ton n'a traité qu'une petite tache de sang avec l'eau, on ne peut pas 
avoir recours à toutes ces réactions. H. Rose recommande de faire 
bouillir la petite solution rouge concentrée et de la traiter avec une 
solution de potasse. Si alors on a obtenu les phénomènes décrits 
(dichroïsme), on peut mêler ce fluide alcalin avec de l'ean chlorurée 
concentrée en excès; il se dépose des flocons blancs. Ou bien 
on peut n'employer que la moitié de la solution alcaline pour 
en saturer l'autre à moitié par l'acide azotique, et obtenir le dépôt 
blanc gris ci-dessus cité. 

11 en est autrement lorsque les poussières de sang se trouvent 
mêlées avec des matières étrangères ; alors il peut être très difficile 
de traiter chimiquement le sang séché sur du fer ou des instruments 
de toute sorte, car une grande partie de ces réactions est due à la 
présence de l'ammoniaque dans le sang. Yauquelin, le premier, 
a observé que la rouille de fer qui se forme dans l'intérieur des mai- 
sons habitées contient de l'ammoniaque; celte observation a été 
confirmée par Chevallier, Austin et Boussingault. 

(1) Brûcke recommande {toc, cit.), pour reconnaître le dichroïsme du sang, une 
méthode encore plus brève que ceUe qu'emploie H. Rose, 



EXAMEN CHIMIQUE DES TACHES DE SANG. 119 

D'après cela, H. Rose remarque avec raison que s'il se dégage de 
1* ammoniaque dans une liqueur provenant du grattage d'un instru- 
ment de fer et chauffé jusqu'à l'ébullition, cela ne peut pas prouver 
la présence du sang que l'on soupçonnait y être. Lorsque, par une 
chaleur peu intense dans une éprouvette sèche, l'ammoniaque est 
éloignée de la rouille grattée sur le métal, il fafut, si cette rouille 
contenait du sang même en très faible quantité, que par une chaleur 
plus grande, l'odeur comme empyreumatique qui s'exhale par la car- 
bonisation de toute matière albumineuse, soit perçue, et on verra, à la 
partie de Téprouvette non chauffée, se déposer l'huile empyreuma- 
tique brune et fétide. 

Un moyen encore plus sâr de distinguer le sang de la rouille, c'est, 
après avoir fondu une petite quantité de rouille avec un volume à peu 
près égal de potasse, ou mieux de soude, dans une petite éprouvette 
de verre, de refroidir la masse avec de l'eau, puis de filtrer la solu- 
tion, de mêler avec une petite quantité d'une solution de fer 
contenant de l'oxyde de fer et de sursaturer avec de l'acide muria- 
tique. S'il y avait du sang, il restera une quantité plus ou moins 
grande de bleu de Prusse qui se dépose, dont la couleur ne paraîtra 
lerte que si la quantité de solution ajoutée a été trop grande. Rose 
assure, et l'on peut bien s'en rapporter à l'affirmation d'un tel auteur, 
qoe par cette nouvelle méthode le sang est reconnu avec sûreté dans 
de la rouille, même s'il ne s'en trouve qu'en très petite quantité. Il 
lait observer que ces phénomènes peuvent être produits par toute 
matière azotique sans qu*il soit besoin du sang ; cependant, lorsque 
b rouille est produite seulement par l'oxydation du fer à l'air hu- 
nùde,ces phénomènes ne se montreront certainement pas (1). Quant 
9QX recherches des taches de sang sur d'autres objets, surtout sur 
les étoffes, voir plus bas. 

(I) Quant aux expériences de H. Rose sur le mélange d'oxyde de fer hydraté et 
^ttnf, liafi qu6 sur la recherche du sang sur un objet qui est resté sur un terrain 
nebe d'I^nnine, voir son Mémoire important ci-dessus cité. 



4*20 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

§7.— Proeédé du meortrier dans l'ezéeulîon du crime. 

D'après les dispositions légales citées plus haut, les experts doi- 
vent déclarer si : < les blessures ont pu être produites par les 
instruments présentés, et si Ton peut, par la position et Tétat de la 
blessure, juger le procédé et la force qu'a employés vraiseaiblable- 
ment le coupable. » 

Ordinairement la réponse à celte question n'est pas très difficile, 
si Ton veut se rappeler les effets différents que produisent les diffé- 
rents instruments tranchants, piquants, contondants, etc., surtout 
lorsqu'il s'agit de répondre à celte question : Telle blessure a-t-elle 
pu être produite par tel instrument? Quand on a devant soi un 
crâne fracturé et une hache ou un marteau, on n'hésite pas à ré- 
pondre oui. 

Hais il arrive souvent que le juge d'instniction va plus loin, sur- 
tout si l'accusé nie obstinément ou si les circonstances sont dou- 
teuses; il demande alors au médecin : Les blessures ont-elles été 
produites par cet instrument? Il est certain que dans beaucoup de 
cas on ne peut pas répondre positivement h cette question, car la 
blessure mortelle a pu évidemment être produite aussi bien avec la 
hache A qu'avec la hache B, aussi bien avec le couteau qui s'applique 
sur la blessure qu'avec tout autre couteau de même dimension. Afin 
de ne pas s'engager dès le commencement, car l'instruction ulté- 
rieure fait souvent surgir des faits nouveaux et inattendus, il est 
bon d'avoir la précaution de dire que les blessures ont pu être pro- 
duites avec cet instrument et qu'elles l'ont été avec celui-là ou un 
instrument semblable. 

Une réponse négative est plus facile h donner ordinairement, c'est- 
à-dire que le médecin peut, dans la plupart des cas, déclarer que la 
blessure n'a pas pu être produite et n'a pas été produite avec l'instru- 
ment présenté, et cette déclaration est dans beaucoup de cas d'une 
très grande importance pour la justice, car elle i^eut faire rejeter les 
mensonges de l'accusé, comme dans d'autres cas elle le protège 



PROCÉDÉ DU MEURTRIER DANS l'exécution DU CRIME. 121 

lorsqu*!! est dénoncé et accusé d'avoir blessé un homme d'une ma- 
nière que le médecin juge impossible. 

Quelquefois, dans des rixes auxquelles ont participé plusieurs per- 
sonnes, il y a plusieurs individus accusés d'avoir commis le même 
meurtre. A s'est servi de l'instrument X, B de l'instrument Z, etc., 
et il s'agit de déterminer quel est celui qui a causé la mort. Dans 
cette circonstance la justice se repose presque entièrement sur l'ex- 
pertise du médecin. Nous rapporterons plus bas beaucoup de cas 
très intéressants, qui montreront des exemples d'affaires semblables. 
Ce qu'il y a de plus difficile, en général, c'est de répondre A la 
dernière partie de la question : Si par la position et la grandeur des 
blessures on peut conclure quelle a été la manière de procéder du 
coupable, ainsi que l'intention et la force qu'il a employées. C*est 
justement dans les causes capitales de meurtre et d'assassinat que 
cette question est toujours posée, car presque toujours l'accusé nie» 
Il dit n'avoir pas attaqué la victime au lit, ou bien ne pas l'avoir reil»* 
Tersée, ne pas l'avoir frappée, au contraire elle s'est jetée elle-même 
sur le couteau dont il }g menaçait. La direction des blessures, leur 
largeur, leur profondeur, leur nombre, la comparaison avec les in- 
struments présentés, peuvent souvent donner la contre-preuve évidente 
de la manière d'agir de l'accusé, comme nous le prouverons plus 
bas. Avec un peu d'expérience on ne se trompera pas. Toutes ces 
affaires sont jugées devant des jurés qui se font eux-mêmes une opi- 
nion sur la manière de procéder du coupable, et cette opinion est 
très bien à la portée des laïques. 

Obs. 58. — Violences mortèllei attribuées à des soufflets, Rupture du foie. 

Le 25 novembre 18..., à midi/les habitants d*une maison entendirent du bruit 
te le logement du sieur R...; ils distinguèrent la voix d'une femme en colère et 
les pUintas et les prières d'un enfant , puis un gros soupir, le bruit d'un corps 
ieténrle plancher, et les mots « Lave-toi », enfln un cri rauque et un râle. 

En pénétrant dans la chambre, on trouva 1^ bonne de R .. avec la fille de celui-ci, 
^|éede dix ans (qui venait de sortir de Técole) ; la femme était dans une violente 
colère, l'enfant gisait à ses. pieds, la figure couverte de sang, les cheveux en 
désordre. La femme fut arrêtée et déclara jusqu'à la fin de rinstruction, qu'elle 
n'mit donné à l'enfant que deux soufflets et encore par-dessus son chapeau de 



122 PARTIE THANAT0L06IQUB. 

paille, qu'alors elle s'est jetée par terre par méchanceté, et que, relevée par elle, 
elle s'y rejeta de nouveau ; niant obstinément toute autre violence. On trouva sur 
le plancher et au bas des meubles des traces de sang. 

A notre exploration, nous trouvâmes, outre des écorchures nombreuses, qua- 
rante ecchymoses assez grandes à la tète, au tronc et aux extrémités ; de plus, \e% 
deux yeux, le nés, les lèvres, les deux oreilles étaient tuméfiés. Les fesaes étaient 
couvertes d'ecchymoses bleuâtres. Sur le ventre il n'y avait rien. Le cerveau était 
hypérémique, au milieu de l'hémisphère gauche une extravasation de sang foncé de 
2 grammes et une autre de 6 grammes à la base du crâne. Le cervelet, ainsi que 
tous les sinus, étaient hypérémiques. Le cœur et les poumons contenaient peu de 
sang ; la trachée-artère avait dans son intérieur un peu de mucus rouge foncé ; Is 
cavité abdominale contenait 500 grammes de sang foncé liquide ; le foie était dé- 
chiré, ce qui avait donné lieu à l'hémorrhagie. La déchirure avait 8 centimètres 
de longueur entre le lobe droit et le lobe gauche et traversait toute la sub- 
stance. 

Il fallut admettre que la mort était survenue par hémorrhagie interne produite 
parla rupture du foie; mais il ne pouvait pas être douteux que celte rupture n'avsit 
été causée que par une violence extérieure, car le foie ne peut pas rompre, 
quand il est sain, sans une violence extérieure. La manière dont la violence avait 
4té exercée ne pouvait pas être déterminée par la seule ouverture du cadavre. On 
pouvait seulement assurer que de simples soufflets n'avaient pas pu tuer Tenfant de 
cette manière. Il était également évident que l'hémorrhagie du cerveau qui, par 
elle-même, pouvait amener la mort, n'était pas le résultat d'une cause interne, ear 
l'enfant, peu de temps avant sa mort, était revenue très bien portante de Técole, et 
des hémorrhagies du cerveau n'ont pas lieu subitement à cet âge et dans ces cir- 
constances. Il était également certain que les nombreuses lésions extérieures ne 
provenaient pas de la seule chute de l'enfant par terre ; ajoutes que l'on trouva plus 
tard les boucles d'oreille de l'enfant, brisées et dispersées dans la chambre. L'ac- 
cusée fut déclarée coupable et condamnée à vingt ans de travaux forcés. 

Obs. 59. — Coups dans le ventre regardés comme cause de la mort, 

H«.. et R... buvaient ensemble dans une auberge, lorsqu'ils commencèrent à se 
disputer. Puis ils sortirent ensemble et marchèrent à un quart de lieue de la ville 
dans laquelle R... devait entrer en service. Il était tout à fait ivre ; il déclara plus 
tard être tombé à cet endroit par terre et avoir reçu de H... beaucoup de coups 
de pied dans le ventre; ce que naturellement H... a nié. Uu quart d'heure plus 
tard, le maître de R... le vit « et n'observa dans sa démarche rien qui pût lui faire 
croire qu'il était ivre. » R... se plaignit bientôt des douleurs violentes dans le 
ventre, il passa la nuit dans le grenier d'une maison dont le propriétaire déclara 
l'avoir vu • très ivre. » Cependant il avait grimpé sur une échelle de six à huit échelons 
sans aucun secours. Ses douleurs devenant plus intenses, on le transporta le lende- 
main dans un hôpital où il arriva à midi. On constata : <f une forte contusion des 
parois du ventre et des organes internes », ce qu'indiquent une grande sensibiliié, 



PROCÉDÉ DU HEURTRIER DANS L'EXÉCUTION DU GRIME. 128 

• un frond gonflement du ventre et beaucoup d'inquiétude. Le soir les symp- 

■ ttaeit s'aggravèrent et les vomissements et la fluctuation dans le ventre mon- 

■ trèrent évidemment (??) une rupture interne produite par une violence exté- 
> rieure. • Au bout de quarante-huit heures la mort arriva. 

Cet homme, ftgé de cinquante ans, ne présentait à Textérieur que de fraîches 
cieatrieesde sangsues; outre cela, rien d'anormal. A l'intérieur, le péritoine était 
vivement enflammé dans toute son étendue, tuméflé et couvert de pus. Dans la ca- 
vité il y avait 350 grammes de pus liquide ; Tépiploon enflammé était couvert de 
pus. Let intestins et l'estomac étaient enflammés à plusieurs endroits adhérents au 
péritoine par des exsudations de pus. Dans la plèvre gauche il y avait 100 grammes 
de sang liquide. Le poumon gauche était enflammé à son lobe inférieur, le poumon 
droit également. Mous passerons sur les autres résultats insigniflants. Ce cas était 
très difliclle. Je crois utile de communiquer en détail le rapport que j'en donnai. 

Après avoir dit les causes pouvant produire une péritonite et avoir mentionné 

les violences sur le ventre, telles que les coups de pied, je disais : « Les suites 

ordlmiires des coups de pied sont ecchymoses sur les parties frappées, contusion, 

paralysie, roptm^ des organes internes environnants, c'est ce que le médecin 

liaitant de la Charité a admis par erreur dans ce cas. Ces suites seront d'autant plus 

évideotea et d'autant plus graves que les coups auront été plus violents. Le décédé, 

f après sea dépositions, n'a pas été frappé étant debout, mais étant couché et de 

ksat en bas, ee qui suppose une force violente. Ordinairement, une telle violence 

edérienre produit des ecchymoses sur les téguments, et on devait d'autant plus s'y 

Meodre dans ce cas où elle a produit une péritonite immédiate qui a amené la 

lort en si peu de temps. Cependant à l'autopsie nous n'avons trouvé à l'extérieur 

les signes d'aucune violence. De plus, B... dit avoir vu le décédé un quart d'heure 

apfès la Tiolence, ne présentant aucune blessure et ne trahissant aucune douleur 

par ta démarche, ee qui devrait fiiire supposer une énergie rare de la part de R..., 

ûnii que la fiieilité avec laquelle fl a monté sans secours six ou huit échelons d'une 

échelle menant au grenier. 

> Roo'seulement l'autopsie et les aotes ne montrent rien qui puisse prouver que 
la péritonite a été produite par des violences extérieures, mais encore on peut ex- 
pHqser par bien d'autres raisons l'existence de cette maladie. On ne dit rien de 
linnté antérieure de R... avant le 7 du mois, on ne peut donc pas conclure que 
le décédé n'avait pas d'avance des symptômes qui paraissent inaperçus pour des 
ÎBdiTidns de sa classe ; il a pu avoir des coliques, de la diarrhée, des douleurs pas- 
■Hères dans le ventre, de la sensibilité au toucher, qui souvent sont les précurseurs 
de U péritonite et qui deviennent une maladie grave par manque de soins et, 
"vtoot, si on y ajoute les circonstances défovorables qui n'ont pas manqué au dé- 
cédé. Ob peut supposer à priori que R. .., en buvant de la bière et de l'eau-de-vie 
et MM querellant avec l'accusé, a surexcité son système nerveux et vasculaire, et 
c'est même prouvé par les actes, car le maître de l'auberge a déposé l'avoir vu dans 
■n état de grande surexcitation. 

■L'accusé prétend que R*. était complètement ivre, mais ce témoignage est peu 
dipiede eonflanee; le témoin Vidons dit que « il était très ivre et exhalait une 



12i PAnTIE THANATOLOGIQUE. 

odeur d*eau-de-vîe très prononcée. » On peut donc considérer que R... était dans 
un grand état d'échauffement et de surexcitation. Dans cet état, le décédé fit la 
route assez longue jusqu'à M... à pied. Il est probable que dans cette course la 
maladie est survenue, ou bien , s'il en existait les germes, a fait de grands pro- 
grès. Les mauvais traitements que Taccusé avoue, le coup de pied qui lui a été 
donné pour le faire relever n*ont pu qu'avoir une influence fâcheuse. Le décédé 
après cette scène se plaint de grandes douleurs dans le ventre. Dans cet état il 
passe la nuit dans un grenier sans secours, et il devait avoir certainement déjà une 
vive inflammation qui, si elle avait été traitée énergiquement par les anUphlogis- 
tiques, aurait peut-être cédé, et qui, abandonnée toute une nuit, a dû tout de suite 
devenir très grave. 

» D*après tout ce qui précède, on voit qu'une péritonite pouvait naître et avoir une 
fln funeste sans les violences en question ; mais l'attestation des médecins de l'bd- 
pital semble être contraire à nos déductions. On y voit que sur le ventre « il y avait 
une forte contusion, surtout des organes internes. » Nous sommes fâché de ne 
rien trouver de plus clair dans cette attestation si importante. Si le mot contusion 
signifie ecchymose, il eût été facile de décrire l'état des téguments ; mais nous 
nous croyons en droit d'admettre que, lors de la réception de l'homme à l'hôpital, 
il n'y avait aucune trace extérieure, car on ne peut pas admettre qu'une • forte > 
ecchymose ait disparu en vingt-quatre heures. Mous croyons d'autant plus qu'il 
n'était pas question d'ecchymose, que l'on scoute : « surtout les organes internes. » 

» Les autres symptômes décrits indiquent une péritonite qui était évidente. Ce que 
l'on a trouvé à l'autopsie dans la cavité thoracique est de peu d'importance, puisque 
. l'on doit admettre que l'inflammation de la poitrine a été la suite de la péritonite 
aiguë. » 

De là nous conclûmes que : quoiqu'il ne soit pas impossible , il n'est pas probable 
que la péritonite mortelle ait été la suite d'une violence extérieure. 

Qui aurait pu, en eCTet, déclarer l'accusé coupable d'avoir causé la mort ? 

Obs. 60. — Coups de fouet et coups de pied ayant soi-disant amené la mort. 

Ce cas est analogue au précédent. Le 17 mai 18...» par une chaleur de plus de 
20 degrés Réaumur, à midi, l'employé de chemin de ier Gl..., connu comme 
s'adonnant aux boissons, avait été vu ivre et chancelant dans la campagne ; quel- 
que temps après il se coucha par terre. Après dix minutes il se leva et alla dans 
un champ de seigle où il se coucha de nouveau. Après une heure et demie, P... 
et A..« passèrent dans une voiture sur le chemin bordant ce champ et le virent 
couché sur le dos, de sorte que les rayons du soleil brûlant lui donnaient dans la 
figure qui était « très brune. » On essaya de le lever, mais il était presque sans 
connaissance; il fit deux à trois pas et retomba. Là-dessus P... lui donna quelques 
coups avec le manche de son fouet et aussi quelques coups de pied que plusieurs 
témoins disent avoir été insignifiants, tandis qu'un garçon parle de six coups de 
fouet très violents et de plusieurs grands coups de pied. P.. • ne réussit pas à réveil- 
ler l'individu qu'il crut ivre-mort, il le laissa en couvrant sa figure pour le pro- 



PROCÉDÉ DU MEURTRIER DAÎIS L'EXÉCUTION DU CRIME. 125 

léger contre les rayons ardents du soleil. Bientôt après il Ait trouvé par un 
traisiéiBe passant, Z..., qui le trouva « sans connaissance; » il ne répondit pas, 
mais grogna, fit quelques mouvements avec la main et dit enfin clairement : « Je 
viendrai bienlét. » Mais Z... ne put le faire bouger de sa place, et quelques instants 
après Gl. . . fut trouvé mort. 

Les violences avaient-elles causé à elles seules la mort ou l'avaient-elles 
aidée? 

A raulopsie,la figure du cadavre était assez rouge, surtout les deux joues et les 
oreilles étaient d'un rouge bleu foncé. Au bras droit plusieurs ecchymoses, depuis 
la grandeur d'un petit pois jusqu'à celle d'un franc. Au bras gauche il y en avait do 
plus petites. Lorsque nous ouvrîmes le crâne, nous vîmes une congestion apoplec- 
tique très considérable qui avait évidemment amené la mort. La moelle épinière 
était normale. Les deux poumons étaient gorgés d*un sang foncé et épais. Le foie 
était gris comme cela arrive si souvent ches les ivrognes. Les autres résultats de 
Tautopsie n'étaient pas importants. 

Dans le rapport, nous expliquâmes que l'autopsie, en montrant qu'il y avait con- 

gestion apoplectique, expliquait parfaitement la coloration «r noire » de sa figure, 

« son manque de connaissance » et ses « grognements ». Mous déclarâmes que 

cette apoplexie avait été causée par Tivresse, la chaleur intense et l'effet des rayons 

krùlants du soleil dardant sur la tèlë. Il était très vraisemblable que la congestion 

irait déjà eu lieu lorsque les accusés l'attaquèrent ; les témoins ont déposé que les 

noleoeta n'étaient pas importantes, et des coups de manche de fouet sur les 

épaules, le dos, les fesses, des coups de pied, ne pouvaient pas, comme l'autopsie 

Ta confirmé, élre asses graves pour amener la mort. 11 fut admis alors que les 

^ioieoces n'avaient été pour rien dans la mort. 

Obs. 61. — Coups morlels. Déterminer s'ils ont été seulement portés avec 

la main. 

Le 21 septembre 18..., on trouva dans un bois un enfant mort couché dans un 
pinier, le corps portait des traces de violences extérieures. 11 fut reconnu comme 
reofantde la femme du tisserand Pohlmann. 

Cet enfiint légitime, ayant vingt et un mois, n'avait jamais été aimé par sa mère, 
^iprès ce que rapportaient les témoins. Il avait été souvent laissé sans nourriture 
^ M l'avait vu avaler avec avidité des épluchures de pommes de terre ; sa mère 
ûtlMunaine l'avait souvent firappé de la manière la plus révoltante. Les témoins assu- 
'^Kat que les époux Pohlmann avaient souvent enfermé l'enfant dans une chambre 
^ ik ewsient eu soin d^hUroâuire une grande quantité de guêpes ! 

lise scène affreuse eut lieu le 23 septembre, peu de temps avant la mort de 
^'eobot, dans la maison d'un voisin dont le fils, âgé de quinxe ans, dépose en ces 

bennes : « A huit heures du soir, la femme P... vint chez nous chercher son enfant ; 

^ l'aperçut qu'il s'était sali, elle le saisit par le bras et lui ordonna de se lever ; 

*^0Buie l'enfant ne le fit pas, elle le jeta a une distance d'un mètre et demi et le 

P^^Qua plusieurs fois avec le pied, de sorte qu'il roula jusqu'au milieu de la cham- 



120 PAUTUE THAliAT0L0GlQU6« 

bre ; puia elle le saisit par la tête avec les deux mains et le poussa à cinq repriief 
différentes le front contre le plancher. 'Enfin elle lui donna encore des coups m- 
lents dans le cou, dans le dos et sur les fesses ; Tenfant était abattu, ne pouvait 
crier, mais soupirait. Alors elle le prit par la main et s'en alla avec lui en disant : 
« Si tu ne veux pas courir, je te battrai jusqu'à la mort. » 

L'accusée prétend n'avoir donné à l'enfant que « quelques coups sur les fesses », 
être retournée chez elle avec lui et l'avoir de temps en temps porté parce qu'il 
était fatigué. Arrivée chea elle, l'enfant refusa de manger ; alors elle lui avait donné 
avec la main un coup qu'elle destinait à la fesse, mais que, malgré elle, elle avait 
donné dans le côté gauche. « Je ne lui ai donné, disait-elle, qu'un seul coup et il 
commença aussitôt à gémir, alors que je le promenai dans mes bras. Gomme il élaU 
1res froid, je le rois au lit, il devint de plus en plus tranquille et au boul d'une 
heure et demie il était mort, m Alors elle enveloppa le cadavre, le mit au-deasooi 
de son lit dans lequel elle dormit tranquillement toute la nuit, ûuand aon mari revint 
elle dit qu'elle avait laissé l'enfant chez le voisin. Le lendemain elle posa le ca- 
davre dans un panier qu'elle couvrit avec un tablier ; elle prit une pioche à ponme 
de terre, afin que l'on crût qu'elle allait travailler aux champs, et elle déposa le 
panier à l'endroit où on l'a trouvé. En revenant, elle eut soin de cacher la pioche 
dans une maison étrangère où on l'a retrouvée plus tard. 

Nous trouvâmes à l'autopsie plus de soixante-deux ecchymoses à la tète, dei 
taches bleuâtres innombrables sur les membres, sur le côté droit du corps et an 
bas-ventre, une fracture en étoile à l'occipital qui permettait de faire crépiter lei 
parties de l'os II y avait aussi une fissure de l'os pariétal droit, une hypéréaiie do 
cerveau et une extravasation de sang à la base du crâne. Cette affaire se passait 
du temps où l'on admettait des degrés de lélhalilé, le rapport devait donc être rédigé 
en ce sens. Il est évident que nous déclarâmes les blessures léthales. D'autres ques- 
tions étaient ejicore posées sur la manière dont les blessures avaient été faites, et 
cela à cause de la différence des déclarations de l'accusée et des témoins, et de 
la circonstance de la pioche qui paraissait suspecte. Nous y répondîmes, dans notre 
rapport, ainsi qu'il suit : 

« Lorsque l'accusée prétend n'avoir donné qu'un seul coup dans le côté avec le 
plat de la main, elle ne dit évidemment pas la vérité, puisqu'un tel coup ne peut 
fracturer le crâne. Cette fracture n'a pu être produite que par le choc d'un corps dur 
sur le crâne de l'enfant, soit un bâton, un sabot, le dos d'une hache, etc., par con- 
séquent cela a pu être la pioche saisie. Mais le choc contre le plancher et contre les 
meubles a pu aussi produire cette lésion. D'après ce qu'a déposé le garçon 8..., 
l'inculpée « jeta l'enfant, deux heures avant sa mort, à une distance d'un mètre et 
demi, le fit rouler à coups de pied sur le parquet, lui poussa cinq fois le front contre 
le plancher et lui donna des coups violents dans le cou, le dos cl les fesses. » De 
telles brutalités exercées sur un enfant si jeune ont pu très bien causer la mort. Des 
fractures et des fissures des os minces du crâne, une commotion cérébrale, des 
extravasations de sang à la base du crâne ont pu en être le résultat. Mais ces vio- 
lences ne suffisent pas pour expliquer la fracture de l'os occipital. Il y a encore une 
autre raison qui nous fait croire que cette fracture n'a pas été produite par les bru- 



PROCÉDÉ DU MEWTMI^K DANU (.'EXÉCUTION DU CRIME. i27 

Utiles r^poiiéêf par le garcoo S... L'accusée a déposé. qu'elle a pris l'enfimi par la 
naain pour le ramener ches elle et qu'elle l'a porté de temps en (empx, qu'arrivée 
thm die elle l'a mis par terre pour aller cuire dans la cuisine des pommes de terre. 
L'eoCuii ne youlut pas manger ces légumes, parcç qu'il était « très mécontent » ; 
il se déeida à en prendre ensuite, mais les jeta bientôt et se coucha sur le côté. 
Elle ëii qu'après un nouveau châtiment l'enfant a gémi, est devenu froid et est 
BMHi. Donc, d'après la propre déposition de Tinculpée, l'enfant était arrivé à la 
après avoir souffert l'affreux châtiment chez les parents de S..., et avait 
asses de force pour être assis et assez de connaissance pour accepter une 
de terre et la jeter. Un tel état corporel et mental est incompatible avec 
repûikMi qu*à ce moment les blessures trouvées à l'autopsie existaient déjà, car 
l'enteit aurait été sans connaissance et incapable de se tenir debout. » 

Nooi eonclûmes : que les blessures de tète étaient tout à fait léthales, qu'elles 
avaient pu être faites par la pioche saisie et qu'il n'est pas probable qu'elles ont été 
la suite de brutalités exercées dans la maison des parents de S. . . 

ie soutins mon rapport à l'audience contre l'accusée qui nia jusqu'à la fin. Elle 
htcondanmée à mort. Elle fit un appel, disant qu'elle avait caché, jusqu'à présent, 
lae eireoostauce qui pouvait être cause de la mort de l'enfant ; elle avait mis les 
psounes de terre sur une table et placé l'enfant sur un tabouret, à côté. Pendant 
91'dle était dans la cuisine, l'enfant est tombé du tabouret et est mort après une 
et demie. On lui objecta, bien entendu, que cette assertion devait être un 
I9 car elle n'aurait pas caché si longtemps une circonstance qui était en sa 
r. ie fus requis pour juger cette assertion et je dus la rejeter comme incom- 
pslibto «Yec les résultats de l'autopsie. 

Ois. 68. — Ble$mres de tête mortelles. Déterminer si elles ont été causées par un 
bùUMf par le coin d'une fodle ou par une chute sur le parquet. 

Ce cas était difficile. Il s'agissait d'une rixe qui avait eu lieu entre plusieurs 
penonnes et dans laquelle un homme avait été blessé à mort, et il Cillait détermi- 
■cr^ était celui des adversaires qui avait causé la mort. Dans les cas de cette 
sipèee, les dépositions des témoins ne servent à rien, car tous les présents étaient 
VIm en moins ivres et plus ou moins complices, tout le monde niait et le médecin 
%iite seul pouvait éclairer la justice. 

S..., le propriétaire d'une petite auberge, avait engagé une querelle avec ses 
^ très échauffés par la bière, l'eau-de-vie et la politique (1848 1) et il en était 
'Mé une rixe générale dans une petite salle qui renfermait un billard, des 
^'sMsi et beaucoup de personnes. Les uns avaient jeté par terre l'aubergiste, 
^ antres l'avaient frappé avec uu bâton, avec des queues de billard, et cet 
^"■■e ayant succombé aux suites dé cette rixe, nous avions à en faire l'au- 

On ne savait de la maladie que cette circonstance : elle dura quatre jours et le 
^^^ conserva sa connaissance pendant les deux premiers jours, 
^oiâ quels fitrent les résultats de l'autopsie : S..., âgé de trente -neuf ans, était 



128 PARTIE TUANATOLUGIQUE. 

de constitution assez robuste. Le pourtour des deux yeux, surtout de l'oeil givclie 
était fortement ecchymose. Sur le sourcil gauche il y avait une blessure un peu ciea 
trisée, en forme d'arc, à bords nets, de la longueur de 3 centimètres et de la lir 
geur de 1 millimètre. Au-dessous de l'os unguis gauche se trouvait une blessure d 
la grandeur d'un petit pois et abords nets. Tout le membre supérieur gauche mon 
trait de nombreuses ecchymoses. Les vaisseaux de la pie-mère étaient hypérémiquet 
toute la surface du cerveau, surtout à Thémisphère droit, était couverte de pc 
verdàtre. U y avait aussi une couche de pus à la base du cervelet. Sur la parti 
orbitale de l'os frontal gauche se trouvait une extravasation de sang coagulé, aa 
dessous de laquelle il y avait une fissure de Tosd'un centimètre de longueur, etdai 
laquelle on put introduire une sonde qui toucha le globe de l'œil. Nous ne parlerai 
pas de ce que nous avons trouvé dans les autres cavités, car les résultats en soi 
insignifiants. Outre la question sur les degrés de léthalité qui, à cette époque, éUiei 
encore en vigueur, nous eûmes encore à répondre aux questions suivantes : 

1® Les blessures trouvées, surtout celle de la partie orbitale, ont-elles pu èli 
produites par des coups de bâton, ou par une table, ou bien par un choc de la tel 
contre le plancher ou les murs de la chambre ? 

2* Quelle est celle des blessures désignées dans le procès- verbal n** 1S, M 
18 (1), qui a été la cause de la mort? Ces blessures ont-elles pu isolément cause 
la mort ou bien y ont-elles contribué toutes? 

Nous répondîmes d'abord qu'il y avait léthalité absolue^ en exposant les raisoiH 
puis nous continuâmes : 

La première question, conceniant les instruments qui ont pu causer lablessun 
doit être divisée. Les ecchymoses des deux yeux et celles qui se trouvent au bn 
gauche doivent être considérées comme causées par des coups de bâton. Quoique ci 
violences pourraient être aussi considérées comme produites par des coups d 
poings, de pieds, la petite blessure ronde sur le côté gauche du nez doit, aelo 
toute probabilité, être le résultat d'un coup de bâton et, vraisemblablement, du fc 
du bâton. On ne peut donc rien assurer et ce serait de peu d'importance, car ce n 
sont pas ces blessures qui ont causé la mort. 

La plaie qui se trouve sur le sourcil gauche a des bords assez nets et a dû èlf 
causée par un instrument asseï tranchant, et l'on peut regarder comme tel le bof 
d'une table ou le coin d*une muraille ; elle peut aussi avoir été produite par un 
chute contre le parquet, si le parquet présentait à cet endroit une proéminence. L 
blessure mortelle se rattache, sans aucun doute, à la blessure dont nous venons d 
parler, sur l'œil gauche. It est certain que cette fracture du crâne n'a pu étr 
produite que par une forte violence ; aussi il est peu vraisemblable que de seul 
coups de bâton aient pu amener un tel résultat, c'est plutôt un choc violent conti 
une muraille, un meuble ou le plancher. D'après cela, nous concluons : 

1"* Que la fissure de la partie orbitale de l'os frontal peut avoir été produit 
par des coups avec un bâton, mais qu'il est plus vraisemblable qu'elle a été produit 



(1) C'est-à-dire «uppuration au cerveau, nu cervelet, fusure do Toi fruulal. 



PROCÉDÉ DU MBORTRIBR DANS l'EXÉGUTIOX DU CRIME. 129 
fi^r le bord d'une table ou par la chute de la tète contre !e plancher ou contre les 

L* Que ladite fissure a été cause de la mort; 
^* Que celte blessure a été absolument mortelle. 

63. — BUsiwres mortelles de la tête et de la face. Déterminer si elles ont été 
prodmtês par un sabre d'infanterie ou un sabre de cavalerie? 

Dans ce cas singulier, on ne pouvait donner un jugement aussi exact que la 
ioslice l'aurait désiré. Dans une émeute. G..., âgé de quarante ans, avait été frappé 
siar la léte à coups de sabre par des soldats, et était mort de ses blessures au bout 
de cinq jours. 

Une des blessures traversait la figure à partir du sourcil gauche, longue de 
i 3,centimètres ; elle avait été réunie par première intention et était en voie de cica- 
trisation. Le coup avait feudu les paupières et avait ouvert le sinus maxillaire ; il 
9 «Tait aussi une seconde blessure à l'os pariétal droit, longue de 7 centimètres, 
V^i avait fendu l'os et les méninges, la plaie avait des bords lisses ; la couche interne 
^ Tos avait des fissures en zigxags, et un morceau de la grandeur d*un centime 
était détaché. Lee veines de la pie-mère étaient vides, et le cerveau ainsi que le 
cendet étaient couverts d*ttne couche de pus. 

Oa demandait si Içs deux blessures de G... avaient été faites avec le même 
ÎMtnunent, car phisieurs soldats appartenant les uns à l'infanterie, les autres a la 
canlerie, avaient coopéré à la rixe. Après avoir posé le degré de léthalilé qui à 
celte époque était encore demandéi nous déclarâmes, quant à l'instrument, ce qui 
iiit: 

• Koos ne pouvons pas dire si les deux blessures ont été faites avec le même 
iflilnunent. L'état des deux blessures annonce seulement avec certitude qu'elles 
OBt été produites par un instrument tranchant, vu la netteté des bords et la profon* 
^ des plaies. On ne peut dire si l'instrument a été un sabre d'infanterie ou de 
caralerie ; mais nous croyons important de remarquer qu'il s'est présenté à nous 
V eu analogue d'une blessure de tète pénétrante, qui certainement avait été pro- 
dule par un sabre d'infanterie, m 

Us actes ajoutaient : « D'après la déposition de plusieurs témoins, le dragon L... 
idooné a G... plusieurs coups sur la poitrine et le ventre quand celui-ci était déjà 
étende sur le pavé, la tète ensanglantée ; néanmoins le procès-verbal de l'autopsie 
Be hit pas mention de lésions a la partie antérieure du corps. » 

NoBs répondîmes à cette observation que, puisque nous n'avons trouvé aucun signe 
de lésion à l'extérieur, nous ne pouvons rien dire de ces violences, et que souvent 
^ bkisures plus importantes ne laissent aucune trace sur le cadavre, 
^ui conclûmes : 

t" U décéJé est mort par suite de la blessure faite à h tète; 
-' Us autres lésions trouvées sur le cadavre n'ont pu participer en rien à ce faUl 
rétsiUi; 

11. 9 



130 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

3<* L'autopsie ne permet pas de dire si des armes différentes ont causé les 
blessures ; 

4° Nous ne pouvons pas dire si cet homme a reçu des coups étant déjà blessé et 
étendu par terre. 

Obs. 64. — Blessure mortelle du cerveau. Déterminer si elle a étéproduUeparm 

sabre ou par une hache. 

Dans une nuit d'été, il y eut une rixe dans un bal public, et le maçoo D... 
fut mis à la porte. La rixe continua dans la rue, elle devint même plus grave, et un 
des sergents de ville accourant avait frappé, dit- on, avec son ubre sur la lète de 
D... Ce qu'il y a de certain, c'est que D... tomba en criant : « ma tête ! • eut voe 
violente hémorrhagie, fût transporté à l'hôpital, où il mourut au bout de soixante 
heures. 

Trois Jours après la mort, nous trouvâmes, à l'autopsie, une bletsore tra- 
versant le front de haut en bas, longue de 4 centimètres, réunie par première 
intention ; elle avait des bords nets , lisses et non ecchymoses , et ao Ibod de 
cette blessure on voyait très bien une fissure des os. A l'articulation de l'éptiile 
droite, il y avait encore une blessure se dirigeant d'avant en arrière, longue de 
4 centimètres, et réunie aussi par première intention, dont les bords étaient oeCi 
et entourés d'une ecchymose ayant la largeur de 2 millimètres. La blessure de Vm 
frontal commençait à la suture coronaire ; elle était large de 8 millimètres, dans h 
longueur de 3 centimètres, et se continuait par une fente jusque dans la eavité 
orbitaire droite. A partir de la suture coronaire commençait une autre fissure an- 
logueà celle que nous venons de décrire, traversant perpendiculairement l'os pariétal 
droit. Les bords de l'os étaient tout à fait nets et extérieurement non ecehymoiés ; 
mais à l'intérieur ils étaient infiltrés de sang dans la largeur de 2 centimètres, et la 
couche interne de l'os était détachée à plusieurs endroits ; six morceaux étaient 
libres sur la dure-mère. Les os du crâne avaient l'épaisseur normale. Toutes les 
membranes du cerveau, a la partie frontale, étaient coupées avec des bords nets, 
et le cerveau formait hernie par cette fente ; sa couleur était d'un brun sanguino- 
lent. En l'examinant de près, on voyait que le cerveau lui aussi avait été blessé à 
sa substance corticale dans la longueur de 3 centimètres. La tente du cervelet était 
couverte de pus sanguinolent ; la base du crâne était également couverte de puf . 
La fissure do l'os frontal se continuait dans la partie orbitale. Il était facile de voir 
que celte blessure avait causé la mort. 

Quant à l'instrument qui Tavait produite, on parlait, dans les actes, non-seule- 
ment du sabre du sergent de ville, mais aussi d'une hache. Nous déclarâmes qu'une 
hache très tranchante pouvait, à la rigueur, faire une blessure d'os à bords nets,, 
mais qu'ordinairement il y a alors un plus grand nombre de fissures et de frac- 
tures, el l'expérience démontre que des coups portés avec des sabres tranchants 
peuvent fendre la tôle jusqu'au cerveau en faisant des blessures à bords très nets 
dans le genre de celle-ci. 

De là nous conclûmes qu'il était plus probable que ces blessures ataieat été Mtes 
avec un sabre qu'avec une hache. 



PROCÉDÉ DU MEURTRIER DANS L'EXÉCUTION DU GRIME. 181 

Obs. 65. — 02etMir9 mortelle de la poUrine par un coup de faux» 

Une rixe s'engagea entre des paysans ivres qui Iravaillaient dans les champs. 
ÏUe s'envenima au point que A... saisit une faux et en donna un coup à B... dans 
le côté droit. Les circonstances qui suivirent la blessure et le temps que B... vécut 
encore sont restés inconnus. 

Le décnbitus important trouvé sur le cadavre prouvait qu'il y avait eu une 
loofue maladie. Dans la région latérale des dernières fausses côtes droites se 
InniTait une blessure qui allait jusqu'aux apophyses épineuses des vertèbres ; sa 
leofoeiir était de 20 centimètres, ses bords étaient nets, réunis par première inten- 
tioa et en partie cicatrisés. Cette blessure avait, dans une longueur de 8 cenli- 
■êtres, séparé les muscles intercostaux entre la onzième et la douzième côte ; on 
voyait donc tout de suite que la cavité de la« poitrine était ouverte, ce que prouva 
roaverture de cette cavité. Le poumon n'avait pas été atteint ; mais la mort avait 
été la suite d'une pneumonie traumatique. Le poumon droit était couvert d'une 
ceaehe de pus ; dans son lobe central il y avait un abcès gros comme une tête d'en- 
IbL Tout le tissu était bépatisé en gris. Il y avait peu de saog dans le cœur et dans 
la veine cave; sa couleur était d'un rouge sale, il était en partie coagulé. 

Les atitrss résultats de l'autopsie étaient insignifiants, d'autant plus que la putré- 
faction du cadavre était déjà avancée. Il était facile de montrer que la pneumonie 
■ortelle avait été le résultat de la plaie pénétrante du thorax. On me demanda à 
fiodi e p c e si, d'après la position de la blessure sur le côté droit, le coupable n'avait 
fis M se trouver derrière la victime. 11 était facile de répondre affirmativement à 
eille question. 

On. 66. — Hémorrhagie mortelle du cerveau. Déterminer si elle a été causée par 
une chuto, par des coups de pied ou par d'autres violences. 

Ce cas intéressant ne pouvait pas être éclairé complètement par l'aulopsie. 

ia sHis de janvier, deux hommes ivres, K... et M..., engagèrent une lutte. 

K... prétendit que, avant leur querelle, M... était tombé dans le ruisseau et s'était 

MiHéà la tète. En effet, on avait vu sa tète ensanglantée. Dans la dispute, R... 

'osoa à M..., eoauBe des témoins l'ont vu, des coups de poing sur la tète, le 

pouia dans un escalier, de manière qu'on l'entendit rouler. Quand celui-ci fbt 

vi^, JL .. le repoussa de nouveau, le frappa à coups de talon daus les reins, sur 

^^, et enfin lui porta avec un morceau de bois un coup dans le côté ! Bientôt le 

^te t'endormit d'un sommeil qui paraissait profond ; il fut transporté à la Charité, 

•41 mourut dix jours après. 

i^ cadavre avait la coloration ictérique. Dans la région de l'os pariétal gauche, 
^ J trtit une plaie en voie de cicatrisation, longue de 1 centimètre 1/2. Les bords 
^ itaient secs et nets. Au-dessous de chaque œil, il y avait une tache semi- lunaire 
^IQosée, longue de 2 centimètres. Aucune autre blessure extérieure. Les os 
''^■i^ étaient intacts, mais dans la cavité crânienne se trouvait épanché du sang 
^'f^» La dure-mère était colorée en rouge bleu sur toute la partie gauche de la 



132 PARTIE TUANATOLOGIQUE. 

été cl indiquait un ûpancUement de sang. Cet épanchement était de 60 grammesr 
ce sang était coagulé et couvrait tout l'hémisphère gauche. Un autre épancheraei^ 
de la grandeur d'un haricot se trouvait sur le pont de Varole ; un autre à iJ 
base du crâne. Le cervelet, ainsi que les veines de la pie-mère, étaient hjpérè' 
miques. 

Nous disions dans notre rapport que le fait du meurtre n'était pas difficile h 
constater, n mais on ne peut pas dire avec certitude quel est l'instrument qui a 
produit ces blessures. Les coups de poing vus par les témoins expliquent lacîleiiient 
les ecchymoses autour des yeux ; mais les petites blessures extérieures et les léakMM 
intérieures ne proviennent pas de seuls coups de poing : les premièrea, parce qui 
des coups de poing ne séparent pas les téguments en faisant des blessures à bordi 
nets ; les dernières non plus, parce que de tels coups n'ont pas assez de force povi 
rompre des vaisseaux dans le crâne. Un ou plusieurs coups de talon de botte donnés 
avec force à un homme étendu par terre ont pu avoir cet effet, surtout si ce taloo 
était garni de clous. Ces blessures ont pu être produites aussi par des chutes réitéréei 
sur le sol dans un état d'ivresse, surtout si M... a été jeté dans un escalier de ma- 
nière que la tète ait porté sur les marches. » 
H nous était impossible de nous prononcer avec plus de précision* 

Obs. 67. — Bksture mortellô du foie. Déterminer si elle a éié produite par m 

sabre ou une baïonnette. 

Dans la nuit du 31 octobre 1848, un combat eut lieu entre des machinistes et 
des gardes nationaux, devant l'Assemblée nationale de l'époque. Un macbinisis 
reçut une blessure d'un garde national et mourut peu de temps après. Dans la 
région du foie, nous trouvâmes une plaie de 8 centimètres de longueur, béante de 
5 centimètres, à bords nets, 'ecchymosée, et par laquelle une anse de l'iléon fai- 
sait hernie. 500 grammes de sang coagulé couvraient l'épiploon et les mésentères, et 
8 onces d'un sang fluide étaient dans la cavité abdominale. Au bord du lobe droit 
du foie se trouvait une plaie profonde de 5 centimètres, à bords nets. On ne sarait 
pas si la blessure avait été faite par les gardes nationaux ou par les machinistes. Les 
premiers disaient que la blessure avait été faite par les machinistes avec une baïon- 
nette, par maladresse ; les camarades du décédé prétendaient que c'était au con- 
traire les gardes nationaux qui avaient reçu l'ordre du commandant de frapper à 
coups de sabre. 

L'état de la blessure montrait qu'elle avait été produite par un coup de sabre, et 
non par un coup de baïonnette. 

Ob8. 68. — • Blessures morleUes de l'abdomen causées probablement par un coup 

de baionnette. 

11 s'agissait de déterminer si la blessure avait pu être produite par un coup de 
baïonnette» 

Dans une froide nuit d'hiver, un vagabond ivre fut arrêté par deux soldats. 
Chemin iaisant, il se sauva et tomba en courant sur le pavé glissant, de sorte «sue la 



PROCÉDÉ DU MEURTRIER DANS L*EXÉCUTION DU CRIME. ISS 

fttt eatoidiie d'asses loin. Il se releva et voulut continuer à courir, lorsqu'rn 
soldiUi, le rejoignant, jeta vers lui son fusil, la baïonnette en avant, Tatteignit, 
et le força de s'arrêter. Il fut pris, mais ne put bientôt plus se tenir debout. Il 
(illot le porter jusqu'à la prison, où il mourut bientôt après. 

Les résultats les plus importants de Tautopsie étaient les suivants : entre la 

sasiéme et la dousièroe côte à gauche, a 12 centimètres de la colonne vertébrale, 

m irouvait une plaie triangulaire dont chaque côté avait 1 centimètre ; ses bords 

Haieni nets et faiblement ecchymoses. Les téguments étaient très gras. La paroi 

fOftiérieore du péritoine était complètement infiltrée de sang foncé, moitié coagulé, 

Acmt on ne pouvait trouver la source. Dans sa cavité abdominale, il y avait • 

91 graounes d*eau sanguinolente. La plate n'avait pas pénétré dans la cavité et finis-* 

sait en cul-de-sae dans les téguments gras, dans lesquels se trouvait une infiltra- 

liaa. On trouva en outre une hypérémie des veines et des plexus du cerveau et une 

adhérence complète du péricarde avec le cœur. 

Ainsi la mort avait eu lieu par suite d'une hémorrhagie dans l'abdomen, mais la 
Uessare avec la baïonnette n'avait provoqué ni Thémorrhagie ni la mort, puisque 
fimtlnunent n'avait pas pénétré. La cause de l'hémorrhagie était problablement la 
dratede L... sur le pavé avant le coup de baïonnette. Il était avéré que cette chute 
de riMHnme ivre sur le pavé glissant avait été très violente, et la commotion qu'elle 
mit aosée avait produit la rupture d'un vaisseau. Cette hémorrhagie interne avait 
dû letsire lentement, car elle avait eu le temps d'infiltrer le tissu cellulaire et les 
BBKlei, tandis que les hémorrhagies internes subites produisent d'autres résultats. 
C'eit poirquoi le décédé, aussitôt après la chute, a pu se relever et faire encore 
qwiqnes pas, jusqu'à ce que le fusil, resté accroché dans ses habits, le fit s'arrêter ; 
fui lliéaiorrhagie interne augmentant de plus en plus, il fut obligé de s'arrêter, 
et il retomba. Ainsi, quoique le blessé fût tombé immédiatement après la blessure, 
elle s'avait pas été la cause de la mort qui n'a pu être produite que par la chute. 

On. 69. — Biêsture morMe de rartère interosseuse. Déterminer si elle a été 
produite par un morceau de fer-hlanc 6u par un couteau. 

Leioirdu 20 décembre, deux camarades de lit se querellèrent. L'un d'eux, 
nhoBune robuste, âgé de trente-trois ans, fut si gravement blessé qu'on vit tout de 
""le le lang eouler à flot de son bras gauche. Une heure après, il fut transporté à 
^^^V^\ : on mit un tourniquet au malade qui était très abattu , et se plaignait 
'gestion. On constata les {^assures suivantes : 

1* Au bras ; une plaie longitudinale longue d'un centimètre, large de huit 
"■Uimètres, profonde d'un centimètre; il en sortait seulement du sang veineux. 

^ Aa-desaous de cette blessure, se trouvait une plaie superficielle. 

3*DtBS la région de la saignée, à l'insertion inférieure du biceps, il y avait une 
pbie Iriangttlaire à bords recourbés en dedans, profonde de trois centimètres à 

' peu près. Lorsqu'on relâchait le tourniquet, il sortait de cette plaie du sang ar« 

iériel. 

^'Ala partie extérieure du bras, une petite blessure de la peau. 



ISA PARTIE THÀNATOLOGIQUE. 

5" Dans la région du cœur, deux petites écorchures produites probablement fir 
l'instrument qui avait glissé du bras. 

Le tourniquet fut laissé en place, les plaies furent réunies et couvertes de|lice. 
Le 22, le malade se plaignit de douleurs vives au bras à tel point qu'il fallut Mer 
tout le pansement. L'hémorrhagie artérielle recommença de suite, et, d'après ce 
que dit le journal de Thôpital, comme on ne réussissait pas à lier les artères daoi le 
fond de la plaie, il ne restait plus pour sauver le malade qu'à lier l'artère brachiale, 
ce qui fut fait dans d'assez bonnes conditions. 

Le malade reçut à l'intérieur de l'acide phosphorique, et la plaie (ùt couverte 
• avec de la glace. Dans les deux jours suivants il ne se passa rien de Aeheux. Mais 
lorsque le 26 on ôta le pansement, il y eut encore une bémorrhagie artérielle 
que l'on arrêta par compression. Les plaies avaient mauvais aspect, le malade le 
tentait abattu, il y avait du délire et de la somnolence, le pouls était trèa firéquent, 
les bords de la plaie avaient une couleur bleuâtre qui s'étendit vite, la peso 
environnante devint gangreneuse. On pansa avec de l'acide pyroligneuz, on ÎQÎecU 
et on fomenta avec du vinaigre aromatique. L'état général continua à être mavfaii, 
les forces diminuaient, le pouls devenait très fréquent : le matin ilOetle foir tS8 
pulsations. * 

Au commencement de janvier l'état s'améliora jusqu'au 10 ; ce jour-là, le na- 
ïade commença h se plaindre de douleurs de ventre (frictions opiacées, cataplaames, 
poudre de Dower). Dans la nuit, une diarrhée violente se déclara et aogmeota 
malgré l'usage de l'opium. La Aôvre s'accrut, les forces diminuèrent et un dèeu- 
bitus commença à se manifester. Le il janvier, le malade toussait sec. Lea piedi 
devinrent œdémateux, la toux et la diarrhée continuèrent/, le 14, le maUde perdit 
connaissance, et le 15 janvier, ainsi vingt* cinq jours après la blessure, le malade 
mourut. 

Les résultats les plus importants de Tautopsie étaient les suivants : Le cadavre 
était très maigre, les extrémités inférieures étaient œdémateuses ; on voyait un dé* 
cubitus important, la surface interne de tout le bras gauche était dénudée, de sorte 
que l'on voyait les muscles et leurs tendons. Le tout était enduit de pus sanieux. 
Les autres plaies étaient cicatrisées, mais dans la région de la saignée il y avait 
encore une plaie béante de 2 centimètres avec des bords arrondis, quoique dans l'o- 
rigine ils fussent nets. Dans la cavité crânienne, anémie. Tout le poumon gauche 
était œdémateux, le droit était couvert d'hépatisation grise et la plèvre était cou- 
verte de pus. Dans la plèvre gauche il y avait à peu près 300 grammes d'un fluide 
sanguinolent. Le cœur était mou, exsangue, ainsi .que les grands vaisseaux de la 
poitrine et les vaisseaux de la cavité abdominale. L'artère blessée était, comme on 
l'avait déjà diagnostiqué à l'hôpital, l'artère interosseuse. 

L'accusé prétendait qu'il avait seulement piqué K... avec un morceau dé fer- 
blanc. L'état des cicatrices montrait que cette déclaration était fousse ; nous décla- 
râmes que l'on avait dû employer un autre instrument tranchant et piquant. 

Pendant l'instruction, on trouva sous le lit de l'accusé un couteau de table pointu 
sur lequel il y avait des taches suspectes. On nous remit cet instrument en nous 
faisant cette question : Les taches de rouille qui sont- sur le couteau proviennent- 



PROCÉDÉ DU MEURTRIER DANS L*EXÉCUTION DU CRIME. 135 

eOefl de taches de nng ? Noas fîmes cette analyse avec l'assistance de l'expert 
cfciasiqQe,M. Sehacht Nous derons faire remarquer que, à cette époque, le procédé 
de M. H. Rose, que nous avons mentionné plus haut, n'était pas encore connu. 

L'aspect de la lame prouvait que si Von avait affaire à du sang, il devait y avoir 
asses longtemps que ces taches avaient été produites (il y avait deux mois et demi 
qve la blessure avait été faite) ; car i^ la lame du couteau est rouillée sur toute 
sa surlace , et 2* dans la fente du couteau il y avait une masse brune couverte de 
moisissure. On appliqua avec un pinceau quelques gouttes d'eau sur la lame : 
vne goutte fût observée sous le microscope, le reste du liquide restant sur la 
lame fût évaporé sous une chaleur peu intense et l'on observa ce qui suit : 

Sous le microscope on reconnut des globules rouges qui nageaient dans la goutte 
d'eau et qui ressemblaient h des globules de sang. 

Quand le liquide fut évaporé sur la lame, on observa le résidu avec une 
lentille et l'on vit sur \b surface rouillée de la lame une couche rosée très mince et 
faraosparente à travers laquelle on voyait la rouille. On fit une contre-épreuve. Sur 
me lame luisante on appliqua quelques gouttes de sang que Ton laissa sécher et 
fÊt Foo chauffa un peu. Le sang se détacha en forme d'écaillés et la surface mé- 
«Ullique redevint luisante. En chauffant le sang il s'exhala l'odeur particulière de la 
carbonisation des substances animales. Les taches qui se trouvaient sur la lame 
SQSpeete ne se détachèrent pas par la chaleur, mais étant chauffées plus fort, il y 
eut la carbonisation et l'odeur dont nous venons de parler. Il s'ensuivait qu'il n'y 
avait pas de sang frais sur la lame, mais qu'une substance animale était môlée à la 
rouille et celte subslance pouvait être du sang. 

Ensuite la lame fut mise dans un verre cylindrique étroit rempli d'eau distillée ; 

<m n'observa pas dans cette eau une coloration de sang, mais après vingt-quatre 

beures, il se déposa une poudre d'un rouge brun qui fut séparée par flltration. Dans 

le liquide filtré on ne trouvait ni du fer ni de l'albumine. La poudre rouge brune 

fct reconnue comme de la rouille par sa dissolution dans l'acide muriatique et ses 

rèietionsavec l'ammoniaque, le cyanure de potassium et la teinture de noix de galle. 

l'aspect de la lame n'avait pas été beaucoup changé par son séjour dans l'eau. 

Ut taches n'avaient pas diminué. Quand la lame fut sèche, on appliqua sur une 

te taches de l'acide muriatique pur ; bientôt la tache disparut, le métal devint 

isiiant, l'oxyde de fer s'était dissous dans l'acide muriatique. D'après ces expé- 

rieaces, nous dûmes déclarer que le couteau avait été taché vraisemblablement 

*vec du sang. Nous ne pouvions donner une certitude après un temps aussi long (1). 

Ce rapport fut accepté, et le coupable fut condamné à dix-huit mois de 

Frison. 

Jusqu'à présent nous avons donné des exemples où Ton avait à 
répondre à la question : Tel instrameni a-i-il pu produire telle lé- 
sion? Nous allons donner d'autres exemples, dans lesquels on aura 

(1) L'anriTM eol lieu avant la découTerte des cristaux d'hématine. 



13d PARTIE THANATOLOCIQUE. 

à décider quelle a été le manière de procéder du coupable ? Quelle 
a été sa position et celle de sa victime pendant qu'il accomplissait le 
crime ? On verra de quelle importance peut être dans certains cas 
le rapport du médecin, combien il faut examiner avec soin toutes 
les circonstances, même celles qui paraissent les plus insignifiantes. 

Ob3. 70. — Fracture mortelle du crâne par un marteau. De quelle maniire le 

meurtre a-t-il été commis ? 

Le 25 mars i8..., le ferblantier Bontoux fut trouvé assassiné dans sa enitine, 
avoisinant la boutique et située au rez-de-chaussée. 

Ayant entendu pendant la nuit du bruit qui Favait alarmé, Bontoux avait prolM- 
blement sauté vivement hors du lit, car une chaise à côté de son lit était renversée, 
et était allé en chemise dans la cuisine. Le reste était inconnu. 

Le lendemain, le sieur Luckc, maréchal-ferrant, fut arrêté comme accaié de 
ce crime. Celui-ci eut recours à un système de défense qu'il continua avec con- 
séquence. 11 déclara qu'en effet il s'était introduit dans la maison de Bontoux pour 
y faire un vol avec effraction ; que celui-ci, l'ayant entendu, l'avait attaqué, et, 
qu'après une lutte acharnée, Lucke l'avait tué, en usant du droit de défente lé- 
gitime puisqu'il défendait sa vie. 

Le cadavre ^tait vêtu d'une chemise de nuit et d'un caleçon ; il avait des bas aux 
pieds. Tous ces vêtements, excepté les bas, étaient couverts de sang. Au-dessous 
de la tète, il y avait une grande mare de sang, et à deux pieds de là une autre 
mare; entre les deux mares, il n'y avait pas de communication ni aucune trace de 
sang. Dans celte cuisine se trouvait aux parois, aux ustensiles et à la porte, beau- 
coup de sang éclaboussé. La cuisine, qui était en même temps son atelier, con- 
tenait beaucoup d'instruments de ferblantier, et au pied du cadavre on trouva 
deux marteaux de ferblantier. Au seuil de la porte, il y avait un autre marteau, et 
dans le magasin un quatrième. Tous les quatre étaient tachés de sang. 

A l'autopsie, nous trouvâmes vingt blessures à la figure, à la lête et au cou, et en 
outre soixante quatre ecchymoses et écorchurcs au tronc et aux membres. Les résul- 
tats les plus importants de l'autopsie étaient : frarassement complet de l'os tem- 
poral gauche et de la grande aile de l'os 8|thénoïde ; fracture de la partie orbitale 
de l'os frontal droit ; écartcment de la suture lambdoïde du côté gauche ; quatre 
blessures au côté gauche du crâne, pénétrant jusqu'aux méninges et au tissu du 
cerveau, avec épanchemcnt de sang foncé et coagulé; fissure de la base du crâne, 
depuis l'aile de l'os sphénoïde jusqu'à la selle turcique ; anémie générale. 

Les experts avaient à répondre à dix questions, d'après lesquelles il fallait déter- 
miner queUe avait été la manière de procéder de Taccusé. 

Voici ce que nous répondîmes : « Il y a deux procès- verbaux d'instruction. Dans 
le premier, l'accusé d«3clare : Étant entré dans la cuisine, j'allai dans le magasin 
prendre un petit pupitre; je le mis par terre dans la cuisine, et je l'ouvris 



PROCÉDÉ DU MEURTRIER DANS L*RXÉGUTION DU CRIME. 1S7 

y trouTer de l'argeol ; puis J'allai dans la chambre à coucher de Bontoox ; il 

teil eottcbé dans son lit et ronflait; là, dans un portereuille et dans un tiroir 

oa^ert, je pris de l'argent (en tout 15 thalers). Je quittai la chambre à coucher, 

tontottx semblait encore dormir profondément. A peine étais-je arrivé dans le 

un, que Bontoux arriva derrière moi, me prit par les épaules, me jeta par 

î, et lutta avec moi dans cette position* Je sortis d'entre ses bras, je courus 

la cuisine pour essayer si je pouvais quitter la maison, mais je fus poursuivi ' 

Bontoux et saisi par les cheveux ; nous luttAmes pendant quelque temps entre la 

de la euisiue, le fourneau et le pupitre ; nous tombâmes par terre, et dans 

:«tte lutte j'étais tantdt en dessus, tantôt en dessous de Bontoux. Â un instant où 

^ me trouvais au-dessus, je saisis un marteau situé près de la fenêtre, et je frappai 

fiiifeq à six fois sur la tète de mon adversaire, qui se mit à crier : « Au secours I » 

na tâchant toujours de me retenir. Toute cette scène se passait dans l'obscurité* 

Après une lutte d'à |yu près une demi-heure, je lâchai Bontoux ; je jetai le marteau 

dasis la cuisine et je courus dans la chambre à coucher, afln d'avoir de la lumière 

d voir comment je pouvais sortir; j'*e8suyai mes mains ensanglantées à une ser« 

^ictle, j'allumai une lumière et me dirigeai vers le magasin. Lorsque je passai de^ 

Tiuit la cuisine, je regardai et Je vis que Bontoux s'était levé et était debout tout 

frès de la porte de la cm'sioe. Sa figure était couverte de sang, et il criait d'une 

r&a élouflée : « Au secours! » J'entrai dans le magasin, et je m'enftiis par la fe* 

•être (à laquelle il y avait des taches de sang). » 

Pirmi les quatre marteaux qu'on lui présenta, il déclara ne s'être servi que d'un 
mi. 

Je continuais dans mon rapport : ce Dans son deuxième interrogatoire, Lucke ne 
tfitpis la même chose. Ce qui est important pour nous, c'est qu'il dit| à propos de 
ttlitte, qu'il a pris le marteau qui se trouvait près de la fenêtre. • J'étais au-des- 
am de Bontoux, qui me tenait par le cou ; je pris le marteau de la main droite et 
ii finppai de bas en haut deux fois sur la tête de Bontoux, qui me tenait tou- 
i*vi en disant : « Attends, tu ne m'échapperas pas ! a Je me levai, mais il me 
liiât de nouveau par la poitrine en se tenant appuyé contre la porte. Dans 
c^ position, je donnai encore quatre à six coups de marteau sur sa tête, et 
^ eoips retentirent avec fracas. Je ne les ai pas comptés, et il est possible que 
ftt tie donné plus de six. Puis je me débarrassai de Bontoux, et je ne sais pas 
**il ttt resté debout ou s'il esl tombé par terre, t Le reste de sa déclaration est 
'■lioCBe à la précédente, excepté qu'il dit qu'en passant devant la cuisine, lorsqu'il 
'P^at Bontoux ensanglanté, celui-ci ne cria pas. Alors on fit observer à l'accusé 
^ es a'élait pas vraisemblable, et il ajouta que Bontoux avait bien crié, mais à 
^^voix. Quand on dit à l'accusé qu'il avait aussi volé deux mouchoirs, ce qu'il 
l'iTitipas déclaré , il l'avoua, ajoutant que dans la lutte il n'avait voulu que se 
^^fcadre et non pas assassiner. 

Qssat à la cause de mort de Bontoux, on ne pouvait douter un seul instant qu'elle 
^ rindlât des blessures de tête, car il n'y avait pas eu asphyxie, ce qui était promé 
Nr l'saénUe des poumons, -du cœur et des grands vaisseaux et par l'état normal de 
1< trachée et du larynx. Il n'y avait pas moins de vingt blessures de la tête et du cou 



188 PARTIS THANÀT0L061QÛB. 

qui avaient causé le« ravages les plus fpraves. Presque toute la moitié gaacbe du 
crftne avait été fhicassée, des os de la base du crftne avaient été firtcturés, enfin b 
suture lambdoïde était écartée. Une telle destruction des os du crâne amène aécet- 
sairement la mort par commotion, par blessure du cerveau et par anéantitsement 
de ses fonctions après quelque! minutes, au plus après une beure. Nous répét^ 
rons à ce sujet ce que nous avons dit dans le procès-verbal de l'autopsie : 

i* Bontoux est mort certainement par suite de ses blessures de tête; 

2^ Il ne peut pas avoir vécu plus d*nne beure. 

3* Dans le procès-verbal sommaire de Tautopsie nous avions admis que les 
blesliores de la tête, de la figure et du cou avaient pu être produites par les ma^ 
teaux présentés. L'inculpé, dans ce qu'il appelle «r son aveu sincère », dansleqad 
cependant, comme nous le montrerons, il s'est éloigné beaucoup de la vérité, i 

t 

déclaré s'être servi d'un de ces marteaux, et pour rendre plus admissible une 
défense personnelle, il a nié en avoir employé plusieurs. Or tout parle contre cette 
déclaration. Les marteaux présentent des teches de sang qui ne peuvent être du 
sang éclaboussé, surtout sur les bords ; le cadavre présente des blessures à bords 
nets, et d'autres à bords obtus, ce qui indique qu'il s'est servi de plusieurs insiro* 
ments. Ajoutons que les blessures n'ont pas été faites toutes au même instant, 
comme nous le prouverons. L'inculpé dit avoir jeté le marteau après s'en être 
servi. On a trouvé en effet un marteau teché de sang sur le seuil de la cuisine, 
un autre dans la boutique taché aussi de sang et de plus deux autres couverts de 
sang au pied du cadavre. Une telle disposition feit douter de la véracité des déels- 
ra lions de l'inculpé, car il n'est pas vraisemblable que tous ces marteaux se soient 
trouvés par hasard aux endroits indiqués, tandis que tous les autres instruments 
étoient encore suspendus à la muraille. Lucke prétend que Bontoux en luttent 
s'est servi lui aussi de marteaux j car il a senti quelque chose de dur et de lourd 
dont il recevait un coup dans le dos, or sur le corps de Lucke on ne trouve rien 
qui puisse faire admettre cette assertion, puisque le 24 mars, le lendemain, je 
n'ai pas trouvé sur le corps de Lucke une seule trace de lésion. Lucke cherche è 
expliquer cette absence de trace de lésion sur le corps en disant qu'étent habiUé 
le coup a été amorti ; mais il est évident que ses habits n'auraient pas Suffi pouf 
empêcher les traces d'un coup porté par un homme qui défend sa vie avec déses- 
poir. De tout cela, nous concluons quç Lucke s'est servi de ptu$ieur$ marteaux 
dans l'accomplissement de sou crime. 

4® Maintenant que nous avons démontré avec quels instruments les blessures ont 
été faites, nous avons à examiner la circonstence importente du moment où les 
blessures ont été dites les unes par rapport aux autres. Selon la déclaration de 
l'accusé, le combat a duré une demi-heure. II nous est impossible de contrêler 
cette déclaration. Du reste cela n*est pas important. Les blessures innombrables 
que présente le cadavre se divisent en trois catégories : il y af des blessures légères, 
des blessures dangereuses et des blessures absolument mortelles. A la première 
eatégorte appartiennent les teches innombrables bleuâtres et les ecchymoses décrites 
déjà au procès-verbal de l'autopsie qui sont situées auk membres et qui indubita* 
blement sont le résultet de chocs contre des objets durs. On ne peut dire chro- 



PROCÉDÉ DU MEVRTRIEK DANS L*EXÉCOTI0N DU CRIME. iS9 



si cet blettures ont été ftites les premières, mais il est cerUiin 
qe'elet n'ont pas été les dernières. Les blessures absolument mortelles que nous 
avons énnmérées plus haut ont été évidemment les dernières, et il est certain 
qn'aprèa avoir reçu ces blessures, il a été impossible au décédé de se lever ^ de rester 
éêbomi ou dewkircher. Il a dû rester immobile, firappé à mort. 

5* Quant à ce que nous avons appelé les blessures dangereuses qui permettent, 
eomme on le sait, de vivre encore quelque temps, quand ce ne serait que dans un état 
tant connaissance , nous ne pouvons pas être aussi affirmalif ; ce sont les bles- 
snret de l'os frontal, de la racine du nez, du maxillaire inférieur de l'œil gauche. 
Ces bletsuret et seulement celles-là présentaient des ecchymoses ; cela semble in- 
diluer que la vie s*est conservée encore un certain temps après qu'elles ont été 
fcilef . Ile tont ce qui précède nous concluons que : 

Bontoux a été d'abord poussé, jeté par terre, heurté contre les murailles ; puis, 
8 a reçu des coups de marteau sur le front et dans la figure, et enfin, vivant 
•aoore et s'étant relevé, il a reçu des blessures mortelles sur l'arrière-tète et 
sv le edté gauche du crftne. Avec cette explication, on explique très bien la 
iiiposttion des mares de sang trouvées dans la cuisine. 

6* Si nous considérons comment le combat a eu lieu, nous voyons que l'accusé, 

aniiea d'un > aveu sincère », a fait d'énormes mensonges. On le voit par la eontra- 

didioa qm existe dans ses deux interrogatoires qui, à ce sujet, ne s'accordent que 

sarmi aeiil point qui se trouve infirmé par l'autopsie. Dans son second inlerroga*. 

taira, il dit qn'fl se trouvait au-dessous de Bontoux, quand il lui appliqua les 

pnniera eonps de marteau an nombre de deux. Il va sans dire que ce ne peut pas 

avair été toa coupa qui ont été donnés au front et dans la figure ! D'un autre côté, 

il est impotaible d'admettre qu'un homme couché sur le dos puisse donner à un 

lalra qni se trouve sur lui des blessures mortelles sur l'arrière-tète. L'autopsie, 

sBs anasi, montre combien cette explication serait inadmissible, car un homme, 

iins eette position, n'a pu donner un coup assez violent pour amener un écarte- 

nent de la suture lamhdolde, ce qui suppose une force prodigieuse et un élan assez 

irtnd ; de plus l'inculpé se dément lui-même en disant que Bontoux, après ces 

premiers coups (qui n'avaient frappé ni le front ni la figure), a prononcé les 

■ois: «Attends, tu ne m'échapperas pas ! », qu'il s'est relevé et qu^il l'a saisi par 

Is poitrine. Cela aurait été impossible de la part d'un homme qui aurait reçu un 

coup qui a désarticulé la suture lambdoïde : car une telle violence doit amener in- 

HiBtanément une commotion cérébrale qui met le blessé hors de toute connais- 

Moee. Hous concluons donc que Lucke ne peut pas avoir été au-dessous de Bon' 

Iswr, lorsqa'il a firappé les premiers coups de marteau sur la tète de celui-ci. 

7* L'inenlpé dit aussi dans son deuxième interrogatoire qu'il a donné à sa victime 
iMore quatre on six coups sur la tète après cette première violence. « Bontoux^ 
M-il, moait te dos appuyé contre la porte. » Cette assertion est encore démontrée 
tawne fliusse par l'autopsie. Il va sans dire que Lucke n'a pu donner des coups de 
■arlean sur l'arrière-tète d'un homme qui est appuyé le dos contre la porte, et il est 
certain que les autres blessures ont été faites les deux combattants étant debout. Il 
ot nécessaire que Bontouv, an moment où il a reçu les coups sur l'arrière-tète, qui 



140 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

ont amené la désarlîculation de la suture lambdoïde, ait tourné son arrière-tête eo 
face de Lucke, c'est-à-dire Lucke doit avoir été derrière Rontoox, soit que le blessé 
ait lâché de se sauver, soit qu'il ait été poussé par Lucke dans une position où 
cette blessure a pu être faite, soit enfin que Bon toux, étant par terre, ait tâché de 
se lever et ait présenté ainsi son arrière-téte. Nous concluons de là que Luéki a 
été derrière Bontcux quand il lui a donné les coups mortels sur Varrière-Ute, 

8® On ne peut pas dire avec certitude dans quelle position s'est trouvé Bontoux 
quand le côté gauche du crâne a été brisé. Il est possible qu'il ait été devant Lucke 
et que celui-ci ait frappé avec une grande force, mais il est encore possible qu'en 
ce moment le décédé ait été couché par terre et que Lucke ait firappé de haut en 
bas. Or, comme le cadavre a été trouvé sur le dos, les coups de l'arrière-téte ont 
dû précéder ceux du côté gauche, et il est très vraisemblable .que Bontoux, d^ 
frappé mortellement, a reçu ensuite les blessures du côté gauche. 

D'après ce qui précède, nous ne croyons pas nécessaire de discuter la déclara^ 
tion de l'inculpé, qui dit qu'en se sauvant il a vu Bontoux dans la cuisine, et que 
celui-ci a crié même à demi-voix ; car un homme ayant reçu de telles blessures, 
ayant perdu tant de sang, ne peut pas se tenir debout ni crier au secours; il ne 
peut avoir sa connaissance. 

Il y a eu une lutte, ce qui est prouvé par les taches nombreuses ecchymosées 
trouvées sur le cadavre. Bontoux s'est défendu; ce qui est prouvé par les traces 
d'ongle que nous avons trouvées le 24 mars derrière les oreilles de Lucke, par mie 
égratignure à l'œil gauche, par les lésions qui se trouvent aux jointures de la main 
droite et au pouce droit. Lucke a£Qrme que cela provient de la rixe avec Bontoux 
et déclare que la blessure du pouce droit est une morsure bite par Bontoux. 
Cependant il n'y pas de preuve que Lucke en se battant soit tombé par terre, car 
il n'y a pas une seule ecchymose sur son corps, comme on aurait dû s'y attendre 
après une chute violente et comme on en a trouvé chez Bontoux. On en peut con- 
clure que Lucke, vigoureux, préparé, bien éveillé, a toujours été le vainqueur de 
Bontoux, plus faible et encore endormi. » 

Il fut condamné à mort et exécuté. 

Obs. 71. — Fracture compliquée de Vos temporal^ du rocher et du maxillaire 
inférieur. Dans quelle posUion s* est trouvée la victime f 

Le dimanche 16 novembre 18..., Guillaume Haube, âgé de dix-huit ans, apprenti 
chez le tailleur Nolte, s'était amusé hors de la maison dans l'après-midi et le soir ; 
il était resté plus longtemps qu'on ne le lui avait permis. Lorsqu'il revint se coucher 
à la maison, la bonne qui le reçut lui annonça que le maître, en se couchant, l'avait 
menacé pour le lendemain d'une forte correction. Le jeune Haube monta à sa 
chambre et commença à réfléchir sur sa position. Il pensa à ses dettes, qui lui cau- 
saient continuellement des tourments. Il ne se coucha pas. La résolution qu'il nour- 
rissait depuis longtemps d'aller en Amérique lui revint en esprit, et, considérant 
que c'était le seul moyen d'échapper à celte vie de tourments, il se décida irrévo- 
cablement à partir tout de suite. Il songea immédiaten^ent à se procurer l'argent 



PROCÉDÉ DU UEURTRIER DANS L'ëXÉGUTION bV GRIME. l&l 

flécessaire ea dépouillaut ton roallre, avec lequel cependant il élaik en bons rap • 
poiis et dont il n'avait reçu que des marques d'affection. 

Vers minuit, il entra doucement dans la chambre de son mailre, dans laquelle 
se trouvait le secrétaire. Il alla près du lit prendre les clefs dans la poche de la 
robe de chambre et commençait à exécuter son vol, lorsque le mailre fit un mou- 
vement. Saisi de crainte, il s'arrêta et se sauva dans sa chambre à coucher. Il se 
mit sur son lit pour attendre que son maître fût de nouveau endormi profondément. 
Sur les deux heures, il arrêta la pendule de sa chambre, retourna dans la chambre 
de soo maître, armé cette fois d'une hache qu'il avait prise dans la cuisine, afin 
« de se défendre contre son maître », si cela devenait nécessaire. En commen- 
çant soo opération, il fut de nouveau dérangé par son maître, qui, en s'éveillant, 
cria : « Qui est li ? » 

L'accusé raconta dans presque tous les interrogatoires ce qui se passa à partir 
de ce moment de la manière suivante : 

« Alors je m'approchai vite de la tête du lit et je frappai dans les ténèbres deux ou 

trois coups de hache sur le corps qui me paraissait assis dans le lU, Mon maître 

i'écria de tontes ses forces : a Ah ! mon Dieu ! mon Dieu ! » et avec une voix plus 

haute : « Ciel ! ciel ! » Après ces coups de hache, il retomba, puis il se releva, et 

comme il cria encore très haut : « Ciel ! » je crus qu'il pouvait encore sortir du lit 

et que j'étais perdu. » Je courus chercher un couteau de table et je firappai 

à coups redoublés. Mon maître voulant m'arrêter me saisit la main gauche, en 

essayant de m'arracher le couteau, il me tira sur son lit et m'égratigna la 

nain. » 

Bous en trouvâmes les traces sur le dos de la main de Haube. 

Nolte, blessé mortellement, tomba enfin et resta sans connaissance. Alors le jeune 

Bnbe continua son vol; il alluma une lumière, il prit à peu près 70 thalcrs 

(180 francs), ^ae lorgnette; puis il se lava les mains pour se débarrasser des taches 

àt laog, déposa son linge taché de sang et s'éloigna à quatre heures du matin. 

n aUa ehes son frère, lui raconta qu'il voulait partir pour TAmérique, qu'il avait 

volé l'argent à son maître. Il se promena dans les rues, car il était trop tôt pour 

prendre le chemin de fer ; il s'acheta le malin des bonbons qu'il voulait manger sur 

kbatean pour éviter le mal de mer; il déjeuna à Tembarcadcre du chemin de fer 

etiOaiTec le premier train jusqu'à Hambourg. Mais le télégraphe l'avait devancé, 

<ieiorte qu'il fut arrêté en arrivant et ramené à Berlin. 11 avoua dès le commen- 

ceoeat ce crime avec tous ses détails. 

U 19 novembre, nous fîmes l'ouverture du cadavre. Voici quels en furent les 
réttUatt importants : la chemise et tout le corps étaient tachés de sang ; à la tête, 
à la figure, au cou, à l'épaule, aux bras et aux doigts, il y avait 42 blessures, 
i*il des ecchymoses, soit des coupures à bords nets, soit des sillons sanglants, puis 
te blessures très grandes provenant d'un instrument contondant. L'une avait 
^ la partie écailleuse et le rocher de l'os temporal droit, une fissure partant de 
^.tniersait la selle turcique; l'autre avait écrasé la partie droite du maxillaire 
i>l<iriev, déchiré son artère et coupé l'artère thyroïdienne supérieure ; cette bles- 
>ve d'artère avait les bords nets. Tout le corps était anémique. 



112 PARTIB THANATOLOGIQUE. 

On nous avait posé les questions suivantes : 

1<> Les blessures ont-elles pu être fiiites avec le couteau et la haehe préseatèit 
2* Quelles sont celles qui ont été produites avec la hache? 
3* Le décédé, quand il a été firappé, était-il couché sur le côté gauche ou peul- 
il avoir été assis ? 

4* Combien de temps après ses blessures le blessé peut-0 avoir vécu? 

Nous déclarâmes d'abord dans le rapport que récrasement du crâne a été la eauss 
de la mort. Nous passons les explications que renfermait notre rapport à ee sqet. 
Puis nous continuions : « On demande combien de temps le bleasé pe«l avoir véca 
après ses blessures? • Les faits contenus dans les actes et les résultats de l'avfcDpsis 
permettent de répondre. L'accusé prétend que deux heures et demie étaient passées 
lorsqu'il est entré pour la seconde fois dans la chambre de son maître. U dit dam 
tous ses interrogatoires que quand il a quitté la maison, à quatre heures du natia, 
le blessé respirait encore, et la bonne dépose que lorsqu'elle est entrée dans h 
chambre, à huit heures du matin, elle a trouvé son maître mort. D'après cala, ë 
aurait vécu au moins une heure et demie et au plus cinq heures et demie. Fev 
compléter, nous observerons qu'il n'est pas âLtraordinaire que les docteura X.- 
et Z... aient trouvé le cadavre au lit à huit heures trots quarts encore tiède, 
dans de telles circonstances la chaleur animale se conserve encore longtemps 
la mort, quelquefois même jusqu'au lendemain. L'expérience nous permet d'ad- 
mettre que le blessé a dû vivre encore deux à trois heures après ses bl 
L'hémorrhagie des vaisseaux lésés a dû être très importante, car le linge a été 
plétement imbibé de sang, et le cadavre a été trouvé très anémique. Mais eonaiéé- 
rons que, par la commotion cérébrale qui fut le résultat des deux grandes bleaawes 
de tète, il a dû y avoir une perte de connaissance, une syncope, qui fut un obstacle 
à une hémorrhagie artérielle devenant promptement mortelle, et si l'on admet qta 
la mort a eu lieu par commotion cérébrale, on sait que souvent des malades ont 
vécu dans cet état encore fisses longtemps. En pesant bien toutes les cirGonstances, 
le grand nombre des blessures, Thémorrhagie et les blessures mortelles de U tètet- 
nous croyons exacte l'époque de la mort que nous avons indiquée. 

Quaut à la première question i « Les blessures ontp elles pu être faîtes avec le 
couteau et la hache présentés? » nous y répondons affirmativement. Non-seulement 
ces instruments sont couverts de taches de sang, mais encore l'état des blessures 
annonce un instrument tranchant et un instrument tranchant contondant qui ont dû 
être employés avec une grande vigueur, car certains bords sont nets, certains 
autres inégaux, des tissus fermes ont été écrasés, on a trouvé la pointe du couteau 
lirisée, et l'inculpé lui-même dit qu'il a heurté le couteau contre des corps durs (les 
es du crâne). Ainsi il est certain que ces instruments ont été employés. 

Pour la seconde question : « Quelles sont les blessures qui ont été produites par 
la hache? » on peut y répondre également sans difficulté. Ce sont^ aans aucua 
doute, celles qui ont produit les écrasements des os et les déchirements des parties 
molles, c'est-à-dire les deux grandes blessures du maxillaire inJérieur droit et 4é 



PROCÉDÉ DU MEURTRUR DANS l'BXÉCUTION DU CRIME. iiS 



tm tanponil droil, qui iadiqiiant on oor|M plM lounl, pins contondant qu'on oon- 
len, mail no mtae tompa tranchant et capable de séparer des partiea moUes ; 
ainsi, par conséquent, cela peut très bien avoir été une hache. 

Eoflo, nous avons encore à répondre à la dernière question : « Le décédé, quand 
il a élé frappé, élait-il couché sur le côté gauche, ou bien peut-il avoir été assis T* 
est constaté par la bonne et le chef d'atelier que le décédé avait l'habitude de se 
coucher du côté fauche, la figure tournée du côté du mur. Il est alors à supposer 
qne dana la nuit où il a été attaqué, Nolte était couché sur le côté gauche, et la 
position des blessures mortelles sur le maxillaire et le crâne du côté droit con* 
JiBiMul eeUe soppoaitîon. Mais il est important de considérer quelle a été la posi- 
tiaa da cadavre quand il a été trouvé. 

Le décédé reposait sur le ventre et sa tête était sur le côté droit ; les mains 

étaient réunies et fléchies, etc. Il est impossible que le décédé ait été dans cette 

psailion quand il a reçu les blessures qui n'étaient pas même visibles ainsi et que 

sstts trouvâmes quand on retourna le cadavre. Ainsi il n'a pris cette position que 

phM tard. Il n'est pas probable que l'accusé l'ait mis lui-même dans cette position, 

ev il neonte, ce qui est très croyable, qu'il a entendu le mourant respirer, mais • 

fi'il ne l'a pas regardé car il en avait peur ; il était donc bien éloigné de l'idée 

Ai le reloumer sans raison. Ainsi le décédé ayant été blessé couché sur le côté 

inehe, ei ayant été trouvé couché sur le côté droit, il est nécessaire qu^il ait 

duttgé lui-même de position après avoir reçu ses blessures. Ici les dépositions de 

rmeo^ se contredisent. A Hambourg, il a dit : «Mon maître ne s'est pas défendu 

et ae m'a pas touché», tandis que dans des interrogatoires postérieurs il dit le 

natfaire, ce qui est plus vrai, vu sa main égratignée. Dans l'Interrogatoire du 22 

Ai Bais précédent, il dit qu'il a levé la hache presque verticalement et qu'il a 

Hfpé vers le corps hlanc qui étaU assis dans le lit en dirigeant son coup avec 

■ISBlion vers la tête. Puis, lorsqu'il commença à donner des coups de couteau, 

Ha Battre voulut se lever, mais dans le même interrogatoire il dit aussi qu'après 

bpreoiiercoup de couteau, il est tombé et n'a plus bougé. De même l'ioterroga* 

Itâsda 2 de ce mois ne s'accorde pas avec ce qu'il avait dit auparavant : « D'après 

ItiSB de sa voix, mon maître me sembla s'être tourné démon côté; cependant je 

l'eisois paa certain, et j'ai frappé sur le corps blanc qui me semblait assis sm* le 

l^svaat ces contradictions, nous ne pouvons baser notre jugement que sur l'état 
^ blessures. Il est possible que le coup ait été porté sur le maxillaire, le décédé 
te assis ; mais en considérant l'écrasement complet de cet os, il est beaucoup 
^Mmiseaiblable d'admettre que la tête était sur le lit et que le coup a été porté 
Perpvidiculairement, il est possible qu'alors il se soit levé, car même avec celte 
^^BMe il a pu encore se défendre. Quant à la blessure du crâne, il est plus pro- 
^ qoe le décédé l'a reçue étant assis, car la voûte du crâne proémine plus que 
baujyaôe el la partie êcailleuse, du temporal peut être écrasée plus facilement 
^lasaxiUaire qui est très dur. Ainsi nous croyons devoir expliquer les choses de 
^ Bii iè ra suivante: 

Me a d'ated ref u le eoup de hache sur le maxillaire droit, étaet couché ; il 



lAA PARTIE THÀKATOLOGIQUE. 

•'est assis sur son lit et a reçu les blessures au temporal, ensuite a eu liea ne 
lutte dans laquelle il a reçu de nombreux coups de couteau, aprèa lesquels il l'eit 
affaissé. Nous répondrons donc aux questions posées : 

1^ Que les blessures ont pu être laites avec la hache et le couteau présentés ; 

2* Que la blessure du crâne et celle du maxillaire ont été produites atec la 
hache ; 

30 Que le décédé, quand il a été frappé avec la hache, peut avoir été assis; 

4" Que le décédé, après les blessures , peut encore avoir vécu deux à troii 
heures ; 

Les jurés déclarèrent que Haube avait commis Thomicide « volontairemeol, 
mais pas avec préméditation », et il ne fut condamné qu'aux travaux forcés à perpé- 
tuité. 

Ob8. 72. — Écrasement de Vos pariétal droit et du sphénoidal. Quelle a' été Is 
position de la victime et comment V assassin était-U placé T 

Le 14 mars 18.. au matin, le marchand Schullz fut trouvé assassiné dans le 
tiroir du sofa de sa chambre. Le même jour, son domestique, Frédéric HoUand, 
fut arrêté à Tembarcadère de Berlin, parce qu'il n'avait pas de papiers. Il aviH 
l'intention d'aller à Hambourg et de là en Amérique. 11 avoua immédiatemeat 
qu'il avait tué son maître la veille à huit heures du matin, tandis que celui-ci était 
couché dans son lit. La raison de cet assassinat avait été do se procurer de IV- 
gent afin d'entretenir sa maltresse et un enfant qu'il avait eu d'elle. 

Voici comment il raconta l'événement : « Quand je fus bien sûr que mon maître, 
qui couchait sur le côté gauche avec la figure contre la mnraille, était pro- 
fondément endormi, je sortis de dessous ma redingote la hache que j'avais prise 
dans la cuisine, la tenant par le manche avec la main droite, je frappai de haut ea 
bas avec le dos sur la tête de mon mettre dans la région temporale. De suite après 
ce coup, mon maître leva la tôte sans pousser un cri, et je frappai encore deux 
coups, mais cette fois encore un peu plus haut. La tôte retomba de suite, sans que 
mon maître ait prononcé un mot ; mais comme il râlait encore, je courus dans la 
cuisine, je pris une corde épaisse, dans l'intention de l'étrangler tout à fait, parce 
que je craignais que le râlement, devenant plus fort, ne fût entendu par d'autres 
personnes. Je me plaçai à la tête du lit, je tirai le corps jusqu'à ce que la tète, 
dépassant la tête du lit, pendit en dehors; alors je tournai la corde trois ou quatre 
fois autour du cou, et je nouai la corde afin qu'elle tint bien. » 

11 déclara aussi que, pour ne pas laisser le cadavre visible, il l'avait serré avec 
les draps dans le sofa, il avait fermé le tiroir avec des clous, puis il avait commis 
son vol. 

Le lendemain, nous fîmes l'autopsie, qui était très intéressante, car il y avait eu 
étranglement d*un mourant. Nous trouvâmes, à propos de cet étranglement, une 
corde d'un quart de pouce de largeur, tournée cinq fois autour du cou et tellement 
serrée que l'on ne pouvait mettre le doigt entre le lien et le cou. Après avoff ôté la 
corde, nous trouvâmes un sillon tournant quatre ou cinq fois autour du cou, blanc en 
grande partie, mais i quelques endroits bleuâtre ou bien rouge foncé, ayant une 



PROCÉDÉ DU MEURTRIER DANS L*EXÉCUTION DU CIUHE. 1^5 

profiNMieiir d« 5 mUliaiètres et la largeur de i centimètre. On pouvait couper faci- 
liept les silloni, qui étaient mous sous le couteau. H n*y avait pas d'ecchymoses 
mdle part. 

Tout 1*01 temporal droit était écrasé en beaucoup de fragments, et la suture coro- 
naire était écartée dans toute sa longueur , il y avait fissure de l'os frontal droit 
dans ta partie orbitale. Un morceau de la grande aile droite de Tos sphénoïde 5tait 
détacbé, ainsi que trois morceaux, de la longueur d'un pouce, de la partie écailleuse 
da temporal droit. Il y avait à la base du crftne une fissure qui traversait la selle 
tarciqoe. Les poumons ne contenaient pas de sang, les grands vaisseaux de la poi- 
triaea'ea contenaient que très peu, ainsi que les quatre cavités du cœur. Le larynx 
et la trachée- artère non blessés étaient pâles et vides ; tout le reste du corps était 
■oraul, mais il y avait une anémie générale. 

Ici tons les résultats de l'autopsie s'accordaient avec les déclarations de l'accusé. 

D'abord, quant à la cause de mort ; on pouvait facilement prouver qu'elle était 

due aux blessures de tête et non k l'étranglement, car il n'y avait pas un seul signe 

et mort par asphyxie, et l'on pouvait admettre que les liens, ayant été serrés dans 

sa état d'agonie, l'asphyxie ne s'était pas produite. Quant aux instruments qui ont 

M ètra employés, nous aurions admis, quaud même l'inculpé ne l'aurait pas avoué, 

^'aa corpa lourd, tranchant et contondant, à surface carrée, comme le dos d'une 

haebe, avait été l'instrument mortel. Il n'y a que les instrumenta contondants qui 

feavent produira de telles blessures. 

L'ecchymose quadrilatère qui a été trouvée à la région du maxillaire supérieur 

froave qu'un instrument quadrilatère a été employé. La hache qu'on nous a pré- 

leatèe avait un tranchant dentelé et un dos ordinaire quadrilatère, dont les bords 

iUâent très tranchants. Par cette disposition de l'instrument, on devait admettre 

foe l'ecchymose de la joue seulement provenait certainement du dos de la hache, 

laidis que les autras blessures extérieures pouvaient provenir aussi bien du dos que 

il tranchant. 

L'autopsie confirmait parfaitement ce qu'avait dit Holland, que son maître était 
mchè sur le cAte gauche, puisque toutes les blessures extérieures se trouvaient du 
c4(é droit de la tète, tandis que les vertèbres et le celé gauche étaient complètement 
iMsets; d'après l'état des blessures profondes, il était évident que la victime était 
CMcliée quand elle a été frappée, car si elle avait été debout, les blessures 
'viieolétédu cétégauche ; déplus, les blessures étaient si importantes, puisqu'elles 
ont amené l'écartement d'une suture, quelles avaient dû être faites de haut en bas. 
Qaaatàla position du meurtrier, il faut supposer qu'il a été placé derrière la tète 
'a lit, car ce n'est que da« cette position que l'ecchymose aux joues a pu être faite ; 
^ecchymose a été produite par l'extrémité du dos de la hache .Nous concluons donc : 
1* Que la cause de la mort de Schulz n'a pas été un étranglement ; 
2* Que cette cause doit être attribuée aux blessures de tète ; 
3* Que ces blessures indiquent un instniment en partie contondant, en partie 
tnadMit, qui a été employé avec force ; 

4* Que la hache présentée, ou au moins un instrument semblable, a prodait cet 
Wetwres; 

M. iO 



1A<5 PARTIE TUANATOLOGIQUE. 

50 Que l'ecchymose quadrilatère de la joue a été produite par la turiaee domte 
de rinstrument ; que les autres blessures peuvent avoir été prodoitea en ■èow 
temps par le tranchant et par le dos de l'instrument; 

6** Que le décédé a dû être couché sur le côté gauche quand il a été blessé el 
tué; 

7"* Que le coupable était placé derrière la tâte du lit ; 

8° Que, vu la grande fraîcheur du cadavre et la chaleur de ratmeapbère, 00 
peut considérer la mort de 8chulz comme ne datant que de quelques jovt, à pei 
l>rés cinquante heures. Uolland a été condamné à mort. 

Obi. 73. -*- Homicide par hl$t9ure» de tél$. Dans quelle po$Ui<m se fronvoM 

la victime? 

Dn menuisier avait tué sa femme, âgée de cinquante-cinq ans, avec laquelle il 
vivait en mauvaise harmonie. Il s*était servi d'une lime pesant 1 kilogramme 1/3. 

Il y avait ici une particularité très intéressante : les os du crâne avait extrême* 
ment peu d'épaisseur, à peine 2 millimètres. Toute la moitié gauche du crâne était 
écrasée ; dix fragments d'os étaient détachés, et le fond de la blessure était fomé 
par la dure-mère déchirée, à travers laquelle le cerveau faisait hernie. L'hémi- 
sphère gauche du cerveau était écrasé et parsemé de caillots de sang ; l'on en troo» 
vait aussi dans le cervelet. Une tissure de l'os frontal s'étendait jusqu'au côté droit 
dans la partie orbitale. Les plexus choroïdes étaient très pâles, les sinus exsan- 
gues. I3ne autre blessure était importante pour juger la position de la blessée : 
c'était une plaie longue de 2 centimètres 1/2, un peu béante, à bords assez nets et 
faiblement ecchymoses, qui s'étendait à travers l'oreille gauche de haut en bas et 
d'arrière en avant. Tout le reste de l'autopsie était sans importance, Il y avait ané- 
mie générale. 

Mous jugeâmes que les blessures de tête avaient été nécessairement mortelles; 
qu'elles avaient pu être produites par la lime présentée ; que la décédée, au moment 
où elle a été blessée, n'était pas couchée, mais bien debout ou assise, conmie le 
prouve la direction de la blessure de l'oreille, et que le coupable peut s'être -trouvé 
devant ou derrière elle. Le mari» que l'on amena lors de l'autopsie^ avoua que sa 
femme était assise sur un banc et tricotait lorsque la querelle s'était élevée entit 
eux, et que, étant devant elle, il avait saisi la lime et l'en avait frappée. 

068. 74* — Écrasement du crâne par une hache. Déterminer s*U a été 
produit avec le iravchant ou avec le dos de l'instrument. 

Le tisserand D. .. tua son llls, âgé de quatorze ans, pendant son sommeil. 11 s'était 
servi d'une hache, comme le déclarèrentles membres de la famille, qui étaient accou- 
rus et avaient presque assisté au crime. L'instrument avait séparé l'aponévrose et les 
os du crâne et avait pénétré profondément dans le cerveau. Le cadavre préa«aUit du 
côté gauche du crâne une plaie de 8 centimètres de longueur et de 2 centimètres 1/2 
de largueur ; plusieurs fragments d'os avaient été détachés. La figure, la chemiae. 



PROCÉDÉ DU MEURTfU£R DANS L'EXÉCUTION DU CRIME. 1A7 

Jei bras éUi»ai couTerU de sang ; la cadavre avait la couleur de la cire blanche : 
aaéaiie générale. Néanmoioa il y avait des lividités cadavériques qui couvraient 
tout la dos. J'observe encore qu'à partir de l'angle supérieur de la blessure s'éten- 
dait une fissure en aigzags, parcourant horizontalement toute la voûte crânienne 
jusqu'à l'os temporal droit, el qu'il y avait une fissure à la base du crâne, dans la 
selle tnrcique, qui, contrairement à ce qui se passe ordinairement, ne la traversait 
pu transversalement, mais qui, arrivée au milieu de l'os, formait un coude el s'en 
•Daii en serpentant en arriére, en détachant le rocher droit. Sur le corps calleux, 
O y avait des caillots de sang, et il y en avait aussi dans la substance du 
cerveau. 

La garçon ne s'était pas éveillé et était resté mort sur le coup, et le sang était 
cependant coagulé. Le cas était facile à juger, mais la question posée : a Le meur- 
trier a-l-il firappé avec le côté tranchant ou avec le dos de la hache ? » était assee 
dilBcile à réaoudre. Le dos de la hache contenait du sang comme le tranchant, et 
de pins il y avait des cheveux blonds du cadavre qui y étaient collés. L'état de la 
Uesaure indiquait qu'on s'était servi du tranchant ; mais la présence des cheveux 
wr le dos de la hache était en contradiction avec ce résultat. Tout nous portait à 
idaeltre que les cheveux avaient coulé avec le sang sur le dos de la hache, et nous 
a'cAmes plus de doute quand plus tard on nous présenta l'oreiller sur lequel le 
farçon était eoûché. Sur cet oreiller, il y avait, outre de grandes mares de 
lang, 4eux grands morceaux de cerveau el une grande quantité de cheveux blonds 
collés par le sang. 

Le coupable fut déclaré fou et fut transporté dans une maison de santé, où H 
BoamL 

Ou. 75. — Bleuure pénétrante du cœur. Le décédé a-t-it reçu un coup de poi- 
ptard de la mam d'un étranger , ou bien s'esta jeté lui-même sur le poignard 
queVétranger tenait à la main f 

(tes une rixe, le 2S août 18.*>, 8... reçut trois coups de couteau de Helm et 
Ma flsert immédiatement après. 

Koiii citerons les passages suivants du procès- verbal de l'autopsie : n Aumih'eu 
te bras gauche, à la surface interne, se trouve une blessure semi-lunaire, longue 
te 4 ceotimètrea, large de 3 centimètres, avec des bords très nets, secs, non 
^}BMMés, mais qui n*a pas pénétré plus profondément que la peau. Sur le côté 
psche de la poitrine, près de l'aisselle, se trouve une blessure diagonale, à 4 cen- 
lioêtres da Bamelon, i|a forme semi-lunaire, longue de 6 centimètres, large au 
Biliea de 3 centimètres, à bords nets, secs, non ecchymoses, du fond de laquelle 
iV|it un corps muscnleux. Du même côté de la poitrine, entre la cinquième et la 
ûiteM céte, à 4 centimètres du mamelon, se trouve une blessure allant de haut 
(Qkss ai de dedans en dehors, longue de 2 centimètres, large au milieu de 3 cen- 
MlMs, un peu semi-lunaire, avec des bords analogues à ceux d'en haut. 
Qvaaé on ouvrit le thorax, on vit que les deux blessures avaient pénétré ; elles 
li'étaieot séparées à Tintérieur que de 1 centimètre : l'inférieure de forme sumi- 



1A8 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

lunaire, longue de 2 centimètres, avec des bords nets, non ecchymoses ; l'avlr 
était plus ronde, n'avait qu'un demi- centimètre de longueur et avait les wèmn 
bords. Dans la plèvre gauche se trouvaient 600 grammes de sang foncé et liquide; 
la bise du péricarde, tout près du diaphragme, il y avait une plaie siwi-lmialr 
longue de 1 centimètre 1/2, large de 2 centimètres, à bords nets, qui était eeeb; 
roosée tout autour dans une surface de 1 centimètre 1/2. Dans le péricarde, il y ati 
125 grammes de sang liquide; à la base du cœur, il y avait une plaie ten 
lunaire, à bords nets, non ecchymosée, longue de 1 centimètre 1/2, large de 5 ee 
timètres, qui pénétrait dans le ventricule gauche. » 

Le reste de Tautopsie n'était pas important ; il y avait une anémie générale, 
laquelle ne participaient pas les veines de la pie-mère. On était endroit dedéebi 
cette blessure nécessairement mortelle et de motiver qu'elle avait pu être prodn 
par le couteau de poche présenté, dont la lame était longue de 10 centimètres 
large au milieu de 2 centimètres ; elle était très pointue et très tranchante. H 
à l'audience l'accusé prétendit qu'il n'avait pas lui-môme fait la blessure, qu'ayt 
le couteau devant lui pour éloigner L..., celui-ci se jeta sur lui avec une bûciie 
bois, et se blessa lui-même mortellement. Il n'était pas difficile de démooti 
comme fausse cette explication par les résultats de l'autopsie. Le blessé avait re 
trois coups : un au bras, deux autres à la poitrine, il était très probable qi 
n'avait été que passif; de plus, la direction des blessures était tout à fait concluaiil 
elle était de haut en bas et convergeait à l'intérieur, Or cette direction ne pc 
s'expliquer que par des blessures faites le bras étant levé, tandis qu'il était imp< 
sible que le décédé en se jetant sur le couteau ait pu se faire trois blessvi 
ayant de telles directions. Les jurés furent de notre avis et Helm fut condanu 

Obs. 76. — Blessure mortelle de la cuisse par instrument piquant ; déterminer 
eUe a été faite avec intention ou si c^est la blessée elle-même qui s'est jetée sur 
couteau. 

Un homme très irascible, adonné aux boissons, qui avait l'habitude de malfarali 
sa femme, se querella un jour avec elle pendant le dtner, ayant son couteau à 
main. D'après 5a déclaration, la femme tomba « en avant, mais un peu de côté i 
une chaise qui était derrière elle », voulant la retenir il la blessa malgré lui. 
couteau était entré à la surface postérieure de la cuisse gauche à deux pouces 
profondeur, obliquement de dehors en dedans après avoir traversé une robe, de 
jupons ouatés et un caleçon. D'après la déclaration de la femme , le mari l'av 
d'abord poussée plusieurs fois en lui portant des coups de pieds « dans le côté m. 
lorsqu'elle se tournait vers la porte pour fuir il lui avait donné un coup de coûte 
par derrière. C'était, comme on voit, une explication bien différente ! La fem 
fut bientôt reçue dans un hôpital où l'on trouva à la région inguinale gauche t 
ecchymose et à la cuisse une blessure. Après trois jours il y eut une tuméfacti 
des ganglions inguinaux et après cinq jours, l'état s'aggrava, le pus sortant df 
blessure devint sanieux, les ganglions suppurèrent aussi, et vingt jours aprèt 
blessure la blessée mourut d'infection purulente. 



PROCÉDÉ DU MEURTRIER DAMS L'EXÉCUTION DU GRIME. 1&9 

Le cida?re était maigre : il y avait du décubilus et de l'anémie, du pus sanieux 
Nrtaitde lableflaore. Il était tréa facile de constater le fait de l'homicide. Quant à 
iaqaettion : La blessure a-t-elle pu être laite comme le àitraccusé? Nous répon- 
iaei aéfatiYeaient. Ses déclarations étaient matériellement fausses et contraires 
m résallata trouvés sur le corps de la femme pendant la maladie et après la 
■ort D'abord M... dit que sa femme est tombée sur une chaise qui était derrière 
de, la blessare eOe-mème montre que l'accusé ment. Le coup de couteau a dû 
Un porté avec beaucoup de force, car il a pénétré dans le corps à 5 centimètres 
et profondeur après avoir percé beaucoup d'étoffes. Cette blessure aurait peut*étre 
pi être produita si le corps était tombé de tout son poids sur un couteau fixé au* 
kmn de loi, nais comme l'accusé dit qu'il a retenu sa femme pour Tempécher 
k tenber, il est impossible d'admettre cette explication, d'autant plus que dans ce 
cas la direction de la Measure serait tout autre. Elle ne serait pas oblique, mais 
MU. 

U naaière dont la blessure a été dite s'explique de la manière la plus simple ti 
Tsa ateel qne raecosé qui tenait le couteau dans sa main droite a porté un coup 
avee nslsnce sur la cuisse de la femme qui lui tournait le dos et voulait se sauver. 
Ajailsas que la déclaration de l'accusé n^explique pas la lésion de la région ingui • 
aak, laadis que cette lésion est expliquée par la déclaration de la décédée qui a 
éit avoir reçu un coup de pied dans le côté avant d'être blessée. 



160 pamh thanatolooiquk. 



CHAPITRE 111. 

INSPECTION DES VÊTEMENTS. 
S 1. Généralités. 

On réclame souvent du médecin légiste l'inspection d*haUt8| che^^ 
mises, souliers, bas, linge et étoffes de toutes sortes. Le jug^ 
d'instruction, ordinairement, prend note de ces objets, parce qa'ilfi» 
peuvent servir à faire constater l'identité de cadavres inconnus, il \em 
cite dans ce but dans les annonces publiques. 

A Berlin comme à Paris, on les étale à la Morgue à cAté du ca- 
davre exposé ; dans les cas d'homicide on les étale à l'audieiice mr 
la table des corps de délit et on les présente à l'accusé pour qu'il las 
reconnaisse. A Berlin, il a toujours fté d'usage de présenter aux 
experts les cadavres nus, ce qui est préférable que de présenter le 
cadavre habillé ; car, lorsque ces vêtements n'offrent rien d'impor- 
tant, c'est une tâche ennuyeuse et pénible pour lui de décrire les 
redingotes, pantalons, bas, et lorsque l'état des vêtements peut jeter 
quelque lumière sur le cas, parce qu'il s'y trouve des taches sus- 
pectes, le juge est là pour consulter le médecin. C'est ce qui arrive 
lorsque la position des vêtements, le rapport de ces derniers .avec 
les blessures excitent des doutes ou des soupçons. Ainsi, par exem- 
ple, il parut singulier dans un cas de suicide douteux que le foulard 
recouvrant les blessures du cou fût complètement intact; dans deux 
autres cas tous les habits, même la chemise, étaient intacts, et au- 
dessous se trouvait une blessure mortelle par arme à feu. Dans un 
autre cas où il y avait eu viol et assassinat, le bonnet de la victime 
fut trouvé entre ses cuisses, etc. 

Les questions relatives aux vêtements se rapportent le plus ordi- 
nairement à des taches de sang, de fèces, de sperme, de poison, 
diacide sulfurique. Nous allons étudier chacune de ces questions en 
détail. 



INSPECTION DKS VfiTEMEffTS. — TACHES DE SANG. 161 

g 2. — VLmÊhmrthm dei UmIim de f ang fin l«i vèlemettU (1). 

H. Rose (loc. cit. ) prend des étoffes de toile ou de coton de cou- 
leur blanche sur lesquelles on croit qu'il existe des taches de sang 
et les traite avec de Teau distillée froide, pour en extraire la ma- 
tière colorante qui est éprouvée de' la même manière que nous Tavons 
dit plas haut, avec de l'eau chlorurée, de l'acide azotique et de la 
tenture de galle. 

La recherche des taches de sang sur des étoffes colorées est plus 
difficile, surtout lorsque les couleurs contiennent une substance orga- 
nique azotée, ou bien lorsque les étoffes sont de laine ou de soie. Il 
but alors essayer de gratter avec précaution le sang séché, ce qui 
réussit quand on opère avec soin même pour des quantités très pe« 
lites. Le résidu du grattage est mis dans une soucoupe de porcelaine 
contenant de l'eau froide el, s'il y a du sang, on le vérifie d'après la 
méthode ci-dessus citée (page 112 et suiv.). 

Dans les cas où les taches ont déjà été lavées avec de l'eau bouil- 
lante ou de l'eau de savon, M. Horin, professeur de chimie à l'école 
de médecine de Rouen (2) , recommande c de mettre les taches en 

> contact avec une légère dissolution de potasse pure ; après quelque 

> temps de réaction, on obtient une liqueur qui est précipitée en blanc 
* par racide azotique ou par l'acide chlorhydrique pur, ce qui indique 
^ la dissolution d'un ou de plusieurs matériaux de sang. Par ce trai- 
tement alcalin, la tache n'a pas perdu sa couleur, mais quel est alors 
k corps qui se trouve eu quelque sorte fixé d'une manière indélébile 
sv le tissu? Pour résoudre cette question, il ne s'agit que de 
mettre le tissu taché en contact avec de l'acide chlorhydrique pur 
qui dissout la matière de la tache et forme une dissolution qui, 
réduite avec précaution jusqu'à siccité, fournit un résidu ayant la 
propriété de prendre une couleur bleue très foncée par le ferro- 

(1) Comparer avec la recherche des taches de sang sur les instruments, p. 112 
^ttruTaotes. 

(2) Journal de chimie fnédicale^ t. IX, 3* série, 1H53, p. 744. 



162 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

» cyanure de potassium et une couleur rouge sang par le sulfoqfi- 
> nure de la même base. Ces caractères démontrent éTidemmeni 
» dans les taches de sang lavées, le fer et la protéine, Tua des mt' 
» tériaux constants de ce liquide organique. » 

La méthode de Wiehr, pour reconnaître les taches de sang snrfk 

étoffes colorées, est analogue lorsque la couleur de l'étoffe ne penH 

pas d'appliquer des réactifs> elle consiste à produire du ferrocyanu 

de potassium avec les taches de sang qui se trouvent sur rétefli 

Quand on est certain que Tétoffe ne contient pas de laine , c 

grille le morceau sur lequel se trouve la tache dans une soucoupe i 

porcelaine, de sorte qu'il est réduit en poussière ; on mêle eel 

poudre avec du carbonate de potasse et on chauffe au rouge le nu 

iangOy puis on y verse de l'eau distillée, on filtre et on ajoute aa I 

quide une petite quantité de protoxyde de fer ; il se produit i 

précipité d'une* couleur indéterminée : ce précipité n'est autre choi 

que du protoxyde de fer combiné aveé du carbonate de potasse, < 

l'oxyde de fer et du cyanure de fer cyanure. Puis on ajoute deTack 

sulfurique étendu d'eau qui dissout le protoxyde de fer et l'oxyde i 

fer, tandis que le cyanure de fer cyanure reste avec sa couleur blei 

insoluble dans l'acide sulfurique. Wiehr prétend avoir obtenu, av( 

cette méthode, les résultats les plus heureux pour des quantités mên 

minimes de sang. Cette opération doit réussir également si l'on fi 

bouillir l'étoffe tachée avec de l'hydrate de potasse, puis après l'ave 

chauffée, si on la traite par les sels de fer et l'acide sulfurique (1) 

Bryk (2) attache beaucoup de valeur à une méthode qui est bas 

sur le polychroîsme de la couleur du sang pour éprouver les (ach 

suspectes qui se trouvent sur des étoffes non colorées, lorsque c 

taches ont longtemps macéré dans l'eau et paraissent presque bla 

ches. On les traite avec de l'acide sulfurique concentré, et au bo 

de quelques minutes, sous le microscope, on voit une couleur d'i 

vert pâle qui devient bientôt d'un brun pâle, et aux endroits où 



(1) Archive der Pharmacie ^ 1854, avril. 

(2) Wiener medic. Wochentchr, 1858, p. 779. 



INSPECTION DES VÊTEMENTS. — TACHES DE SANG. 153 

matière colorante est en plus grande quantité, la couleur est d'un 
ronge brun; puis, plus tard, d*un rose plus ou moins foncé jusqu'au 
rouge briquOi ce qui a lieu ordinairement après deux ou trois heures, 
après quoi à la fin de la réaction la tache devient brune. Les transi- 
tions du vert au brun, violet, rouge et rose se perçoivent pour des 
liehes qui paraissent jaune pâle et qui sont devenues ainsi soit par 
rknbibition, soit par le lavage; ce phénomène s'observe d'autant 
plus pour les taches qui paraissent foncées; ces transitions distin* 
goent bien les taches de sang lavé, des taches de pus, d'urine et 
de mucus qui pourraient induire en erreur, mais qui ne sont pas 
soumises aux mêmes phénomènes sous l'influence de l'acide sulfu* 
riqne. 

M. Pinia de Turin (1) a décrit aussi les métamorphoses des taches 
de sang traitées par l'acide suirurique. Nous avons répété ces expé- 
rieoces et nous nous sommes convaincu de la justesse de ces obser-» 
vatioiu. Nous avons très bien vu ces beaux changements de couleur 
nrdes taches fraîches aussi bien que sur des taches lavées, chan- 
lements que l'on peut même observer à l'œil nu. Mais ce qui di- 
■ùnie un peu la valeur diagnostique de cette expérimentation, c'est 
«pie l'on observe les mêmes changements de couleur si l'on traite des 
tiches d'albumine, de bile ou de graisse , avec de l'acide sulfurique. 
C'est pourquoi le procédé de M. Hoppe est de beaucoup le plus 
lûr. Il traite les taches de sang soit fraîches, soit lavées, avec 
de l'hydrate de soude qui opère un changement très sensible sur 
rUmatine, comme nous l'avons nous-même vérifié. L'hydrate de 
>oode versé goutte à goutte sur du sang frais ou sur des taches 
fû contiennent encore quelques traces d'hématine, produit, après 
<Nqnes minutes, une coloration olive plus ou moins foncée, 
^ A l'on y ajoute de l'acide acétique, immédiatement la cou- 
leur primitive reparaît rouge ou rougeêtre , ou rouge jaune. La 
^uleor verte reparaît si l'on traite de nouveau avec de la soude. 
Aocune autre matière colorante ne présente cette réaction, et nous 



t) Demaria, dans la traducUon italienne de ce traité. 



164 fautie toanatoloûiquib. 

préférons beaucoup cette méthode à celle de l'acide suIAirique. TiNlte 
les deuxy du reste, sont faciles à expérimenter. Si les taches sont M 
sèches on fera bien de les imbiber avec de l'eau distillée pourn 
mollir l'étoffe. 

A côté des recherches chimiques des taches de sang, les reekfl 
ehes microscopiques sont nécessaires, d'autant plus qu'une nootél 
découverte permet de résoudre la question avec une grande sAreM 
lorsque la méthode chimique est impuissante à cause de la M 
petite quantité de sang. 

Avant tout on cherchera à découvrir s'il y a des globale! i 
sang, sans négliger les globules blancs dont la présence ou VA 
sence est d'un grand secours dans la recherche d'une taehl 
En traitant le sang séché, soit avec de l'eau pure, soit avec i 
l'eau ioduréOy on obtient des globules très visibles. S'il y a m 
grande quantité de globules blancs, il est probable que Ttm 
affaire à du pus, du muco-pus, ou à une production pathologiqn 
analogue. S'il y en a relativement peu , il est probable que Pd 
a affaire à du sang. Pour compléter la preuve microscopique de I 
présence du sang il faut découvrir de la fibrine. Quand elle existe o 
voit les globules sanguins unis les uns aux autres quand ils ont et 
traités par l'eau. 

La découverte de L. Teichmann (1) est très importante. Il 
trouvé que par l'influence de l'acide acétique sur le sang on obtief 
des cristaux formés par la matière colorante, et qu'il a décrits sot 
le nom de cristaux d'hématine. Cette épreuve est surtout important 
pour les cas légaux dans lesquels on présente si souvent au médeci 
des étoffes déjà frottées ou lavées qui, par conséquent, ne permettei 
plus de reconnaître les globules qui sont détruits, tandis que son 
vent il reste encore quelque matière colorante que l'on peut pi 
répreuve de Teichmann parfaitement apprécier. De plus, cette op^ 
ration permet d'éprouver toute espèce de sang frais, sec, sali, décc 

(1) Delà cristallisation des éléments organiques du sang dans Henle et PfeufTf 
ZeiUtchr, fUr ratinnelle Medidn, Tir, p 375. 



INSPECTION DES TÊTEXENTS.— TACHES DE SANG. 1^5 

• 

loré, etc. MM. Buchner et Simon ont le mérite d'avoir simplifié la 
méthode de Teichmann, et d'avoir rendu la production des cristaux 
d'hématine facile dans la pratique médico-légale. Ces messieurs ont 
même trouvé du sang sur na. pantalon déboucher, datant de huit ans, 
et qai n'avait pas servi depuis un an et demi, au moyen de la pro<« 
dactiondes cristaux d'hématine (4). Voici quelle est la méthode qu'ils 
emploient : une goutte de sang ou de liquide coloré par du rouge 
de saag est mêlée avec de l'acide acétique concentré, et on fait éva* 
porer lentement dans un verre de montre, sous une lampe à alcool, 
ou dus un fourneau, ou même à l'air libre. Puis, quand on met la 
maise sèche sous le microscope, on voit, s'il y avait du sang, une 
gnode quantité de cristaux d'hématine, tantôt séparés, tantôt réunis 
en frand nombre. Ce sont des rhomboïdes de couleurs différentes, 
ttttôt un peu jaunes, ou jaune foncé, ou jaune rouge ; tantôt 
d'an rouge sale ou rouge plus fohc^ ; la grandeur est différente, ils 
K placent en croix ou en étoiles ; quand il y a très peu de sang, ces 
cristaax forment des tablettes très minces qui paraissent incolores. 
Ds se réunissent alors en réseaux fins. J'ai obtenu un résultat très 
>et en expérimentant une tache de la grandeur d'un noyau de cerise 
leot à fait pâle, provenant de sang des menstrues, qui se trouvait sur 
on liage depuis trois mois (2). 

Si le sang est séché sur du bois, du métal ou des étoffes, on met 
ce morceau de bois ou de métal dans une éprouvette, quand cela est 
possible, et on y verse de l'acide acétique concentré ; on laisse ma* 
*er jusqu'à ce que l'acide soit coloré, et on laisse évaporer le 
^ide. Si le sang est vieux, il vaut mieux chauffer l'éprouvette que de 
lasser simplement macérer jusqu'à ce que l'acide soit coloré, et puis 
* évapore. Teichmann considère comme nécessaire d'ajouter du sel 
ib solution acide du sang; nous pouvons dire, avec MM. Buchner et 

(1] Buebner et Simon, R»eherchet sur les cristaux éChëmatine et de leur impor^ 
^ m médecine légale. Ârchio fur pathol. Anatomie und Physiologie, neue 
^t y voL !•' et 2* cahiers. 185», p. 50. 

(S) Oa trouve de très bonnes planches représentant ces cristaux dans Tatlas de 
^' Finke. Allai de chimie physiologique, 2« édit. Leipzig, 1858. 



156 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

Simon , qu'il est inutile d'ajouter du sel si le sang est frais ; c'eil 
nécessaire si le sang a été la\é par Teau, ou privé de ses sels parli 
pluie> par l'humidité du sol ou de l'air ; il est inutile de dire que ce 
sont justement les cas qui se présentei%en matière médico-légale. 
Et puisqu'on ne peut pas savoir d'avance si de telles influences n'jMit 
pas eu lieu, ces messieurs recommandent avec raison, pour de teh 
cas, de faire d'abord une épreuve sans ajouter du sel, et si Ton n-i 
pas de résultat, de faire une seconde épreuve en ajoutant du sel. 
Quant à nous, puisque nous voyons que la réussite est plus certiiac 
en lyoutant du sel, nous conseillons de le faire dans tous les cas. 
Il suffit d'iyouter un très petit morceau de sel de cuisine, à l'acide 
acétique avant de faire bouillir ou macéra. Malgré toutes ces pré? 
cautions, on ne réussit pas toujours du premier coup, on doit tôt- 
jours alors répéter l'expérience qui est si facile. Aussi il faut tou- 
jours partager le liquide que l'on a à explorer en plusieurs parties, 
et opérer sur chacune d'elles l'une après l'autre. 

Ajoutons cependant que des expériences réitérées faites avec k 
même acide, mais avec du sang différent, du sang frais, sec, da 
sang déposé sur de la toile, du bois, de la terre, etc., nous ont prouvii 
à nous comme à d'autres micrographes, que les épreuves ne réussis- 
saient pas toujours. Il s'ensuit que quand on trouve ces cristaux, oi 
a une preuve sûre que l'objet soumis à l'expérience contient di 
sang, mais qu'un résultat négatif ne peut pas prouver que Vobjei 
soumii à V expérience ne contient pas du iang. 

Ob8. 77. — Déterminer s'il y a des taches de sang sur du drap brun. 

On m'envoya des morceaux de drap brun tachés et provenant du vêtement d'«i 
homme accusé d'avoir fait des blessures graves, j'avais à déterminer ai les tachei 
avaient été produites par du sang ou par d'autres matières, et, si taches de sang U ; 
avait , depuis combien de temps s'y trouvaient-elles ? Je fis ces recherches ayei 
l'assistance d'un chimiste, M. Schacht. 

Voici quel fut notre rapport : « Les taches de sang qui se trouvent sur des étofléi 
de coton non colorées se reconnaissent facilement, mais il en est autrement lonqiM 
les taches se trouvent sur des étoffes de laine colorées. Avant de commencer notri 
analyse, nous avons taché de sang du drap brun analogue à celui que l'on nous 



INSPECTION DES VÉTEllENTS.— TACHES DE SANG. 157 

» présenté; nous avons laissé sécher, et nous avons pendu le morceau de drap dans 
«ne éprouvette pleine d'eau, de manière que ce morceau restât à une distance de 
ieueentimètres du fond du verre. Quelques minutes après, le rou^^ du sang se 
dirifss vers le fond en traînées et s*y ramassa, tandis que le reste du liquide se 
colon en jaune. Après quelques heures le morceau de drap fut été et séché ai ati- 
CMS frocs de la tache de sang ne put être reconnue. Le liquide agité prit une cou- 
tev miliNtne d'un rouge brun. Par les réactifs connus : l'ncide azotique, l'eau 
cUorarée, l'hydrate de potasse, la teinture de galle, nous reconnûmes les éléments 
dsniif. 

Cette opération terminée, nous prîmes le morceau de drap envoyé et nous l'exa- 
minâmet lous le microscope. Le tissu de l'étoiTe était coloré, mais on ne pouvait 
voir aocime substance déposée sur le drap. On mit quatre morceaux dans l'eau où 
oa lot pendit comme nous l'avions fait précédemment. Mais, môme après 72 heures 
l'es» n'était pas colorée, et tous les réactifs restèrent sans effet. Les morceaux 
fvreot 6tés et séehés, les taches étaient intactes. Un autre morceau fut gratté aux 
poiotseolorés, on traita avec l'eau distillée : l'eau ne fut pas colorée et les réactifs 
Ancatiaipuissants. D'après cela, nous conclûmes que les taches rouges se trouvant 
nr loi morceaux de drap envoyés ne provenaient vraisemblablement pas de sang. 

Ok. 78. -. Déterminer si les lâches trouvées sur une blouse sont du sang ou du 

goudron, 

Oq m'envoya de la province de Posen une blouse sur laquelle se trouvaient des 
l'ches tospectes, qui, parleur coloration foncée, par leur roideur et par leur dis* 
Ptotion psraissaient être des taches de sang; l'accusé. prétendait que c'était des 
**te de goudron. Sous un microscope grossissant 500 fois on ne vit aucun glo- 
^ do sang, même dans des endroits où l'étoffe n'avait évidemment été ni frottée ni 
hiée.iprès cette opération, on brûla des filaments de l'étoffe provenant des places 
^*(liées, tous les assistants perçurent une odeur de poix ou de cire à cacheter, ce 
^ certainement corroborait les déclarations de l'accusé. 

^c fis l'examen chimique avec l'assistance de M. Schacht. On prit quelques places 
^* plos foncées ; l'un des morceaux fut pendu dans une petite quantité d'eau dis- 
ISléedo manière à ne toucher ni le fond ni les parois du vase. Même deux jours 
"P'^on ne vit aucune traînée colorée, l'eau resta claire et la matière -colorante de 
réioiB ne foi changée ni en quantité ni en qualité. Un autre morceau fut chauffé 
te loe éprouvette et les vapeurs, essayées avec le papier de tournesol agirent 
**inte acide et non comme oleolr ; nous fimes une contre-épreuve ; nous mouil- 
1^ «n morceau d'étoffe de coton avec deux taches de sang : l'étoffe séchée fut 
F^rlaiée en deux parties et nous flmes avec ces deux morceaux les mêmes expé- 
riences. Dans l'une, la matière colorante se détacha par l'action do l'eau distillée 
^leflt voir très nettement dans la solution au moyeu des réactifs connus ; dans la 
*CMde, les vapeurs qui se développèrent par l'action de la chaleur furent nette- 
*cit ammoniacales comme celles de toutes les matières azotiques. Ainsi les taches 
^ b blease que nous avioas d'abord explorées n'étaient pas du sang. 



158 PÀRTIB THANATOLOGIQUB. 

Pour déterminer leur nature, nous trailâmes les taches de la blouse avee d- 
Talcool concentré, elles devinrent plus claires mais ne disparurent pas ; la at> 
lution laissa après l'évaporation une substance goudronneuse. Les mèniea morcaM: 
furent ensuite traités avec de l'hoile de térébenthine : les taches disparurent «me 
plétement et il se déposa une poudre d'un gris-noir dans la solution de térébatt 
thine, qui, traitée avec des acides, montra un mélange de charbon» d'arfitoi 
d'oxyde de fer. Nous dûmes alors déclarer en concluant que les tachea ea qoeititt 
n*étaient pas du salig, mais que très probablement elles provenaient da goodroa m 
d'une substance analogue (1). 

$ 3. — Reoherehc de taehci de Aom. 

Les résultats de la défécation des adultes, ainsi que le méconiiin 
des nouveau-néS) se laissent reconnaître facilement sous le micreS' 
cope, ainsi que par l'analyse chimique (2). 

Le médecin-légiste se trouve très rarement à même de hm 
cette analyse. Quant à moi, mes observations^ quoique nombreuses, 
ne m'ont pas offert un seul cas de celle espèce, car les jugei 
d'instruction prennent sur eux de déterminer la nature de ces taches. 
Par exemple, dans un cas affreux, une fille fut violée par quatn 
malfaiteurs dont l'un évacua ses excréments dans la chambre, ] 
trempa un linge qu'il fourra dans la bouche de la fille én< 
nouie. J'avais à constater le fait du viol aux parties génitales do b 
fille, mais on ne m'a pas présenté le linge souillé. 

$ 4. — Recherche des taches de sperme. 

Très souvent, les médecins- légistes sont requis à examiner di 
linge de corps ou de lit pour déterminer si les taches qui s'y trou 
vent sont des taches de sperme. Jamais celte question ne m'a él 
posée pour le linge d'un cadavre, et la littérature médicale n'ofEn 
que quelques cas de cette dernière partie de la question. J'ai eu i 
expertiser deux cas de viol suivi de meurtre, mais dans aucun d'eiu 
il n'a été nécessaire d'explorer le linge. Cependant il est possible qui 
cette question se présente. 

(I ) Ces deux ob8« se présentèrent avant la découverte des cristaux d'hématine. 
{2) Voir Lassaigne» toc. cU. p. 125. Robin et Tardieu, Annales d'hyg. 1857, 
p. 374. 



INSPECTION D£S VÊTEMENTS. — TACHES DE SPERME. 159 

• 

J'ai déjà expliqué ailleurs (1) combien sont insuffisantes toutes les 
épreuves faites sur le sperme au mojen des sens, surtout au moyen 
de la vue et de l'odorat. Les chemises présentées au médecin légiste 
M sont pas ordinairement des chemises fines, souvent changées, blan» 
ches comme celles qui couvrent les personnes de la classe aisée, pas 
même les chemises encore relativement propres des persotnnes de la 
classe moyenne, ce sont les chemises portées depuis longtemps, gros- 
sières, salies, puis an moins en lambeaux, sur lesquelles, fèces, urine, 
mucus, sang des règles, punaises, saletés de toutes espèces forment 
un mélange repoussant, et au milieu desquelles il est presque impos- 
able de retrouver par la vue ou l'odorat les taches de sperme. Les 
méthodes préconisées par Orûla sont toutes incertaines et très péni- 
bles. Mais le procédé de Lassaigne (2) se recommande par sa sim- 
plicité ; nous l'avons essayé avec succès. 

Les taches suspectes sur du linge blanc, pas sur de la laine, car 
die contient du soufre, sont mouillée» avec du plorobate de potasse 
et séchées à une température de plus de 20 degrés centigrades. 
Après quelques minutes la tache devient d'un jaune sale ou même 
d*on jaune soufre, si la tache provient d'une matière albumineuse 
(cootenanl du soufre), mais le réactif ne colore pas les taches de 
'P^me ni toute autre tache qui ne provient pas d'une substance albu- 
^euse, telle que la gomme, l'amidon, la dextrine. La coloration 
J'Qiie d'une tache traitée de cette manière prouve donc que la tache 
^ provient pas de sperme, mais le contraire ne prouve rien. 

^'épreuve la plus importante est donc toujours celle du mi- 
^'^^^tcope. Mais il faut avoir soin de ne pas frotter ni presser le 
''^ceaa de linge afin que les spermatozoaires ne soient pas détruits. 
*^ puis recommander la méthode de M. Koblank (3), qui est très 

• 

^^ple. On découpe un morceau du linge contenant une tache sus- 
P^le, on le trempe dans une soucoupe de porcelaine contenant de 

(1) Veber Nothzucht und Paderastiey dans ma Vkrleljahrsschrift^ I, p. 21 et 
*^Wanlea. 

(2) Annal, d'hygiène publique, 1858, p. 406. 

(3) lurDiagnoiUkder SaoÊhenfiecke, dam ma Vierieljûhrsschrifl ^ lit, p. 140. 



iOO PABTIE THANÀTOLOGIQUE. 

Teau distillée rroide, puis doucement^ avec un balon de verre, on îm ii 
bien imbiber le linge ; après un quart d'heure on met une goutte cte 
celte eau sur l'objectif du microscope, et Ton constate facilement la 
présence des spermatozoaires, s'il y en a. Or, il suffit d'avoir vu 
une fois un spermatozoaire pour ne jamais se tromper ; j'ai pu ea 
reconnaître sur des taches datant d'un an ; Bayard (1) dit les avoir 
vus après trois ans ; Rilter (2) après quatre ans, ce que l'on peo( 
admettre si le linge n'a pas été frotté ni manipulé. 

Avec le temps les spermatozoaires se décomposent, et il n'est pas 
rare alors de trouver des têtes et des filaments séparés, mais la pré^ 
sence d'an seul spermatozoaire donne encore la certitude que Foi a 
aRaire à une tache de sperme. 

Lorsque, après un examen approfondi, un œil exercé n'a pas 
trouvé de spermatozoaires, on doit déclarer qu'il est possible, mais 
qu'il n'y a pas de preuve que la tache ait été produite par du 
sperme (3). 

S 5 . — Yaehet d'aeide tvlfariqae. 

Nous parlerons en détails de l'acide sulfurique, car c'est le poison 
qui est le plus souvent employé comme moyen de suicide ou de 
meurtre d'enfants nouveau-nés. 

J'ai observé toute une série d'empoisonnement d'enfants par 
l'acide sulfurique ; il arrive des cas où la tentative de l'empoisonne- 
ment ne réussit pas; dans d'autres l'enfant n'avale que quelques 
gouttes, vomit, et, secouru par la médecine, ne meurt pas, ou du 
moins longtemps après ; ce sont des cas dans lesquels le coupable, 
qui est ordinairement la mère, nie, et les taches ou les trous qui se 
trouvent sur les vêtements sont les seules preuves que l'on puisse 
alléguer contre elle. Car, dans de tels cas, lorsque la mort arrive 
après une longue maladie, ni l'ouverture du cadavre, ni l'analyse 



(1) Annales d* hygiène publique, 1839, juillet. 

(2) Loc. cU.f p. 224. 

(3) Voir vol. 1, partie spéciale, p. 87. 



INSPECTION DES VÊTEMENTS. — TACHES DACIUE SULFURIQUE. ICI 

bimique des organes du cadavre ne petiVent plus fournir aucun ren- 
emcaement. 

Si les taches et les trous proviennent réellement de l'acide sulfu- 
riqoe, la constatation n'en est pas difficile. On découpe les morceaux 
tachés ou rongés, et on les laisse macérer dans de l'eau distillée 
froide, .on obtient alors un liquide acide très énergique. Une solu- 
tion de nitrate de baryte ou d'acétate de plomb forme un précipité 
blanc non soluble dans l'acide azotique. Si l'on ajoute une seule 
lOtttle du liquide acide obtenu par la macération à une solution 
étendue de sucre, et si l'on évapore le mélange au bain-marie, il 
reste on résidu noir ; ces épreuves sont très simples, peu coûteuses 
et donnent la preuve certaine de la présence de Tacide sulfu- 
rique. 



» îi 



it52 PARTIE THANATOLOGIQOE. 

CHAPITRE IV. 

INSPECTION INTÉRIEURE (DISSECTION). 

S 1* — > iProoédé de la dÎMeclion. 

1° TÊTE. 

Lorsque l'intpection extérieure est finie, on commence la dissectioB.. 
D est nécessaire d'être dans une salle bien éclairée, il ne faut pu se 
contenter d'une lumière artificielle qui est tout à fait insofiSsanto 
pour pouvoir apprécier les couleurs qu'il peut être important d'exa- 
miner. Cependant, à la rigueur, la lumière artificielle est enem 
préférable à un jour trop sombre. Dans tous les cas on doit cem» 
meucer par ouvrir la cavité dans laquelle on a lieu de supposer ^ 
se trouve la cause de mort, soit à cause d'une blessure qui se trouve 
à l'extérieur soit par des raisons générales physiologiques par 
exemple : chez les asphyxiés, la poitrine; chez les empoisonnés^ 
l'abdomen, etc. Les nouveau-nés seuls font exception, car, comme 
on doit examiner la position du diaphragme, il faut toiyours com- 
mencer par ouvrir la cavité abdominale. 

Dans les cas où l'on n'a aucun indice préalable qui fasse soupçon- 
ner quelle a été la cause de mort, il est bon de commencer toujours 
par la tète, quand ce ne serait que pour retarder l'ouverture des autres 
évités qui exhalent une odeur si infecte. Le règlement au para- 
graphe 12 indique la meilleure méthode à suivre pour ouvrir le 
crâne. Je ferai remarquer que, même lorsqu'il y a des fractures ou des 
écrasements du crâne, cette méthode doit être suivie scrupuleusement. 
Dans deux cas, le juge d'instruction eut l'idée de nous demander de 
préparer le crâne écrasé, afin de le présenter aux jurés ad oculos. Le 
crâne fut préparé de la manière ordinaire et mis sur la table des 
corps de délit, et ce procédé n'a pas manqué de faire son effet. 

Pour les nouveau-nés, il n'est pas nécessaire de scier les os, car 
les sutures se laissent couper avec des ciseaux et écarter suffisam- 
ment pour qu'on puisse examiner le cerveau. Pour l'examen de la 
base du crâne, il ne faut pas négliger de séparer le périoste, sans 



INSPECTION INTÉRIEURE. — COU ET THORAX. 163 

qaoi on pourrait ne pas voir la présence des fissures très petites. 
Une dissection anatomique spéciale du cerveau n'est pas néces- 
saire, car il ne faut pas oublier le but de l'autopsie qui est pure- 
it médico-légal, et des organes tels que la glande pinéale, etc., sont 
importance. Comme le règlement le prescrit, on doit disséquer 
les deux cerveaux et leurs 'enveloppes, les ventricules et leurs plexus, 
te peit de Varole et la moelle allongée, les sinus et les os du crâne. 

30 QQjj £T THORAX. 

L'ouverture du thorax, comme le prescrit le paragraphe 13 du 
règlement, doit être précédée de la dissection du cou dans laquelle 
ou devra surtout examiner le larynx, la trachée-artère, l'œsophage, 
tes grands vaisseaux et les vertèbres. Dans les cas où cela semble 
nécessaire, on ne doit pas négliger de regarder la langue, la cavité 
bncGale et le pharynx, lorsque, par exemple, on soupçonne qu'il y a 
^ asphyxie causée par la présence de corps étrangers ou empoi- 
sonnement par des substances corrosives. 

La méthode recommandée dans le règlement pour ouvrir la cavité 
^oraciqne est la plus simple et la plus appropriée. J'ajouterai un 
procédé pour examiner la trachée-artère dans des cas d'asphyxie. Il 
vrive assez souvent que, même lorsque Ton doit s'attendre à trouver 
'ins la trachée du mucus aqueux et sanguinolent, on trouve ce 
<^al tout à fait vide ; on doit alors presser avec précaution la 
P^e supérieure des poumons, et on verra du muciM écumeuxy 
^^^uinolent^ monter des bronches dans la trachée. Ce procédé, 
^A que celui que j*ai recommandé pour juger la quantité de sang 
^ se trouve dans le cœur, a été adopté dans le nouveau règlement 
D est impossible de constater exactement la quantité de sang qui 
^ trouve dans le cœur, les poumons et les grands vaisseaux sans 
'igsture, car si le sang est très fluide, ce qui arrive justement dans 
1^ cas où cette quantité est le plus nécessaire à apprécier, chaque 
incision de l'un des organes laisse couler nécessairement plus ou 
^oins de sang des oi^anes environnants. Pour éviter cela, il est 
i^écesiaîre d'examiner d'abord le cœur en le laissant dans sa position 



16& PARTIE THANAT0L06IQUE. 

horizontale, et en ouvrant ses deux cavités par une incision longitu- 
dinale. De cette manière on peut apprécier avec exactitude la quantité 
de sang contenue dans les cavités. Puis on incise les poumons, et 
après, les grands vaisseaux. En agisssant ainsi on pourra se passer de 
ligatures, et en môme temps on évitera à peu près complètement Tin* 
convénient signalé plus haut du sang coulant d'un organe dans Taûtre. 
Il va sans direfîe, lorsqu'il y a des blessures pénétrantes, lesparoii 
de la cavité doivent être inspectées avant de toucher aux organes in- 
ternes, afin de ne pas changer la forme et la grandeur des blessures. 

3^ CAVITÉ ABDOMINABLE. 

Il n'y a rien d'essentiel à ajouter aux prescriptions des paragra- 
phes lA et 15 du règlement. La marche que l'on doit suivre dans 
l'examen des organes dépend de la situation générale. Si la putréfiM- 
tion est un peu avancée, il sera bon de visiter d'abord l'estomac, afin 
qu'il ne se déchire pas et ne laisse pas couler son contenu. Je ne parle 
pas, bien entendu, des cas d'empoisonnement, car alors les ligatures 
prescrites dans le paragraphe 15 du règlement ne doivent jaroaii 
être négligées. Après l'estomac on doit regarder le foie, l'épiploon et lei 
autres organes; Pour apprécier la quantité du sang contenue dans les 
grands vaisseaux, il suffit d'examiner la veine cave ascendante. Dans les 
cas où il est très important de mesurer la quantité de sang contenue dans 
la veine cave, par exemple les cas d'asphyxie et d'apoplexie, il faut 
avoir soin dès le commencement de soulever le dos du cadavre, afin 
que la veine ne se vide pas par les ouvertures faites dans le thorax; 
et même dans ces cas, il vaut mieux ouvrir la veine cave avant les 
organes abdominaux, afin de bien constater son contenu. On doit dé- 
crire les épanchements trouvés, soit dans la cavité abdominale, soil 
dans la cavité thoracique; comme le dit leféglement, il est bon de les 
extraire dans un vase à mesures, ce qui permet d'en savoir le poids. 
Il n'y a que les très petites quantités qui doivent être pesées réellement. 

Il n'est ordinairement pas nécessaire d'ouvrir la colonne verté- 
brale, excepté dans les cas où l'on suppose que cela peut offrir des 
renseignements importants. 



PROCÉS-VERBAL DE l'AUTOPSIE. 165 



CHAPITRE V. 

PROCÈS-VERBAL DE L'AUTOPSIE. 
§ !•'. — Forme et eontenn da proeèi-verbal. 

La rédaction du procès -verbal de l'autopsie est rafTaire du juge, 
\m rédaction du rapport de l'autopsie est TafTaire du médecin. 

Le procès^verbal de l'autopsie est fait a mesure que l'on procède 
â l'autopsie, tandis que le rapport est rédigé par le médecin dans son 
cabinet, souvent plusieurs mois après l'opération. Dans le procès- 
verbal se trouvent des détails tout à fait étrangers à l'examen scien- 
tifique du cadavre*, par exemple la reconnaissance du cadavre par 
les témoins, l'interrogatoire des témoins qui ont assisté à la levée, 
la manière d'être du prévenu quand on le confronte avec le cadavre, 
i la fin la permission d'inhumation et une foule d'autres détails de 
cette espèce. 

Le rapport , au contraire, est un mémoire purement scientifique 
déreloppant les questions auxquelles le procès-verbal a donné lieu. 
En un mot, le procès-verbal est le c compte-rendu > de tout ce qui 
s'est passé pendant la séance de l'autopsie, y compris naturellement 
l^résaltats de l'autopsie. Ce n'est que lorsque les interrogatoires des 
l^oins et les remarques de toute espèce ont été consignés par le 
<lâigaé du tribunal, que celui-ci demande aux experts de dicter la 
Partie scientifique du procès-verbal. Les paragraphes 19 et suivants 
'q règlement disent quelle est la forme qui doit être employée. 

Comme nous l'avons déjà dit, le médecin légiste ne devra pas 
^*^lendre sur la description des anomalies anatomiques et des alté- 
rations pathologiques, excepté dans les cas où il s'agit d'une impé- 
^(ie médicale. Comme le règlement le recommande, il n'est pas né- 
^^^ire de décrire pour des cadavres connus la longueur du corps, 
b couleur des cheveux, des yeux, l'Age approximatif, etc. Sans quoi 
'^résultats importants sont noyés dans la quantité des dél:iils. Il 
SQlBt pour les adultes de 30 à AO numéros, et pour les nouveau-nés 



160 PARTIE THANATOIiOGIQUS. 

de 50 numéros. Ces chiffres pourront être dépassés seulement dans 
les cas où il y a beaucoup de blessures à décrire. 

Le médecin légiste 'en dictant doit, comme nous l'avons déjà dit^ 
décrire ce qu'il voit, sans porter un jugement définitif qui rendrai C 
impossible tout contrôle postérieur. On ne doit pas dire c Le péri- 
toine est enflammé, » mais, a le péritoine est d'un rouge vermillon, 
S6S vaisseaux sont ii^ actes, etc. » 

S 9. — Oonoluf ûm da prosèf-vcrbAl. 

Lorsque l'autopsie est terminée, le médecin doit dicter au procès- 
verbal sa conclusion préalable sommairement^ c'est-à-dire on juge- 
ment en peu de mots, sans qu'il soit besoin de le motiver scientifi- 
quement. Cette conclusion a pour but de guider le juge dans 
l'instruction; souvent elle suffit pour que Ton abandonne l'affaire lors* 
que l'autopsie prouve qu'il n'y a pas eu crime ; souvent aussi le juge 
est poussé par cette conclusion de l'autopsie à mener l'affaire énergi- 
quement; par cette raison il faut s'appliquer à donner la conclusion 
de l'autopsie dans des termes aussi précis que possible. Il se présente, 
cependant, quelquefois des circonstances dans lesquelles le médecin 
ne peut pas préciser son jugement, dans l'ignorance de certains faits 
que l'instruction n'a pas encore dévoilés. 

En ayant toujours devant les yeux les buts médico-légaux que 
nous avons exposés au commencement de ce volume, il est rare que 
l'on ne puisse donner qu'une conclusion vague et insuffisante. Parmi 
ces buts, celui qui est le plus important, c'est la constatation de la 
cause de la mort. C'est pourquoi la conclusion de l'autopsie doit dire 
d'abord de quelle manière le décédera trouvé la mort, et à propos 
des nouveau-nés il faut y ajouter l'âge et la vie après la naissance. 

Mais la mort venant par fièvre nerveuse ou par convulsions ne laissant 
aucune trace sur le cadavre, comment le médecin légiste devra-t-il 
reconnaître dans ces cas la cause de la mort? De la manière la plus 
simple, car, en répondant : c que l'autopsie n'a pas donné de signe 
de mort violente et qu'on peut admettre que le décédé est mort d'une 



U PROCÈS-VERBAL DE l' AUTOPSIE. 167 

ira eomplétement rempli son but , et le juge 

nort violente, n'a pas besoin de savoir si la 

ralsions, par marasme ou vieillesse. 

admettent une mort violente, ils doivent dire 

ur conclusion quelle a été cette mort violente; 

t est survenue par asphyxie et Vasphyxie a été 

ation. On ne peut pas toujours juger avec une 

loit alors déclarer quelle est la probabilité et 

3nt définitif jusqu'à ce qu'on soit éclairé par les 

l'es, par exemple, une analyse chimique, l'explo- 

l'un nouveau-né, la connaissance des actes. 

3 médecin fera bien, dans la conclusion du procès* 

e, de s'en tenir à ces deux points : La mort a-t-elle 

1, et dans le cas de mort violente quelle a été l'espèce 

est la conduite la plus prudente. Si le juge n'est pas 

;iiré , il ne manquera pas de poser au médecin des 

lies « il nous est quelquefois arrivé de répondre à six 

l de ces questions. 

'■ question que la loi oblige le juge de poser, est 
ste è demander des renseignements sur les instruments 
çonnéi avoir servi à faire les blessures , quand bles- 
Noos en avons déjà parlé plus haut. 

re0 questions peuvent être posées selon les particularités 

« 

Pir eiemple : la position du décédé au moment de la 
position de l'inculpé, en combien de temps la mort est- 
9 S'ilj a eu meurtre ou suicide? S'il y a eu un ou plu* 
>pables. Dans beaucoup de cas on ne pourra répondre qu'en 
t k probabilité. 

;iil il est bon de donner à la réponse la forme négative, car 
te pas les mains pour la poursuite ultérieure de l'affaire. Je 
.'irisr d'une réponse comme celle-ci : c L'autopsie n'a pas donné 
4riMl eidiiant Tadiaission, etc. 

JÉMJBpitfee cas , lorsque cette réponse négative n'est pas 
tsit pas hésiter à déclarer franchement son incom- 



'3, 



108 PARTIE THÀNÀTOLOGIQUE . 

pétence, et à répondre que l'autopsie, sur le point en question, n 
pas offert de résultat^ ou n'a pas pu en oiïrir. C'est plus digne 
plus prudent que de s'aventurer dans une conclusion dont les ban 
ne sont pas certaines. Dans quelques cas, très difficiles et trëseoi 
pliqués , le médecin voulant éviter de déclarer son incompéleBe 
pourra demander au juge d'instruction de lui apprendre tout ceqi'i 
sait du cas. Le { 7 do règlement prussien y autorise les médecins,! 
règlement autrichien les y oblige. Aucun juge ne pourra reroserk 
renseignements qui peuvent guider le jugement médical. Car « 
acte important n'a pas pour but de faire résoudre au médecin i 
problème que le juge connaît ; au contraire , l'un et l'autre ont 1 
même intérêt à rechercher la vérité. I^ temps est pusé où on I 
vrait simplement le cadavre au médecin sans lui rien dire pei 
éviter que les experts se laissassent influencer par des cireonslane 
qui ne sont pas de leur domaine. 

La conclusion sommaire de l'autopsie, dans tous les cas, n^estqi 
préalable et les experts n'y sont pas liés pour leur rapport nltériea 
On doit éviter, il va sans dire, des contradictions entre les da 
écrits ; à ce sujet j'observerai deux points qui devront faire éni 
de donner un jugement préalable trop précipité dont on aurait à 
repentir. D'abord il arrive assez souvent que les employa de poli 
subalternes qui ont été occupés de la levée du cadavre sont inte 
rogés comme témoins , on sait que ces individus sont souvent pa 
tiaux, ils racontent qu'ils ont vu des marques strangulatoires, < 
sang, des plaies qui n'existent pas sur le cadavre, ou bien ils ont 
un nouveau-né remuer, etc. Ces témoignages doivent être reçus p 
les médecins avec la plu$ grande précaution. 

Les déclarations des inculpés présents à la séance peuvent êlrecan 
d'une conclusion erronée; les médecins, on le comprend, ne doivent us 
des déclarations des inculpés qu'avec la plus grande précaution ; c 
comme on le voit journellement, ils savent changer pendant l'instructi 
plusieurs fois leur système de défense, ils retirent leurs aveux ou en fc 
de nouveaux. Après la conclusion de Tautopsie, le juge d'instruction f 
signer l'acle par les deux experts, termine le procès-verbal et l'empon 



PROCÈS 'VERBAL DE L' AUTOPSIE. — MOPÈLE. 160 

% 8. Moâèim de proeèt-verbal. 

Nons comiDuniqQons un modèle de procès-verbal d'autopsie d'an 
m^yé dont nous donnerons, plus tard , le rapport également comme 
modèle. 

Observation 79. 

Fait à Cbarlotlenboiuf (pràt Berlin) l« 20 mare i^52. 

Jk. Teffèt de rechercher la cause de la mort du cadavre du sexe mâle trouvé le 
f^ «le ee mois, sur la réquisition du juge d'instruction, se sont transportés à l'hd- 
pilml de eette ville pour procéder à l'autopsie : 

1 * le docteur Casper ; 

S* rofflder de santé Lutke. 

Le eadavre levr fut livré et ils déclarèrent avoir trouvé les résultats suivants. 

A, Inspection extérieure. 

f* U cadavre long de cinq pieds cinq pouces , âgé environ de 40 ans, a des 
^tsveiB bruns en abondance, des yeux bleus ; la langue est derrière les dents et 
^▼erte de vase, surtout a la pointe. 

3* U n'y a pas de rigidité cadavérique. 

3* La couleur est celle des cadavres ordinaires, le bas du ventre est coloré en 
vert par la putréfaction, toute la figure est rougie par des lividités cadavériques re- 
connoes comme telles par des incisions (1). 

4* ia milieu du front il y a deux taches, l'une au-dessus de l'autre, d'un rouge 
knu, tirant sur le jaune, dures sous le couteau, rondes, ayant 2 centimètres de 
diamètre. En les incisant, on ne découvre aucune ecchymose. 

^* U dos du nei montre des taches absolument semblables h celles décrites au 
ii«4. 

tt* U dos des extrémités supérieures, la figure à plusieurs endroits, ainsi que le 
^ da cadsTre sont salis par de la terre humide. 

"^^ Us mains et pieds bleuâtres présentent des rides longitudinales surtout aux 
èolgU. 

8* Les membres inférieurs et le bras droit ont l'aspect chair de poule. 

^ I^ntles cavités intérieures, on ne trouve pas de corps étrangers excepté un 
pnde yase dans hi cavité buccale. 

10* Afangle extérieur de l'œil gauche se trouve une coloration bleu rouge 
fiwcé de la paupière supôrieore et inférieure ; incisée cette tache présente une \ 
^"**« ecchymose. 

11* Le cou et les parties génitales sont normales, et extérieurement il n'y a 
plus rien de remarquable. 

t^) i^ àkéôé a été trottTé la figure reposant sur le fond d'un roarai$, prêt du rivage. 



#• 



170 PARTIS THANAffOLOGIQro. 

6. MPCCTION IHTiRIKUll (MMECTIOM). 

I. (hwerture âê ta tête. 

12^ Les té^ments mous n'offrent rien de renlarquable. Les os du crâne ne 
pas lésés, mais montrent l'épaisseur insolite de 6 millimètres. 

13*^ Les membranes du cerveau présentent une quantité moyenne de sang. 

14* La dure mère est ferme, mais pas bypérémique. 

ijy* Dans les ventricules latéraux qui contiennent du liquide, les plexus sog 
assez riches de sang. 

16* Le cervelet est normal. 

17*^ De même le pont de Yarole et la moelle allongée. 

18* Tous les sinus sont vides de sang. 

\9^ La base du crâne est intacte. 

II. Ouverture de la cavité thoracique. 

20* Les organes sont dans leur situation naturelle. Les poumons dont le drai 
adhère en partie à la cage thoracique sont plus foncés qu'à l'ordinaire. Rs reU' 
plissent complètement la cavité et sont bombés, riches de sang, sans être tro| 
hypérémiques. On n'y trouve pas d'eau. 

21* Les grands vaisseaux contiennent du sang dans la quantité ordinaire. 

22<^ Le péricarde contient la quantité de liquide ordinaire, les veine* coronaire 
sont très remplies de sang, la moitié droite du cœur est gorgée de sang fone 
tout à fait liquide, le cœur gauche est vide. 

23* La trachée-artère et le larynx sont vides et normaux. En les examinant, a 
voit descendre de la cavité buccale des mucosités vaseuses. 

24* L'casophage est vide. 

25* Dans la plèvre gauche, se trouvent trois onces de liquide sanguinolent. 

m. Ouverture dé la cavité àbdomimle. 

26* Les organes se trouvent dans leurs positions habituelles. L'estomac est goff 
d'un liquide aqueux d'un vert jaune , dans lequel on distingue des restas d*ili 
ments et de la vase. Du reste il est normal. 

27* Le pancréas est normal. 

28* Le foie, dont la vésicule biliaire est pleine, contient beaucoup de sang )i 
qvide foneé. 

29* La rate ne présente rien de notable. 

30* L'épiploon et le mésentère sont trèa gne 

31* Les reins sont riches de sang. 

32* Les gros intestins sont remplis de fèces. 

33* La vessie est vide. 



PROCËS-YERBAL DB l'AIJTOPS». — MODÈLE. I7t 

34* La veine cave est remplie de sang foncé et liquide. 
L'autopsie close, les experts donnent leur conclusion : 
1** Le décédé est mort d'une apoplexie du ocBur et des poumons. 
2* La mort a eu lieu dans un liquide vaseux. 
3^ Le décédé vivait encore lorsqu'il est entré dans l'eau. 
4* Poar répondre à la question posée , l'ecchymose décrite à l'œil gauche au 
a* lO ne doit pat être regardée comme la caute de la mort. 

Signet C(mtr$^9ignéi : 

letexpcito : 
CAsm, LuTR. Jordan (1), Bidault (9). 



(1) L« ja^e dlnstmctioo. 
(%) L'écritaiii asiermenlé. 



172 PARTnS THANATOLOGIQUE. 



CHAPITRE VI. 

RAPPORT DES EXPERTS. 

« 
(LÉGISLATION, voir lo g 22 du règlement.) Code dHnstrucUon crtmtfieiltf, $ i' 
On aura recours aux 2*^ et 3' instances : 
V Si les experts n^osent pas poser une conclusion précise ; 
9** Si les avis des deux^experts ne sont pas en harmonie ; 
3^ S*il se trouve dans les rapports des obscurités et des coalradictions tel 
que la cour a raison d*avoir des doutes sur la justesse des conclusions, 

j Jl.—> Forme et contenu. 

Le rapport (vt^tim repertum) est, comme nous l'avons déjà 
un mémoire purement scientifique sur les questions dont les mater 
ont été offerts par l'autopsie ; en d'autres termes, c'est une app 
tion des doctrines médico-légales au cas particulier. Le juge doit 
instruit par le rapport, sur la gravité médicale du cas, et guidé 
lui dans ses poursuites ultérieures. Ce rapport doit être complet 
être trop long. Jamais il ne devra être rédigé s'il n'est pas dem 
expressément par la cour. Dans ce cas, les actes, ou du] moins 
copie du procès-verbal de l'autopsie sont envoyés au médecin. 

Le rapport écrit doit toujours commencer par un petit préami 
Puis on fait l'histoire des faits {species facti) nécessaires po 
jugement médical. Il n-'est pas permis aux médecins de complète 
actes par des interrogatoires de témoins. Cependant les experts 
vent diriger l'attention du juge d'instruction sur ce qui peut 
être utile dans les dépositions des témoins. Cette histoire des 
doit être courte également. 

Enfin, vient la partie anatomo-pathologique du rapport qui 
reproduire textuellement le procès-verbal de l'autopsie dans les p 
qui sont essentiels pour le jugement. Les changements qui ser 
faits au procès-verbal doivent être indiqués el motivés. 



CONCLUSION DU AAPPORT DES EXPERTS. 17S 

$ 2. ConoloiioB do rapport.* 

La fin du rapport en esl la conclusion. Cooiroe on suppose que 
les experts sont d'accord, la forme est toujours au pluriel ; s'il n'y a 
pas b'jrmonie, chaque médecin doit faire un rapport à part. 

Lorsque la conclusion du rapport est en opposition avec celle du 
procèsverbaly on doit soutenir la première par des raisons scientili- 
qoes. Mais que l'on ne confonde pas des raisons scientifiques avec 
des excursions scientifiques : les discussions théoriques , les hypo- 
thèses, etc. , doivent être toujours retranchées du rapport. 

On doit .«enlir quelle est la juste mesure ; il est impossible de la 
peindre avec des mots. Le bon sens guidera l'expert. Je recomman- 
derai les principes suivants, fruits d'une expérience de trente* cinq 
aos, qui me paraissent les plus profitables : 

Ordinairement le juge pose certaines questions, il est prudent de 
M pas dire plus que ce que l'on a demandé. Car le médecin doit 
supposer que le juge croit le cas épuisé par les questions posées ; s'il 
est assez imprudent pour aller plus loin, il donne des armes au dé-^ 
feosenr ou au procureur contre lui-même. II en est autrement lors- 
qtie Ton n'a pas posé de questions spéciales, et lorsque la cour de- 
t&aade seulement un c rapport i. Alors le médecin doit se poser 
loi-même les questions qui lui semblent essentielles pour la justice 
et pour lesquelles il s'appuiera sur son expérience et sur la connais- 
sance des lois. Par exemple, pour les autopsies des nouveau-nés, il 
dem résoudre de lui-même les questions de la maturité, de la vie et 
du gare de mort. Dans beaucoup de cas il devra répondre de lui- 
Bièine i la question : Est-ce un meurtre ou un suicide? Parmi les 
fKstions posées par la cour il peut y en avoir auxquelles le médecin 
^ peut pas répondre, j'en ai cité concernant les instruments, on ne 
doit pis craindre dans ces cas d'avouer son incompétence. 

D arrive des cas nombreux dans lesquels, comme on le comprend, 
^JQgement positif n'est pas possible, par exemple dans certains 
^>s de submersion , d'empoisonnement douteux, de suicide dou- 



17A PARTIE THAKATOLOGIQUE. 

Ti 

teux. Dans ces cas , à côté de certains phénomènes qui doiieai 
faire donner une conclusion affirmative, on en trouve quelques-tts 
qui s'y opposent, alors on peut répondre de deux manières ou bia 
€ qu'il est probable, très probable >, ou bien on peut donner m 
conclusion indirecte, dire par exemple : c l'autopsie n*a pas donn 
de résultat d'opposant à ce que telle ou telle chose soit arrivée i 
Je choisis souvent cette dernière forme qui est reconunandable, a 
elle sufiSt complètement à la justice, qui a ordinairement en nudi 
des documents qui complètent la certitude. Du reste, à Taudience, li 
ex|)erts entendent une foule de faits qui leur étaient inconnus, qi 
leur permettent de s'expliquer verbalement avec plus de certitud 
Cependant, pousser trop loin cette forme négative, serait blâmabl 
et ce scepticisme exagéré rendrait inutiles les fonctions du médedi 
L^expérience démontre que trop souvent les médecins tombent du 
cette faute. 

A cèté des théories positives de la science, le bon sens a son dn 
et doit présider à toute question médico-légale. Par exemple, poi 
en rester à l'exemple de la submersion, il est vrai que ce genre < 
mort est quelquefois difficile à constater ; les auteurs en main, le m 
decin pourrait bien dire que souvent l'on ne peut pas prouver qu^ 
cadavre tiré de l'eau y est entré vivant et y a été noyé. Il va sans di 
que le juge, avec un tel rapport, serait mis dans un grand embarras, 
neveux pas beaucoup insister sur cet embarras, car le médecin ne de 
ne jamais se soucier des suites de son rapport. Je veux seuleme 
laisser la parole au bon sens venant se joindre à des apparenc 
convaincantes et à des probabilités scientifiques. 

On sait que le cadavre a été trouvé dans l'eau, dans la plupart d 
cas ce sont les vivants qui entrent dans l'eau, il est extrômement ra 
qu'on y jette un cadavre, ainsi à priori il est plus vraisemblable que 
cadavre est celui d'un noyé. Â l'autopsie on trouve un, deux, trc 
signes de submersion sans les trouver tous. Si l'on ne trouve pas d 
signes d'un autre genre de mort on aura tort de ne pas pencher du cô 
d*une mort par submersion. Il est blâmable de suivre les théories d'u 
sceptique outré, M. Engel, qui a dit : « Ditee-moi d'abord con 



RAPPORT DES EXPERTS. — MODÈLE. t76 

ffienl un homme est mort, et je vous montrerai après par l'aotopsie 
les preuves de ce genre de mort ». Dans le cas que nous venons 
(Texposer, si Ton conclut que c l'autopsie n'a pas donné de résultat 
qui s'oppose à l'admission d'une mort par submersion y » nous 
croyons que l'on aura obéi et aux doctrines de la science et aux lois 
dA bon sens. 

Dans d'autres cas, c'est justement la simplicité du cas qui est une 
source d'erreurs qui forcent la justice à avoir recours aux instances 
médicales supérieures. 

D'antres fois, les médecins ont pour ainsi dire la manie que l'on 
ne pourrait trop blâmer de voir partout des crimes ; la moindre 
ègratignure, des taches jaunes sur la peau, un pli sur le cou, des 
Mts altérés, leur donnent l'occasion d'écrire non un rapport, mais 
00 roman. J'ai vu des cas dans lesquels des innocents ont été pen- 
dant plusieurs mois sous le coup d'une prévention par le fait de ces 
rapports bntastiques. 
A la fin du rapport on déduit la conclusion dans un court résumé. 
U loi ordonne de signer et de mettre le cachet officiel. 

S 3. Modèle d« rapport. 

^^port de l'autopsie de Vob$. 79. ~ le décédé esl-il entré vivant dans feau f 

a-l'il été noyé ? 

S«r réfiuiflitioa de la cour royale de Charlottenbourg du 5 de ce mois, nous eo- 
^ojons le rapport demandé. H..., comme il esl constaté (dans les actes), souffirant 
depuis des années d'attaques d'épilepsie disparut tout à coup. Bientôt après, on 
^va fon cadavre sur le rÎYage d*ua marais près de la ville, dépouillé de tous ses 
*^lttients, de sorte qu'il parut urgent de faire Tautopsic légale. £lle fut faite par 
^ Tniii|ifÉ to M du noU précédent. Lot résaltati en (Ureot las suivants i 

A. IlfSPECTIOIf EXTÉRIEURE. 



Cci Mi k procés-verbai de Taulopsie , textuellement comme il est imprimé, 

page 169, sans y ajouter la conclusion.) 



•fOM adnda dans la conclusion du procès -verbal que le décédé étui 
'^ vifint dans l'eau et qa*tt y avait été noyé. C'est encore notre avis. On 
^ Wait MKnn signa A'nne autre mort, Tecchymose légère décrite au n« 10, qui 



176 PARTIB TUANATOLOGIQUE. 

iralteignait aucun organe important, n'a euaucune cohérence avec la mort, tiodis 
que les taches sur le front et le nez (n*^* 4 et 5), ont été vraisemblablement pro- 
duites après la mort, mais dans tous les cas n'auraient pu avoir aucune impor- 
tance ; de plus on a trouvé lur le cadavre les signes ordinaires de la submerâoa. 
La coloration bleuâtre et Tétat plissé de la peau des mains et de« pieds (7) (<(Bi 
prouvent seulement que le cadavre a séjourné un certain temps dans Teau), U 
chair de poule, la vase dans la cavité buccale, et les résultats trouvés dam les 
organes internes, aavoir : Thypérémie des méninges (13), des sinus (18), Thypé- 
rémie des poumons (20), des veines coronaires du cœur, la grande quantité de 
sang dans le cœur droit (22), le gonflement des poumons (20), l'bypérémie du 
foie et des reins (23 et 31), la fluidité du sang (22 et 34), sont des critériums très 
importants, joints à ce que l'on a trouvé dans l'estomac. Ce dernier est rempli 
d'un fluide aqueux, dans lequel se trouvent des traces de vase ressemblant tout à 
fait à ce que nous avons trouvé sur la langue et au gosier, ce qui prouve que Is 
décédé a encore avalé se trouvant dans l'eau vaseuse. Ainsi il doit donc y avoir vécu, 
puisque rien ne peut entrer dans l'estomac après la mort. Le décédé est dose 
entré vivant dans l'eau et y est mort d'apoplexie pulmonaire (asphyxie), comase 
meurent ordinairement les noyés. 

Si on nous demande si cette mort a été causée par suicide, par accident ou par 
meurtre, nous devons déclarer que l'autopsie n'a donné ni preuve ni même vraisem- 
blance pour un meurtre, tandis que l'on peut bien admettre que H... a trouvé sa 
mort dans l'eau par suicide ou par accident, par exemple que se trouvant sur le 
rivage il a été pris d'un accès d'épilepsie, qu'il est tombé dans l'eau et s'y est 
noyé. S'il est vrai que l'on a trouvé le cadavre déshabillé sur le rivage, nous ne som- 
mes pas éloignés d'admettre que des tiers ont péché le cadavre et l'ont dépouOlé. 
Donc nous concluons que : H... est entré vivant dans l'eau et qu^il y a été noyé. 

Beriib, 19 ttrU i85i. 

CASPEn. LUTKB. 

{cachet ofUcieU) 

$ 4. — Aévîsîon des rapports. 

Instances médicales supérieures. 

Toutes les pièces d'autopsie des médecins légistes prussiens, aussi 
bien les procès-verbaux que les rapports, sont copiées et envoyées au 
chef-lieu des provinces et passent , tous les trimestres , dans les 
instances médicales supérieures. Il en est de même pour les rapports 
concernant les interdictions pour état mental dans les cas civils. Ces 
pièces arrivent ainsi dans la seconde instance ou collège médical, 
et ces derniers envoient les pièces et leurs obser\'ations au ministre 
qui Tait Taire une superrévision par la troisième instance ou dépu- 



RÉVISION DES RAPPORTS. 177 

iBlion scientifique unique pour toute la Prusse. Les résultats de cette 
5oj>erréYision sont communiqués au collège médical et reviennent au 
inédecin légiste. Cette manière d*agir nécessite beaucoup de compli- 
cations, mais elle a l'avantage de tenir une communication continuelle 
entre le conseil médical suprême et tous les médecins légistes, et 
comme H. Ifittermayer Ta dit, elle a placé la médecine légale en 
Prosse dans une position bien autrement supérieure que dans les au- 
tre» pays. 

Sans la législation on indique les cas dans lesquels le rapport d'un 
médecin doit aller dans les instances supérieures avant le jugement. 
JLloTS ces rapports sont envoyés, comme plus haut, au collège mé^ 
dîcal de la province, et si la conclusion de ce collège ne suffit pas 
par quelque raison que ce soit, les actes vont à la dépulation scienti- 
fique pour qu'il en soit fait un superarbitre. Ce superarbitre, 
comme dans le collège médical, est fait par deux rapporteurs qui font 
leur rapport chacun de leur côté, les (}eux rapports sont lus en 
séance publique et disculès, et celui qui a la majorité est accepté. On 
a beaucoup discuté cette question : Jusqu'à quel point la cour est- 
die liée à la conclusion du superarbitre? Cette question étant pu- 
rgent juridique, nous n'avons pas à y insister ici. 

Nous observerons seulement que puisque les jurés ne sont liés 
dans leur verdict que par leur conscience, la question a peu d'im- 
portance. 

Le collège médical et la députation scientifique envoient des rap- 
ports écrits, mais ne se font pas représenter dans les audiences des 
tribunaux par un membre qui ne pourrait, dans les nouveaux inci- 
dents que font surgir les débats, que donner une opinion individuelle. 
Le rapport est remis à un médecin légiste ordinaire de la localité qui 
^chargé de le défendre devant les jurés. 



11. 12 



DEUXIEME DIVISION. 

MÉDECINE LÉGALE SPÉCIALE. 



I.— MORT VIOLENTE. 



PBEMIÈBE SECTION. 

MORT PAR CAUSE MÉCANIQUE. 

LÉGISLATION. — Code pénal prussien, § 185. Pour constater l'homicide, on ne de- 
vra pas considérer si le résdltat mortel de la blessure aurait pu être érité 
par un secours prompt ou approprié, ou si une blessure analogue a été fvérie 
dans d'autres cas par le secours de l'art, ou si la blessure n'a été mortelle fin 
par l'influence des conditions individuelles présentées par la yictime, ou des 
circonstances accidentelles dans lesquelles la blessure a été faite. 

C^néralitéf. 

i^ DÉFINITION DU MOT BLESSURE. 

Cette définition u donné lieu à bien des recherches savantes dans 
le domaine du droit criminel de la part de ceux qui veulent absolu- 
ment proclamer Texistence d'une jurisprudence médicale. Dans la 
langue usuelle, le mol blessure est emplojé dans deux sens, on dit : 
A. a fait une blessure a B., elB. a reçu une blessure de A., c'est'donc 
le même mot pour Faction et pour TefTel. Cette double signification 
du même mot n*a rien qui gène le médecin, d'autant plus qu'il n'a 
jamais à se prononcer que sur l'effet de la blessure. Car, même 
quand il étudie la force qui a été employée, l'instrument dont on 
s'est servi, il ne sort pas de l'examen de Ve/fet de la blessure. 

Nous définirons donc par le mot blessure toute altération dans les 



MORT PAR CAUSE MÉGANIQUE. — LÉTHALITi DES BLESSURES. 170 

organes ou dans la fonctions^ produite par une violence exté-' 
rieure. Parmi les altérations dans les organes nous citerons les 
solutions de continuité de toute espèce produites par les plaies, les 
rnptures, les brûlures, les chocs, les chutes, les fractures, les luxa- 
^ion&, Panni les altérations dans les fonctions, nous citerons les 
commotions, les contusions et les paralysies. 

2^ LÉTBAUTÉ PE8 BLESSURES (1). 

n était réservé à notre siècle d*introduire dans le droit criminel 
pni83ien une réforme des plus heureuses, celle de rejeter du Gode une 
doctrine qu*un criminaliste célèbre, Stubel, a appelée avec raison 
< le cancer du droit criminel et Teicuse des assassins >. Nous vou- 
lons parler de la doctrine dangereuse des degrés de léthalité, qui 
l^enreosement maintenant n'est plus que du domaine de Thistoire. 

Toutes les législations de TEurope sans exception reposent main- 
Icnant sur la théorie qui individualise chaque cas de blessure 
i^vtnue mortelle et rejette les règles générales^ qui recommande 
seulement de constater que la mort a été provoquée par la blessure, 
I3U1S se soucier si par une possibilité et une circonstance heureuse on 
^virait pu éviter la mort. Il est très étonnant que l'on ait eu besoin 
^ plus de deux siècles pour comprendre que l'homicide provenant 
ffime blessure est une action analogue à celle qui consiste à pendre 
V^qa'un ou à le jeter à l'eau, quoique la pendaison et la submer- 
sion ne soient pas des actions c absolument mortelles > , car le 
'^^ard peut permettre que quelqu'un coupe la corde du pendu ou 
^ de l'eau l'individu qui va se noyer. 

D est impossible de poser une disposition légale plus nette que 
^dn paragraphe 185 du Code prussien; la constatation de Tho- 
^de est seulement la tâche demandée au médecin par la justice ; 
^u&mot, le décédé est-il mort par suite de telle blessure? On 
<ioit répondre affirmativenrat i cette question, quand même il 
^^it éndent que c le résultat mortel de la blessure aurait pu être 



(0 ^tir fov les M e Mor e t son mortaUet le premier ▼otame, 4^ leetîon. 



180 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

empêché par un secours prompt et approprié » ( la blessure per i 
létbale des anciens), ou bien quand même c une blessure conu» 
celle qui est en question a été guérie dans d*aulres cas par la 
secours de Tari > (blessure ut plurimum létbale des anciens), (K 
quand même la blessure n*a entraîné la mort c qu'à cause des condi 
tiens individuelles de la victime > (blessure individuellement létbale) 
ou enfin quand même' la mort ne serait pas survenue si « les circon 
stances accidentelles sous lesquelles la blessure a été faite ne s*élaiei 
pas présentées > (blessure per acct^ieii^ létbale). 

C'est ne pas comprendre la substance de ce paragraphe quQ dedii 
qu'il ouvre un libre essor à toutes les injustices, car, par exempb 
A. a tiré un coup de pistolet dans la tête de B., et C. a donné à I 
un coup de poing dans la poitrine, et ce dernier avait un vice orgi 
nique du cœur prédisposant à une rupture, les deux blessés soi 
morts ; évidemment dans les deux cas la mort est résultée de Taclic 
blessante, et le médecin doit constater qu'il y a eu homicide, tand 
que pour tout le monde sous le rapport pénal, les deux coupables i 
sont pas sur la même ligne. Le législateur est également deceta?i 
et il demande au médecin de renseigner la justice exactement sur 1< 
influences individuelles concernant la rupture du cœur ou d'un aut 
organe, etc.; mais le médecin ne doit pas aller plus loin ni se lane 
dans les théories des anciens concernant la léthalité, il ne doit p 
ranger le cas particulier sous des catégories générales, car il ne pe 
alors donner que des opinions hypothétiques. 

Le médecin peut être tranquille sur les conséquences de son appr 
ciation, car il doit savoir que les jurés et les juges sauront mesure 
d'après sou rapport, le cas d*homicide avec toute l'équité désirabl< 
et les mots c on ne devra pas considérer, etc. > dans le paragraphe lî 
ne se rapportent pas à la culpabilité, mais évidemment à c la consb 
tation de l'homicide >, qui concerne le médecin et non les jurés. 

3* Différence des blessures selon les organes. 

Un autre élément étranger dont on doit purger la médecine légak 
c'est la mortalité des blessures selon les organes qui ont été atteints 



Mort par cause méganique. — individualité du blessé. 181 

^ vieille tradition a encore quelquefois du succès, c'est pourquoi 

oïï a essayé à tort de déterminer si la blessure de tel os est plus 

<ittiSareuse que la blessure de tel autre os, dans quelles circonstances 

i^s blessures d'intestin sont plus ou moins dangereuses. Cette ques- 

tiou est purement une question de pronostic chirurgical et doit être 

supposée comme connue du médecin-légiste. 

4* IKDIYIDUALITÉ DU BLESSÉ ET CIRCONSTANCES ACCIDENTELLES. 

n en est de même pour ce qui concerne individualité du blessé, 
tt las circonstances accidentelles qui ont pu aggraver le danger d'une 
Uessore. Ces circonstances doivent être mises de côté par le médecin 
légiste, car surtout pour Tindividualité, dans la plupart des cas on 
en est réduit à de pures hypothèses, et il faut les éviter autant que 
poaible en médecine légale. 

Nous ne savons pas pourquoi chez dix hommes une blessure des 
Intestins amènera la mort par inflammation, tandis que chez dix 
autres et dans des circonstances analogues, une blessure plus grave 
sera suivie de gu^i^on. 

n est certain que dans les deux cas des circonstances individuelles 
bvorables ou défavorables ont été en jeu, mais qui peut les décou- 
^r? Considérez que le médecin légiste voit le sujet pour la première 
fois sur la table de l'autopsie*, que peut- il dire sur l'individualité 
<l'Qn tel sujet? Les cas sont rares dans lesquels on trouve des 

• 

circonstances individuelles défavorables évidentes, telles que des os 
excessivement minces, des anomalies dans la position des organes ; 
^s la majorité des cas, l'individualité d'un cadavre est une ques- 
tion insoluble. Si cependant le médecin trouvait, soit sur le cadavre, 
^it dans les actes, des indices d'une individualité remarquable et 

• 

comportante pour les»questions en litige, il fera bien de les noter dans 
son rapport. 

lien est de même pour ce que l'on appelle les circonstances acci- 
dentelles, l'influence de l'ivresse, le transport du blessé, les traite- 
oients non appropriés. On sait combien ces questions ont donné lieu 



182 PARTIE THANAT0L06IQUI. 

à des discussions nombreuses et ioutileS) surtout la question du tna 
tement médical ; principalement dans les blessures de tète qui cm 
amené la mort, et les blessures de membres qui ont nécessité on 
amputation suivie d'inrection purulente. Combien le médecin légûl^ 
était embarrassé pour approuver ou blâmer Tamputation faite oa 
omise ! Et avec tout cela, la chose principale pour la justice € b 
constatation de l'homicide » était négligée; car par toutes ces subs- 
tilités et controverses, il arrivait assez souvent que le juge admettait 
que le blessé était mort plutôt par la faute du médecin que par cdk 
de Taccusé. Autant ces cas étaient difficiles autrefois, autant mainte- 
nant ils se présentent de la manière la plus simple. Une blessure df 
tête, par exemple, a causé la mort, par là le fait de l'homicide esl 
constaté, et le juge est posé sur un sol ferme. Pourquoi dans le em 
particulier cette blessure de tête a causé une suppuration du cer 
veau, pourquoi cette dernière n'a pas été reconnue assez tôt, toutcéb 
sera exposé dans les motifs du rapport qui finira toujours par la con< 
clusion : € la blessure de tête a causé la mort». 

La médecine légale est une science en elle-même et non uni 
encyclopédie des sciences médicales. Elle doit s'approprier ce qui tu 
touche pas aux autres branches médicales, et forme son domaine 
spécifique, en retranchant les connaissances étrangères qui ne doi 
vent être considérées que comme des connaissances préliminaires. 



IILESSURES PRODUlBàMT LÀ MORT PAR CAUSE MÉCANIQUE. i8S 



CHAPITRE PREMIER. 

BLESSURES PRODUISANT LA MORT PAR CAUSE MÉCANIQUE. 

SI. OéDérAlité*. 

Nous afons déjà dit (p. A9) ce que nous comprenons par des 

Uessares de cette espèce. Ce sont celles que Ton retrouve le plus 

hcSement sur le cadavre. Il peut se trouver qu'il coexiste aussi 

f autres causes de mort qui pourraient à elles seules amener la mort, 

far exemple : hémorrhagie, commotion cérébrale, etc.; mais ces der- 

ûères circonstances sont superflues, car la destruction matérielle 

de l'organisme suffit pour rendre impossible la continuation de la vie. 

Ces blessures sont celles qui sont produites par des écroulements 

de mnraille, de poutres, de mâts de vaisseaux , des chocs d'ailes de 

iDonlb, des écrasements de voitures, de wagons de chemin de fer, 

fa broiements par des machines, l'emballement d'un nouveau-n4 

dus une caisse, des chutes, des chocs d'une hauteur considérable 

^ntreun corps dur, des coups violents de toutes sortes. 

$ 9. Xicpérieiiees faitef sur le eadavre. 

Noas avons prouvé, en parlant des blessures, page 87, et dans les 
(^l^senrations qui suivent, combien il arrive souvent qu'un homme 
toé subitement par un désordre interne, ne présente aucune lésion 
^ l'extérieur. Cette circonstance, jointe à la manière d'agir assez fré- 
<|Qeiite des meurtriers qui tâchent de cacher le genre de mort de 
leor rictime, nous ont amené à faire des expériences sur le cadavre, 
l'es ai (ait un grand nombre, et je les continue dans mes leçons, 
dtt(|Qe année. Excepté les essais de brûlures sur lesquels nous 
f^drons, les expériences sur le cadavre n*ont jamais été faites à 
m connaissance sur une grande échelle. 

k sois arrivé i des résultats très curieux , dont voici le résumé : 
'' tti plui difficile de détruire la cohésion organiqut après 



18A PARTIE THANATOLOGIQUE. 

la mort que pendant la vie. Je ne veux pas parler, bien entenda, d^ 
plaies par instruments tranchants et piquants dans la peau et \e^ 
muscles. Mes expériences se rapportent surtout aux fractures, rup " 
tures d*organes, et aux lésions de la peau. 

1* Fractures d'os, — Quand on essaye de briser le crâne d*ui 
cadavre d*adulte, on trouve qu'une force qui aurait produit sur le vivais 
certainement des fissures, sinon des fractures, laisse sur le cadavn 
le crâne intact. Les coups les plus violents, portés de haut «n bas 
ont besoin d*étre répétés plusieurs fois pour fracturer Tes occipita 
et l'os pariétal ; Tos temporal est plus fragile. Jamais nous n*aVbii 
réussi à produire des enfoncements de fragments, des écrasements c 
môme des fissures à la base du crâne. Les téguments du crâne, aprS 
la mort, ont aussi une résistance plus grande que pendant la ivm 
car si l'on frappe le crâne après les avoir enlevés, les mêmes coug 
produisent des fissures et des fractures bien plus facilement que lors 
qu'on frappe par-dessus ces téguments. 

De nombreuses expériences nous permettent de poser l'axiome vm 
vant : si l'on ne peut pas reconnaître si une blessure a été faite avant ^ 
après la mort par suite d'une circonstance quelconque, par exemple 
cause de la putréfaction , si cette blessure est très importante, t^' 
que la fracture des os crâniens, fissure de la base du crâne, on pei 
dire qu'il y a toute probabilité que la blessure n'a pas été faite apm 
la mort, mais bien pendant la vie, si les circonstances n'indiqua 
pns qu'une force extrêmement violente a agi sur le cadavre. 

Les os longs des ^embres montrent également une plus grad 
résistance après la mort que pendant la vie. Les coups les plus for* 
portés sur les membres d'un cadavre couché sur une table, rest(tf 
sans effet, même si Ton soulève Tune des extrémités de l'os, de nn 
nière que la partie médiane se trouve suspendue, l'os, placé ai i 
à faux ne pourra être fracturé que par une force énorme. Ces exç 
riences sont en harmonie avec celles de M. Halgaigne. Ce dernier 
réussi à briser tous les os longs d'un cadavre avec un énorme leri 
de fer (ce qui n'est pas étonnant), mais il ajoute que même avec t^ 
telle force il n'a pu obtenir très souvent que des fractures incomplète 



BLESSURES PRODUISANT LA MORT PAR CAUSE MÉCANIQUE. 185 

Les OS Ae$ vieillards de plus de soixante et dix ans sont plus friables. 
Les 08 longs des adultes se brisent plus aisément si on éloigne les 
parties molles. Cette difficulté de la fracture des os après la mort 
s'explique par l'absence de Taction musculaire. 

Les c6tes se brisent plus facilement que les os des membres, mais 
on n'obtient que des fractures simples et pas de fractures commi- 
nQtives. 

Nous n'avons pas réussi à briser le larynx ni l'os hyoïde d'un 

cadavre adulte» même en employant la force la plus grande, force 

foi aurait certainement suffi pour amener une fracture sur le vivant. 

Ces expériences sont aussi importantes que celles faites à la tête, 

^ je n'hésiterais pas dans un cas où la putréfaction a effacé les signes 

'fi la réaction vitale, à admettre que les fractures de Vos hyoïde 

^^ du larynx n'ont pas été produites après la mort» 

2« Nous n'avons fait que quelques expériences pour produire des 
^^ptures d'organes sur le cadavre, car elles ne peuvent avoir que 
^^ peu d'importance pour la pratique. Les coups les plus violents, 
l^rtés avec les instruments les plus durs sur les régions du foie et 
ie la rate, n'ont pas eu le moindre effet. 

3" Nous avons très souvent essayé de produire sur la peau des 
lésions ressemblant aux phénomènes de réaction qui ont lieu sur le 
^Want, nous avons montré plus haut (p. 93) les résultats que nous 
STons obtenus. 

i* D'autres expériences, faites sur le cadavre au moyen des brû- 
lures et armes à feu, déchirures du cordon ombilical, seront expo- 
sées en temps et lieux. 

Les deux cas suivants très importants qui se sont présentés à nous 
dernièrement, prouveront l'importance de ces expériences. 

Ois. 80. — Écrasement du crâne. Déterminer sHl a eu lieu aprèt la mort? 

Le sieur S..., âgé de soixante ans, mourut, dit-on, par suite d'un ehute qu'U avait 
(lite delà hauteur de sept pieds et demi. Deux ans après, le bruit ae répandit que S. . . 
>vait été tué dans son moulin aYec une lourde hache de la main d'un meurtrier. La 
PoUce ayant eu vent de ces soupçons , on ordonna l'exhumation du cadavre. 

n l'ayisaait de déterminer si les blessures d'os avaient été produites par la 



186 PARTIE THÀNATOLOGIQUE. 

chute ou par des coups de hache. Le médecin légiste de l'endroit opinait ponrli 
chute, tandis que le collège médical de la province se prononçait pour laseovpide 
hache. Le médecin légiste convenait que les blessures de tète avaient pu être pro- 
duites avec la hache mais après la mort. 

Le procureur royal de la province me consulta et me présenta rinstrumentetle 
crftne. La moitié gauche de la base du crâne manquait presque oompléiemiiit, et 
vingt fragments d'os étaient séparés. Je ne pouvais pas admettre qu'un tel écraio- 
mentde la base du crftne ait pu être produit par une chute d'une hauteur de sept 
pieds et demi, puisqu'une telle fracture suppose toujours une violence très grande : 
observons que les os du crftne avaient l'épaisseur ordinaire. On ne pouvait pas 
non plus admettre que l'écrasement avait eu lieu après la mort, to laa «xpérienoas 
que nous venons de rapporter, et en outre cet homme était mort dans sa maison, 
au milieu de sa famille et avait été enterré de la manière ordinaire, ce qui ne prê- 
tait pas à supposer qu'une telle violence ait pu être fMlesur fon cadavre; d*un autre 
cêté la hache présentée était tout à fait suffisante pour produire cet écrasement sur 
le vivant. L'accusé fut condamné. 

Obs. 81 . — Fractures de côtet. Déterminer si elles ont été produUet après ou 

ovanl la mort f 

8ur le banc des accusés du tribunal de Z..., étaient assises une vieille paysanne 
et sa Aile avouant avoir commis à elles deux un assassinat nocturne sur la peraonna 
d'une femme ftgée de soixante-quinse ans. 

La décédée avait été étouffée après une longue lutte, ce qui était prouvé par 
les blessures et écorchures nombreuses, la présence du sable et du sang dans les 
cheveux, car le corps avait été Iratné dans la chambre. Le genre de mort avait été 
expliqué très bien par les experts. Tandis que la fille tenait les deux bras de la vio- 
time, la mère, à genoux sur sa poitrine, lui pressait très fortement la bouche et la 
nez. On trouva des écorchures à la bouche. 

La cour eut recours au collège médical de la province qui ne se trouva pas d'ac- 
cord avec les premiers experts ; ceux-ci avaient admis que les fractures comminu- 
tives des côtes des deux côtés avaient pu être produites aussi bien par une chute 
d'une hauteur considérable sur le fumier que par le poids du corps de l'assassin 
sur la poitrine de la femme. Le collège médical ne fut pas de cet avis, disant que les 
fractures pouvaient avoir été faites après la mort, puisque les premiers experts n'a- 
vaient pas décrit la réaction vitale. 

Je fus appelé en consultation. Je déclarai qu'une chute sur un corps mou comme 
un fumier ne pouvait pas produire des fractures comminutives des côtes des deux 
côtés. 

Je ne pouvais pas admettre non plus la production de ces fractures après la mort, 
l'absence de réaction vitale ne pouvait en rien infirmer mou opinion, tandis qu'il 
pouvait suffire pour produire ces fractures de s'agenouiller sur la poitrine d'une 
femme de soixante-quinie ans. La mère fut condamnée à mort, la fille aux travaux 
forcés. 






BLESSURES PRODUISANT LA MORT PAR CAUSE MÉGANIQUE. 187 
|3. ISito d«s blMtOTM prodttifaat la mari par oa«i« mé«ftmqa«. 

Le diagnostic de ce genre de mort est très facile à cause des phéno- 
mènes qui sont facilement visibles sur le cadavre. Nous en avons déjà 
parlé dans la partie générale (pages 101 à lOS), à propos des in- 
straments tranchants et contondants. Ces blessures peuvent produire 
tous les effets et toutes les réactions , depuis la neuro-paralysie pro- 
doisantla mort instantanément par suite d'une commotion du cerveau 
on de la moelle épinière» jusqu'à l'inflammation chronique ou la sup- 
puration amenant une mort lente. Dans certains cas ce sont des écra- 
sements, des séparations de membres, des chutes d'organes internes, 
des luxations et des fractures , des contusions, des plaies , des dé- 
chirures de muscles, de vaisseaux et de viscères, et il arrive souvent 
<|neron trouve plusieurs causes de mort sur le même cadavre. 

Les cas suivants en donneront des exemples : 

Obs. 82. — Mort par écrasement de chemin de fer, 

^smi pluiieun cas de mort par écrasement de chemin de fer, celui d'un 

'^Iheoreux seUier d'une trentaine d'années était le plus affreux. Il n'y avait 

1^ Doe partie du cjrps intacte. Au-dessous des téguments du crâne restés presque 

^^ts, on sentait crépiter les os écrasés, Toreille gauche était déchirée, les quatre 

^^nbres étaient contus, déchirés et fracturés, de sorte qu'ils avaient tous une 

^^*^een zigzags ; les muscles faisaient hernie de tous côtés, surtout au côté gauche 

^^ vtotre, le icrotom était déchiré, le testicule gauche pendait entre les cuisses; 

^^ tntCs de la figure étaient calmes, ce qui s'explique par la rapidité de la mort 

^^^ a]été par eonséqoent vraisemblablement peu douloureuse. 

« 

Ois. 83. -* Écroiement d'un nouveau^ par un train de chemin de fer, 

U tête et le eoa de l'enfant étaient séparés du corps et manquaient, les vertèbres 

^^rvKiles étaient écrasées, les deux clavicules et les côtes supérieures étaient 

*^<xtts, le cordon avait été coupé et lié selon les règles de l'art, le tronc était long 

^25eentimètref et pesait 700 grammes, il avait encore du duvet. La peau ridée 

^ nendires, las ongles très minces ; le vagin béant indiquait que probablement 

^caluA n'était pas né à terme. Cependant, comme le cadavre était très altéré, et 

^SM partie anaai importante que la tête manquait, on ne pouvait doùner au- 

**>• esftituda à cet égard. On ne pouvait pas foire non plus la doeimasie pul- 

*>i^et on ne pouvait dire si l'enfont a.vait vécu et si la tête avait été détachée 

P«*Mitlavie. 



188 PARTIE THANATOLOGIQUE. 



Obs. 84. — Fracture de Vapaphyte matldide par écratement d'une iNMinn. 

C'est là uiie det blessures les plus rares qui fut trouvée sur une jeune fille d^ 
six ans tuée par l'écrasement d'une voiture. La septième côte gauche fut cassée ^ 
au crâne on trouva six fractures, entre autres un détachement de Tapophy^ 
mastoïde de l'os temporal gauche. Dans le poumon gauche il y avait une déchirai 
de 8 centimètres. 

Obs. 85. — Fracture de la partie écaiUe%ue du temporal par écra$ement de voUwn 



Dans ce cas une force violente avait produit des blessures de tête 
curieuses, c'était une flUe de trois ans qui avait été écrasée et tuée far-le-dumi 
La partie écallleuse du temporal droit était détachée et libre et il y avait une ftsau 
transversale de l'os occipital allant jusqu'au grand trou, il y avait aussi une flasvi 
du rocher gauche. 

Obs. 86. — Fissure du temporal par écrasement de voilure. 

Un valet de vingt-neuf ans fut écrasé et mourut trois heures après. A l'os iemp 
rai gauche il y avait une fissure avec des bords ecchymoses, comme on les troiB 
souvent dans les fissures fraîches des os crâniens. Elle s'étendait sur la base « 
crâne jusque dans le grand trou ; entre la fissure et la dure- mère, il y avait xm 
extravasation de 110 grammes de sang noir coagulé qui avait exercé une graci 
compression sur le cerveau, comme cela arrive souvent pour de telles blessures 
tête qui ne tuent pas subitement. Ou trouva la vessie remplie à cause de 
paralysie. 

Obs. 87. — Hémorrhagic cérébrale par écrasement de voiture. 

Une femme de soixante et dix ans fut écrasée, transportée à l'hôpital et moo^ 
deux jours après. A l'os pariétal il y avait une plaie de 1 2 centimètres de longue 
en forme d'S, à bords nets, et à 2 centimètres de là un lambeau de peau de 5 c0 
timètres était détaché. La bride entre ces deux plaies était également détacha 
Sur la tenle du cervelet il y avait des extravasations de sang coagulé ; tous j 
autres organes étaient intacts ; mais dans le bassin, le tissu cellulaire était inflli 
de sang. (La membrane hymen de celte vieille femme était intacte et tem 
comme celle d'une fille de quatorze à quinze ans.) 

Obs. 88. — Hémorrhagie cérébrale par le choc d*une voilure. 

Une femme de soixante-trois ans fut heurtée au cété gauche par le Mn^ 
d'une voiture, elle tomba sur le pavé, s'évanouit et mourut après quelques heure 
Sur le cadavre il n'y avait pas trace de blessure. Les os crâniens très épais, pus 
qu'ils avaient plus d'un centimètre, étaient intacts, les téguments du cerveau étaie 
très hypérémiques et tout le cerveau était enduit d' une couche de sang coagulé* 



BLESSURES PRODUISANT LA MORT PAR CAUSE MÉGANIQUE. 189 

Ois 89. — Perforation des intestins, — Déterminer si elle a été priiduite par 

un choc de voiture» 

Un dragon fut frappé dans le côté droit de Tabdomen par le timon d'une voiture. 
Trois joars plus tard il survint des douleurs violentes de ventre et des vomissements, 
et dix-neuf heures après, cet homme mourut ayant toute sa connairsance et avec 
tous les signes de Tanémie. Le médecin traitant n'avait pas trouvé de lésion à 
l'endroit frappé. 

^ous trouvâmes le cadavre Guin) déjà putréfié ; dans la cavité abdominale 
500 grammes de sang coagulé et des fèces s'étaient extravasés par une perforation 
ronde do petit intestin au côté gauche. Les bords de cette perforation étaient 
^oibésjisses, d'un rouge livide, et avaient un diamètre de 2 centimètres. Il va sans 
dira que cette perforation était la cause de la mort, mais il était évident que la 
'^essiire n'avait pas pu être la cause de cette perforation. Car cette blessure ne 
P^^uvaii avoir produit une perforation du côté opposé, et si elle avait eu pour effet 
daccélérer la perforation, les symptômes n'auraient pas mis si longtemps à se 
Produire. 

Obs. 90. — Rupture du périnée par écrasement, 

Uq garçon de sept ans fut écrasé par un omnibus. Une roue de la voiture avait 
P*^ sur l'abdomen. Nous trouvâmes à l'autopsie toute la région iliaque droite d'un 
'^^>Çe foncé et ecchymose. Le périnée était rompu, de sorte qu'il y avait une plaie 
* N>rds nets non ecchymoses, en forme de zigzags, longue de 1 3 centimètres depuis 
'^ Scrotum jusqu'à l'anus. Elle était béante de 5 centimètres. Le sphincter de l'anus 
^^it également déchiré. La vessie était remplie, ce qui s'explique, puisque le 
^rçon avait, vécu encore vingt heures, et que la contusion avait produit une 
i^ralysie. 

Obs. 91 . — Rupture de la rate par choc de voiture. 

Uoe fille de quatorze ans fut écrasée contre un mur par une voiture, et moUrut 
^uze heures après. Le cadavre avait l'aspect de la cire blanche ce qui faisait tout 
^ suite penser à unehémorrhagie interne. La seule trace de blessure extérieure con- 
^isUit en trois taches d'un rouge brun, parcheminées dans la région de l'omoplate 
Siuche. Il n'y avait pas de trace de blessure au ventre. ^ 

A l'intécieur, la rate était rompue longi^tudinalement, la plaie avait 2 centimètres 

de longueur et 4 millimètres de profondeur ; dans la cavité abdominale, du sang 

moitié liquide, moitié coagulé étaitépanché. Les poumons étaient gris et anémiques. 

Le cœur droit avait cependant encore beaucoup de sang. Il n'est pas étonnant 

qu'elle ait vécu encore quelques heures ; les cas suivants donneront des exemples 

curieux de blessures énormes n'amenant pas la mort immédiatement. 

On. 92 — Fracture de vertèbres cervicales, et rupture de la trachée- artère el de 

Vœsophage par écrasement de voiture. 

U victime de cet accident était un jeune homme de trente ans. Sans aucun 



190 PARTIE THÂMATOLOGIOUe. 

doute le» roues avaient passé sur le cou et la partie supérieure de la poilriiM M 
avaient produit les désordres suivants : tout le cou et la partie supérieure te li 
poitrine étaient couverts d'ecchymoses ; la clavicule droite était fracturée ; rapo* 
pbyte odonioïde était détachée , et Taxis séparé de Tallas ; la moelle épinièn 
était écrasée et disait hernie, le larjnx et Tcesophage étaient déchirés. Le preiniM 
était derrière la partie supérieure du sternum, et enfin la carotide droite était dé- 
chirée. Les deux plèvres étaient remplies de sang coagulé ; les poamoDf » in 
cœur, les reins et la veine cave étaient anémiques ; les ventriculea du cemw 
contenaient du sang épais. 

Ots. 93. — Fractiwr» des cûlMt rufAure du pomum «f du fok par écnutmmi 

l}n garçon de sept ans fut écrasé par un omnibus et mourut au bout de qodfM 
minutes. On ne trouva pas de trace de lésion extérieure. On voyait seulement «fu*! 
y avait emphysème du coté gauche de la poitrine. On trouva à l'autopsie une fttc 
ture de la sixième et de la septième côte gauche. Les deux poumons étaient vêA 
miques; dans le lobe supérieur du poumon droit se trouvait une rupture d 
3 centimètres de longueur et de 2 centimètres de profondeur ; à la surface posté 
rieure du lobe inférieur, se trouvait une autre rupture longue de 6 centimètre 
et de 3 centimètres de profondeur. Les deux ruptures avaient des bords nets 
dans la plèvre droite il y avait 250 grammes d*un sang foncé et épais ; le thymus éta 
encore long dé 3 centimètres et large de 2 centimètres ; sur la 5urface coneav 
du foie, au côté droit, il y avait une rupture de 2 centimètres et demi, et tout 1 
lobe droit était détaché du lobe gauche par une rupture longue de 2 centimètrei 
150 grammes de sang provenant de ces lésions étaient épanchés dans la cavil 
abdominale* 

Obs. 9é . — Fracture du pubit par écrasement de voilure. 

Les roues d'une voiture passèrent sur le bas-ventre d'un jeupe homme de aeii 
ans. Des deux côtés il y avait de fortes ecchymoses ; à gauche, les téguments étniei 
rompus, ce qui permettait de voir l'intérieur de Tabdomen. De plut, il y avaj 
déchirure des muscles des deux cuisses près du bassin, et une fracture de la braoek 
horizontale du pubis du côté gauche, qui s'étendait jusque dans le trou ovale. Ai 
doeet sur les fesses, les téguments étaioit détachés et le tissu cellulaire profondé 
aent infiltré de sang. 

Obs. 95é — Fracture de côiei et de vertèbres dorsaleSi cmUusiou du cœur, 

par la chute d'un corps lourd. 

Un sac rempli de grains tomba sur un homme âgé de soixante-six ans. Il ] 
eut fracture comminulive de la cuisse droite que l'on amputa. Le lendemain di 
l'opération, le malade mourut. 

Nous trouvâmes (au mois de juin) le moignon sanieux, une anémie générale , 
iMéeux premièref eôtes oasiées sans eechymose extérieure. La partie éroile du 



BLESSURES PRODUISANT LA MORT PAR CAUSt MÉCANIQUE. 191 

péricarde ayait une ecchymose de la grandeur d'une pièce de ^ francs, et aur la 

paroi gauche du cœur, une ecchymose de 5 centimètres de longueur et de i oen- 

tùnètre de largeur, s'étendait sur l'oreillelte et le ventricule. Ainsi, il y avait a^e 

eoDtwion du cœur, ce qui se présente rarement. Une ecchymose de la grandev 

^ la main se trouvait à la région de la troisième vertèbre dorsale. L'apoplfte 

épinease de cette vertèbre était détachée, et la vertèbre eUe-môme était transver- 

(àlenent fracturée. La moelle épinière n'était i%A blessée. Et avec cette blessure 

Jtt aoalade vécut encore hiwi jours I 

<>Ks. 96. — Fraclur$$ muUiplet d'os, déchirure du foie par la chute d'un mdi. 

Un homme de soixante ans fut écrasé par la chute d'unmAt,!! mourut six heures 
^pr-ès. Sur rextérieur du corps il n'y avait aucune trace d'ecchymose. 

Hous trouvâmes une petite fissure dans la partie orbitale de l'os frontal, cinq 
'^^teidncété droit (3* et 7*) étaient fracturées: 170 grammes de liquide sanguinolent 
*^ Inmvaient dans la plèvre ; à la partie postérieure du foie il y avait quatre décbi- 
qai, évidemment, provenaient de quatre cétes enfoncées ; 170 grammes de sang 
it épanchés dans l'abdomen. Il y avait une fracture transversale des deux os 
^^ l'mnt-bras droit et une fracture compliquée du bras droit. Et pourtant le malade 
six heures et n'eut aucune ecchymose à la surface du corps. 

Obs. 97. — Rupture du foie, de la rate, de Vépipîoon et de VestomaCé 

^ homme âgé de cinquante-trois ans montait un sac de blé au moyen d'une 
^^^nlie et d'une roue à Ynanivelle ; ayant lâché la manivelle, celle-ci le frappa vio- 
lent et le tua sur le coup. Il n'y avait pas d'ecchymoses sur la surface du corps, 
^ceplé è la région abdominale à gauche, où se trouvait une place rouge-brune de 
^ centimètres de longueur, parcheminée. 
A l'autopsie on trouva un litre de sang foncé et liquide, épanché dans la cavité 
^^idominale. Le foie présentait treize à quatorze ruptures superficielles qui péné- 
ent dans la substance, dans Tépaisseur d'un centimètre. Il y avait aussi quelques 
a ia surface interne i le lobe gauche était presque détaché et ne tenait 
foe par va mince ligament. L'estomac avait à sa surface postérieure deux dé- 
^^ùnires longues de 8 à 9 centimètres, dont l'une se trouvait à la petite courbure 
^ Tatre à la graade. 

Nous observerons, en passant, que les ruptures de l'estomac sont très rares 

(^Mrpage 105, Part, gén.), enfin la rate était tout à fait écrasée, etl'épiploon, ee 

^«tt très rare, avait une rupture transversale de 6 centimètres de longueur. Il 

jmit aatureUement anémie générale, excepté aux veines très remplies de la 

PteHBèrt 

Ots. 98. — £cra$ement du crdne par une violence extérieure* 

la batelier âgé de quarante et un ans passait debout dans son bateau, sous un pont 
^t lei deax moitiés avaient été soulevées. Ces deux moitiés furent baissées trop 



>- 





192 PARTIE THANATOLUGIQUE. 

vite, de sorte que U tête de ce malheureux fut prise entre elles deux, U y eut des 
blessures très graver qui fbrent suivies immédialement de la mort. 

Outre une anémie générale, nous trouvâmes des blessures de tète énoraie*- 
Toute la moitié droite de la tète avait été aplatie. A gauche, une plaie béante s'éte<^' 
daR depuis le lobule de l'oreille jusqu'à la suture pariétale, cette plaie avait d^^ 
bords nets, traversait les os et laissait voir le cerveau réduit en bouillie. Du c^^^ 
droit il y avait une plaie de la peau correspondant à la suture temporo-pariétale. %^ 
conjonctive des deux yeux n'était pas ecchymosée, ni les paupières ni les autr 
parties de la tète ne montraient aucune trace de gonflement : d'où l'on pouv^ ^^ 
conclure que la mort était survenue subitement. Quand les téguments mous 
crâne eurent été enlevés, toute la partie supérieure de la voûte crânienne se mon 
détachée à bords lisses comme si on l'avait sciée ; des fissures partaient de cet 
fracture de tous côtés et s'étendaient jusqu'à l'os occipital. Du cdté gauche, la part 
écallleuse du temporal était détachée et toute la base du crâne était 
L'hémisphère droit du cerveau était réduit en bouillie, et du côté gauche, la dur 
mère était déchirée. Les ventricules du cerveau étaient remplis de sang noir ( 
coagulé, il y en avait également sur la base du crâne. Remarquons en passant 
c'est là encore une autre preuve de coagulation après la mort (voir page 18). 
qu'il y avait encore de curieux dans ce cas, c'était la séparation nette des os, quo^ ^ ' 
que le corps blessant eût été obtus. Les os étaient très "épais, peut-être étaiei^^ ^' 
ils néanmoins fragiles. 

Obs. 99. — Fracture des doux condyles du fémur par écroulemenl d'un mm — . 

Les deux condyles du fémur droit d'un ouvrier furent complètement détactm^^ 
par l'écroulement d'un mur ; tout le reste du corps était intact. La gan^frène siBr" 
vint dans l'articulation, et le blessé mourut après trois semaines. 

Obs. 100 et 101. — Écrasement ducrdnepar des chocs 

d*ailes de moulin, 

100. — Une petite fille de quatre ans fut frappée par une aile de moulin, s'éva- 
nouit, eut des convulsions de la partie gauche du corps et mourut vingt-deux 
heures après. 

La moitié de la suture coronaire était béante d'un millimètre, ce qui, comme 
tout écartement de suture ct'afi<enne devait faire croire à une violence très grande. 
De cette plaie s'étendait une fissure diagonale dans le pariétal gauche. Sur l'os 
pariétal droit, il y avait vers l'aile de l'os sphénoïde, une fracture avec enfoncement 
des fragments, de la grandeur d'un franc. Après l'ouverture du crâne, le cerveau 
s'écoula comme une bouillie et ne put être examiné dans ses diverses parties. A la 
base du crâne il y avait une fissure dans l'os sphénoïde droit, qui traversait la selle 
turcique, ce qui ne peut avoir lieu qu'après les plus grandes violences. 

101. — Un garçon de trois ans fut frappé par une aile de moulin. Nous ne savons 
rien de l'histoire de la maladie ; on nous annonça seulement que l'enfant, après la 



BLESSURES PRODUISANT LA MORT PAR CAUSE MÉGANIQUE. 198 

Mesiure, avait vécu encore dix- sept jours. Extérieurement il n'y avait i|Be des 

JMoDi peu importantes. A Tangle supérieur et postérieur de l'os pariétal gauehe, il 

j aviit une blessure quadrilatère à bords inégaux qui traversait l'os, et par laqiMlle 

ie cerveau foisait hernie. A la couche interne de l'os pariétal, il y avait une fracture 

m étoile dont quelques fragments pénétraient dans la dure-mère, entourés à$ pus 

'tenant d'un abcès qui avait envahi les deux tiers de rhémisphère gauche du cer- 

Ce cas n'appartient pas aux blessures par instruments contondants, car l'aile de 
n'a touché que légèrement l'enfant, et celui-ci est mort par la suppuration 
»Bisécutive à la blessure. Si nous le rapportons ici, c'est à cause de l'instru- 
it asseï rare qui a fait la blessure. 

Ots. 102. — Blesntres de létemorteUespar une chute dans un escalier, 

Cn officier supérieur en retraite, âgé de cinquante-trois ans, s'étant grisé, fit 
les plaisirs de Vénus à ceux de Bacchus. En sortant des bras de la prè- 
), il tomba dans l'escalier, se blessa gravement, et au bout d'une heure ce 
m*éliit plus qu'un cadavre ! 

A l'autoptie, nous trouvâmes une fissure du crftue traversant tout le pariétal 
favebe, qui avait produit une hémorrhagie du cerveau comme dans Tobs. 8S. Tout 
le cerveau et le cervelet étaient enduits d'une couche de sang foncé moitié eoagidé. 
As mjlieii du pont de Varole se trouvait une extravasation grande comme un noyau 
de cerise. Dans le cœur il y avait une quantité ordinaire de sang. L'estomac était 
Tmpli de chyme coloré de vin rouge. La vessie était remplie d'urine claire. 

• 

Obs. 103. — Rupture de la rate par une chute dans un escalier» 

l'n garçon de six ans fut poussé par un de ses camarades avec toute sa force 
dans on escalier de quelques marches : il mourut cinq heures après. La cause de 
la mort avait été une rupture longitudinale de la rate, qui avait partagé l'organe 
tn deux parties. Et il n'y avait pas de trace de lésion extérieure. 

Obs. 104. — Blessures de tête mortelles provenant d*une chute. 

m 

U est assex rare de voir après une chute d'une petite hauteur, des fissures de la 
^ da crâne. C'est ce que nous observâmes cependant sur une femme de cin- 
quDle-deux ans qui était tombée en montant jusqu'à une armoire et qui était morte 
^W|isix heures après. 

Extérieurement il n'y avait rien à la tète. On trouva intérieurement à l'os tempo- 
ni droit, une fissure triangulaire dont l'un des côtés traversait la base du crâne. 
Aa-deisas de la dure-mère, une coagulation de sang foncé couvrait tout l'hémi- 
iN^ gauche. La pie- mère était exsangue, mais dans la substance des deux hé- 
Mphères, il y avait une extravasation de sang foncé. Dans le quatrième ventricule 
^ 9 avait également une petite extravasation. 



II. 



13 



19ft PARTIE THAIfATOLOGlQUE. 

Obi. 105. — Bl$ssures de tête mortelles produites par une chute. 

iilit ce oat, la hauteur était encore moindre. La gravité des blesaureB s'eiplifie 
parla minceur des oa (3 millimètres). Un homme lige de soixante et doute ans étail 
tomM de toute sa hauteur dans le vestibule d*uno maison, resta sans connaisiancf 
paralysé de tout le cAté ^uehe et mourut deux jours après. 

Extérieurement il n'y avait qu'une ecclvymose légère de l'angle extérieur deflrf 
droit. A l'intérieur, la partie écailleuse de l'os temporal droit était détachée. !>*• 
pariétal droit était séparé par cmq fissures ; sur l'hémisphère droit, au-dessus éil 
dura* mère, il y avait une extravasation de sang coagulé, pesant 90 grammes, qi 
avait comprimé le cerveau. Une extravasation plus petite se trouvait i b hase # 
crâne du cdté gauche.- 

Obs. 106. — Fracture du crdne et des vertèbres^ rupture de la moelle épinièrêf 

par une chute. 



Un maçon Agé du trente-six ans Umba du quatrième étage et mourut 
jours après. 

n y avait une fissure de 4 centimètres au crâne, qui s'étendait ^ la pmi 
arMIale du flroiitil droit Jusque dans la lame criblée de l'os ethmoldal, de plut, 1 
éitttumeiit complet de la neuvième vertèbre dorsale. 

Bu tat ettdrait, la dure- mère de la moelle épinière était déchirée et la imel 
épfliièru rompue. Mous le répétons, ee blessé vécut encore deux jours. 

Obs. 107. — Assassinai; plaies deléte. 

Martrendorf, jeune homme de dix-huit ans, alla chez un cordonnier qu'il coi 
uaiaaait, avec l'intentian, comme il l'avoua plus tard, de lui prendre à tout pri 
uue paire de bottes. Le cordonnier travaillait assis sur une chaise, tout eu pailHi 
la jeune homme passa derrière lui, prit un marteau et frappa a vee- force et à pli 
sieurs reprises sur la tète du cordonnier, qui toinlM et mourut bientOl uprè 
L'assassin raconta ce que j'ai entendu dire souvent par les criminels, qu'aprèsavo 
frapiié le premier coup, voyant sa victime sans mouvement devant lui, il s'éts 
senti saisi d'une fureur étrange et avait frappé avec un acharnement irrésistibl 
(Il y a donc pour ainsi dire une volupté diabolique dans le crime I ) 

Nous trouvâmes en effet à l'autopsie, 24 blessures de tète qui étaient preafi 
taules à la figure. L'oreille gauche était presque arrachée et pendait, les plaies avuiai 
des bords dentelés, moitié nets, moitié contus, d'où l'un pouvait déjà conclut e qut N 
blessures avaient été faites par deux instruments, l'un tranchant, l'autre c«mtOfidan 
ou par un seul instrument présentant ces deux états sur des faces diflTérentai 
L'accusé avoua, en effet, s'être servi des deux côtés du marteau. Il serait fatiguai 
et superflu d'énumérer toutes les blessures qui ont été consignées au procès- vei bai 
il suAru de citer les principales, il y avait fracture verticale de la partie écaillaui 
du temporal gauche, et fracture semi-lutiaire du temporal droit, il y avait aiai 
une fissure béante de la base du crâne traversant tout l'os sphénoïde. Les veinead 



DÉTERMINER S'iL Y A FAUTE D'UN TIERS. 196 

la pie-mére, turtont à gauche, étaient gorgées de sang. Une extravtsation de sang 
com§}iiè correspondant à la fraeture de l'os temporal gauche, dans la grandeur do 
50 ceDlimëlres, pénétrait dans le cerveau. 

Obs. 108. — Ecrasement du crâne par un coup de hache. 

. Uo bomme de soixante ans, aliéné, avait l'idée fixe de vouloir se faire guillotiner. 

I^^ur arriver à son but, il se décida à tuer un garçon de douze ans qu'il chérissait. 

li 1* invita un jour à venir Taider à couper du bois dans sa cave. Il avait eu le sois 

^léposcr des dominos sur le sol de la cave, afin que le garçon en les aperceira^ 

baissât et que lui, pût profiter de ce moment pour le tuer facilement avec sa 

hmebe. C'est ce qui arriva : en entrant dans la cave, 1 enfant se baissa pour ramas- 

*«i^ les dominos et G..., paralysé du côté droit, le frappa de la main gaueha 

*^wt la hache, loi écrasa le crâne et alla de tvite au bureau de police raeouter ca 

^la'il Tenait de faire en priant qu'on le guillotinât bien vile ! Le malhauraux enlaai 

lut transporté sanglant à riidpital et y arriva mort. 

^oùs trouvâmes, à l'autopsie, la partie supérieure du erâne écrasée. Huit frag- 
■>«ata d'of de toutes grandeurs provenant de l'os pariétal gauche, étaient enlbneét 
^^n% la dure-mère, un d'eux avait même percé cette meaabrane. L'oa frontal avait 
*'^ fusures diagonales. La surface du cerveau était parsemée d'extravasaiiont de 
^ng coagulé. Les sinuosités da cerveau étaient remplies de sang. Les extravesa- 
^^s te continuaient dans la subataoce de rhémisplière gauche. A la base du crâne 
^ J avait deux fissures. L'une à l'iile gauche de l'os sphénoïde, l'autre à la baw 
^^ l*os occipital. Le malbaureux aliéné fut mis dans une maison de fous. 

S 4. — Déterminer s'il y a faute d'un tiers. 

Très souvent il s'agit de détermiiifr si le décédé est mort par sa 

^^tile (suicide) ou par la faute d'un tiers (homicide). Dans ces cas 

t« jugement doit se fonder sur toutes les circonstances du fait, sur 

^es combinaisons du i>on sens et enfin sur les résultats de Tautopsie. 

Ce que j^enteads par circonstances du fait, ce sont les révélations 

verbales ou écrites du décédé qui prouvent son intention de se donner 

b iBorty «a bien c'est une circonstance qui prouve que personne n'a 

pu pénétrer dans la chambre où a été trouvé le cadavre. Il peut 

(lifter des probabilités qui font penser à priori au suicide, lorsque, 

pir exemple, le décédé menait une de ces existences qui conduisent 

su désespoir, néanmoins il faut que l'autopsie offre des résultats 

s'sccordant avec ces probabilités, qui à elles seules ne pourraient 

P^ fixer le jugement du médecin. 



190 PARTIR THANAT0L06JQUE. 

L'autopsie, la posilion dans laquelle on a trouvé le cadavre, Texi 
men des vêtements, des instruments trouvés , en un mot le cadan 
avec tout ce qui Tentoure constitueront toujours les éléments les pli 
importants pour le jugement médico-légal. 

Quant à la question : Des hommes morts par suite de blessmn 
tuant mécaniquement doivent- ils la mort à un suicide, aune impn 
dence ou à une main étrangère? on ne peut pas y répondre par in 
seule thèse générale. On peut dire seulement que des blessures pi 
instruments contondants^amenant la mort doivent être regardée 
presque avec certitude comme ayant été faites par la main d'un U«n 
Car combien de fois a-t-on trouvé des suicidés ayant eu recours i « 
procédé? Pour moi, je n'en connais pas d'exemple. Dans les cas s 
les blessures n'ont pas été faites par des instruments contondiii 
on doit, pour se décider, peser avec encore plus de précaution UMU 
les circonstances particulières du cas. 

Si, par exemple, l'endroit où on a trouvé quelqu'un écrasé par ■ 
chemin de fer n'est accessible qu'à la condition d'escalader une haut 
barrière, il y aura toute probabilité qu'il y. a eu suicide. Il peut éli 
plus difficile de juger le cas quand il s'agit d'une chute d'une certain 
hauteur, par exemple d'un escalier ; dans les affaires de ce genr 
il arrive souvent que l'accusé prétend que le décédé s'est laissé tombe 
lui-même. Lorsque le cas n'est pas hors de doute, il est préférable d 
déclarer franchement son incompétence ou de restreindre son juge 
ment derrière les probabilités soutenables. Nous avons déjà aïonlr 
ù l'observation ô8 que souvent l'accusé allègue pour sa défense le 
raisons les plus probantes qui semblent prouver que le décédé i 
trouvé la mort par sa faute; ce cas montre que quelquefois l'autopsii 
peut dévoiler les mensonges et livrer l'accusé ù la justice. Nous aurom 
du reste à reprendre cette question de la faute d'un tiers pour chaqw 
genre de mort violente. 



BLESSURES MORTELLES PRODUITES PAR ARMES A FEU. 107 

CHAPITRE II. 

BLESSURES MORTELLES PRODUITES PAR ARMES A FEU. 
$ 1. — Plftiei produites par «raies à feu. 



Mous raogeons ce genre de mort parmi les morts € mécaniques », 
parce que dans la majorité des cas la mort est produite par la des- 
Iniction du tissu de Torganisme. Le diagnostic de ce genre de mort 
sor le cadavre est des plus faciles, puisque les résultats se voient mani- 
festement à l'extérieur. Nous avons déjà parlé (p. 108) de la nature 
tks armes à feu, nous ne parlerons ici que de leur&elTets. Il^st diffi- 
cik de (aire une description générale des plaies par armes à feu, 
cir OQ sait qu'il n'y a pas deux plaies de cette espèce qui se res- 
semblent. Tantôt c'est un déchirement de toute une région qui rend 
cette dernière méconnaissable, tantôt il n'y a qu'une petite plaie 
presque invisible peut-être dans un pli du corps et qui échappe à la 
première vue. On ne peut donc donner que peu de critériums ayant 
Boe valeur générale. 

Doe plaie par arme à feu peut traverser tout le corps, et on trouve 
l'ouverture d'entrée et l'ouverture de sortie; ou bien elle entre dans 
le corps et y reste, alors il est souvent impossible de retrouver le 
projectile. C'est dans le crâne que ce dernier est le plus facile à trou- 
ver. Mais dans la cavité thoracique et surtout dans la cavité abdo- 
oùnale, lorsque plusieurs organes ont été atteints et que de grands 
<lisordres ont eu lieu à l'intérieur, on le retrouve rarement. 

Les plaies par armes à feu sont en général profondes , ou trou- 
vera rarement la fin du canal formé par le projectile près de l'ouver- 
te de la plaie ; presque toujours l'organe frappé le premier est 
averse dans presque toute sa largeur, ce que l'on explique par la 
pression de l'air qui contribue à pousser la balle outre la force ëe sa 
propre impulsion. 
Les plaies panr armes à feu ont cela de caractéristique que plus 

elles deviennent profondes et plus elles deviennent larges, ce qui est 



200 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

Orfila et, d'après lui, Simon ont adopté une opinion différente, ils 
ont dit que : Si le coup vient de très près ( six à huit pas ) et s*il esl 
très fort, alors les ouvertures d'entrée et sortie sont égales et comme 
si elles avaient été faites avec un emporte-pièce. Mais, comme on H 
voit, on attribue déjà une valeur à la force du coup. 

Si le coup, comme cela arrive ordinairement, déchire et écrase le^ 
téguments de l'entrée, on trouve les bords dans un état que l'on n« 
peut déterminer : de grands lambeaux de peau, des os fracturés se' 
parés par fragments, avec des fissures de toutes sortes, peuvent s« 
montrer, ou bien encore des parties du corps peuvent être sépa- 
rées. 

Quanta la coloration des bords, il y a aussi de nombreuses éiitk 
rençes ; ordinairement si le coup n'a pas tué immédiatement, le 
bords sont plus ou moins ecchymoses et parcheminés. 

Ils sont plus ou moins brûlés et ont une couleur noire charbon 01 
noire sanguinolente différant tout à fait des marques de poadn 
brûlée, car cette dernière produit un plus ou moins grand nombre de 
taches petites, parsemées d'un noir gris. Ces marques de brûlura 
de poudre prouvent seulement que le coup n'a pas été tiré de tris 
loin, c'est-à-dire, d'après mes observations, pas plus loin que trois i 
quatre pieds. Pour la question du meurtre ou du suicide douteux, 
elles ne peuvent être dans certains cû d'aucun secours, ou m 
donner que de simples probabilités ; par exemple, si deux personnes 
étaient ensemble dans une voilure, l'une est tuée par une amu 
à feu et il s'agit de savoir si le coup a été oui ou non tiré pai 
l'autre. 

En général le manque complet de brûlure dans les bords de b. 
plaie permet de conclure, presque avec certitude y que le coup a éU 
tiré de plus loin que quatre pieds, et par conséquent par la maii 
d'un tiers, excepté dans un cas rare où un suicidé a fait des préparatiG 
particuliers pour se tuer de loin. Nous avons vu des caprices de 
suicidés extraordinaires. 

Je ne puis attribuer à l'absence de marques de poudre dans les 
bords de la plaie une valeur absolue et une preuve que le coup esl 



BLESSUHES MORTELLES PRODUITES PAR ARMES A FEU. 201 

reiia de loin, thèse qui pourrait devenir de la plus haute importance 

dans les cas criminels. Car, dans des cas indubitables de suicide par 

arme à feu, je n*ai trouvé ni le noircissement ni les marques de 

brûlures. Dernièrement un fabricant d'instruments se suicida, et on 

trouva dans sa poche une lettre dans laquelle il disait que la cause 

de son suicide était un amour malheureux Le cadavre fut trouvé 

dans le parc, mais il n*y avait pas d'arme à côté de lui, le projectile 

pointu quUI avait préparé lui-même, avait traversé le cœur. La plaie 

a^ait une fomie presque régulièrement triangulaire, dont chaque 

^^lé avait de 2 centimètres et demi à 3 centimèlrt^s. Les bords 

étaient nets, lisses, non ecchymoses et ressemblaient plus à une 

coopure qu'à une plaie par arme à feu ; ni aux bords, ni au cou, ni 

^ b figure il y avait un seul grain de poudre brûlée. 

Si le projectile frappe un endroit couvert de vêtements, Tou- 

^6rture faite aux vêtements est plus petite que celle du corps à 

cause de l'élasticité des étoffes, il peut ne pas les traverser et 

^ pousser dans le corps, de sorte qu'il su£Qt de tirer les véte<- 

'Dents pour faire sortir la balle. Ces derniers cas sont très rares, 

^ais il arrive souvent que de simples lambeaux d'étoffes entrent 

dans la plaie. 

Le canal de la plaie ne peut être examiné ordinairement que lors- 

40*il traverse des parties assez dures, par exemple les muscles des 

■nembres, du dos et des fesses. Mais il n'en est pas de même pour les 

parties molles. Parmi elles, l'organe qui laisse le plus facilement 

^ivre les traces du projectile, c'est le cerveau ; quand on le coupe 

*^ec précaution par couches, on reconnait le canal par un sillon de 

Inmillie sanguinolente qui traverse la masse saine. Dans le cœur aussi 

<^peot quelquefois retrouver la direction du canal; cependant, ordi- 

ittirement, le cœur est tout à fait déchiré par les armes à feu, ainsi 

<|Qe les poumons, le foie et la rate. La direction du canal dans les 

intestins est également difficile a reconnaître, parce que, pour s'o- 

neoter , il est nécessaire de déranger les intestins, et par conséquent 

i^ direction du canal. Dans tous ces cas, c'est seulement la direction 

^l'entrée et de la sortie s'il y en a une, qui peut servir à baser un 



302 PARTIE THANATOLOOIQUE. 

jugement. Dans certains cas, et c*est assez fréquent, la balle se { 
elle-même des directions différentes, glisse sur les surbces Us» 
fait des ricochets sur les os durs, etc., et sort par un endroit auqi 
on est loin de s'attendi'e. Ainsi s^expliquent les cas qui frisent 
miracle, où la vie reste saine et sauve, par exemple après des coi 
par armes à feu dans le cou, qui ne percent pas la carotide, mais d 
les projectiles font le tour de la région. 

La théorie de Bégin est très hasardée, il dit que l'on peut rac 
naître encore par Tétat des cicatrices Touverture d'enlirte et Vow 
ture de sortie. La cicatrice de la plaie d^entrée, dit-il, est ronde, c 
eaye, profonde, la peau est uniformément plissée de la périphérii 
centre, %a même temps blanche et dure, tandis que la cicatrice di 
plaie de sortie est plus petite, irrégulière, proéminente, fornaa 
fente. Il est évident que trop de circonstances peuvent modifie 
forme des cicatrices pour que l'on puisse accepter une telle règle; 
reste, en médecine légale, ce point n'a pas de valeur : car si 
blessé a vécu assez longtemps pour que la cicatrisation se formi 
saura dire lui-même aux juges dans quelle direction le coup 
yenu. 

$ 2. -> Xzpéri«no«f ikites ftur le o«davr«. 

Mes expériences sur le cadavre ont prouvé la différence de réi 
tance des organes morts et des organes vivants (page 183 et sui' 
J'ai trouvé pour les blessures par armes à feu les mêmes résoi 
que pour les blessures par instruments contondants. 

Des balles d'un demi-pouce de diamètre tirées avec un pist( 
ordinaire contre l'apophyse zygomatique à une distance de quatr> 
cinq pieds, ne sont pas entrées, ont contondu des parties et sont re 
nues par ricochets. De même pour les grains de plomb tirés coi 
des c^tes. 

A une distance de trois pieds je tirai avec un pistolet ordinaire 
l'arrière-tête gauche d'un cadavre d'homme adulte, la balle enl 
mais resta dans l'ouverture d'entrée qu'elle plomba comme une d 



BLESSURES PAR ARMES A FEU. -r- EXPÉRIENCES SUR LE CADAVRE. 208 

creuse. Il n'y avait pas la moindre fracture des os crâniens. Combien 
ies os d*un ^i?ant ne seraient-ils pas moins résistants ! 

Une balle pointue tirée à une distance de trois pieds contre le 
ventre d*un adultç couvert de quatre couches de linge, entra dans le 
corps et s'arrêta dans les muscles du dos, la balle n'avait pas entraîné 
avec elle des lambeaux de linge. 

Une balle pointue provenant d'un fusil tiré à la distance de six pas 

eontre le côté gauche de la tête d'un noyé de vingt-quatre ans, entra 

dans les parties molles, fractura la voûte du crâne sans déchirer les 

parties environnantes, et sorlitdu côté droit, le canal put être reconnu 

très facilement dans le cerveau, dont la substance n'était détruite 

€f^aux endroits où la balle avait passé, mais bien entendu sans épan- 

ctiement de sang. Les plaies de la peau et des os avaient la forme 

c^aractéristique des coups par balles pointues sans déchirures et 

sans coloration des bords. 

De la même distance on tira avec une balle ronde sur un autre 
noyé, entre la troisième et la quatrième côte, avec un fusil, la 
balle traversa le corps et en sortit. La plaie d'entrée était comme 
faite avec un emporte-pièce, on pouvait très bien suivre le canal, ce 
<|ui n'aurait pas été possible sur le vivant. La balle avait percé à 
iK^rds nets le lobe supérieur du poumon gauche, l'aorte, le corps 
de la cinquième vertèbre dorsale, le lobe supérieur du poumon droit 
H élait sortie en formant une ouverture à bords moins nets. 

Tous les cadavres sur lesquels on tira des coups de fusil dans le 

cerveau, présentèrent dans cet organe un canal très reconnaissable, 

parce qu'il n'y avait aucun épanchement qui gênât l'observation ; il 

i^'estpas besoin de dire que les bords des plaies ont toujours gardé 

^'aspect cadavérique. Par cette raison, on ne peut confondre les 

coups tirés pendant la vie avec ceux qui sont tirés après la mort. 

Om. 109. — Plaie par arme à feu dans le poumon et la moelle épinière. 

Cq braeonnier toi tné par un conp de fusil ; la balle avait suivi une marche aiiea 
*^Qlière : entrée dans la main gauche, elle était sortie du bras par la région du radhu; 
^ était arrivée dans VaisseUe gauche, avait fracturé la première et deuxième c6te, 



20i PARTIE THANATOLOGlQUe. 

avait pénétré au-dessous de la clavicule dans le thorax du côté gauche, 
le vaisseaux, et avait déchiré la pointe du^ poumon gauche; là elle était pi 
dans le corps de la troisième vertèbre dorsale, avait déchiré la moelle épi 
était restée dans les téguments du dos où on l'a trouvée. 

Obs. 110. — Plaie du foie par arme à feu. 

Le cas suivant a un intérêt plus psychologique que médico-légal. 

Le maçon Klebe vivait avec une concubine ; il soupçonna que son fils i 
vingt et un ans, voulait séduire sa maîtresse ; voulant se venger, et poitn 
jalousie, il se décida à le tuer. La scène du crime fut des plus extraord 
Le ftls dormait dans le même lit que son frère cadet, un petit garçon ; il I 
dans ses bras. Le père s'approcha la nuit de ses enfants, tenant d'une m 
lietite lampe, de l'autre un pistolet chargé ; il se baissa au milieu du lit aii 
pas blesser le plus jeune , mit le pistolet contre le ventre de son flla 4 
partir l'arme, et le tua sur le coup ! 

Nous trouvâmes à l'autopsie tout le foie et la vésicule du Ael réduits en I 
il n'y avait que le lobe de Spiegel conservé. 1 kilogramme de sang liquide 
était épanché dans la cavité abdominale. La balle avait encore traversé 
interne de la rate, et était entrée dans la huitième vertèbre dorsale. Ce pèr 
turé fut condamné à mort et exécuté. 

Obs. 111. — Coup de feu dans Cépiploon et l'intestin grêle. 

Pendant les exercices de la garde nationale, une femme de cinquante ans 
par accident. Elle se trouvait à vingt pas, la balle d'un fusil entra dam 
gion hypogastrique droite et sortit au bord droit du sacrum. La blessée vécu! 
deux jours. 

La plaie d'entrée avait des bords renversés en dehors par suite de la putri 
commençante, inégaux, ecchymoses, de la largeur de 6 millimètres; ces b 
contenaient pas de marques de poudre brûlée à cause de réloignement. U 
de la plaie dorsale étaient également renversés en dehors, mais pas ecchymi 
balle avait traversé l'épiploon et avait déchiré une partie de l'iléon. Dansl 
abdominale il y avait des fèces et 250 grammes de sang coagulé. Tout le 
était anémique. 

Obs. 112. — Plaie de léte mortelle par arme à feu. 

Pendant la révolution de 1848 à Berlin, la garde nationale avait tué deux ii 
Un d'eux avait reçu trois blessures par armes à feu dans la tète, l'une à l'an 
droit du frontal, avait fait une plaie déchirée, presque triangulaire, de 
giieur de 2 centimètres, l'autre, à 1 centimètre à droite de la première, s 
une plaie de la grandeur d'une pièce de 50 centimes à bords déchirés ; la tn 
à la tubérosité de l'os pariétal droit, avait i centimètre de diamètre. 



BLESSURES PAR ARMES A FEU. — OBSERVATIONS. 205 

Ui trois Uessures avaient fracturé le crâne et déchiré rhémisphère droit du 
cerveau. Voici probablement comment ces blessures avaient été faites. Un fusil 
à deax coups avait été tiré, les deux balles étaient entrées ensemble par l'os pa- 
néUl et, divergeant à l'intérieur selon la loi ordinaire, elles s'étaient faites chacune 
une ouverture de sortie dans le frontal. L'instruction confirma notre explication ; 
il lut démontré que pendant la scène il n'y avait eu que deux coups tirés, dont 
cbMop avait frappé l'un des insurgés; le cas suivant montrera ce qu'avait produit 
le second coup. 

Obs. 113. — Coup de fusil mortd dans ta tête. 

C'était un cordonnier de trente ans, un héros de batricade. Au moment où le coup 
ht tiré, il criait (ou peut-être il bâillait), car la balle était entrée dans la bouche 
et était sortie à la partie droite du cou, à 2 ceetimètres des apophyses épineuses 
et» iixième et septième vertèbres cervicales ; là se trouvait une plaie ronde â borda 
Mirés et gonflés. La langue était déchirée jusqu'au milieu et pendait de la bouche 
ea lambeaux sanguinolents. Les dents manquaient du côté droit, tout le maxillaire 
inftriiQr était fracturé sans que les téguments extérieurs fussent l>leués, La balle 
n'avait pu atteint les grands vaisseaux du cou. La putréfaction déjà avancée ne 
permit pas d'examiner le cerveau, mais on vit de nombreuses fissures à la base du 
erioe. Il est asses extraordinaire que le projectile n'ayant pas touché le crâne, y ait 
produit de telles fissures. 

Ob3. 144. — Coup de feu mùrlel dans la tète, • 

Dans ce cas, le projectile était resté dans le cerveau. C'était un grain de plomb 
anei gros, qui avait tué un garçon de treize ans. Le projectile était entré au 
milieu de l'os pariétal gauche et avait entraîné avec lui deux petits fragments d'os 
jnque dans le ventricule gauche du cerveau. La petite balle fut trouvée à la base 
do cervelet. Depuis l'ouverture d'entrée dans l'os jusqu'à la suture lambdoYde du 
^ droit, s'étendait une fissure transversale. Outre cela, dans la partie basilaire de 
l'iedpital se trouvait une fracture à fragments. 

Obs. 1 15. — Plaie de tête mortelle par une balle pointue. 

In farcon de quinze ans fut tué d'un coup de fusil par accident. La blessure était 
> l'occipital du côté droit, près de l'os pariétal. Elle consistait en une ouverture très 
inéfilière, moitié triangulaire, moitié ronde, avec des bords plats non renversés en 
dedans et peu eeehyroosés. Il n*y avait pas de brûlure, car le coup venait de cent 
toquante pas. Cette plaie était pénétrée à travers l'os, et la balle fut trouvée dans 
^cerveau près de l'os. La plaie était déchirée à sa base. Un témoin expliqua que 
la balle avait d'abord frappé sur une planche et avait fait un ricochet dans la tête, 
^i|vidounela raison du peu de ravages qu'elle o faits, et de sa déchirure. Le . 
Strçoa avait vécu encore trois jours. La moitié postérieure de l'hémisphère droit du 
c^eau n'était plus qu'une bouillie purulente. II est intéressant de noter que ce 

BMurtre par accident était attribué à deux personnes, dont l'une s'était servie d'une 



SOS PARTIE THANATOLOOIQUE. 

balle pointue et Taulre d'une balle ronde, et que la balle pointue trouvéedaB 
erâne désigna le coupable imprudent. 

Obs. 1 !6. — Plaie de télé mortelle par une balle poinlue. 

La balle étail entrée du côté droit de la nuque, elle avait fait une plaie p 
comme une pièce de 20 centimes, dont les bords étaient un peu renversés en de 
et présentaient une ecchymose de 4 millimètres ; la balle avait traversé la U 
était sortie par la joue droite, elle avait formé une plaie triangulaire, longue 
centimètre, dont les bords étaient étroitement ecchymoses, moua et non renvi 
Toute la base du cerveau était couverte de sang noir coagulé. Le rocher 
était détaché, et des fissures en zigzags s'étendaient dans le temporal fa 
Toccipital. 

Obs. 117. — Plaie de télé mortelle par une baUe pointue. 

Dans rémeute du 16 octobre 1848, à Berlin, un homme de vingt et un ai 
tué par une balle qui était entrée au milieu de la joue droite. La plaie était 
près ronde, de la grandeur d'une pièce de 2 francs, les bords étaient secs, 
brûlés dans l'étendue de i centimètre, d'où Ton pouvait conclure que le coup 
été tiré de très près. La balle avait traversé la télé et était sortie près deTapoi 
mastoïde droite. La plaie triangulaire avait des bords mous et non ecctayB 
Toute la paroi droite du crâne était fracturée, la grande aile droite de l'os 
noïde était détachée, ainsi que le rocher et une partie de Tôt occipital. Toi 
base du crâne ainsi que le cervelet étaient couverts de fang coagulé. 

Obs. 118. *- Plaie par arme à feu de la veine popUtée. 

Encore pendant les exercices delà garde nationale, un malheureux enfant de 
ans fut tué par accident. Ici c'était une hémorrhagie de la veine poplitée qui 
produit la mort. La balle était entrée au-dessous du jarret droit, avait chemi 
dedans en dehors sans toucher à l'articulation et avait fait une blessure de 2 < 
mètres à la veine poplitée, puis était sortie. L'entrée de la plaie était ronde, les 
nets, lisses, secs, ecchymoses et un peu renversés en dedans ; l'ouverture de 
était plus petite, les bords étaient déchirés et renversés en dehors. La plaif 
remplie de sang coagulé. Il y avait anémie complète du corps, à laquelle pi 
paient même les veines du cerveau, ce qui est rare. 

Obs. 1 19. — ' Coup de feu dans le cœur et dam le pownom. 

Pendant l'émeute du 16 octobre 1848, à Berlin, un gardien était tranquille 
dans sa cabane, lorsqu'il fut atteint par une balle qui entra dans la poitrine 
la région du sternum, et atteignit le cœur qu'elle déchira ainsi que le lobe supi 
du poumon gauche. 11 y eut grand épanche meut de sang dans la cavité et 
immédiate. La balle n'était pas sortie du corps, mais ne put être retrouvée. 



BLESSURES PAR ARMES A PEU. -^ OBSERVATIONS. 207 

Ois. 120. — Plaie par arme à feu de la vem$ cène, 

Ufrix okservatkms suivantes se présentèrent dans l'émeute du 16 oetolMre 1848. 

T... reçut une balle dans le ventre qui blessa la veine cave. Il y eut un épaa- 
eikeaieflt d'un kitoframme de sang moitié coagulé dans la cavité abdominale. La 
Hiit d'entrée était au-dessus de la crête de l'os iliaque gauche, les bords étaient 
wcbinoiés dans une étendue de 4 millimétrés ; il n'y avait pas de plaie de sortie, 
it II kiUe ne put être retrouvée. 

Ois. 121 . — Plaie par arme à feu dans la crosse de l'aorle et le poumon. 

C..., âgé de dix-huit ans, reçut une balle entre la deuxième et la troisième cèle 
pvebe, qui sortit dans la région de l'omoplate droit, le projectile, ce qui est asatc 
atrsordinaire, avait blessé la crosse de l'aorte sans toucher le poumon gauche. 
Cette blessure, de la grandeur d'une pièce de 50 centimes, avait des borda non eceby- 
iDoiès. La balle avait traversé le lobe supérieur du poumon droit qu'elle avait déchiré. 

n y mit dans les deux plèvres deux épanehements de sang foncé liquide. Jkuw 
cette mort subite par hémorrhagie, les veines du cerveau n'étaient pas anémiquit. 

Obs. 122. — Coup par arme à fm dan» k diaphragme el le pammon. 

L'ouverture était entre la cinquième et la sixième côte droite. Les bords étaient 
renTersés en dedans, ecchymoses et durs. Le Ibie feisait homie dans le thorax^ éti- 
deonent le diaphragme avait été déchiré par la balle. En même temps le lobe 
islêrieiir du poumon droit était déchiré, la balle avait cheminé de haut en bas. 

Obs. 123. — Plaie par balle pointm dm pownon et de la veine cave. 

H s'y avait qu'une ouverture de la grandeur d'un petit pois à la surface interne de 
fiiiseUe droite à bords ecchymoses. Aucune autre lésion sur lecadavie. Cette blés- 
Mvi était cachée, et ce n'est qu'après avoir tourné plusieurs fois le cadavre que 
Murapcrcûases. La balle était entrée dans la poitrine, avait traversé le lobe supé- 
rinv da pouflBon droit et avait déchiré la veine cave. Il y avait dix-huit onces de 
nsc coagulé dans les plèvres ; la balle ne fut pas trouvée. 

Obs. 124. — Coup par arme à feu dans le cœur el les poumons, 

U balle était entrée entre les sixième et septième cMes gauches. La plaie était 
> pm près ronde, avait 1 centimètre de diamètre et provenait d'un fVisil ordi- 
Mire. Les bords étaient durs, non renversés en dédanv, et ecchymoses. La balle 
»ait Inversé les muscles inle^co^taux, le lobe inférieur du poumon gauche et le 
P^ncarde, svait déchiré le ventricule gauche du cœur et était entrée dans le lobe 
■*Krie«r du poumon droit dans lequel elle était restée. Dans la plèvre gauche il y 
iviit 120 grammes de sang épanché coagulé, dans la plèvre droite 600 gramUies. 



208 PARTIE THANATOLOGIQUB. 

Ors. 1 25. — Plaies par armes à feu dant te poumon et V artère fémorek 

Cet homme a été tué pour ainsi dire deux fois. Une balle avait déchiMri 
fémorale droite à peu près au milieu de la cuisse, une autre balle avait pi 
dans la région acromiale du côté gauche, avait fait une plaie de la gn 
d*une pièce d'un franc, ecchymo^ée, au fond de laquelle on apercevait la eh 
écrasée ; puis elle avait traversé la pointe du lobe supérieur du pomnon fi 
avait fracturé l'apophyse transversale de la première vertèbre dorsale gM 
était soRtie. 

La plaie de sortie était analogue à la plaie d'entrée, seulement plus petite < 
des bords renversés en dehors. Il n'y avait que 60 grammes de sang é| 
dans la plèvre gauche, ce qui est très peu pour une plaie pénétrante du po 
Tout le corps était anémique et évidemment l'hémorrhagie mortelle était m 
l'artère fémorale. Si deux coupables avec intention criminelle avaient tiré i 
un de ces deux coups, cette mort aurait donné lieu à des discussions intéreai 
puisque le coup dans la poitrine n'avait pas tué et avait atteint un homme 8 
lement bleasé. 

Obs. 126. — Mort par plate <r arme à feu dans le diaphragme» 

Un jeune homme et sa maîtresse voulurent se tuer ensemble. Le jeune I 
chargea un pistolet à deux coups en mettant dans chaque canon une demi-balle 
l'arme sur la poitrine de la femme et fit partir le coup, puis il essaya de se t 
second coup, mais la balle resta dans le canon. La jeune femme blessée mais 
encore, lui conseilla de se poignarder, ce qu'il essaya avec un couteau e 
rasoirs, mais en vain, alors sa maîtresse mourante lui cria de se pen< 
essaya de le faire en attachant une serviette à un bouton de porte, mais il 
tout à fait la tète et ne réussit encore pas. Il fut arrêté, condamné à mort, a 
peine Ait commuée en un emprisonnement perpétuel. 

Trois jours après, nous eûmes à faire l'autopsie du cadavre de la fille qi 
déjà putréfié. Entre la septième et la huitième côte gauche, l'estomac faisi 
nernie de la grandeur d'une tête d'enfant. Il était tellement putréfié, qu'en réii 
la hernie, l'organe creva. La plaie extérieure était longue de 5 centimètres e 
de 1 centimètre et demi, avec des bords peu renversés en dedans, secs, non 
mosés, sur lesquels étaient parsemés des grains de poudre. Les deux côtes aii 
les poumons étaient intacts ; il y avait un épanchement de sang dans chaque | 
120 grammes dans le côté gauche, 60 grammes dans le côté droit. Le cœui 
grands vaisseaux étaient intacts, mais le diaphragme était déchiré dans U 
moitié gauche. Par cette rupture, l'eslomac avait fait hernie dans la poitrine 
là à l'extérieur entre les côtes comme nous l'avons dit plus haut. L'estoma 
blessé également, présentait une plaie de 5 centimètres de diamètre ; à la partie 
rieure elle était ronde, à bords nets, non ecchymoses. Les autres organes du 
étaient intacts ; la balle ne put être trouvée dans la cavité abdominale. 



BLESSURES PAR ARMES A FEU.— Y A-T-IL FAUTE D'uN TIERS? 209 
$ 3. — SAtcnniner «'il y a fkote d'un tier«. 

Outre ce que nous avons dit plus haut , sur cette question efi 
général, il faut examiner pour les blessures par armes à feu les 
circonstances suivantes : 

1* La position du cadavre. Je n'admets pas, comme beaucoup 
d'aateurs, que lorsqu'on trouve un individu tué par afme à feu , 
conché sur le dos, il faille en conclure qu'il y a eu suicide, pas plus 
que des hommes qui sont tombés en avant ne doivent avoir été tués 
par une main étrangère, car j'ai vu des suicidés indubitables qui ont 
été trouvés couchés sur le ventre. Le médecin légiste n'est pas ordi- 
nairement présent à la levée du cadavre, c'est pourquoi je ne puis 
pas rapporter à ce sujet des observations en grand nombre. J'ai vu 
soo?ent des suicidés qui s'étaient coupé la gorge et qui se trouvaient 
dans la position où ils avaient trouvé la mort ; le plus souvent je les 
u TUS sur le dos, mais quelquefois aussi sur le ventre. Il semble 
que la différence dépende delà position de l'individu au moment où il 
*reçu la blessure. En tous cas, comme les observations ne s'accor- 
dent pas, il faut poser la thèse suivante : On ne peut ]^as décider 
''il y a eu suicide ou meurtre par la position seule dans laquelle 
^ a trouvé le cadavre. 

3* La présence ou V absence de l'arme à côté du cadavre ne 
peut rien prouver , car l'arcne peut être volée après la mort du 
suicidé , ce qui arrive chez nous assez souvent si l'arme est encore 
en bon état ; d'un autre côté l'assassin peut poser avec intention une 
inne à côté de sa victime pour écarter l'idée d'un crime. L'observa- 
lion 136 prouve qu'il peut se présenter les circonstances les plus 
eitriordinaires ; on trouva dans ce cas un pistolet chargé à côté d'un 
iMH&me tué par un coup de feu dans le cœur. Dans un autre cas, deux 
pistolets à deux coups furent trouvés à côté du cadavre, trois ca- 
nons étaient brisés, c'était un homme de quarante ans , qui s'était 
suicidé dans un hôtel : le cadavre avait une blessure dans la région 
abdoDùnale gauche par laquelle sortait un morceau d'intestin , une 

U. 14 



210 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

autre blessure dans la région ombilicale et une troisième, évidem- 
ment la dernière, au front, montrait la tète écrasée. 

Si l'on trouve Tarme à côté du cadavre, on peut quelquefois par 
Tétat de cette arme tirer des probabilités, par exemple, chei les 
suicidés de la classe pauvre on trouve des pistolets vieux et en 
mauvais état, ou des armes préparées par eux-mêmes qui n'auraient 
pas été employées par un meurtrier. C'est une circonstance que je 
ne trouve nulle part mentionnée et qui me semble pourtant avoir de 
l'importance. Il y a encore probabilité de suicide lorsque l'on trouve 
une arme qui a éclaté parce que les suicidés chargent ordinairement 
trop leurs armes, tantôt pour être sûrs du succès de leur opératioDy 
tantôt par ignorance. 

Tous les auteurs recommandent de comparer la balle qui a tué avec 
le calibre de l'arme. Je ne vois pas trop à quoi peut servir cet exa^ 
men, car il n'arrivera pas que l'assassin posera près de sa victime 
une autre arme que celle qu'il a employée. Du reste, pour faire cette 
comparaison, il est nécessaire avant tout d'avoir.... la balle; on M 
l'a pas lorsqu'elle est sortie du corps et même dans beaucoup (te 
cas où elle est restée dans le cadavre. Enûn, cet examen est impoS' 
sible quand le projectile est constitué par des grains de plomb, ou9i 
c'est une balle, quand elle est déformée par une cause quelconque ; 
car lui rendre sa forme, comme le conseille Bock, est une expé- 
rience très incertaine contre laquelle le défenseur de l'accusé 
protesterait avec droit. Quant à l'examen des restes de poudre 
sur le canon et les expériences de Boutigny, nous en avons parlé 
page 108. 

3* Uétat des mains du cadavre ou du moins la plupart du temps, 
l'état de la main droite, n'a pas la valeur qu'on lui attribue ordi- 
nairement, cependant elles méritent d'être examinées et peuveni 
offrir des renseignements utiles. Ainsi, lorsqu'on trouve le pistolet 
serré dans la main du cadavre, c'est une preuve certaine du suicide, 
quelquefois on ne peut retirer l'arme qu'en sciant les doigts; je dis 
une preuve certaine, car il serait impossible à un tiers de produire 
cet effet après la mort. 



BLESSURES PAR ARMES A FEU. — Y A-T-IL FAUTE D'UN TIERS? 211 

Kusmaul (I) prétend le conlraire. Il dit que la rétraction 
coflTulsive de la main survient avec la rigidité cadavérique. Il dit que 
si Ton met un pistolet dans la main d'un cadavre pendant la période 
éi relâchement, on verra dans la période de la rigidité les doigts ser- 
rant tellement l'arme qu'il sera difficile de les en séparer. J'ai fait 
des expériences nombreuses qui m'ont prouvé que cette opinion est 
erronée. J'ai mis dans la main d'hommes qui venaient de mourir 
ëepnls quelques instants à l'hôpital, et certainement avant le com- 
Bencement de la rigidité , des morceaux de bois , des manches de 
pistolet et d'autres instruments, puis, fléchissant les doigts, j'ai en- 
veloppé la main tenant l'instrument avec des mouchoirs , j'ai main- 
tenu le tout serré avec du diachylon et j'ai attendu la rigidité. Dans 
Unis les cas, sans exception, l'instrument put être enlevé avec la plus 
frande facilité-, ainsi quand l'arme est serrée dans la main du ca- 
davre il faut conclure qu'il y a eu suicide. 

Malheureusement cette circonstance se présente très rarement. 
Des fractures des doigts, des écorchures dans la main sont moins im- 
portantes, mais cependant peuvent être ajoutées aux circonstances 
probantes. Les blessures de cette espèce peuvent avoir une autre 
origine et peuvent aussi provenir d'une lutte avec Tassassin. 

On attribue une grande valeur aux taches noires qui se trouvent 

quelquefois dans la main : si elles proviennent de la poudre brûlée, 

fl est très probable qu'elles ont été produites par le coup de feu et 

qu'il y a eu suicide, les exceptions sont très rares ; mais il faut être 

bien sûr que la couleur noire de la main provient de la poudre brûlée. 

Les ouvriers qui travaillent les métaux présentent une coloration noire 

qù peut induire en erreur (obs. 133). Il faut laver la main avec soin, 

on éloignera ainsi la rouille de métal, mais la poudre brûlée restera. 

S'il n'y a pas de poudre brûlée, on ne peut rien en conclure, car 

le soieidé peut avoir eu des gants que l'on ne retrouve plus après la 

OKffl par une raison quelconque, ou bien il peut ne pas s'être servi 

^ ses mains (obs. 128), et même chez ceux qui ont tiré le coup 

0) i^rajer, VierteljahrsKhrift, 1856, 50« vol., p. 113. 



212 PARTIE TUANATOLOGIQUE. 

avec la maia et sans gant on ne trouve pas toujours de la poudre 
brûlée dans la main, pas plus que chez les soldats ou les chasseurs* 
La main n'est brûlée que quand Tarme a été employée avec mala- 
dresse et quand cette arme est à pierre; les blessures â la roainsoal 
également le résultat de maladresses, c*est pourquoi dans la plu- 
part des suicides on ne trouve aucun signe aux mains. 

à** La direction de la balle est souvent la seule base du jugement 
Qu'on se rappelle les difficultés que nous avons exposées à cet égan 
page 197. D'un autre côté on sait que des assassins, afln de cache 
leur crime et faire croire à un suicide, choisissent les endroits et k 
directions qui sont propres aux suicidés, tels que la bouche, la ri 
gion temporale, le cœur. Cependant il se présente des cas ou la di 
rection de la balle peut prouver l'impossibilité absolue du suicide 
Par exemple lorsque la balle a cheminé d'arrière en avant ou de hn 
en bas. Ces cas sont rares. 

Si l'ouverture d'entrée se trouve au fond du gosier (obs. 131] 
si on trouve la bouche pleine de poudre brûlée (obs. 138), o 
n'hésitera pas à admettre qu'il y a eu suicide. Mais un jugeroei 
aussi hors de doute est rarement possible. Là, comme ailleurs, il fin 
se garder d'un scepticisme outré, sans quoi sur 100 observations o 
laissera 99 fois la justice dans le doute, et le bon sens se révolt< 
contre une telle manière d'agir. 

Tous les jours on se suicide , tandis que les assassinats sont rela 
tivement rares. La statistique démontre que le suicide par arme i 
feu est le plus fréquent en Prusse, après le suicide par pendaison 
D'un autre côté, des accidents chez des soldats, des chasseurs, etc. 
sont très fréquents ; ainsi à priori la vraisemblance est pour le sui 
cide. Dans les cas douteux le médecin légiste devra s'efforcer de ré- 
diger son rapport de manière à ne pas arrêter les recherches de h 
justice; par exemple, il devra dire que l'autopsie parle pour V 
suicide avec ( plus ou moins grande) vraisemblance, ou bien que le 
résultats de l'autopsie ne s'opposent pas à ce que l'on admette qn 
le décédé est mort par suite d'un suicide ; ce qui vaut mieux qiK 
de déclarer son incompétence. 



BLESSURES PAR ARMES A FEU. — Y A-T-IL FAUTE d'uN TIERS? 213 

Ois. 127. — Homicide par arme à feu. Blessure de la veine jugulaire thoracique 

et du poumon. 

Le coupable avait tiré deux coups de pistolet chargé avec de gros grains de poudre 
Mtr sa maitresse qui l'avait répudié. L'un des coups avait blessé les téguments de 
l'abdomen et l'autre était entré dans la poitrine. L'hémorrbagie fut de peu d'impor- 
tance, comme je pus le voir moi-même une demi-heure après le fait. La blessée ne 
sMorul que cinq jours après. Quoique le coup eût été tiré de très près, la plaie da 
la poitrine qui était située à la partie supérieure du sternum, avait un centi- 
inètre et demi de diamètre, les bords étaient noirs, brûlés, mais pas ecchymoses. 
Néanmoins, la grande proximité de l'arme était prouvée par de nombreuses taches 
^poudre sur la joue gauche. La paroi antérieure de la veine jugulaire thoracique 
droite était déchirée. A la pointe du lobe supérieur du poumon droit, il y avait deux 
pbiei de la grandeur des grains de plomb qui avaient traversé tout le poumon et 
avaient divergé, de sorte- qu'à la partie la plus postérieure ils étaient écartés de 
2 centimètres. Sur le côté droit du diaphragme on trouva les deux petites 
balles. La plèvre droite était remplie de 100 grammes de sang liquide et foncé. 
ToQslet autres organes étaient intacts et anémiques. Le cas était facile. L'accusé 
hl condamné. 

Obs. 128. — Suicide par un coup de feu dans le poumon gauche, 

Cn Jeune étudiant en médecine, depuis longtemps mélancolique, résolut de se 
iiicider. Il attacha un pistolet à deux coups au pied d'une table, lia un morceau 
^'éponge à la partie inférieure d'une canne, s'assit sur un canapé, alluma l'éponge 
*1 l'approcha de la poudre qui prit feu. 11 avait eu soin de se courber en avant aûn 
ise le coup le frappât au cœur. Les balles ne touchèrent pas le cœur, mais déchi- 
f^t le poumon gauche, elles sortirent du dos en directions divergentes et resté* 
fcot dans le canapé. Le malheureux vécut encore cinq heures et raconta exacte- 
■mt comment il avait procédé. Il est évident que dans ce cas la main ne pouvait 
^ ni trace de poudre ni blessure. 

Ou. 129. — Suicide douteux. Coup par arme à feu dans le diaphragme et wous 

la rate. 

Dq homme de quarante-huit ans fut trouvé, au mois de janvier, mort dans une 
■are. Son paletot et sa redingote étaient boutonnés jusqu'au cou, son habit et sa 
cbegiiie étaient Intacts. On croyait avoir trouvé un nuyé, mais en le déshabillant 
•B vit dans le côté une plaie par arme à feu. 

Kons trouvâmes à l'autopsie que le projectile avait percé le diaphragme ol la rate 
^^ resté dans les muscles de la colonne vertébrale. Les poumons étaient intacts 
^ le contenaient pas de liquide épanché, la trachée-artère renfermait un peu d'é- 
<*Be sanguinolente, \t cœur droit était gorgé, le gauche vide. La plèvre gauche 
^^^^nA 250 grammes de sang, la langue était entre les dents. Les veines et les 



*' 



% 



a h PAllTIE THANATOLOGIQUE. 

sinus du crâne étaient congestionnés ; dans l'estomac il y avait 200 grammei 
d'eau d'un brun sale. Le corps était très obèse. 

Dans la maison voisine do l'endroit où fut trouvé le cadavre, on avait entendu è( 
l^and matin les chiens aboyer, et Ton pouvait voir sur la neige des traces de pi 
allant jusqu'à la mare et venant d'une place peu éloignée. Le cas était asic 
difficile. 

Nous rapportâmes que bien que le coup ait été mortel, la mort a pu ne pas èti 

instantanée. Le blessé, disions-nous, a pu encore faire quelque pas jusqu'à la ma 

où il s'est noyé, comme l'indiquent quelques signes de la mort par submersion, q 

nous avons notés plus haut. Nous devons admettre qu'il y a eu, dans ce cas, suiek 

car ce n'est qu'ainsi qu'on peut expliquer la circonstance curieuse des habits bo 

tonn<&s, en acceptant que la vie a continué après le coup deféu. Un assassin, s'i 

en avait eu un, aurait dû tirer sur le corps à nu, et alors comment expliquer' 

habits boutonnés? Puis, comme l'autopsie prouve que la mort a été achevée pai 

submersion, il est plus probable que cet homme n'ayant pu se tuer avec le pitli 

et persistant dans l'intention de se donner la mort, se mit à boutonner son pah 

comme le font souvent les gens qui prennent une résolution énergique, et eut 

cours au second moyen de suicide qui se trouvait à sa disposition. On a trouvé 

pistolet dans la poche de l'individu, mais cela ne prouve ni pour ni contre le i 

cide. On reconnut plus tard quel était cet homme, et la justesse de notre jugem 

fut constatée. 

Obs. 130. ^ Suicide douteux. Coup de feu mortel dans la tête. 

Un jeune homme de dix-neuf ans était mort par un coup de feu dans la tète, 
trouva la montre du jeune homme encore dans sa poche, mais l'arme ne ftit 
trouvée, et à cause de cette circonstance, une instruction judiciaire fut ouverte 
l'autopsie fut faite. 

La balle était entrée par le milieu du front et elle avait déchiré les téguroenti 
forme d'un M. Au fond de la plaie il n'y avait pas de marque de poudre brûlée 
trouva à l'os occipital une plaie de sortie. La fracture de l'os frontal présentait 
ouverture d'un pouce de diamètre, tandis que l'ouverture de l'os occipital laii 
à peine passer la pointe de l'index. Toute la voûte du crâne était fracturée exc< 
à une petite place de 5 centimètres à l'arrière-tête. Toute la surface du cerv 
était couverte de sang, tout le cerveau était déchiré. Ces circonstances parlaient^ 
le suicide, nous déclarâmes que l'autopsie n'avait donné aucun résultat s'oppoi 
à l'admission d'un suicide. 

Obs. 131. — Suicide douteux. Coup par arme à feu. 

Un homme de trente-cinq ans fut trouvé tué par un coup de feu. Le corps ei 
avait l'aspect chair de poule. La direction du canal que s'était frayé la balle était 
remarquable. La balle était entrée au milieu de la voûte du palais, où l'on voyait 
ouverture nette et ronde ; à partir du pont de Varole on pouvait suivre le canal i 
la cerveau, car très peu de sang était épanché. Au milieu de l'os occipital, 



BLESSURES PAR ARMES A FEU. — Y A-T-IL FAUTE d'UN TIERS? 215 

frapaent d'os de la grandeur d'une pièce de 5 francs avait été détaché, et derrière 
eefragmeot, entre l'os et la peau, on trouva deux demi-balles. Rien aux mains. 
Nianmoiui, vu l'endroit par lequel était entrée la balle, il y avait tout lieu d'ad- 
oetlre un suicide. 

Obs. 132. — Balle pointue dans le cœur elle cerveau. 

Do serrurier se fabriqua grossièrement deux balles pointues, et avec l'une 
d'elles il se donna la mort. On trouva l'autre dans sa poche avec un paquet de 
pondre. 

Une fracture fraîche à l'index gauche indiquait qu*il avait tiré de la main gauche. 
Ulttlie était entrée dans la poitrine où elle avait fait une pls^'e à bords nets avec 
tto iDgIe aigu, comme cela se passe ordinairement pour les balles pointues. La 
plaie était longue de 8 millimètres, les bords étaient renversés en dedans, le pour- 
tour était ecchymose et brillé. La balle avait pénétré à travers le péricarde, avait 
déchiré le ventricule et l'oreillette droite, avait blessé le bord droit du poumon 
favche, et était resté dans les téguments du dos. Il n'y avait qu'un léger épanche- 
nentde sang dans le péricarde. 

Obs. 133. — Balle pointue ayant traversé la rate et le cœur. 

U cadavre d'un homme de trente ans présentait à 4 centimètres du mamelon gauche 
neooverture ronde d'un centimètre de diamètre, à bords nets, qui n'étaient renversés 
Bîefl dehors ni en dedans, lisses, secs, foncés dans une étendue de 6 centimètres. 
Li plaie était parcheminée et non ecchymosée. Les doigts étaient fléchis et roides. 
U première phalange de l'index gauche était fracturée ; en outre, il y avait une plaie 
HBglante de la grandeur d'un petit pois à la surface palmaire du même doigt, au- 
dessous de la fracture. La surface palmaire de la main était couverte de sang sec. Les 
deoxpains étaient sales, d'un noir gris, mais la couleur disparut par le lavage. Le 
décédé était ferblantier. Dans la région de la neuvième vertèbre dorsale, a gauche, 
Seettimètres plus bas que la plaie antérieure, il y avait une plaie semi-lunaire 
d'ia eeotimètre de diamètre, à bords nets, non ecchymoses, et qui n'étaient reu- 
«wiés ni en dehors ni en dedans, une plaie enfin ayant tous les caractères distinc- 
tifc de celles qui sont produites par des balles pointues. Cette plaie était absolu - 
■nt anaîogne à celle que Ton aurait pu faire sur un cadavre avec un couteau 
trucbant. 

b disséquant, nous trouvâmes la cinquième côte cassée, tout le pourtour était 
isAltré de sang coagulé, une déchirure se trouvait au ventricule gauche du cœur, 
ce^ dcTaii fiiire admettre que la mort avait été subite. Dans ce ventricule il y 
«niteneore un peu de sang coagulé. Le cœur droit et les grands vaisseaux étaient 
iitaetset vides. Toute la plèvre gauche était remplie de sang moitié liquide, moitié 
Mifvlé. Les deux poumons étaient intaets. La balle, après avoir frappe le péricarde 
A le cour, était entrée par le diaphragme dans la cavité abdominale et avait 

Me$sè le bord supérieur de la rate ; donc le décédé avait tiré avec la main gauche, 

^ la balle avait traversé le corps de haut en bas et d'avant en arrière. 



216 PARTIE THàNATOLOGIQUE. 

Obs. 134. — Suicide par coup de feu dans la tête sans balle. 

Le cadavre d'un homme de vingt-cinq ans présentait une plaiedela grandeur d'une 
pièce de 5 francs, ronde, dans la région temporale droite, mais pas de plaie desortie. 
Les téguments mous étaient déchirés et sanglants. Les deux os temporaux étaient 
fracturés, il y avait des fissures à la base du crâne, le canal traversait le cenreaa 
horizontalement. A la partie interne du temporal gauche, on trouva une boule de 
papier de la grosseur d'une noix et qui avait été le projectile. La main et le brat 
droits étaient tachés de sang, et des marques de poudre brûlée se trouvaient au 
doigt, ce qui mettait le suicide hors de doute. La poudre brûlée s'expliquait par la 
maladresse du suicidé, car il avait pris un vieux pistolet en mauvais état, qu'il 
avait tellement chargé que le canon avait éclate. Dans ce cas aussi il y avait 
chair de poule. 

Obs. 1 35. — Suicide douteuse. Coup de feu dans le cœur et le poumon. 

Un homme de cinquante-deux ans, aveugle, fut trouvé tué par une arme à feu, 
assis contre le poêle de sa chambre. 

La balle était entrée dans la poitrine, du côté gauche, la plaie extérieure était 
longue de 8 centimètres et large de 3 centimètres. Elle avait des bords déchirés. 
La partie supérieure était brûlée dans l'étendue d'un centimètre. La balle était 
entrée entre la sixième et la septième côte, avait déchiré et traversé le poumon 
gauche et le cœur, de sorte que l'on pouvait à peine retrouver un morceau du ven- 
tricule droit. Dans la plèvre gauche il y avait 250 grammes de sang liquide et foncé, 
le poumon droit était anémique ainsi que tout le cadavre, excepté les veines de la 
pie-mère. Le dos était couvert de lividités cadavériques. Le décédé était tout à fait 
aveugle, il y avait cataracte sur les deux yeux. 

Sa famille ne pouvait s'expliquer quel avait été le motif de son suicide, ^le ne 
soupçonnait pas où et comment il avait pu se procurer le pistolet que roii trouva 
à côté de lui. On ne trouva dans sa chambre aucun sac de poudre et rien de ce 
qu'il faut pour charger une armé. On savait seulement que depuis quelque temps il 
s'exaltait pour la politique (été 1848) et se faisait conduire tous les soirs dans les 
clubs. Il est évident que ces données n'étaient pas suffisantes pour conclure qu'il y 
avait eu assassinat, et la direction de la plaie ne pouvait en rien influencer le juge- 
ment, pas plus que l'examen des mains ; elles étaient fléchies et d'un gris bleu, mais 
les deux étaient absolument dans le même état. Sa chemise et sa robe de chambre 
avaient été écartées, de sorte qu'elles étaient intactes. Cette dernière circonstance 
parlait plutôt pour une mort volontaire, et pourtant n'était-il pas possible de tuer 
de cette manière cet hommu aveugle et peut-être endormi sur une chaise près de 
son poêle ? et cette précaution d'écarter les vêtements si facile à exécuter, n'a- 
t-elle pas pu avoir pour but d'écarter l'idée d'un crime ! Notre conclusion fut que 
Tautopsie ne présentait pas de résultats s'opposant à l'admission d'un suicide. Des 
recherches ultérieures constatèrent plus tard qu'il y avait eu suicide. 



BLESSURES PAR ARMBS^ FEU. — Y A-T-IL FAUTE D*UN TIERS? 217 

Obs. 136. — Suicide doutnuc. Cowp de feu dan% le casur. 

On trouva un homme de quarante ans tué par arme à feu, assis contre un arbre. 
Sa mootre et sa bourse avaient disparu, et à côté de lui, ce qui est très curieux, 
on trouva un pistolet chargé. 

\m habits du cadavre étaient écartés, la chemise avait été seule percée par la 
hiUe qui était entrée entre la quatrième et la cinquième côte. Ici la plaie étaitronde,. 
avait 2 centimètres 1/2 de diamètre, abords déchirés qui n*étaient renversés ni en 
dedaosni en dehors ; autour de la plaie, la peau était d'un jaune brun parcheminé, 
il n'j avait pas de marques de poudre brûlée. Dans la cavité thoracique, il y avait 
no épaochement de 700 grammes de sang en partie coagulé dans la plèvre gau- 
che ; tout le cœur gauche était déchiré. La balle n'était pas sortie du cœur, et 
séinaioias ne put être retrouvée. Les mains n'avaient pas non plus de marques de 
pondre brûlée. 

T avait-il là meurtre ou suicide ? On nous posa la question suivante : Le blessé 
iprès sa blessure était-il encore en état de charger de nouveau son arme ? ce qui 
avnitpu expliquer pourquoi on a trouvé un pistolet chargé à côté de lui. Naturel- 
iemenl nous devions répondre négativement à cette question, car certainement la 
■ort avait dû être subite. Le blessé a pu être tué par un assassin qui lui a pria sa 
■OBtre et sa bourse, et a ensuite rechargé le pistolet qui lui avait servi; en admet- 
trai cela il serait toujours' singulier de trouver les habits écartés. Le décédé pou- 
(^ avssi s'être tué lui-même, avoir eu deux pistolets chargés et après avoir été 
pnvé de sa montre, de sa bourse et d'un pistolet. L'absence de marque de poudre 
hriUéeaubord de la plaie ne prouvait rien, puisque comme il y avait brûlure, le 
^p n'était pas venu de loin. Ce cas était très difficile. Voici quelle fut notre con- 
clusion : 

Les résultats de l'autopsie n'ont pas permis de répondre s'il y a eu meurtre ou 
tnieide, mais ils n'excluent nullement la possibilité d'un suicide. L'afl'aire n'a pas 
^poursuivie plus loin. 

Obs. 1 37. — Coup de feu sans balle dans le cœur et les poumons. 

Dans ce cas, le suicide était constaté. Il n'y avait pas de plaie de sortie. 
U plaie était à 4 centimètres au-dessous du mamelon gauche, elle était longue 
et près de 5 centimètres et large de 2 centimètres. Elle avait des bords dé- 
chirés qui n'étaient renversés ni en dedans ni en dehors. Autour de la plaie 
le trouvaient plusieurs places ecchymosées privées d'épiderme, d'une cou- 
leur brun sale, et molles sous le couteau. Rien aux mains. Huit côtes à partir 
^ la quatrième étaient fracassées. Dans la plèvre gauche il y avait un litre et demi 
^ MOf très foncé, dans lequel nageaient une partie de la substance du cœur et beau- 
cotp de caillots. Le bord antérieur du poumon gauche était déchiré. Le cœur n'était 
plasrecoonaissable. Dans la plèvre gauche en lambeaux se trouvait un bouchon de 
pépier, mais pas de balle. Tout le reste était normal. 



218 PARTIE fHAIlATOLOGIQOE. 

Obs. 138. -— Suicide douteux. Ruf^lurêdêi poumons, de Vcesophage H de 

la carotide. 

Ce cas est très singulier et mérite d'être rapporté en détail. Un cocher ét^*^ 
mort au milieu de circonstances qui avaient fait naître le soupçon d'un assassinait* 
on savait que la mort était survenue parce que delà poudre remplissant ta bouct^^ 
avait été allumée. Aux deux angles des lèvres il y avait des déchirures dentelé^^* 
A l'angle droit la déchirure avait 5 centimètres de longueur et 2 centimètres et denoi 
de largeur. La langue était sanguinolente et dure à couper, mais pas brûlée, 1« 
palais également était intact. Au fond du gosier il y avait 40 grammes de sang coa- 
gulé. Le crftne était tout à fait intact ; la pression de l'air avait plutôt fait son effet 
en bas. Dans les deux plèvres on trouva : dans l'une 1 50 grammes et dans l'autre 
70 grammes de sang liquide ; les lobes supérieurs des deux poumons étiienf 
déchirés. La trachée-artère et le larynx étaient intacts, mais l'œsophage était dé- 
ehiré à l'isthme du gosier, et à son milieu il y avait une rupture de la grandeur 
d'un haricot, enfin il y avait encore une déciiirure de la carotide gauche. Nous con- 
clûmes : 

I* La mort a eu lieu par hémorrhagie de la carotide et des poumons ; 
S* L'admission d'une mort causée par une main étrangère ne trouve aucun fbn- 
dément dans l'autopsie, il est plus probable qu'il y a eu suicide. Peu de temps 
après le suicide Ait constaté. 



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BRDLUBBS MORTELLES. 'Ii9 



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'* ■ 






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CHAPITRE III. 

BRULURES MORTELLES. 
S 1. — Dîa^ostie. 



Ce genre de mort violente peut avoir lieu de différentes manières. 

Ou l'homme brûle par le contact de la flamme et Faction de la 

chaleur provenant d'un corps solide , tel qu'un métal rouge, des 

charbons ardents, ou bien provenant d'un liquide, de l'eau, de l'huilei 

par l'action des caustiques, tels que les acides, les sels causti- 

lues (1)^ été. La mort arrive alors par suite d'une accumulation de 

<^Ioriqiie plus grande que celle que l'organisme peut supporter : 

d^Qs ces casy on trouve à l'autopsie, de Yinflammatiofif surtout 

d^s membranes séreuses avec épanchements et des symptômes de 

^^ffocation avec injection inflammatoire de la muqueuse de la tra- 

^^ée-artëre, et hypérémie des poumons, du cœur droit et des grands 

^^isseaux ; 

Ou dans d'autres cas, si des individus très irritables ont été soumis 
^ l'action d'une grande chaleur, la mort a lieu subitement par neuro-- 
t^nralysie avec des douleurs violentes, des convulsions, et on ne 
trouve rien à Tautopsie. 

Rokitansky (2) dit qiie, parmi les résultats fréquents des brûlures, 
il faut compter les érosions hémorrhagiques de la muqueuse de l'es- 
lomac et les ulcères perforants. Quand une telle autorité prend la pa- 
role, il n'y a pas ordinairement à discuter. Néanmoins, je crois que 
ce n'est pas aussi fréquent que le dit H. Rokitansky, car je ne l'ai 
^ dans aucun cas de brûlure. 



(1) Las hommes qui périssent dans un incendie, peuvent mourir d'une autre 
■Msière. Ils sont souvent écrasés par des écroulements ou ils sont asphyxiés par la 
funée. Alors la mort n'a pas lieu par brûlures, ce sont les cadavres qui brûlaiit. 

(2) WocheMatt der ZêUêchrift der Gesellsch, der Aerzte zu Wien 1 85S, n* 23 
P- M et 868. 



220 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

Pour constater la gravité d^iuie bràlure, il se présente la difficulté 
de déterminer quelle doit être Véimûue d*une brûlure pour qu'elle 
soit mortelle. Des brûlures atteignant la moitié ou un tiers du corps 
sont certainement mortelles ; mais si un quart ou seulement us^ 
huitième du corps a été brûlé? Les difficultés augmentent lorsque 
la brûlure n*est pas continue, mais qu*il y en a plusieurs dissémi — 
nées à plusieurs endroits du corps. Il Tant alors peser sagement toute^s 
les circonstances du cas particulier, car il est impossible d*adopter 
une règle générale. Une même brûlure sur un ouvrier robuste et sur 
une femme délicate peut avoir des résultats très différents. Les en- 
fants nerveux meurent de brûlures très petites. Il est évident que 
Ton ne peut pas, pour mesurer la quantité de plusieurs blessures sur 
le corps, les additionner et les juger par retendue totale, ce serait 
aussi inexact que de vouloir mesurer la gravité tie plusieurs centaines 
de piqûres d'épingles en additionnant les plaies et en considérant le 
total comme une plaie grande par exemple comme un noyau de ce- 
rise. L*irritation des nerfs de la peau en beaucoup d'endroits, pro- 
duira des douleurs plus violentes, des réactions plus dangereuses 
que celles produites par une' brûlure unique dont l'étendue serait 
égale à la somme de toutes les autres. Ajoutons que le traitement en 
est beaucoup plus difficile. La législation actuelle de la Prusse a eu 
soin cependant de ne pas laisser trop de latitude à l'estimation indi- 
viduelle, car le § 185 du Code a aboli les blessures nécessairement, 
individuellement, mortelles, et ne demande que la constatation du 
résultat, de la suite des blessures sur le cas particulier. 

Lorsque les brûlures ont été suivies de mort et que l'on ne peut 
pas retrouver par l'autopsie une autre cause de mort, on doit regarder 
les brûlures comme ayant causé la mort. Quelquefois les experts, 
au temps de l'autopsie, ne connaissent pas encore tous les antécé- 
dents nécessaires pour juger le cas, ils devront alors ne donner 
qu'une conclusion entourée de restrictions en attendant plus ample 
information. 

Le diagnostic d'une brûlure sur un cadavre n'est en général pas 
difficile ; il n'est pas non plus difficile devant un cadavre brûlé jusqu'à 



BRULURES MORTELLES. 221 

èlre méconnaissable, de détermiiier si la combustion a eu lieu pen- 
dant la vie ou après la mort. Une telle brûlure est nécessairement 
loujoors produite après la mort, car Torganisme vivant ne peut ni 
r6tir ni se carboniser. Mais ce qui est difficile, c'est de déterminer si 
U mort ayant eu lieu par l'action de la chaleur et le corps étant resté 
soumis à la même influence, il y a eu carbonisation, ou bien si la mort 
«janteu lieu par une autre cause, telle que la strangulation, on a fait 
brûler le corps afin de voiler un crime. Cette difficulté existe, du 
reste, pour tous les agents de destruction organique, telles que la 
putréraction, etc. Quant à décider si de simples cloches ont été pro- 
duites pendant la vie ou après la mort, nous démontrerons dans le 
paragraphe suivant que le jugement ne peut pas être douteux. 

En général, les brûlures se montrent sur le cadavre sous deux 
aspects différents : ou la forme des régions est conservée ou elle ne 
''est pas. 

Dans le premier cas, selon le degré de la brûlure pendant la vie, 
les places brûlées seront d'un rouge écrevisse ou d'un rouge brun 
^<AÎvre, plus ou moins sèches et parcheminées ; personne ne con- 
fondra ces taches avec des lividités cadavériques. Dans des cas 
'^res, tout le corps peut avoir cet aspect si la victime a été pour 
^Osi dire rôtie. On trouve ordinairement des cloches de différentes 
Sitedeurs, crevées ou non, (fae l'on appelle des phlyclènes. Il faut 
'^ien prendre garde de confondre ces cloches avec celles qui sont 
enlevées par la putréfaction, surtout dans les cas où il y a des clo- 
<^he8 des deux espèces. Toute cloche provenant d'une brûlure est en- 
tourée d'une auréole rouge plus ou moins étendue qui manque dans 
t^ bulles provenant de la putréfacction. Chaque excoriation de brû- 
lure montre un fond rouge souvent avec de petiles granulations et 
delà suppuration, ce que l'on ne voit pas dans les excoriations pro- 
duites par la putréfaction, qui n'ont pas de base présentant une 
teinte particulière, ou qui ont une coloration verte uniforme. 
^ est évident que les cadavres frais qui ne présentent pas de signes 
généraux de putréfaction, n'offiriront à cet égard aucun sujet d'er* 
renr. 



222 PARTIE THANAT0L061QUE. 

Dans le second cas, si la formé dii corps est détniifte parla com- 
bustion, on trouve la carbonisation qui/ii elle s'étend sur tout le 
corps, laisse à peine reconnaître la configuration humaine, oiibieati 
la carbonisation ne s'étend que sur une partie du corps, les té(Q- 
ments et les organes de cette partie sont déformés et méconnais- 
sables. 

Leê caustiques solides ou liquides produisent des brûlures qui se 
manifestent par- des taches d'un rouge brun, ou comme l'aeids f«t- 
furique qui est le plus usité, des taches d'un brun sale, ou bien 
comme Y acide azotique^ des taches jaunes, dures à couper, ne don- 
nant pas d'ecchymoses quand on les incise et *qui détmiseiit le 
derme. Dans les cas (Haschka, Buchner) où on ne sait pas si les 
taches de brûlure proviennent du feu ou de l'acide sulfûrique, outre 
les signes exposés plus haut, les circonstances suivantes serriroDl à 
poser le diagnostic : dans les brûlures par acide sulfurique il } i 
absence de phlyctènis, coloration et aspect uniforme de toutes les 
places touèhées par l'acide^ landis que dans les brûlures causées 
par la flanmie, on trouve les uns à côté des autres, les différents 
effets du feu, des cloches conservées, des cloches crevées, des en- 
droits rôtis, des traces de carbonisation provenant des vêtements 
brûlés, des poils de la peau, ce qui ne se rencontre jamais pour 
les acides; enfin comme dernier moyen de contrôle, il restée l'exa- 
men chimique des vêtements (Voyez page i 60.) 

^2. — Szpériences sur le cadavre. Prodaction de phlyetènei après la iBort. 

Il y a quelques années, la question suivante se présenta pour la pre- 
mière fois (obs. 1Â2) dans ma pratique médico-légale : les phlyctènes 
trouvées sur le cadavre ne peuvent-elles pas avoir été produites 
après la mort? Je répondis négativement à cette question. Un autre 
expert combattit cette «opinion, disant : c que douze à vingt heures, 
quelquefois plus longtemps après la mort, il peut se former des 
phlyctènes profondes sous Tinfluence d'une chaleur intense, proba- 
blement par suile de l'expansion causée par le calorique et par 



BRULURES. — EXPÉRIENCES SUR LE CADAVRE. 228 

ré?«poratioii de liquides qui restent emprisonnés dans l'épiderme* 
Ces phlyctënes ressemblent d'autant plus à celles qui sont produites 
pendant la vie qu'elles ont été produites moins de temps après la 
mort, t 

Les meilleurs praticiens sont d'un avis contraire. 

Orfila dit {Méd. lég., l, Paris, 1828, p. Aô?) : c On cherchera à 
découmr s'il y a des phlyctènes, altération qui dénote manifestement 
i(oe l'enfant était vivant lorsqu'il a été brûlé. » Orfila ne dit rien des 
ùpes caractéristiques de l'auréole ou du fond. 

Deyergie (Méd. lég.j Paris, 18&2, S** édit. p. 303) remarque : 
( si l'on applique de l'eau bouillante ou un fer rouge à la surface du 
corps d'un individu dix minutes ïEAm^ après la mort, il ne se mani- 
feste jamais de rougeur ni de phlyctènes. » Plus loin il dit qu'il n'est 
pu possible de confondre une brûlure faite pendant la vie avec une 
brûlure faite après la mort. 

Cbristison {£dim. Med. and sur g. Joum.j avril 1831) a fait 

il expériences d'après lesquelles il lukfaratt c évident que l'action 

'e la chaleur, même quelques minutes après la mort, nepeutpro- 

t^oire aucun des effets produits par la réaction vitale. > Un de ces 

cisest très curieux; c'est une femme qui, quatre heures ayant la moit, 

tent atteinte de coma, fut traitée par l'eau bouillante, et une demi- 

beire après la mort, fut brûlée par le fer rouge. Sur le cadavre on 

Til les plaies brûlées avant la mort, couvertes de phlyctènes, celles 

Ivûlées après la mort n'en présentant aucune. Je crus à cette époque 

ne pas pouvoir me contenter de ces résultats, et je fis avec Tassis- 

Unce d'un ami, quatre expériences dont voici en peu dennots les 

résultats .; 

1** Le mollet du cadavre d'une femme de soixante ans morte 
lipais quarante-huit heures, fut enveloppé avec un morceau de 
oiiite de 3 centimètres de largeur imbibé d'huile de térébenthine (qui 
produit sur le vivant les phlyctènes les plus étendues). On avait fait 
iiec cette étoffe quatre fois le tour du membre. On alluma l'huile ; 
les étoffes brûlèrent pendant quatre minhtes, le sillon de peau au- 
tesous de la ouate était superficiellement rôti ; il n'y atait nulle 



22& PARTIE THANATOLOGIQUE. 

part une êrace d'épanchement de liquide ou une formation ^ 
phlyctène, 

V On mit sur le dos du pied la flamme d'aoe lampe à huile pea 
dant trois minutes, de manière que toute la largeur de la flamme fi 
en contact avec la peau. L'endroit devint brun, sec et dur, mais 
n'y eut nulle part use trace de soulèvement^ de gonflement ou d 
phlyctène. 

3o*Sur uu enfant non à terme, mort vingt-quatre heures après ii 
naissance, on fit deux expériences treize heures après la mort. Dau 
la région de l'estomac on mit un morceau de ouate d'un pouce carri 
et imbibé de térébenthine. On y mit le feu et il fut consumé après 
trois minutes et demie. On trouva des petits plis rayonnes sur la pean, 
et dans les parties environnantes de petites déchirures. L'espace qui 
avait été couvert par la ouate formait une croûte d*un brun clair] 
rôti ; sans trace de phlyctènes. 

à"" Le scrotum d'un cadavre était oedémateux et distendu, et d'à* 
près la théorie de l'expert citj^ on devait s'attendre là ou jamais i U 
formation de phlyclènes. On appliqua sur la peau le bord de la base 
d'une flamme de bougie. Ainsi la chaleur avait une action modérée 
mais continue, et on n'avait pas à craindre une déposition de noir d< 
fumée. L'endroit en contact avec la flamme se rétracta et se revéUl 
d'une surface grise et luisante, mais il n'y eut pas la moindre traa 
d'une formation de pklyctènes. 

Si Ton veut objecter contre la troisième et la première expérience 
que les résultats ont été troublés parce que la peau était couverte, 
on perd«le but pratique de ces expériences, car personne ne niera 
que ces brûlures faites sur le vivant auraient donné lieu aux suites 
ordinaires. 

Cependant je ne me suis pas contenté de ces expériences, j'ai con- 
tinué à en faire d'autres dans les conditions les plus diverses; 
j*ai toujours obtenu le même résultat. Des matières de toutes sortes 
ont été employées, de la ouate sèche ou imbibée de matière comboûH 
tible, de l'eau bouillante, de la cire en combustion, la flamme d'une 
lampe de Berzelius, ont été mises en contact avec des parties convexes 



ORULIIUES. — EXPKRŒNGES SL'K LE CADAVRE.. 225 

(lu Corps. De toutes ces expériences nous avons acquis la cerlituJe 
complète que : 

l'/Zn'y a aucune réaction si le cadavre est mis en contact 
atee un objet brûlant même carbonisant et si ce contact a lieu 
far surface, c'est-à-dire quand une partie du corps est recouverte de 
toile ou de coton en combustion ; on voit tout au plus alors quelques 
petites places qui paraissent brûlées mais qui ne sont que des déposi- 
tions de matières charbonneuses provenant de l'objet qui a brûlé ; les 
poils qui se trouvent sur cet endroit du corps brûlent également, ce 
qui peut donner un aspect général derôtissure. 

2" Si Von soumet un cadavre à une flamme très intense, on peut 
produire des phlyctènes sur le cadavre, mais elles se crèvent de 
«Mi/e. La chaleur très intense produit une évaporation rapide des 
guides, et donne lieu à des phlyctènes de petite dimension, la 
force eipansive des gaz formés crève la cloche en faisant une espèce 
(ie petite explosion, et Fépiderme retombe. Dans des cas très rares, 
l> plilyctène resta quelques minutes avant de crever. Jamais on ne 
rencontra un changement de couleur à la base d'une pareille phlyc- 
tèoe. Ajoutons que jamais ces phlyctènes ne contiennent de liquide, 
quelles sont simplement pleines de gaz. 

3* Il n'y a aucune différence si l'expérience e$t faite peu de 

temps ou plusieurs jours après la mort. Un joueur d'orgue se jeta 

à l'eau avec ses deux enfants, ils furent retirés de suite, le père 

était mort, mais les enfants vivaient encore et furent sauvés. Pour 

lâcher de rappeler le père à la vie, on l'avait frotté fortement sur la 

poitrine et sur les cuisses, et les hommes ignorants qui l'avaient 

recueilli avaient aussi imaginé d'alfumer au-dessous de lui un feu de 

paille ! Je vis le cadavre trois jours après ; les deux cuisses et les deux 

jambes étaient presque entièrement revêtues d'une couleur gris noire 

par le noir de fumée qui s'était aussi déposé sur le dos et le bras 

droit. En dix ou douze endroits on trouva des phlyctènes crevées de 

grandeurs différentes, jusqu'à la grandeur d'une noix et tout ù fait 

tomme nous les avons décrites en haut, sans trace de coloration ni de 

l*^piderme environnant ni de la base. 

11. 15 



216 PARTIS TBANATOLOOIQUR. 

• 

D'après cela^ op peut conclure que Ton ne trouvera janiais 
sur le cadavre une phlyctène qui ne sera pas crevée, loraque oiUl 
phlyctène aura été produite après la mort, pas plus que l'on ne 
trouvera des phénomènes de réaction produits par la eontactii 
la cire bouillante que i*on met souvent dans la région du comi 
d*una personne qui vieot de mourir, pour s'assurer que la via n*¥k 
plus. Il est donc impossible de confondre des brûlures faites peaëul 
la vie avec des brûlures faites après la mort. Je ne reviens pas sur ki 
carbonisaiions, car il est certain que Vhommi est déjà mori attal 
que le feu ait produit de tel^ effets. 

^ 3. *- Déterminer s'il y « faute d'an tieri ? Oombvf tioa •ponteBés. 

Une personne trouvée brûlée est -elle morte par la faute d*an lienl 
Dans cette question, il s'agit de savoir s'il y a eu accident m 
meurtre, car jatnais ce genre de mort n^est choisi pour te suicida, 
excepté chez les veuves indiennes! L'autopsie permet de décida h 
question, si elle indique un autre genre de mort, par exemple dei 
blessures mortelles à la télé et a'u cou, des signes de stranguhh 
tien, etc. Mais il peut être très difficile et môme impossible d^ 
^ répondre, si les circonstances font entrevoir comme vraisemblabk 
un genre de mort autre que la combustion et si le corps a été dé< 
truit par la brûlure, de sorte que les traces du genre de mort pré* 
sumé ont été eiïacées; par exemple une marque slrangulatoire, um 
blessure de télé peuvent être effacées par les désordres produits pai 
une brûlure. On ne peut pas donner à ce sujet de règles générales, 
il faut peser toutes les particularités du cas spécial pour poser le juge* 
ment. Si un ouvrier qui travaille avec le feu est trouvé biûlé dans soi 
atelier, il est moins vraisemblable qu'il y ait eu meurtre que si uni 
comtesse est trouvée brûlée près dé son secrétaire (1) ; de même cetti 
vieille femme qui a été trouvée brûlée à moitié dans son fourneau i 
été probablement victime d'un accident, tandis qu'il en est autre- 

(1) Mort de la comtesse de torlili trouvée moitié brûlée, par Graff, griai* 
geo, ISSO. 



BRULURES. — T ▲•T-IL PAUTE D'UM TIERS ? 227 

Mit faii TÎeil avare vivant seul, que Ton a trouvé brâlé dans sa 
émhrt et chez lequel on a trouvé tous les tiroirs vides. H. Dever- 
pt a raison de dire qu*en général dans les quafre-vingl-dix cen- 
tièmes des cas où le suicide et le meurtre par brûlures sont en 
(haie, il faut aller chercher les critériums hors de la science mé- 
dicale. 

Mais le décédé n'a-t-il pas pu trouver la mort par combustion 
spontanée ? Deux hommes ont été condamnés et exécutés en Angle» 
terre pour avoir brûlé leurs femmes, les experts avaient déclaré 
qu'il y avait eu combustion spontanée, les jurés ont néanmoins rendu 
ai verdict de culpabilité. Ces hommes étaient-ils innocents? 

n est affligeant d'être obligé, dans une œuvre scientifique sérieuse^ 

n 1861, de parler encore de la fable de la c combustion spontanée >, 

fw personne n'a jamais observée, dont les soi-disant preuves ne 

ivpoeeal que sur les contes des ignorants et sur les anecdotes 

>l^rdes des journaux, et qui ne résistent à aucune critique. Tout 

Bédeein légiste qui connaît les criminels, leurs mensonges et les 

simulations employées pour voiler les crimes, doit regarder la com- 

hislion spontanée* comme une fable des plus absurdes. Liebig (1) en 

• faitjasiice avec les armes de la science, et pourtant des auteurs 

i^tsne craignent pas d'admettre encore la possibilité de cette com- 

histion spontanée. Pour ne citer qu'un des raisonnements de Liebjg, 

nous dirons qu'il a calculé que le corps contient 76 pour 100 d'eau, et 

Peaveul qaMI soit réduit spontanément en cendres en peu d'instants ! 

En laissant même de côté les arguments scientifiques irrésistibles 

le Liebig, j'ajouterai les arguments du bon sens et de l'expérience. 

Qaicanqae a vu des cadavres morts dans de grands incendies, les a 

neharbofinés, en morceaux, a toujours trouvé assez de parties con- 

Krtéet pour reconnaître que c'était des restes humains. Jamais on n'a 

Iromé comme restes d'un homme, absolument que des cendres, quand 

ite le cadavre était resté des journées entières dans le feu. Tandis 



(t) Ziir BewihêUung der Selbstverbrennungen des menschlichen Korpon 8* édit. 
^^^^^^Uierf 1850. (Un modèle de critique scientifique en peu de mots.) 



228 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

que dans tous les cas où on a vu des soi-disant combustioas s|M)D- 
tanées en quelques heures, il n*est plus resté, dit-on, quedesceO' 
dres ! Toutes les observations de combustion sponlanée sont, du reste, 
accompagnées de circonstances plus ou moins miraculeuses, imps 
sibles, qui dénotent surabondamment Tinexactitude. En voici quelipe 
exemples : 

Une vieille ivrogne mourut de combustion sponlanfe, mais 1 
chaise sur laquelle on trouva les parties de son corps en combustioi 
était intacte ! Dans d'autres cas, les pieds et la tête furent brâli 
et les bras et le bonnet restèrent intacts ! 

Un monsieur D... jouaitavecdu soufre qu'il alluma à lachaodell 
il se brûla les doigts et les habits, mais il parvint à éteindre le fe 
bientôt après les doigts recommencèrent à brûler comme des boi 
gies avec des flammes bleues (!!) et avec ces lumières il courut ck 
un médecin (!!) plus tard les doigts se mirent à brûler de nouvel 
« On fuie pansement comn^e pour une brûlure simple, et vingl-de 
jours plus tard le malade était dans un état satisfaisant >, car 
s^était produit de grandes phlyctènes (1) ! 

Comme ces observations sortent de toutes les lois connues de 
physique, on a cru devoir avoir recours, pour les expliquer, à d 
hypothèses plus ou moins ingénieuses. Or, on doit rejeter tout ce q 
les sciences naturelles défendent d'admettre, sans quoi ou ouvre I 
portes de la science à la plaie de la superstition. 

Parmi les trente cas souvent cités d'hommes qui, la veille, étaii 
sains et bien portants et qui le lendemain ne* présentaient plus qu^\ 
tas de cendres^ il est possible qu*il y ait eu des cas de meurtre api 
lesquels le meurtrier a jeté sa victime dans le feu pour cacher '. 
traces de son crime (obs. 1&2), il se peut aussi que les cendres aie 
été celles d'un objet quelconque, tandis que le cadavre avaitété enlev 
nous ne chercherons pas ù discuter ces possibilités, pas plus que 
vraisemblance de la bonne foi de cette jeune fille qui, à Hamboui 

(1) Richond dans les Archives de médecin:. Devcrgie, Annales d'hygiène jmi 
que, 1S5I, p. 386. 



BRt'LURES. — y A-T-JL FAUTE D'UN TIERS. 229 

■ 

rtuonla qoe ses doigts avaient pris feu sponlanément, et montra à 
l'appui, des brûlures réelles aux doigts; ce cas qui n*était destiné 
qu'à myslifier.le médecin, a été admis comme réel et on Ta déclaré 
eoinme c constaté t. A ce sujet nous soumettrons à la réQexion du 
lecteur les faits suivants : 

Parmi les vingt-huit casque Jacobs (1) a ramassés, nous laisserons 

décote ce cas de Hambourg et les deux Anglais exécutés dont nous avons 

parié plus haut ; les 25 autres cas en présentent 20 arrivés en France, 

^ eo Angleterre, 1 en Italie, 1 en Allemagne et 1 en Amérique. Ainsi, 

20 cas en France sur 1 cas en Allemagne, tandis qu*une autre maladie 

oierveilleuse (car on ne peut donner un autre nom à la combustion 

spontanée) la fameuse c p;romanie > qui ne résiste pas mieux à un 

^men sérieux et scientifique, a choisi son domicile en Allemagne 

^t presque jamais en France. C'est déjà une circonstance curieuse, car 

i^ ne sache pas que la pathologie connaisse la frontière du Rhin. Il 

^ siogulier que presque tous les exemples de combustion spontanée 

^ soient présentés dans le siècle dernier, et que les centaines de jour- 

^^Jux scientifiques du siècle actuel n*en rapportent que très peu d*exem- 

l^l^sicela seul doit faire soupçonner a la combustion d'autres causes 

^Ue la spontanéité. 

Considérons que la plupart des victimes de combustions sponta- 
>^ées étaient des sujets âgés et même très âgés (cinquante à quatre- 
^ingt-dix ans), adonnés aux boissons alcooliques, et que les accidents 
arrivaient la nuit, pendant l'hiver et dans la solitude. Rappelons- 
nous que dans le plus grand nombre des cas, on trouva près du corps 
brûlé un objet en combustion ou qui avait été en combustion, tel 
qu'une pipe, une bougie, une lampe et le plus souvent une cheminée. 
Représentons nous la scène : n'est-il pas naturel que dans un pays 
^oble tel que la France, pendant l'hiver, lorsque le soir un homme 
ivre revient chez lui ayant froid, fait un grand feu dans la cheminée 
il puisse allumer par accident ses habits et se brûler? ou bien qu'un 

^1)Voirini Wochenschrifty 18 il, p. 113. I.<»s mômesiobservalionçsc retrouvenl 
te tous les mémoire?. 



330 PARTIE THANATOLOGIUUE. 

vieillard ivre de vin et de sommeil, dans un étal de débiKlé nnrike 
et physique, puisse approcher soit ses habits, soit les rideau dem 
lit de sa pipe, ou de la flamme de sa lampe? Gela me a a al il s fhi 
raisonnable et plus probable que d'aller chercher les hypotkèitt le 
c surabondance de phosphore dans le corps », des c eAla eitra«i- 
naires d*électricité », etc. 

Les combustions accidentelles telles que nous veiMiBs de ks tf* 
crire, arrivent tous les jours dans tous les pays, et il eti ir aiwi 
blable qu'en France elles sont plus fréquentes qa*eii Allenagae, 
parce qu'en France les lits ont des rideant et qu'on y traoïe dn 
cheminées très vastes, tandis qn'en Allemagne les lits n'onl jibmb 
de rideaux et on n'y trouve que des poêles. Ajoutons que defrii 
deux siècles, en Allemagne, il y a une orfanisation médicale Hfh 
lière, qui contrôle les cas de cette espèce, tandis que h FtWÊtê é 
d'autres pays n'ont pas encore ou ont depuis peu cette orfMÎsatiil. 
Rnnarquons en outre que ces faits de combustion spontauéeeiltt 
constatés et rapportés par des prêtres, des maires, des ptysani, é 
qu'en France il y a bien plus de superstition qu'en Allemagne, e'eit 
pourquoi il n'est pas étonnant que ce soit la France la patrie de h 
combustion spontanée qui, j'espère, n'aura plus i parattre devMt 
la science médicale (1). 

Obs. 139. — Exi}érience de coinbuxtion sur un cadavre» 

Il sera intéressant ici de rapporter une expérience que j*ai ftite coaeefMitk 
combustion spontanée, l'a fœtus de cinq mois qui était conservé depuis pluiiMi* 
années dans de l'esprit de \in, dont les tisus étaient certainement plus imbibii^ 
matières combustibles que ceux d'un ivrogne, fut exposé à une flamme inicMe 
• qui fut promenée sur le corps : après quelques minutes, la peau eomraenfa i hfili'* 
La flamme Tut éloi(?née, mais instantanément le feu s'éteignit. Cette ex p éricos i ^ 
recommencée dix à douze fois. A peine la flamme était-elle approchée, le eofp* 
brûlait, mais à peine était-elle éloignée, le corps s'éteignait. Toujours il y t*^ 
cembustSon de la place allumée, mais jamais « combustion spontanée» . 

(1) Voyez le mémoire de E. Pelikan dans Beitrdge zur gerichl, HiediC'^' 
Wurzbourg, 1858, avec un rapport excellent sur un cas arrivé à Saint-Pélersbesr^ 



BRULURES. — OBSl!;HVATIO^S. 2Sl 

Om, 140. — CotnbutUon <Vun ramone w dams mte chemmèe. 

lojeuiM ramoneur, nettoyant une cheminée, fut surpris par un tém ée cuisine 
fû avait été allumé dans l'ignorance de sa présence, Tenfant fut bientôt jsphyxié, 
Amta mort quelque temps dans la cheminée et en fut tiré complètement rôti. U 
Imitait pas carl>onisé, mais tout le corps présentait l'aspect des taches que Ton 
trouve sur le cadavre quand on a mis un vésicatoire peu de temps avant la mort, 
e*Mt-à-dire toute la peau était d*un brun cuivre avec des taches jaunes, dures 
eonme dn parchemin sous le couteau. En beaucoup d'endroits la peau était fèndoa, 
bfratsse fondue avait coulé et avait enduit les parties^ environnantes qui avaitnt 
Ts^ieet du vernis. Le cadavre ne fut pas disséqué. 

Obs. 141. ^ Cinq personnes cûrbonisées. 

ïkns un incendie, toute une famille composée du père, de la mère et des trois 
«Itoti, fut brûlée dans une mansarde; on retira les cadavres sous les cendres; 
*t poavait encore les reconnattre comme des corps humains. On ne put juger que 
pif les dimensions des bassins, quel avait été l'homme et quelle avait été la 
Ibattie. n était navrant de voir sur la table ces cinq squelettes de grandeurs gra- 
'a^, tous les cinq entièrement carbonisas ; toutes les cavités étaient ouvertes, et 
3 i*j avait plus de traces de parties molles. A chaque squelette il manquait une 
^wlîe,soit un bras, soit une jambe. 

On. 142. — Déterminer si le meurtre a été fait par brûlure ou par éirmn§hm9nL 

Le^ avril 18..., dans l'après-midi, le sieur Fritze s'était rendu chez la veuve 
laie, Igèe de soixante et dix ans, qui demeurait seule, afin de lui emprunter de 
fargent, et en cas de refus de l'assassiner. Elle refusa ; il lui donna alors un 
coap de poing sur le front et la renversa. L*accusé rapporte : a Elle était 
tranquille, ne gémissait pas, et n'appelait pas au secours » . Puis il prit un 
pivé gros comme le poing qu'il dit avoir trouvé dans la chambre et s'en ser- 
vi pour lui donner un coup dans la Agure, la femme eut quelques convulsions, 
et an bout de quelques instants ne bougea plus, tl déclara n'avoir pas fait autre 
dbase i cette femme, il se défendit surtout de l'avoir étranglée et encore plus de 
ravoir brûlée : il dit seulement avoir placé le cadavre sur le ventre, parce qu*il 
laiëlait désagréable de regarder sa (Igure. Il chercha dans les armoires, trouva une 
Wtrse contenant 1000 écus, resta dans la chambre jusqu'à la nuit, alluma une 
dMDdelle et s'éloigna le soir quand il fut tard, emportant l'argent, après avoir mis 
10 chandelier sous une chaise de paille. Quand on lui demanda la raison de cette 
ni|ii)ière manière d'agir, il répondit qu'il ne savait pas trop pourquoi. 

le lendemain nous trouvâmes la maison de la femme Hake remplie d'une odeur 
cspjTenatttique. Les murs et les meubles étaient couverts de noir de ftmaée. Dana 
^ ehsnbre à coucher, on trouva le cadavre couché sur le ventre auprès du lit en 
^^saHre; une grande partie du lit était brûlée. L'oreiller qui se trouvait au-des' 



232 PAilTJE THANATOLOGIQUE. 

sus du cadavre élait brûlé, el à un pouce de là, une chaise de paîlie élalt conta' 
mée à sa partie médiane ; sous celle chaise, on Irouva un chandelier de coivre 
dont la chandelle élait consumée. Dans l'aulrc chambre on trouva le pavé. 

Les résultats les plus importants de Tautopsie légale furent les suivants : itf 
cheveux du cadavre étaierit brûlés, les os du nez étaient Traclurés et les cartiUfe» 
du ne£ étaient séparés des os, les yeux étaient aplatis ; à la partie interne de rail 
droit se trouvaient des phlyclènes; le front sali par du sang séché, avait à son milieB 
une ecchymose de la grandeur d'une pièce, de 2 francs qui, incisée, livra passait 
à du sang liquide, une aulrc ecchymose plus petite se trouvait sur lajouedroHe. 
Toute la fi;^re était couverte de sang sec et de plumes délit brûlées ; la figure elle- 
même était carbonisée et«néconnaissable, Toreille droite s'était plus qu'un mor- 
ceau de charbon, Toreille gauche n'était que rôtie. A la racine du nez se Iroufail 
une plaie semi-lunaire, à bords inégaux, longue d'un demi centimètre et large é 
quatre millimètres. A un centimètre de là se trouvait une autre plaie semblaMi 
n'atteignant que la peau ; à l'os temporal droit il y avait une troisième bleswn 
triangulaire ; la pointe de la langue était entre les dents, le cou était carbooin 
dans toute sa circonférence, la peau en était détachée en grands lambeaux, U réfiM 
du larynx seule n'était pas carbonisée mais couverte de plusieurs phlyctènet ; I 
main droite était complètement carbonisée, le bras el l'avant-bras droits ainsi quel 
bras gauche étaient à moitié carbonisés et couverts de larges phlyclènes en ptrll 
pleines de sérosité et en partie vides ; toutes les phlyclènes qui se trouvaient « 
grand nombre sur le cadavre étaient les unes pleines de sérosité, les autres ▼idci 
Les fesses et les parties sexuelles extérieures étaient complètement carbonisées, d 
sorte que les dernières étaient presque méconnaissables. Les jambes elles pieds seil 
étaient intacts. 

A la dissection on trouva la cavité crânienne et le cerveau anémiques, le rasl 
de l'intérieur du corps élait sans importance. La fracture des os du nés put èti 
vérifiée plus exactement el les ecchymoses des os prouvèrent que la blessure ava 
été faite pendant la vie. La muqueuse de la trachée-artère était couverte de no 
de fumée que l'on po.ivait dter avfc une éponge ; au-dessous de ce noir, 1 
muqueuse était rouge cerise et il s'y trouvait de l'écume sanguinolente. Les poi 
mons étaient remplis de sang foncé, le cœur gauche ne contenait pas de sang, 1 
cœur droit élait gorgé de sang noir. L'œsophage était vide, les grandes veiw 
étaient gorgées de sang foncé. Dans la cavité abdominale nous n'eûmes à noter qi 
la grande quantité de sang foncé qui remplissait la veine cave. D'après ces résu 
tais, nous avions conclu dans le procès verbal de l'autopsie : que la décédée éta 
morte par asphyxie el qu'il était très possible que les brûlures importantes que Te 
avait trouvées sur elle fussent la seule cause de celle asphyxie. 

Quand nous reçûmes l'ordre de faire notre rapport, on nous posa les questioi 
suivantes : 

i° Est-il certain, ou vraisemblable ou possible, que l'asphyxie ait été prodvi 
seulement par les coups sur le front et sur le nez, soit médiatement, soit immédii 
tement ou est-il impossible que ces coups aient été la cause de l'asphyxie? 

2* Si cette impossibilité rxiste, l'asphyxie a l-cllcpn être produite parce qu 



BRULURES. — OBSERVATIONS. 233 

FriUe, après avoir donné les deux coups à cette femme très grosse et très âgée, 
l'a mise sur le ventre et l'a laissée dans cette position pendant quelques heures ? 

3* Quelles sont les raisons scienliflques qui peuvent prouver que la fumée seule 
» pu asphyxier la femme Hake ? 

Après avoir motivé scientiAquement notre opinion de mort par asphyxie, nous 

Raisâmes en revue toutes les causes possibles de cette asphyxie et nous répondîmes 

à la première question : « En tout cas, Tasphyxie ne peut avoir élé produite par 

^ blessures de tète qui n'étaient rien moins que graves, ces blessures n'ont pas 

atteint les organes cérébraux et ne peuvent pas avoir altéré le système nerveux des 

poumons. Dans celte circonstance, l'écrasement du nex ne doit pas être passé sous 

'i'^nce, car ceite blessure a dû rendre la respiration plus difiicile, cependant la bou- 

fhe étant restée intacte, l'air avait encore un passage très suffisant, et l'asphyxie 

' ét^t pas encore possible, nous répondîmes donc à la première question : H €st tm- 

P^^**ible qtiê ces coups aienl été la cause de l'asphyxie. 

A la deuxième question nous répondfmes : Nous devons répéter que la femme 
'^^ke n'est pas morte de ses blessures de. tête, elle n'était donc pas morte quand 
'^'itxe le crut en la voyant sans mouvement, elle était tout au plus dans un évanouis- 
^Oieot produit par ses blessures, mais elle respirait encore, c'est alors que Fritse 
^ tourna et la mit sur le ventre ; la figure, par suite de la fracture du nex, devait 
^W^ à plat sur le parquet, et cette position de\ait rendre difficile la respiration. 
^joatons que cette femme était très âgée et que par conséquent la respiration était 
l^tis difficile, et comme il peut, à la rigueur, y avoir eu commotion cérébrale, il n'est 
^Qi impassible que ces circonstances aient amené un arrêt dans la respiration et 
^»e asphyxie. Je ne puis m'arrèter a cette opinion, car comment expliquer la 
^rbooisation de la figure qui se trouvait à plat sur le plancher, tandis que le 
Mancber loi-méme était intact? Et la main droite carbonisée ? H est possible, mais 
i^iiis n*en avons pas de preuve, que cette main ait été ditns une disposition telle, 
Qu'après b mort elle a été spécialement exposée au feu. Mais qu'il est plus vrai- 
semblable de supposer que la flamme s'empara des habits et de l'oreiller qui coû- 
teraient le dos de cette femme encore vivante, et que celle ci essaya instincti- 
eemeot de se débarrasser avec la main des corps qui la brûlaient. Nous répondrons 
donc à la seconde question que : il esl possible que Vasphyxie ait pu être pro- 
érniie^ parce que Fritze, après avoir donné les deux coups à cette femme. Va mise 
emr le ventre et Va laissée dans cette position pendant quelques heures, 

X la troisième question nous répondîmes : D'après la déposition importante de 

wMrde fumée trouvée dans les deux chambres, on peut admettre que la fumée a été 

très considérable, c'est également prouvé par l'état des vêtements, l'intensité du feu 

eitproavée par la carbonisation profonde de la figure, de la main droite, de l'oreille 

droite, des fesses et des parties génitales. 11 n'est pas extraordinaire que la mort 

lUaifQe une personne abandonnée sans secours dans un tel incendie, et l'on devait 

l'attendre aux résultats de l'autopsie, à la surface des carbonisations, et à l'intérieur 

éei lifnes d'asphyxie. 

On oe peut pas cependant <f prouver par des raisons scientifiques » que la mort 
a dû être seulement produite par l'incendie. On peut au contraire trouver d'autres 



'28i fKKtlE TRAÏfATOLOGiQUE. 

explications. Le cadavre aurait été absolument dans le même état si Pritts iii^ 
étranglé avec ses deux mains la femme Hake évanouie à la suite de ses devi Uef 
«ires, ou sMl s'était servi d*un instrument quelconque pour Tétranfier, et q«*eis^ 
suite le cou ait été rôti comme nous l'avons trouvé. Car il est impossible de dim*0 
n*a |>as existé une marque strangulatoire, ou bien si Fritte a serré la tète ée IM 
fsnme dans un oreiller jusqu'à ce qu'elle fût asphyxiée, et si ensuite i! 1 1 tii 
le feu. 

Diaprés cela, nous conclûmes que l'on ne pouvait pas prouv9r par des nUm 
médiotfles, qne la femme Hake avait été asphyxiée seulement pdr ta fkmiè. 

Fritte a été exécuté. Il était psychologiquement remarquable que cet hèMi 
qui) dans la prison, se montra repentant et Ht un aveu com|>1et de son crime a^ 
toutes ses particularités, ne voulut jamais avouer qu*il avait allumé nhcenUl 
Même la veille de son exécution, lorsqu'il n'avait plus rien è craindre nié ètpêta 
je le priai de me raconter comment il avait ag^ pour ce qui concernait Hncendli, j 
lui disais que cel4 m'était particulièrement intéressant au point de vue de la seleâei 
H s'obstina è dire qu'il ne savait pas pourquoi, en sortant. Il avait mis la chaaM 
sous la chaise de paille avant de sortir de la chambre. II n'hésita pis à avoiief ^ 
était devenu un assassin, mais jamais il ne voulut avouer qu^il avait été incendiair 
Singulier point d'honneur des criminels dont on voit souvent des exemples. 

Ois. 143. — SfiUmret martelles dam un bain. 

L'n vieillard aliéné, de soixante huit ans, mourut dans une maison desratéi 
se brûlant dans un bain chaud, on soupçonnait de la négligence de la pari d 
surveillants, c*est pourquoi on instruisit TafTaire, et l'autopsie li^gale fut faite. 

Nous trouvâmes la moitié du dos et du ventre, tout l'avant-bnis gauche, 1 
parties sexuelles et les extrémités inférieures brûlées ; à toutes ces parties ré| 
derme pendait par lambeaux et laissait voir le derme d*un rouge brun, les ong 
des mains et des pieds manquaient : le malheureux avait encore vécu deux hew 
après. Il y avait un épanchement gélatineux à la surface du cerveau, la suttstM 
était très dure. le foie était considérable et avait la couleur de rouille, la rate él 
molle, tout cela devait provenir de la longue maladie mentale du décédé ; mais 
brûlure avait dû produire rhypêrém«e que l'on trouva au cerveau, au cœur dit 
et l'état foncé du sang, presque noir et épais. II est évident que l'on devait regard 
comme cause de mort la brûlure occupant un tiers du corps et qui fut suivie de 
mort après deux heures. 

Ois. 144. — Un hommf bnUé. 

Un homme de quatre-vingt-trois ans était assis devantle poêle, lorsque ses bal 
prirent feu ; le vieillard f\it trouvé mort et rôti devant le poêle. Le corps étaft dl 
une position fléchie, il était charbonné, excepté aux extrémités infSrienrts l 
n'étaient que rôties; le dos surtout était détruit, de manière que leeadavre sft t 
sait lorsqu'on essayait de le soulever. Du cdté droit les téguments étaient crevÉl, 
sorte que l'on pouvait voir dans les cavités abdominale et IhoraelqBe. te f 
était rûti. 



BIIULUIIBS. — OBSERVATlOIfS. 2S5 

Oss. 145 et 146. — CombuslUm de deux enfants. 

tin f arçon de m% ans et neuf mois et sa sœur de deux ans et demi périrent dans 
UD incendie que la mère avait allumé avec intention dans la chambre, tout près 
da t»erceau dans lequel le plus jeune reposait sur des plumes et des chiffons. 

Sur le corps du plus jeune enfant, il y avait de nombreuses brûlures. Oq trouva 

carbonisés la surface extérieure du membie supérieur gauche, les organes 

lexuels, les fesses, les doigts du pied droit; on trouva rôtis la partie gauche delà 

figure, la partie gauf^ du tronc et enfin l'épiderme était détaché au bras droit, 

à Im maio gauche et aux deux cuisses. Le garçon ne présentait aucune brûlure. Les 

deux enfants étaient morts de suffocation. Les deux trachées-artères étaient rem- 

pis^s de mucus foncé, pas très écumeux, dans lequel on pouvait apercevoir très 

clairement des traces de charbon ; les poumons des deux enAmts, surtout les pou* 

''^oqs droits, étaient remplis de sang foncé et liquide, ainsi que les^ grandes veines 

^^% cavités thoraciqueet abdominale. Le cœur droit contenait, chez le garçon, une 

'^Osi-euîllerée à soupe de sang, et sur la fille une demi-cuillerée à café. Les intM- 

^^K^sdela fille n'étaient pas hypérémiques;le foie et le rein droit du garçon étaient 

^^vuplis de sang. Les deux estomacs étaient remplis de pommes de terre, les deux 

^^'^sies étaient vides, Tintestiii grêle du garçon avait une coloration rosâtre comme 

^^^^ la trouve très souvent après la suffocation. Les gros intestins des deux enfiEints 

^^^ient remplis de fèces. Les cerveaux étaient roses dans toute leur surface, la 

^^Intance était plus hypérémique qu'à l'ordinaire. Mais les sinus étaient normaux. 

''^^serve en passant que le thymus était encore chez le garçon de sept ans, de la 

^>andeur d'une noix, et que ta langue de§ deux enfants n'était pas entre les dents. 

Ou. 147. » Brûlure morielie produite par un méial chaud. 

Une fille de deux ans tomba sur un fer à repasser très chaud, de manière que 

^^anas et les parties sexuelles furent en contact avec le corps chaud. Les parties 

^xndles étaient d'un rouge brun jusqu'au coccyx ; le vagin était rouge grti, 

ramolli, gangreneux ; la matrice n'avait pas été attaquée par la gangrène, et il y 

avait de remarquable, la grande fiuidité du sang, la rougeur de la muqueuse de k 

trachée-artère sur laquelle se trouvait même de l'écume rouge ; c'était là un résultat 

très singulier, car l'enfant avait vécu encore onze jours, et on ne pouvait admettre 

une mort par suffocation, les poumons étant exsangues. Nous dûmes au contraire 

admettre que l'enfant était mort d'une maladie interne produite par les blessures 

trouvées. L'affaire n'alla pas plus loin. 

t>it. 148. — Brûlure produite par du café bouillant. 

Cae fills de six ans fut brûlée dans son lit par du café bouillant, et mourut huit 

joars après. La* brûlure commençait à l'oreille gauche, traversait la nuque et 

^'ileiidait jusqu'à l'aisselle droite, et le bras droit- C'était en partie des places d'un 

iaaae brun, molles sous le couteau, en partie des détachements d'épiderme et des 

CnmalaUMM. Il y avait pleurésie du cété droit, le poumon droit était collé par dès 

i^lhérences fraîches, et il était hépatisé.. Le poumon gauche était sain. Le péri- 



236 FARTIE TUANATOLOGIQUE. ' 

carde était rempli de sérosité. Le cœur droit était rempli de sang rouge eerite 
moitié coagulé, le cœur gauche était vide. Tout le corps, excepté les veines de 
l'abdomen, était anémique ; nous déclarâmes que Tenfant était mort par suîted'on^ 
inflammation des poumons causée par les brûlures. 

Obs. 149. — Btûlure mortelle. 

Un garçon d'un an et demi mourut de brûlures provenant de l'incendie dese^ 
habits, il avait vécu deux jours après son accident. L'autopsie montra une congeS' 
tion apoplectique du cerveau, une inflammation de la trachCl^artère, une hépati- 
sation rouge du lobe inférieur du poumon droit. On sait que rinflammation des 
voies respiratoires coïncide souvent avec la présence de brûlures. 

Obs. 150. — BtUlure causée par des flammes. 

Une vieille femme de quatre-vingt et un ans laissa prendre le feu à ses habits; 
les fesses, le périnée et la vulve furent brûlés, et la malheureuse blessée mowil 
quelques jours après dans un hôpital. Les parties blessées étaient couvertes d'il' 
cères profonds et granulés, à bords d'un rouge cerise. A l'intérieur on ne trovri 
rien de curieux, excepté une anémie générale, une hépatisation rouge du lobe sopé 
rieur du poumon gauche. 

Obs. ir>l. — Brûlure causée par des flammes. 

Ce cas est intéressant parce que l'on pouvait très bien voir sur le même cadavr 
les effets produits avant et après la mort. 

Une blanchisseuse s'était endormie sur un banc, près du feu, elle tomba et fa 
trouvée morte et brûlée par terre. La brûlure avait envahi le côté gauche de 1 
Hgure, des épaules et delà poitrine, la cuisse et la jambe gauches ; tandis quel 
bras, l'avant-bras et la main gauches étaient complètement intacts. La main droit 
était brûlée. Celait la seule partie droite attaquée par le feu. Ce qui prouve que 1 
décédée vivait encore lorsqu'elle a été saisie par la flamme et qu'elle a tâché de § 
débarrasser des habits brûlants. Le côté gauche de la Agure, l'oreille gauche i 
Tépaule gauche étaient charbonnés, les bords de ces parties charbonnées étatei 
rouge écrevisse, secs, parcheminés, larges de 1 à 5 centimètress. La même choi 
existait sur la cuisse gauche. A la région du tiochanter se montraient deii 
phlyctènes à fond rouge vermillon, et non loin de là une petite phlyctène encoi 
remplie de sérosité sanguinolente qui n'a\ait plus de bord à cause de la carbonis; 
tion de toutes les parties environnantes. Outre ces phlyctènes qui s'étaient formée 
pendant la vie, on voyait à la partie antérieure de la jambe, trois plaies de la grai 
deur d'une pièce de cinq francs, sur lesquelles l'épiderme était écorché et qui resso 
talent par leur couleur blanche des parties environnantes enfermées. Êvidcmmei 
cette femme était déjè morte lorsque la flamme avait envahi ces parties et y avait pr 
dutt des phlyctènes cadavériques. La mort eut lieu par apoplexie du cœur. Tout 
cœur droit et la veine cave étaient gorgés de sang noir et liquide dans lequel m 
geaieot des caillots. Les poumons et la traohéc-artèrc un peu injectés étaient dai 
un état normal ainsi que le cerveau. 



HÉMORRHACIE NORTRt.tF.. 1i' 



SECTION II. 

MORT PAR CAUSE DYNAMIQUE. 

Mous comprenons par mort par cause dynamique, celle qui n'est 
pus produite ou du moins pas principalement produite par une cause 
mécanique agissant directement sur le lissu de l'organisme. C'est la 
B^ort qui succède à une anémie provenant soit d'une hémorrhagie, 
soit d'un appauvrissement général de l'organisme, soit du manque de 
iH^vrriture ; la mort qui succède à une dysémie produite par les em- 
poisonnements et l'infection purulente ; la mort par hypérécnie, qui 
^^1 celle de la plupart des noyés, des pendus, des suffoqués et des con* 
C^és; et la mort par neuroparalysie, qui est aussi celle d'un grand 
Nombre de noyés, de pendus, d'asphyxiés et de congelés. 



CHAPITRE PREMIER. 

HÉHORRHAGIE MORTELLE. 
^ l, — Stiologie et diagnoitie. 

Le diagnostic de ce genre de mort est très facile, il n'y a que la 
putréOiction qui puisse en masquer les phénomènes ordinairement ma- 
nifestes. A l'inspection extérieure, les vêtements sont ordinairement 
tachés de sang quand, bien entendu, l'hémurrhagie n'a pas été interne. 
On trouve les lèvres et les gencives d'un rose sale, et très souvent le 
cadavre a l'aspect de la cire blanche ; il arrive cependant quelquefois 
des exceptions devant lesquelles même un observateur exercé ne 
pourrait reconnaître à la simple vue la mort par hémorrhagie. D'après 
M. Devergie, tous les auteurs modernes disent que les cadavres qui 
<mt succombé à une hémorrhagie, n'ont pas de lividités cadavériques! 
i*ii déjà combattu cette erreur plus haut (page 15). 

Dans la mort par hémorrhagie, on trouve à l'autopsie une anémie 
de toutes les grandes veines, excepté de celles de la pie^mère^ qui 



288 PàlITll raAlfÀTOLMKm. 

sont rarement tout à fait vides ou même seulement anémifà^\ 
ces dernières sont au contraire ordinairement remplies dans lenis 
parties déclives par une hjpostase sanpiiae abondante. Ce fait q«e 
nous avons maintes fois observé, mérite d'être noté peur éviter de 
erreurs, car on serait peut-être tenté de ne pas admettre la mort p 
héfflorrhagie lorsqu'on trouve ces veines pleiaes de saaf . 

Outra les veines, on trouve sur les cadavres dtii sujeta norii p 
hénorrhagie, les organes internes ou complélvment exsiogiifli i 
plus pftles qu'à l'ordinaire, cette pâleur est surtout évidente tor 
poumon des adultes qui est alors gris clair et parsemé de Uchet il 
cées. En outre on trouve naturellement dans les hémorrhagi 
iaiernes, un épanchement de sang dans une cavité ; ce sang esl fnâ 
liquide, tantôt eoagulé, ou bien l'un et l'autre. 

Tous ces indices de mort par hémorrhagie peuvent être aMÉ 
par la putréfattion. C'est ce qui arrive quand la pâleur de la Bmh 
du corps et des organes internes a fait place aux couleurs de 
décomposition, alors l'anémie générale peut être aussi bien miseï 
le compte de l'évaporation du sang par la décomposition, que sureé 
d'une hémorrhagie. 

Le corps d'un homme qui, sans être putréfié, présente les sympi 
mes que nous avons énumérés plus haut, est mort certainement d'à 
hémorrhagie. Cette mort a lieu quand une grande quantité de sa 
s'écoule hors des vaisseaux et est soustrait à la circulation, de aoi 
que le cœur et les poumons sont paralysés. Il serait très intéreasi 
en physiologie de chercher combien de sang un homme peut parc 
avant de mourir, mais cette question ne regarde pas la médacl 
légale, surtout depuis que les degrés de léthalité ont été heureos 
ment bannis du code. 

La source de l'hémorrhagie est souvent facile à trouver, ji 
exemple une rupture d'organe interne, une blessure à un gra 
vaisseau, mais si l'hémorrhagie provient d*un petit vaisseau cact 
elle est impossible à trouver par les moyens d'investigation ordinaii 

Les hémorrbagies externes ont lieu après les blessures par instf 
ments piquants, tranchants, contondants ou par des projectil 



HÉMORUiGU MORTBUJI. 219 

d'tfiQM à feu» qui ont atleiat des vaisseaux superficiels) comme ceux 
du COQ, des membres. C*est ainsi que des plaies par instrumeols 
piquants, tranchants et contondants et quelquefois par armes à Teu, 
peuvent amener la mort par hémorrhagie. Nous avons déjà parlé plus 
hautdeces iilessures ( pages 101 i 11 '7) ; les hémorrhagies externes ont 
aussi lieu par des blessures au cordon des nouveau-nés; nous en 
parlerons plus bas. 

Les hémorrhagies internes ont lieu ordinairement par suite des 
mêmes blessures que les hémorrhagies externes, lorsque ces blessures 
atteignent les vaisseaux des organes internes, mais elles peuvent 
as8^i avoir lieu par des ruptures d*organes qui se produisent sans 
<pe l'organe ait été frappé directement. Ces ruptures que nous avons 
déjà décrites (p. 105 et 106), supposent toujours nue violence exté- 
rieure très grande lorsque Torgane rompu n*était pas malade, car les 
poumons, le fuie, larale« etc., à l'état sain, ne se rompent jamais 
H^wlanément. Dans les hémorrhagies cérébrales, cela pourrait paraître 
douteux, et ces hémorrhagies sont très importantes au point de vue 
loédico-légal à cause des blessures de tète si fréquentes. Mais en 
laminant avec attention, on trouvera pour les hémorrhagies spon* 
laoées, soit une ossification du vaisseau, soit une autre altération 
pathologique, de plus, ces hémorrhagies donnent lieu à des épanche- 
^nts de sang très peu considérables, tandis que les hémorrhagies 
cérébrales traumaliques, donnent toujours lieu à de très grands 
épaacbementa de sang. On ne se trompera donc pas dans les cas où 
^ y aura de grands épanchements de sang dans la cavité crânienne 
an rejetant Yhémorrhagie spontanés^ en admettant qu'il y a eu 
nolmee exUri^urs. 

La mori par appauvrissement du sang a lieu lorsque les liquides 
de l'organisme étant éliminés de toute manière, tandis que le sang 
n'est plus renouvelé, la désassimilation devient plus active que Tassimi- 
latian, et la vie ne peut plus soutenir la disproportion qui s'établit 
outre ces deux fonctions. Ici appartiennent les cas assez fréquents où 
la mort arrive après des blessures datant de plusieurs semaines ou 
de plusieurs mois, qui ont amené une suppuration sanieuse ou une 



âélO PAUTIK TUANATOLOGIQUC. 

fièvre lente. On rerri rque dans les morts par appaavrissenientdesaBS 

un grand amaigrisseineut, une anémie générale analogue à celle q^^ 

a lieu par suite d'une hémorrhagie ou de longues suppurations o^ 

bien encore du cTécubitus. 

Dans cette catégorie de mort par appauvrissement de rorganisme^ 

appartiennent les morts qui arrivent malheureusement très fréquent 

ment par suite de châtiments et de violences de toutes espèces eiercés 

sur les enfants ou les adultes. Ou bien la mort a lieu subitement p^ 

neuroparalysie, ou bien ils meurent un certain temps après les blessu-* 

res. Il est à noter que ces blessés peuvent souvent encore marcher uk« 

peu, faire pendant un certain temps un travail facile, et qu'ensuite ils 

tombent et meurent. On constatera la mort par les blessures visibi 

à la surface du corps, sans qu'il soit besoin pour confirmer le diagno 

tic qu'il se trouve des signes positifs dans les organes internes. 

cas se sont souvent présentés à nous et il est encore à observer' q 

chacune des nombreuses blessures peut être en elle-même très ini 

gnifiante, telles que de petites ecchymoses, des coups de vei^, 

excoriations, des égratignures, des morsures, etc., et que c'est seiiK* 

ment leur ensemble qui a produit la mort par appauvrissement g^é 

néral. 

A, Mort par hémorrhagie. 

Obs. 152. — Blessure de V artère Uiaque externe. 

Celte blessure est assez rare. Un ouvrier de dix-huit ans reçut un coup de co0- 
teau dans une rixe, et tomba en disant ces mots : « Je suis frappé dans la poilrioe«, 
et il mourut bientôt après. 

Le cadavre était taché de sang, il y avait une anémie très prononcée du foie et 
de la rate, ainsi que des veines abdominales des poumons, du cœur, des grands 
vaisseaux de la poitrine. Il y avait peu de sang dans la cavité crânienne et une infil- 
tration de sang dans le péritoine. L'artère iliaque externe était presque tout i fait 
coupée derrière le ligament de Poupait. 

Obs. 153. — Blessure des poumons et du péricarde, 

\ln jeune homme tua son maître âgé de trente-deux ans ; pendant que celui^i 
dormait, il lui asséna trente-deux coups de couteau. La mort arriva par suite de 
blessures des poumons. 

Dans le lobe supérieur du poumon droit il y avait une plaie longue de 1 centi- 
mètre, et non loin de là, une autre longue de 2 centimètres. Deux litres de sang 



HÉMORRHAGIE MORTELLE. — OBSERVATIONS. Sil 

trient épanchés dans la plèvro droite. Au-dessous de la clavicule {gauche se trou- 
iîi une plaie à bords ecchymoses pénétrant jusqu'à la plèvre, une autre plaie 
Métrait dans la pointe du poumon gauche et avait donné lieu à un épanche- 
rait d'un demi-litre de sang liquide. Le péricarde était percé dans sa longueur 
Un centimètre (I). 

Obs. 154. — Blnsure du cœur et du diaphagme. 

Une femme de trente-quatre ans mourut instantanément d'une hémorrhagie pro- 
BilMit d'une blessure du cœur, qui avait été produite par un instrument triangu- 
lire. Le ventricule gauche avait été percé, le bord antérieur du poumon gauche 
l le diaphragme étaient blessés, il était singulier de voir, dans cette circonstance, 
I langue serrée entre les dents. Nous aurons plus bas à parler de ce signe. 

Obs. 155. — Blessure par instrument piquant^ du diaphragmet du foie et de 

l'estomac. 

One Uesaure de ces trois organes amena la mort après douze heures, les bords 
e la plaie étaient ecchymoses à l'extérieur ainsi qu'à l'intérieur ; le diaphragma 
tait percé dans sa partie musculaire, tout près de la portion aponévrolique. La 
laie était longue de 2 centimètres et les bords en étaient très ecchymoses. Le bord 
îfn du lobe gauche du foie présentait une incision de la longueur d'un centt- 
lèlre, et à la surface antérieure de l'estomac, il y avait une plaie de 3 centimè- 
raa. Tous les bords étaient très ecchymoses. C'était une vraie plaie de bandit 
lalieo. 

Obs. 156. — Blessure de la veine saphène interne. 

Ce cas est assez singulier, il oiTre l'exemple d'une mort occasionnée chez une 
îMiiiie de cinquante ans par un pot de chambre. Ce pot était en porcelaine gros- 
âèfe et cassé ; les bords de la cassure étaient aigus et tranchants, en mettant 
robjet au-dessous de sa robe, elle se blessa et fut trouvée morte dans sa chambre ; 
le pot était taché de sang. A la jambe gauche il y avait une plaie longue de 4 centi* 
■èlres, béante de 2 centimètres, avec des bords nets, le pourtour n'était pas 
eeehyiDosé, mais il se trouvait des ecchymoses dans le tissu cellulaire sous-cutané. 
La veine saphène interne présentait une plaie de la grandeur d'un petit pois. Il y 
init anémie générale très prononcée, à laquelle ne participaient pas les veines de 
la pie-mére. 

Obs. 157. — Hémorrhagie pendant r accouchement, 

bans ce cas, les résultats de la putréfaction se mêlaient 'à ceux de l'anémie pro- 
•Ble par hémorrhagie. Après un accouchement précipité qui avait eu lieu debout et 
garait amené une rupture du cordon, la mère, âgée de vingt-quatre ans, mourut 
4'kéinorrhagie (l'enfant mourut également par suite de la chute sur le sol). 



(l)CMpm tesobt. 48, 40 «1 51. 

n. 16 



2&2 PARTIE THATiATOLOOIQ0B. l ^ 

Ce eadttre, quand on le présenta à rauiopaie, était déjà dtns on état ée pob^ 
faction avancée, ce qui empêchait d'apercevoir la couleur de cire blanche. L'abdO' 
men était boursouflé, le gaz qui en sortit par suite d'une piqûre, brûla panda(>^ 
deux minutes avec une flamme claire. Tout le corps était anémique ; il y avs^^ 
90 grammes de liquide séro-sanguinolent dans chaque plèvre, ce qui était \f^ 
symptôme cadavérique Les seins, pressés, laissaient écouler du colostrum. Levagi^ 
très élargi, était .putréfié, la matrice flasque, était vide, longue de 20 centimètre^ 
et large de 15 centimètres. Le périnée était déchiré dans l'étendue de 2 centi^ 
mètres. Le placenta qui nous fut présenté était putréfié, les restes du cordon, loo^^ 
de 12 centimètres, déchiré, présentaient des bords qui correspondaient exactemen^^ 
avae ceux du cordon de l'enfant. 

Obs. 158. — Infanticide par coups de cotUeau dans te cou. 

Le 9 février, la femme N... , accoucha pour la première fois, très vite, ae trouvan*^ 
sur un pot de chambre. L'enfant était du sexe féminin et arriva dans le neuvi 
mois. L'enfant tomba dans le pot et bientôt il fut suivi du placenta. La fille 
iToir vu son enfant vivant ; pour l'empêcher de crier, elle lui mit le doigt dans Ib 
bouche, et au bout de quelques instants, dit-elle, il ne présentait plus aucun aign»- 
de vie. Mais dans la crainte que l'enfant ne revint à l'existence, comme ell« 
l'avoua, elle lui donna des coups de couteau dans le cou. 

Dix jours plus tard, le 19 février, l'enfant nous fut présenté à Tautopaie ; coi 
il fiisait très froid, le cadavre était encore tout à fait frais. Il avait 40 
de longueur et pesait seulement 2 kilogrammes et demi. Tous les aignea 
çaient également que l'enfant n'était pas tout à fait i terme. Au côté gauche du coa^: 
il y avait une plaie longue de 3 centimètres et large de 2 centimètres, les borda étaient 
en partie nets, en partie dentelés, sanglants et non ecchymoses. Dana le fend de 
cette plaie, on voyait le slemo^lido-mastoïdien et la moitié de la glande thy- 
roïde, une autre plaie à deux millimètres de celle-ci, était semi-lunaire, longuede 
S centimètres et large d'un centimètre et demi, superficielle, ne traveraant que 
la peau et présentant les mêmes bords que la précédente. Quand on faisait pencher 
la tète en avant, on voyait que les deux plaies ne formaient qu'une ligne, de aorte 
que l'on pouvait croire qu'il n'y avait eu qu'une seule coupure. Le diaphragme 
était entre la quatrième et la cinquième côte. Le poumon droit était un peu en avant 
dans la poitrine, le poumon gauche était tout à fait retiré. Les deux poumons avee 
le cœur ne pesaient que 15 grammes, et sans le cœur, sept gros. La couleur des 
poumons était rouge vermillon clair et ils nageaient dans l'eau. Mi la carotide ni 
la jugulaire n'étaient blessées, il n'y avait pas de sang coagulé dans le fond de 
la plaie, mais tout le cadavre était anémique. 

La conclusion ne pouvait pas être douteuse. L'enfant était né viable et avait Técu 
après sa naissance, ce qui était prouvé par la docimasie ; la mort avait eu lieu par 
suite de la blessure au cou, il était également facile de prouver que l'enfant n'avait 
pas été tué parce qu'on lui avait mis le doigt dans la bouche, puisque l'autopsie 
n'avait pas démontré qu'il y avait eu mort par sufl*ocation. L'accuaée avouait du 



\ 



APPAUVRISSEMENT DE L' ORGANISME • — OBSERVATIONS. 2AS 

'^ate eUa-même avoir voulu luer renfanl par les blessures du cou. Elle fut con- 
<^*moèe è dix ans de travaux forcés. 

B. Mort par appauvrissement de l'organisme. 
Obs. 159. — Plaie dans l'articulation du coude; amputation» Mort, 

Co bomme recul ua coup de sabre daus le coude droiU Au bout de douze heures 
tllbt amputé. Bientôt après l'amputalion qui, à ce qu'il parait, était urgente, il se 
Mk>alra des symptdmes graves dans les poumons et au bout d'un mois, il mourut 
de pleurésie. 

Le moignon du bras était long de 20 centimètres, ses bords étaient en partie 
eicalriaés, et montraient un pus de mauvaise nature, d*un gris vert. L'artère 
brachiale liée avait un caillot de 3 centimètres. La plèvre droite était remplie d'un 
Ulreei demi de pus d'un vert jaune et liquide, et le poumon comprimé était réduit à 
tto quartde son volume ordiuaire, sa substance incisée était grise, son écume était 
aani^uinolente, il présentait à sa base des tubercules nombreux et en partie ramollis. 
La plèvre gauche contenait également 240 grammes d*eau sanguinolente, mais le 
piNUDOQ gauche était sain, le lobe inférieur du poumon droit était détruit par des 
sinuosités purulentes. A la surlace iuférieure du foie, à gauche, il y avait un abcès. 
La rein droit était sillonné d'abcès. Amaigrissement général (infection purulente). 

Obs. 160. — Plaie par instrument piquant dans lalélej suppuration du cerveau. 

|}o garçon de vingt-cinq ans reçut, dans une rixe, deux coups de couteau dam 
la tète, à peu près au milieu de l'os pariétal gauche, puis un autre coup à l'angle 
extérieur de l'œil gauche, et enûn un quatrième au bord extérieur de l'omoplate 
gauche. 11 fut pansé et transporté a l'hôpital. D'abord tout alla bien, mais le 
huitième jour (22 janvier;, il se présenta un gonflement pâteux des téguments de 
la lèie, avec une fièvre violente ; le 2;{, on lit deux saignées. Ce pseudo-érysipèle 
passa vite à la suppuratiou ; le 2o, les deux plaies de la tète furent dilatées, afin d'en 
toiuer sortir le pus, on en fit de même pour les plaies de la figure et de l'épaule ; 
en pratiqua une troisième saignée à cause de la fièvre violente. Malgré des dilata- 
tions reflétées, il se forma des infiltrations purulentes ; les forces diminuèrent i 
psrtir du 5 février ; on employa des roborants, il y eut de U stupeur, de la diar^ 
rhée, les plaies et les sécrétions prirent un mauvais aspect, et le 8 février, vingt* 
Giaq jours après la blessure, le malade mourut. 

Les résultats de l'autopsie les plus importants furent les suivants : le corps était 

très maigre, sur le haut de la tète les os étaient dénudés du périoste dans l'étendue 

d'oae pièce de 5 francs et commençaient à se carier. La dure-mère, à la partie cor- 

mpondant aux plaies extérieures, présentait beaucoup de petits trous comme un 

ttlit et taiseait apercevoir du pus au-dessous d'elle. Après avoir enlevé la dure-mère, 

oa voyait uo pus épais, d'un vert jaune, qui couvrait tout l'hémisphère gauche ; ce 

^ était très adhérent et ne put être enlevé avec l'éponge. Tout le cerveau était 

>ttfiiiinolent et toute la partie postérieure de l'hémisphère droit n'était plus qu'un 

^^reapli de pus d'un gris vert. 



*2hi PART.IE THÀNATOLOGIQUE. 

Obs. 161. — Blessure à la tête. Suppuration du cerveau. 

Un homme sain et vigoureux âgé de trente-quatre ans mourut vingt-<[ttalre 
jours après avoir reçu à la tête des blessures faites avec une bouteille. 

Les résultats importants de l'autopsie étaient : maigreur du cadavre, crioe 
dénudé du périoste aux endroits qui correspondaient aux blemn», infiltn- 
tions de pus entre l'aponévrose épicrânienne et les muscles temporaux, jnsq[Q'à 
l'apophyse zygomatique ; la dure-mère, du côté droit, enflammée, du côté gaudie, 
couverte de pus. Le cerveau lui-même couvert d'une couche épaisse de pas à plu- 
sieurs endroits. 

ObS. 162. — Plaie des poumons par instrument piquant. Suppuration. 

Un homme de quarante et un ans reçut un coup de couteau dans le côté droit d« 
la poitrine ; la plaie extérieure avait, selon un certificat médical, la longueur de 
2 centimètres et la largeur de 4 millimètres. On avait de suite cousu la pliie, 
oi^Tavait soumise à l'eau froide et on avait administré du nitrate de magnésie; le 
troisième jour, un officier de santé trouva « l'haleine courte et accélérée et le pooU 
petit,» il fit alors une saignée de quatre tasses (480 grammes) ; dans raprès-fflidi 
il fit appeler le docteur M..., qui fit une nouvelle saignée aussi forte, parce qu'il 
trouvait qu'il y avait inflammation étendue des poumons et de la plèvre, unerei* 
piration difficile, de la toux et des crachats sanguinolents, des douleurs du côté 
blessé, les urines foncées, une grande inquiétude et de l'angoisse. Le lendemiis 
on mit des sangsues. Le soir le malade parut perdu, il était abattu, pâle, sans coo- 
naissance, le pouls était petit, faible, inégal. Le docteur M... administra du calond 
avec du sulfure d'antimoine, et mit un vésicatoire sur la poitrine. Le jour surraot 
le malade sembla mieux, cependant le pus devint infect, les pieds œdémateux, U 
fièvre devint hectique, et quatre mois et demi après la blessure, le malade mourut. 

A l'autopsie, nous trouvâmes 800 grammes de pus gris, infect, dans la plèvre 
droite, qui avait en partie détruit les muscles intercostaux de ce côté. La source 
de ce pus était un abcès qui embrassait presque les deux tiers de tout le poumoo 
droit. La substance des deux poumons était tout à fait saine, de sorte qu'il y avait 
suppuration traumatiquc dans le vrai sens du mot. Le poumon droit était adhérent 
à la plèvre costale, et là où il n'y avait pas abcès, il y avait hépatisation grise. 

52. — déterminer «'il y a faute d'un tiers. 

Nous avons déjà dit page 239, que les grandes hémorrhagjes 
du cerveau n'ont lieu presque jamais spontanément, et que des or- 
ganes sains ne se rompent jamais spontanément. Il s'ensuit que, 
lorsqu'on constate une hémorrhagie abondante, on doit accepter dans 
la plupart des cas, qu*il y a eu violence extérieure, et quand on 



HÉMORRHAGIE NOKTBLLE. — Y A-T -IL FAUTE d'uN TIEHS. 245 

ive les organes sains rompus, on doit toujours conclure qu'une 
iide force extérieure a été employée. Une telle force fera supposer 
un' accident ou la faute d'un tiers. 

I peut cependant y avoir des exceptions lorsqu'un homme, voulant 
nicider, se jette sous une voiture, ou se jette du haut d'une mai«> 
p alors il y a également des ruptures internes, et il faudra pour 
réeier ces cas, prendre en considération les particularités de 
aire. 

loos avons également dit (p. 196) que des coups par instru- 
its contondants qui ont tué par hémorrhagie, annoncent presque 
: certitude qu'il y a eu faute d'un tiers, car des suicides de cette 
ke sont excessivement rares. Il reste à examiner les plaies par 
raments piquants et tranchants qui amènent la mort par hé- 
rliagie. Les dernières surtout sont assez souvent faites par des 
idés. Dans les cas douteux, ici comme dans beaucoup d'autres 
itions, ce sont souvent des circonstances indépendantes de Tau- 
ie qui font décider le jugement, circonstances qui, combinées 
i l'autopsie, forment la base de la conclusion. H est évident que la 
ience et l'absence de l'instrument auprès du cadavre ne prouvent 
u près rien, car l'arme a pu être volée après la mort, et l'assassin 
t l'avoir laissée avec intention à côté de sa victime. Quelquefois 
scélérats, pour cacher la source de leur crime, ont recours à des 
cédés si absurdes, que ce sont justement ses procédés qui font tout 
ouvrir. Ainsi, il arriva il y a vingt ans qu'une femme et sa fille assas- 
hneot leur mari et père et voulurent faire croire qu'il y avait sui- 
B. Elles lui avaient porté des coups de rasoir pendant son sommeil. 
es joignirent les mains du cadavre dans la position de la prière et 
mirent le rasoir entre les mains ! De plus, ce cas, ainsi que celui 
qwrté par Gruner, démontrent que la direction des plaies par instru- 
it coupant et piquant, ne peut pas faire décider la question de 
itide, car des assassins, pour faire naître les apparences d'un sui- 
k» fpnt quelquefois des plaies semblables î^ celles que les suicidés 
ntsor eux-mêmes, telles que les plaies par instrument piquant dans 
cœur ou par instrument tranchant dans le cou. Dans ce cas, la direc- 



2&8 PARTIE THÀNATOLOGIQUE . 

les suicidés font souvent plusieurs tentatives pour arriver à leur Imt ; il est donc \m 
vraisemblable que M. . . s'est fait d'abord ces blessures superficielles qui lui lainèrenl 
toute sa connaissance, et tout le temps de rabaisser ses manches. Yoyant le pea 
d'effet produit par ces lésions, per>istant dans son intention de se donner la mott, 
il choisit un autre mode de sufcide plus sûr. Quant au rasoir fermé qui a ététrtrafé 
à côté du cadavre, il ne peut pas prouver qu'il n'y a pas eu suicide, car on sait 
que la mort, par des coupures de cette espèce, n'étant pas subite, on peut très bko 
admettre que cet homme a vécu plusieurs minutes, et par conséquent asses de 
temps pour fermer et jeter son instrument. La cravate, intacte, est plutôt nue eir- 
constance en faveur du suicide, puisqu'un assassin, quand même il aurait surprit 
M... pendant son sommeil, n'aurait pas eu la piéetntion d'écarter la cravate. Enfin, 
ce n'est pas par hasard que le cadavre a été trouvé vis-à-vis de la glace, il est, lu 
contraire, naturel de croire que M... ?'est regardé dans cette glace pour écarter 
sa cravate et pour couper à l'endroit voulu. » 

Des recherches ultérieures constatèrent le suicide. 

Obs. 1 65. /^ Suicide douteux. Blessure de la carotide et de la jugukùrû. 

Il y avait encore dans ce cas des altérations pathologiques nombreuses, qui 
devaient faire penser à de grandes souffrances pendant la vie et qui pouvaieot 
expliquer la cause du suicide. Le cadavre présentait une blessure au cou qui ivait 
atteint la carotide et la veine jugulaire gauche. Le cœur était hypertrophié du côté 
gauche. L'estomac, situé verticalement, avait deux rétrécissements qui le divisaient 
en trois poches. Toute la muqueuse était épaissie. Le rein droit, ainsi que l'artère 
et la veine manquaient, ce qui est excessivement rare. La mort avait eu lies 
par liémorrhagie, car on a trouvé partout de l'anémie, excepté aux veines de la 
dure-mère. 

Obs. 166. — Marque strangulatoire et coupure du cou. BleuuredeicarotideStàei 

jugulaire» et de la trachée. 

Ce cas présentait une complication singulière. Il s'agissait d'un homme de 
soixante ans, modeste employé, qui avait joué à la bourse et s'y était ruiné. 

On nous présenta son cadavre encore habillé, il avait été trouvé sur le dos dans 
sa cuisine. Les deux mains étaient tachées de sang, au cou une plaie s'étendait 
horizontalement d'une oreille à l'autre, béante et sans ecchymose. Celte blessure 
avait atteint la paroi antérieure de la trachée-artère immédiatement au-dessus du 
larynx, à droite, la veine jugulaire, et à gauche la carotide. A la nuque se trou- 
vaient trois sillons parallèles, larges de 2 millimètres, d'une couleur rouge bleu 
foncé, non ecchymoses, qui se perdaient dans les deux angles de la coupure. Cepen- 
dant, à l'angle droit se trouvait une ecchymose dans le sillon. Au cou, au bord 
inférieur de la plaie, on voyait des traces de sillons analogues. Il y avait anémie 
très sensible. L'aorte abdominale présentait une ossification. 

Nous déclarâmes que les résultats de l'autopsie ne s'opposaient pas k l'adoiission 
d'un suicide, que la marque strangulatoire ne pouvait pas combattre cette admission, 



HÉMORRHAGIE MORTELLE. — Y A-T-IL FAUTE D'UN TIERS. 2i0 

Ddu qu'il n'y avait aucune autre blessure sur le corps et aucun désordre dans 
pétamenls, cette marque strangulatoire montrait seulement combien la résolu- 
du suicidé avait été tenace, car il avait dû essayer de s'étrangler ; cette tenta- 
«Yatt eu lieu quelque temps avant la mort, puisqu'une ecchymose avait eu le 
pt de se former. Nous déclarâmes que le rasoir. trouvé avait pu être l'instru- 
it qui fit la blessure du cou, et enfin, comme les habits n'étaient tachés qu'à la 
ie postérieure, cette blessure du cou avait dû être faite quand il était couché ou 
lié couché. Plus tard, un parent raconta qu'en rentrant la veille du soir, il 
i trouvé le décédé étranglé et sans connaissance, et qu'il l'avait sauvé en cou- 
. le lien, et ce fut dans la nuit suivante que celui-ci persistant dans sa résolution 
m suicider, alla dans sa cuiiiae et se coupa la gorge. 

Obs. 167. — Coupure du cou. Asphyxie. 

B titre explique la conclusion de ce cas trék curieux. Un homme de soixante 
«donné aux laissons alcooliques, mélancolique depuis plusieurs mois avait été 
nda râlant dans sa chambre. Un voisin, en entrant, le trouva mourant sur une 
se. A quelques pas de la chaise, devant une commode surmontée d'une glace,^ 
( trouvâmes une tache de sang pas très grande, et par terre, un vieux rasoir 
lié, non tranchant et taché de sang. 

a eadavre présentait une coupure au cou allant de gauche à droite et accompa- 
I de plusieurs autres qui annonçaient que l'on avait essayé plusieurs fois. Cille 
ivre était horizontale. Le coup n'avait pas atteint les grands vaisseaux, mais il 
i eottpé complètement la trachée-artère au-dessous du larynx. Les habits étaient 
lâchés de sang, il y avait très peu de sang dans la chambre, et comme il avait 
«eore marcher et s'asseoir, on devait supposer qu'il n'y avait pas eu hémor- 

et poumons n'étaient pas anémiques, mais au contraire, très oedémateux, le 
r fauche était plein, et le cœur droit regorgeait de sang foncé coagulé, ainsi que 
ère pulmonaire. La trachée -artère était vide et normale, il n'y avait anémie ni 
i le tète ni dans l'abdomen. La veine-cave contenait beaucoup de sang foncé, 
reins étaient hypérémiqees, ainsi, la mort avait eu lieu par asphyxie, et Tim- 
ibilitè de la respiration avait été causée par la séparation du larynx. 

. 168 à 171 . — Meurtres et suicide par des blessures des carotides^ des jugu" 
tfdê la irachée-artère et par des blessures de tète» Priorité de la mort. 



une nuit d'octobre, les voisins d'un employé subalterne entendirent des 
Is el des cris dans le petit appartement qu'il occupait. On disait aussi avoir 
ndv des cris : « au secours ! » partant de la fenêtre. Malheureusement ce ne 
lie le matin que l'on sut ce qui s'était passé. Le père de U famille était connu 
ne en homme violent et irascible, mais il jouissait d'une bonne réputation, 
si fut-on saisi d'étonnement quand on trouva, dans la petite cuisine, toute la 
litta» le père, la mère et les deux fils massacrés, et les quatre cadavres éten- 
itw le soL 



250 PABTIB THANAT0L06IQUE. 

Lu lit du mari était le seul intact, dans les trois autres on TOjait ^oa ^étA 
couehé ; la mère et les deux enftints étaient sur le dos, se touchant ou ajastlimiii 
sur le cadavre voisin. 

La mère et les fils étaient en chemise de nuit. Le père était ^tn d'un cslecmict 
d'une robe de chambre fourrée, il reposait sur le rentre, la tète se trouTsit ï VtSL- 
trée de la pièce où se trouvait son lit. La cuisine était couverte de grandes otm 
de sang, et sur le parquet se trouvait une hache très lourde, un vieux sabre et sa 
rasoir, tous ces instruments étaient ensanglantés. On voyait dès le premier covp 
d'œil, que les cadavres avaient été écharpés. Qu'était-il arrivé? Pas une aruioire 
n*avait été forcée, il n'y avait donc pas eu assassinat avec vol. H était probable qse 
le père, âgé de quarante ans, avait tué d'abord In tiens, et puis lui-même. Mib 
aucun des voisins ou amis de la famille ne pouvait trouver l'explication de ce mil- 
heur. Je fis les quatre autopsies, et je rapporterai les résultats principaux. 

Obs. 168. — La mère. Toute ta partie droite de la tète montrait des tégumaats 
dilacérés ; les os crâniens écrasés et le cerveau en lambeaux faisaient hernie ; li 
figure était très tuméfiée et ecchymosée. La partie antérieure du cou avait dû être 
blessée par un coup de couteau bien tranchant ; la blessure avait 8 centimètres st 
avait pénétré jusqu^à la trachée-artère et jusqu'aux deux carotides qui étaient ceai- 
plélement coupées. Au-dessous du sein droit se trouvait une plaie pénétrante, lenfas 
de 3 centimètres, béante, à bords lisses ; sur la cuisse droite il y avait une plaie trian- 
gulaire à bords nets, longue de 3 centimètres, et à la nuque, une coupure long«6 
également de 3 centimètres. Il y avait, en outre, des plaies par instruments piquasti 
sur le cété droit du ventre, du dos, et sur la fesse droite; on voyait beaucoup 
de taches d'un bleu rouge, non ecchymosées, surtout sur le ventre. A la tète, récit» 
sèment occupait les os pariétal et temporal droits, Poccipital et la moitié gauche di 
frontal. A l'hémisphère droit du cerveau se trouvait une couche épaisse de sanf 
coagulé et foncé, ainsi qu'à la base du crâne qui était complètement divisée eo 
deux parties par une fracture oblique. Dans la partie droite du foie se trouvait 
une piqûre de 2 centimètres et demi de longueur. Anémie générale. 

Les faits étaient faciles à interpréter, nous rapportâmes : t Les plaies du cou et 
de la nuque ont été faites avec un instrument tranchant, et les blessures de tète 
avec un instrument contondant, manié avec grande force ; toutes les autres blessures 
ont été produites avec un instrument piquant : le rasoir, le sabre et la hache trou- 
vés, ont très bien pu faire ces blessures. Sur une demande spéciale, noua répon- 
dîmes que l'écrasement du crâne seul en dehors des autres blessures, excluait tout 
à fait l'admission d'un suicide, que les blessures de lôte avaient dû précéder les 
blessures du cou (coupures des deux carotides) et que plusieurs des petites bles- 
sures avaient dû être faites après la mort. 

Obs. 169. — Le fils Auguste, âgé de dix ans. Écrasement complet de l'oreille 
droite avec plaies à bords nets, deux autres plaies également à bords nets sur la 
tète, une troisième sur le front gauche, toute la joue gauche fendue, k la partie exté- 
rieure du cou une plaie de 5 centimètres de longueur, sur la poitrine, au -dessus et 
au-dessous de l'ombilic, trois piqûres ; toute la partie droite du crâne écrasée, 



HÉMORRHAGIE MORTILLI. ^Y A-T-IL FAOTE D'UN TIERS. 261 

TMniiphère droit «ndiiit d'one eoueb* de Mog coagulé, U pwrtio fauche du firon- 

til fracturée, toute la base du crâne écrasée, la partie antérieure de la traebée- 
«tère et de la carotide gauche coupée, des piqûres dans le lobe iuférieur du peu- 
IMB droit avec épancbement de sang, une piqûre dans le diaphragme, à droite, par 
itqvalle le foie faisait hernie ; piqûre dans la surface inférieure du lobe droit du 
Me, piqûre dans une anse du gros intestin, avec épanchement de féoes ; anémie. 
14 jugement médico-légal fut le même que pour la mère. 

Obs. 170. — Le /Us GuUlaumey âgé de huit ans, fut massacré d'une manière 
éfilement épouvantable. Dans la région ombilicale, une plaie semi-lunaire ; dans 
i< région de l'os liphoïde, une autre plaie pénétrante, deux autres sur le cété 
pucbe de la poitrine ; deux plaies par instrument contondant, situées parallèle- 
ment sur la figure, depuis le milieu du front jusqu'à l'oreille gauche ; deux autres 
plaies par instrument contondant sur le haut de la tête et sur l'os pariétal gauche ; 
OQe plaie par instrument coupant, à bords nets, à la partie antérieure du cou, se 
'éunissait avec une semblable qui allait d'arrière en avant, de telle manière qu'au 
■Ulieu du cou il n'y avait qu'un petit intervalle de peau de l'étendue de 5 centimètres, 
^tte plaie avait séparé les vertèbres cervicales et incisé la moelle. Ainsi, on avait 
^asayé de décapiter! A l'intérieur, on trouva tout le crâne écrasé, même la base, 
^Uie plaie perforante du cerveau et de grands épanchements de sang foncé et 
Coagulé dans la tôte. Au cou, les grands vaisseaux ainsi que la trachée-artère et 
l*CBeophage n'avaient pas été blessés, mais la deuxième vertèbre cervicale avait été 
Complètement séparée de la troisième. Il y avait une piqûre dans le lobe inférieur 
<lu poumon gauche', avec épanchement de sang liquide, une piqûre dans la partie 
fauche du diaphragme, avec hernie de l'estomac, qui lui-même présentait une 
piqûre à sa partie postérieure. Anémie générale. Outre les instruments employés 
que noua eûmes également à juger pour ce cadavre, nous déclarâmes que chez ce 
farçoo. également, les blessures de la tête avaient préc<!'dc les blessures du cou, et 
que les blessures de la poitrine et du ventfe avaient été faites après la mort, ce que 
prouraient non-seulement l'état des bords de ces plaies, mais aussi la fluidité du 
sang comparée à la coagulation du sang trouvé dans la tète, j'attribue cependant 
moins de valeur à ce dernier signe qu'à la combinaison générale de toutes les blea- 
sares. 

Obs. 171. — L$ cadavre du père. Lividités eadevériques sur la* poitrine, prove- 
nant du décubitua sur la partie antérieure. La main droite teuif était tachée de sang. 
Au milieu de l'abdomen, une plaie de 2 centimètres à bords nets mais un peu den- 
telés, peu ecchymoses. Tout le cou était couvert de coupures dans toute sa dr- 
coofèrence : on pouvait y distinguer trois plaies différentes, dont Tune séparait le 
câlé droit du cou, l'autre la nuque, et la troisième le cété gauche du cou. Ces trois 
pbies avaient des bords nets, non ecchymoses, mais n'avaiejit blessé que les veines 
isfuiaires sur les deux eûtes, les autres organes importants du cou étaient intacts, 
l'obierve encore que la plaie du ventre ne pénétrait pas dans la cavité. L'anémie 
^^t générale et avait causé la mort. Nous rapportâmes : « l'hémorrhagie a eu lieu 

P*f Wt plaies du cou, elles ont été faites par le rasoir trouve ou un instrumeot 



252 PARTIE THANÀTOLOGIQUB. 

absolument semblable ; la plaie de l'abdomen de peu d'importance, a dû être fùte 
avant la blessure du cou, et le décédé s* est suicidé. 

Le juge demanda quel était celui des deux époux qui avait survécu à roMlre, 
nous répondîmes que l'bonmie était mort après la femme. Cette dernière aniloo 
écrasement de la voûte et de la base du crâne et du cerveau, des épanchenuBii 
de sang dans la cavité crânienne, une séparation complète des deux caroHàaéL 
une plaie du foie ; Thomme ne présentait qu'une coupure de deuK jugulaires. la 
supposant que les blessures des deux personnes eussent été faites en même temps 
par un tiers, on serait forcé d'accepter que ce grand nombre de blessures très 
graves a amené la mort de la femme beaucoup plus tôt que celle de l'homme. Xiii 
tout l'ensemble de cet affreux événement fait supposer que l'homme a d'abord 
donné la mort aux siens, puis à lui-même. 

Il Ait constaté que l'homme était rentré chez lui très tard (tvre ou non, on l'ignore). 
Il se querella avec sa femme, et bientôt des paroles on arriva aux coups qui éveO- 
lèrent les enfants déjà couchés ; ceux-ci se levèrent et coururent au secoon de 
leur mère, en criant ; car les cris : au secours ! qui ont été entendus sortant de U 
fenêtre, venaient d'une voix d'enfant. Alors la colère de l'homme s'exalta, et, 
saisi d'une fureur aveugle, il égorgea sa femme et ses enfants. Évidemment attconn' 
mencemenl, il ne s'était servi que de la hache avec laquelle il frappa sur les tètes, 
puis, quand les malheureux furent tombés évanouis, mais encore vivants, il prit oa 
rasoir et fit les blessures du cou, enfin, avec une cruauté de cannibale, il frappai 
tort et à travers avec le sabre sur les cadavres ou les mourants ! La position que 
nous avons notée, dans laquelle on a trouvé les cadavres, prouve qu'il les a encore 
remués après leur mort ! Une circonstance est encore curieuse : chez la mère elle 
fils aîné, les coups furent portés sur le côté droit de la tête, tandis qu'ordinairemeot 
les blessures sont du côté gauche quand le meurtrier n'est pas gaucher. Or, le père 
n'était pas gaucher, car il s'est fait les coupures au cou avec la main droite, puisque 
cette main seule était ensanglantée ; il faut donc admettre que la mère et le fils 
atné ont été blessés par derrière, probablement en voulant fuir.' Le suicide du 
meurtrier est hors de doute, vu l'état des coupures du cou qui étaient les seules 
blessures mortelles. Quel est le tiers qui aurait pu faire une triple coupure entourant 
le cou sans rencontrer de résistance, et on n'aperçut aucune trace de défense. U 
est évident qu'après avoir fait son triple meurtre, il essaya de se tuer par une cou- 
pure au ventre, et il est psychologiquement très curieux que cet homme qui vient 
de massacrer toute sa famille et qui a usé pour cet acte horrible de toute la force 
dont il pouvait disposer, en voulant se tuer lui-même, a agi avec si peu d'énergie, 
qu'il n'a séparé que la peau !!! Ce n'est qu'après, qu'il prit le rasoir — qu'il avait 
ébréché sur le corps de ses enfants. 

Obs. 172 et 175. — Meurtre par coupure du cou. Blessure de la trachée- 
artère et de la carotide. 

Le 17 janvier 18.., un père coupa avec un rasoir le cou de ses deux fils, 
Paul, âgé de trois ans et demi, et Oscar, âgé d'un an et demi, et fit de suite des 
tentatives de suicide en se coupant la gorge et eii voulant se pendre, mais O ne 



HÉMORRHAGIE MORTELLE. — T A-T-IL FAUTE D'UN TIERS. 25S 

réunit pas. Les enfants moururent tout de suite et furent disséqués trois jours 
iprès. 

Obs. 1 72. — Paul n'offrait pas l'aspect de cire blanche. Au cou il y avait une 
plsieà bords nets, non ecchymoses^ longue de 7 centimètres, large de 5 oenlimètres, 
tout à fait horizontale. La trachée-artère était complètement coupée au-dessous du 
larynx, ainsi que la carotide interne, mais l'œsophage était intact. Il y atait une 
•Demie générale du cadavre, mais une hyposlase sanguine des veines posté- 
rieures de la pie-mère. 

Obs. 173. — Le cadavre d'Oscar avait la couleur de la cire blanche; la coupure 

Vti traversait le cou horizontalement, était longue de 5 centimètres et demi et large 

de 5 centimètres, les bords étaient lisses, secs, non ecchymoses. La trachée-artère 

^it complètement séparée du larynx, l'œsophage était intact, aucun des grands 

^liiseaux n'avait été atteint, le cadavre était anémique, excepté aux sinus de la 

'are-mère. Le jugement de ces deux cas était très^simple : le fait devait avoir eu 

lieu peu de temps après un repas, car les deux estomacs étaient tout à fait remplis 

^ bouillie de pomme de terre. Nous déclarâmes que, vu la direction horizontale des 

Coupures, le père avait dû tenir les enfants dans la position d'un homme qui joue 

^ la basse. Ce malheureux, qui était aliéné, a avoué avoir été dans cette position. 

Chs 174 et 175. •» Meurtre par coupure du cou. Blessure de la carotide, de la 

jugulaire et de la trachée^artère. 

Ces deux eas sont analogues aux précédents sous le rapport psychologique et sous 
W rapport traumatique. Ils concernent les qwUre enfants du tapissier S... qui, dans 
^n état d'aliénation, leur coupa la gorge un matin, tandis qu'ils étaient encore au 
Ul. Les deux filles moururent tout de suite d'hémorrhagie, tandis que les garçons 
^lestèrent vivants. Il a été constaté que tous les enfants s'étaient défendus contre 
leur père, ce que les blessures, du reste, pouvaient très bien prouver. 

Obs. 174. — Le cadavre de Louise, figée de sept ans, était pâle, néanmoins il y 

vrait des lividités cadavériques, et à la partie gauche du cou se trouvait une plaie à 

aagle droit, traversant seulement la peau, et au-dessous de cette plaie se trouvait 

k blessure mortelle, qui allait de gauche à droila et un peu de haut en bas. Elle 

anit eoupé entièrement la carotide et la jugulaire, ainsi que la trachée-artère au- 

du larynx. Anémie générale. 



Obs. 175.~ Le cadavre de la petite sœur âgée de quatre ans, avait l'aspect de la 
cir« blanchâtre, et présentait des lividités cadavériques. A la partie gauche du cou, 
il 7 avait seulement une plaie béante, longue de 5 centimètres et demi, allant de 
pache à droite et de haut en bas. La veine jugulaire n'était coupée qu^à sa paroi 
ttiérieore. U n'y avait également que la paroi antérieure de la trachée-artère qui 
^it blessée. Anémie générale. 
U résislance de ces malheureux enfants était prouvée : chez le garçon de neuf ans 

(itt moment oili j'ai examiné), par des coupures cicatrisées à l'angle droit de la 



26A PARTIE THAHATOLOGlQtnS. 

bouche et à quatre doigts de la main droite, la plafe au cou située du eôté 
gauche était cicatrisée ; chez le garçon de dix ans, on voyait deux petites coupim 
cicatrisées à deux doigts de la main gauche. Ici la coupure du cou était du côtédroil, 
un peu en forme d'arc, déjà en voie de cicatrisation, et au-dessous d'elle, plos ho- 
rizontalement, se trouvait une autre plaie longue de 5 centimètres. Il est très ï 
remarquer que les coupures des deux filles avaient absolument la direction que l'oo 
trouve ordinairement chez les suicidés. Nous dûmes déclarer qu'il élait vraiietu- 
biable que le père avait été derrière les enfants ; ce qui a été confirmé plus tard 
par les déclarations des garçons. 

Le garçon le plus jeune mourut à l'hôpital, après cinq semaines, d'une maladie 
étrangère aux blessures. Les blessures du coif étaient complètement ckatriiéek 
Les deux plèvres étaient tout à fait remplies d'une exsudation séreuee, etle poB- 
mon droit adhérait un peu. Les deux poumons étaient, du reste, normaux. 11 j 
avait encore dans la cavité abdominale une large exsudation égalemeot, mais BMiu 
à la base du crâne ; il n'y avait pas d'œdème des pieds et pas de décubitus, deMrti 
que l'on pouvait conclure qu'il y avait eu une courte maladie avec de grands épii- 
cbements. Outre cela, la substance corticale des reins était injectée, et lesorgMM 
eux-mêmes plus volumineux. On pouvait donc admettre que l'eafant avait hk- 
combé à une scarlatine. 

Obs. 176 et 177. — Suicide par coupure du com Coupure de la troMe et et 

Fouophage. 

Le même jour, nous fîmes l'autopsie de deux hommes âgés l'un de vingt aas 
et l'autre de cinquante ans, qui tous les deux s'étaient coupé le cou avec tu 
rasoir. Le premier depuis trois jours, le second depuis deux jours. 

Je rapporte ces deux cas parce qu'ils présentaient une circonstance singulière : 
les deux plaies faites certainement par des suicidés, étaient complètement horiion- 
tales, de sorte que si la question avait été posée, il aurait été très difficile de dire 
où commençait et où finissait la plaie. Ajoutez que chez l'homme vieux, le cadavre 
avait été lavé avant d'arriver à l'autopsie, et que chez le jeune la main gauche était 
très ensanglantée et fermée énergiquement. Nous dûmes admettre que le coup 
avait été porté avec la main gauche. Ces deux cadavrei , quoique morts par béaor* 
rbagie, avaient des lividités cadavériques, le plus jeune avait le dos très pâle, àm 
lividités sur le ventre, sur la partie antérieure des cuisses, et des taches brunes par* 
cheminées au cou, ce qui indiquait qu'il était tombé sur le ventre et était resté daiif 
cette position; l'hyposlase des veines de la pie-mère ainsi que l'hypostase des 
poumons se trouvaient également à la partie antérieure. II fut constaté plus tard que 
le cadavre avait été trouvé couché sur le ventre. Ces deux suicidés ne présentaient 
aucun des grands vaisseaux du cou coupés, mais chez les deux, la trachée-artère et 
l'œsophage étaient blessés : chez le jeune, le larynx était traversé ; chez le YÎeux, Il 
blessure était entre le larynx et l'os hyoïde. Anémie générale. 



INANITIOH PAR MANQUE DE NOURRITURE. 266 



CHAPITRE II. 

INANITION PAR MANQUE DE NOURRITURE. 
S 1. Généralîtés. 

Il y a peu d*ob8er?ations connues sur ce genre de mort. Des cen- 
ÉMS d'hommes périrent dans des prisons, dans des naufrages, 
l'iotras furent enfouis sous un éboulement, ils sont morts certaine'^ 
Mt par manque de nourriture. Mais qui les a observés? Lorsque 
Il auteurs anciens parlent d'exemples d'abstinence d'hommes sains, 
faut duré plusieurs semaines, ou plusieurs mois, ils se trompent 
a ib veulent nous tromper. Les rapports épars que l'on trouve sur 
la maladies et autopsies de gens morts par manque de nourriture, 
léritent peu de confiance, parce qu'ils datent d'une époque où les 
viptAmes purement cadavériques n'étaient pas connus, et parce 
l'Os viennent souvent d'observateurs ordinairement inexacts. 
Aussi nous devons douter de la valeur scientifique de certaines 
Ates que des hommes même aussi célèbres qu'Orfila ont mises en 
rcolaiion, par exemple celle qui consiste à admettre que les femmes 
eurent par abstinence plus tard que les hommes ; que le froid et 
kwnidité permettent une abstinence plus longue que la chaleur et la 
ieheresse. En effet, il faudrait pour prouver de telles théories, 
ire de nombreuses observations comparatives, et où sont ces 
baervatîons ? Mon expérience quoique longue est très pauvre sur ce 
^itl, et si je communique le peu que.j*Jri vu, je suis loin d'en vou- 
lir tirer des règles générales. 

n est certain et généralement connu qu'il y a deux manières de 
Mffir de faim : la mort aiguë et la mort chronique. La mort chro- 
rifM arrivQ peu à peu par diminution successive de la nourriture, 
fri donne lieu à des maladies de toutes espèces, surtout la phthisie 
€ ]m atrophies, et enfin à la mort par appauvrissement de l'orga* 
(vej . diap. I). La mort aiguë arrive par une privation subite de 
On eemprend que comme les observations sont très rares. 



256 PARTIE THANATOLOGIQlfE. 

les opinions varient sur la question : combien de temps Tabstine&ee 
peut-elle durer chez un homme avant que la mort arrive? On trouve 
chez les auteurs les réponses à celte question les plus diverses, 
depuis trois jours jusqu'à soixante ! 

Je renvoie ici à une observation que j*ai suivie exactement et avec 
le plus vif intérêt; elle prouve qu'un homme bien portant et sain ne 
succombe à une abstinence complète de nourriture ordinairemaU 
qu'après quinze jours, de sorte que vice versa si la mort a eu liesptf 
abstinence, on pourra conclure qu'un tel laps de temps s*est écooK. 

Un homme sain, N..., âgé de trente-six ans, fut condamné pour 
faux à plus de sept ans de travaux forcés. Après une innée de prison, 
il prit la résolution de se laisser mourir de faim. Il commença b 
17 février à ne pas manger son déjeuner, il prit cependant un peadi 
dîner qui, pour les prisonniers, consiste en légumes. Le 18 au matii 
il prit un potage, et à partir de ce moment, il s'obstina à refuser tonte 
espèce de nourriture. Malheureusement je ne sus ce qui se paaut 
que le 23, lorsqu'on vint demander mes conseils; les deux médecins 
de la prison avaient observé avec soinN... et s'étaient convaincus di 
rauthenticité de l'abstinence. J'approuvai d'abord la mesure que 
l'on avait prise : on avait mis dans la même salle deux hommes asseï 
instruits qui n'étaient condamnés qu'à quelques semaines d'emprison- 
nement et qui devaient essayer d'empêcher le suicide du prisonnier. 
Je le trouvai le 23 couché sur sa paille, il n'avait absolument rien 
pris depuis cinq fois vingt-quatre heures. Il était pâle, mais pas plus 
que les autres prisonniers enfermés depuis aussi longtemps que lui; il 
avait les traits un peu tirés, le regard un peu terne, la température 
de la peau tout à fait normale, la langue blanche, et lorsqu'il pariait 
on entendait un certain claquement dans sa bouche provenant d'an 
mucus visqueux. La voix n'était pas caverneuse, il n'y avait pas de 
mauvaise odeur de la bouche, les gencives étaient pâles, la res- 
piration normale, le pouls avait quatre-vingt-huit pulsations, très 
régulier, encore assez plein, le ventre affaissé et très gaxeux. La 
tête était complètement libre. Il m'avoua qu'il avait des hallucinations 



INANITION PAR MANQUE DE NOURRITURE. 267 

de la \'ue) mais de Touîe, et qu*il entendait des sifDements dans 
» oreilles ; il disait qu'il dormait bien et beaucoup; depuis le 18 il 
'naît plus eu de selles. Il ne se plaignit de souffrir ni de faim ni de 
trif. Il expulsait peu d'urines. Tous les conseils et exhortations le 
liaaèrent inébranlable dans sa résolution , il ne >roulut prendre ni mé- 
icamenl ni nourriture. Le 24, l'état était le même. Le médecin de 
I prison lui avait fait prendre quelques gouttes d'élher. Le 25, pas 
• selle : c'était un dimanche, le prélre lui offrit la communion qu'il 
Biosa. Il me dit qu'il avait fait serment à Dieu de ne plus rien man- 
sr dans la prison. Quand je lui demandai s'il mangerait étant en 
èerté, il répondit aussitôt: c Mais certainement». A côté de 
li se trouvait le repas du dimanche, consistant en soupe aux 
NMUiies de terre et en viande. N... était plus pâle et avait visible- 
lenl maigri. Il essaya de lire la Bible, il ne put pas le faire long* 
mps parce qu'il avait des éblouissements, mais ce qui l'impor*» 
it surtout c'était le bourdonnement des oreilles. La langue était 
au milieu et complètement sèche ; au bord elle était couverte 
bflUicas très visqueux, qui claquait quand il parlait encore plus 
jB'iuparavant. L'haleine devint sensiblement fétide, le ventre présen- 
iil une sensation pâteuse comme celui des cholériques. La peau 
ivait ses sécrétions normales, elle était chaude, il n'y avait pas eu 
farine lâchée depuis vingt-quatre heures, aucune selle. Le pouls 
l'était pas changé, les facultés mentales étaient intactes; l'absti- 
lence durait depuis sept jours! 

Le 26, N... lâcha un peu d'urine, nais ne put marcher seul et 
dat être porté. Sa voix prit le son très caverneux que l'on entend si 
mveot dans les maladies chroniques de l'abdomen. Le pouls était â 
M pulsations, la langue devint plus humide; autrement l'état était 
conme la veille. Comme il n'y avait pas encore de phénomènes 
pives, on pouvait admettre que s'il persistait â refuser la nourri- 
lire, N... vivrait encore certainement huit jours. 

Le 27, N... n'avait plus faim du tout (on l'observait continuelle* 
Boit), il éprouvait seulement le besoin d'humecter sa bouche sèche et 
nsqaeuse, ce qu'il fit le matin avec de l'eau très froide, sans 

li. 17 



268 PARTIE THAMATOLOOIQnS. 

boire. Le ventre était très affaissé, sans le moindre besoin d'alkràb 
selle, ni nausées, ni vomissements, ni douleurs. La tète loi paniani 
lourde, surtout quand ii remuait; l'odeur de la bouche était fhi 
fétide* 

Le 28 il se passa des phénomènes curieui. Le posb B*aml ftt 
76 pulsations et était très petit. Le matin N... s'était plaint d'aiiir 
la vue double et de sentir des crampes d*estoroac qui étaient siali- 
gées psr une forte pression. La veille au soir et le matin, ptaiié 
par un besoin irrésistible, il avait pris de temps en temps im peud'en 
sucrée, à peu près 185 grammes. Il disait n*avoir pas faim, suis i 
racontait que tout lui semblait avoir l'odeur du lait, et dans h sait 
du 28 au 29 la faim le prit subitement et triompha de lui ; il nMOfii 
da pain qui était devant aon lit, le lendemain on lai apporta m 
quart de litre de lait qu'il but. Je le vis le 20 an malûa et je hi 
ordonnai un potage au lait qu'il prit avec avidité, et à partir ds ci 
moment il flt ses repas régulièrement. Deux mois plat tard, ja le 
vis complètement sain et frais ; il m'assura n'avoir ea faim q«s ém 
les trois premiers jours, et qu'après on lui aurait offert les pinsbssw 
morceaux il n'aurait pas eu envie de les manger. 

Dans tous les cas on a observé que c'est, en effet, dans les prt- 
miers jours que l'on a seulement faim. L'appétit qui clies notra indi- 
vidu revint le premier fut celui de l'odorat et qui avait pour okje( 
le lait, la première nourriture de l'Iiomme. 

Les symptômes de maladie que nous avons observés dans cet 
exemple sont ceux que Ton a toujours décrits. Les urines deN..., 
au milieu de son abstinence, ont été analysées par mon célèbre cob' 
frère M. Mitscherlich. Je m'attendais à trouver moins d'urée, eepeii' 
dant l'urine n'a présenté aucune anomalie, ce qui confirme les obeet' 
vatiuns de Lassaigne qui, dans l'urine des abstinents, n'a pas trouvé 
une diminution d'urée. J'aurais bien voulu pouvoir examiner le unf 
de cet homme pendant son abstinence, afin de voir s'il y avait une 
diminution de globules et d'albumine, ce qui est vraisemblable et ce 
qui a été observé par MH. Andral, Gavarret et Simon. 



WANinON FAR HAMQUfi DE NOURRITURE. 360 

Sf. IKagnofUi* 

Les expertises médico-légales ne devront pas être gênées parl'in- 
tiiîlade qui existe quant à l'époque où la mort doit arriver après 
abstinence prolongée. Pour constater que la mort a eu lieu par 
, on devra considérer les phénomènes qui se sont présentés 
MfUnt Tabstinence et les résultats de Tautopsie. Les phénomènes 
mdant la vie se sont montrés dans les cas connus, analogues à ceux 
[M nous avons vus, dans Tobservation que nous venons de rapporter. 
Minairementy contrairement à ce qui s'est passé chez notre malade, 
i iûn cède devant une soif très ardente. Les forces diminuent vite 
ft ofi Âoitun prompt amaigrissement. Il survient des évanouissements, 
lai hallucinations, des vertiges par suite de la lésion de l'innervatioa. 
use évtcuations sont retardées , il survient des nausées > des vomis - 
nmentSy des mucosités , des vents, de la fétidité de la boucle, 
Il avec les signes de l'appauvrissement de l'organisme la mort arrive. 

lies eadavres sont très amaigris , tout à fait anémiques, l'estomac 
BSl ^de (on parie aussi d'une corrosion qui aurait lieu dans l'esto- 
Mc, par les liquides de l'organe, la c self digestion > des Anglais, 
Mis ce n'est probablement qu'un sjmptômecadavérique), il est rétracté, 
les intestins sont rétrécis çà et là, tout à fait vides et contiennent 
tout au plus quelques fèces endurcies, les parois de l'intestin sont 
amincies jusqu'à la transparence, la vésicule bilieuse est remplie 
d'usé bile visqueuse et foncée. Il est évident que parmi tous les 
phénomènes de vie et de mort il n'y a pas un seul critérium spéci- 
fique, excepté peut-être l'amincissement de la paroi des intestins (1). 
U sera donc d'autant plus nécessaire de prouver l'absence de tout 

utre gemre de mort, ce qui deviendra dans les cas douteux la base 

d'une grande probabilité, comme on le verra parles exemples suivants. 

(1) Ce signe a été observé pour la première fois par Donavan {DubL med. Press ^ 
iS48), pendant la famine qui a eu lieu en Irlande en 1847 ; Donavan lai attribue 
«e grande importance. 



200 PARTIE THANATOLOGIOUS. 

Obs. 178. — Véritable mort par mamque de nourrUmre, 

11 y a 32 ans, nous eûmes à juger le cas rare d'une mort causée réellemealpir 
le manque de nourriture. 

L'accusé condamné en première instance avait Mi appel. C'était m effieier de 
santé qui n'avait pas le droit de traiter les maladies internes ; il avait eepeaéiat 
traité une femme par les onguents mercuriels très en vogue à cette époque ; U 
malade avait été soignée avec tant de aéfligence et de légèreté que les deux maxil- 
laires avaient contracté une adhérence complète et que la nalheureoie mourut d« 
faim! 

L'autopsie fut faite avec le plus grand soin et donna les résultats suivants : k 
cadavre très maigre présentait le maxillaire inférieur proéminent devant le maxil- 
laire supérieur, ce maxillaire inférieur ne pouvait être abaissé même en emplofut 
une grande force. Lm plupart des dents étaient absentes; après avoir fiût nneindMS 
à chaque angle de la bouche jusqu'aux oreilles, on vit au maxillaire inferiear ux 
molaires, placées horizontaUment. Quatre de ces dents étaient si lâches qo'dlei 
se laissaient enlever avec les doigts ; au maxillaire supérieur il y avait qaslK 
dents dont trois étaient également très ébranlées. Dans la région de la troMàM 
dent molaire droite du maxillaire inférieur, le périoste et la muqueuse éUtteal 
noirs, et le bord supérieur de ce maxiUaire offrait au toucher une jmprsirifli 
de rugosité. Les deux maxillaires étaient liés è droite par une membrane aoorBlle 
très dure ; à gauche, la même adhérence existait mais avec moins d'^ 
L» langue était complètement adhérente aux parties soua-jacentes et ne 
avec elles qu'une seule masse, de sorte que l'on ne pouvait pas l'en séparer. 

La partie antérieure de la langue élait dénudée de la muqueuse dans l'étendae 
de 2 centimètres, et laissait voir les muscles. Quant aux autres organes, l'esteDSC 
était contracté de sorte que son diamètre était égal à celui du côlon, du resta toui. 
à fait normal. Il contenait une cuillerée de liquide jaunâtre sans odeur particu^ 
Hère. Les intestins étaient également contractés de moitié, leur couleur était oor- — 
maie. Tout le canal intestinal était complètement vide, le foie était pâle, anémiqai^ 
et plus dur qu'à l'ordinaire. La vésicule bilieuse était remplie de bile foncée. L^ 
rate, petite, flasque, molle, anémique, adhérait en partie au péritoine. Lea autre "^ 
organes de l'abdomen étaient normaux, les organes du thorax et de la tète anéml " 
ques ; le peu de sang qui se trouvait dans le cœur était noir et épais, c'était doiw " 
une véritable mort par abstinence. On voit que les résultats de l'autopsie étaie^^ 
en harmonie avec ceux de» cas peu nombreux qui sont rapportés dans la litt 
turfî médicale. 

Obs. 179. — Mort de faim douteuse. 



Un tailleur de quarante-huit ans, était soupçonné être mort de faim. Le 
devint de suite le sujet des conversations et donna lieu à toutes les phrases hu 



nitaire» de circonstance. Le cadavre était très amaigri, il y avait hypertrophie ^ 



INANITION PAR MANQUE DE NOURtUTURE. — OBSERVATIONS. 261 

SMr et det parois de la vessie ; restomac était gorgé dû purée de pomme$ de terre, 
iSsos dûmes donc déclarer que le décédé était mort de maladie interne et non 
«s mort de faim. 

Obs. 180. — Mort de faim douteuse d'un enfant, Kxhuinalion du cadavre 

après douze jours, 

Um fille naturelle de neuf mois mourut le 12 mai (Temp. -|* t2 à i3 degrés R) 
. Ail déterrée le 24 du même mois parce que le bruit courait que la femme à 
quelle elle avait «té confiée pour l'élever au biberon, Pavait laissée mourir de faim. 

Le cadavre nous fut présenté dans un petit cercueil, il était enveloppé d*aiie 
iMBiae et d'un linceul de coton, l'autopsie eut lieu cinq jours après l'exbumatiou. 
la figure, les extrémités inférieures, lavant-bras droit étaient couverts de 
, les yeux avaient coulé hors de leurs orbites, l'odeur qu'exalait le cada- 
m a'était pas encore caséeuse, elle était celle de la putréfoction dans ses premières 
triades. Tout le corps, excepté les membres inférieurs, était vert foncé. On voyait 
I nite qu'il y avait eu un très grand amaigrissement ; en séparant la peau on ne 
emwm nulle part la moindre trace de graisse. Aucune trace de blessure ni de vio- 
■M. Les os crâniens et la dure-mère étaient très pâles et anémiques, une bypos- 
•• sanguine se trouvait sur la pie-mère. Le cerveau n'était plus qu'une bouillie 
iMyles veines étaient anémiques, les poumons également et du reste sains ; Tanémie 
Ml soins grande dans les grands vaisseaux, et le cœur droit contenait un peu 
inilf, le cœur ganche était vide. La trachée et rcesophage étaient également 
iH. L'estomac contenait plus de deux cuUlerées de lait caillé, (Je ne décris pas 
• fhénomènes de putréfaction.) Le foie, la rate, les reins, la veine cave étaient 
litt et vides sans ulcère et sans anomalie, ainsi que le mésentère, la vessie était 
in. 

Hdus déclarâmes que l'enfant n'était pas mort de faim, mais d'une maladie interne, 
se rem pouvait cependant admettre que la maladie avait eu lieu par suite de pri- 
Mien de soins et de nourriture. Je dois ajouter que l'enfant était très petit et qu'il 
avait qu'une seule dent incisive qui commençiit à paraître. Le point d'ossification 
me le eondjle du fémur n'avait qu'un centimètre, ce qui prouve un grand retard 
) la nutrition. Ce retard était dû d'autant plus probablement à des défauts de 
int qu'il n'y avait aucune trace de fièvre lente. Notre rapport fut confirmé plus 
rd par des recherches au moyen desquels on eut la preuve qu'un médecin déjà un 
BÎa avant la mort de l'enfant avait conseillé de le retirer des mains de cette nour- 
», parte qu'elle ne lui donnait qu'un demi-litre de lait par jour. 

Obs. 181. — Mort de faim douteuse. 

Une fille de cinq mois qui fut mise par sa mère en nourrice pour être élevée au 
iberon mourut après avoir été un certain temps malade et chétive. Cn médecin 
qu'elle avait eu une diarrhée chronique, la nourrice était accusée d'avoir 
renfiint mourir de faim. 



26S PARTIS THANATOtOGIQQE. 

Le petit çadtrre était très maigre, et il y aTait des eiehares de déenMlindim 
la région do tacram. Les membranes du cerveaa étaient très hypéréniqaei et 
dans l'hémisphère gauche il y avait une extravasation de sang de la graadevr d'sn 
haricot. Les ventricules contenaient beaucoup d'eau, le cerveau et le cenelet 
étaient hypéréroiques, les sinus étaient remplis de sang foncé et liquide, les pou- 
mons et le cœur étaient anémiques ainsi que la rate et le foie. La vésicule biliaire 
contenait de la bile claire et épaisse, l'estomac présentait un ramollissemeot gélati- 
neux, se déchirait facilement et laissait écouler 60 grammes de chyme lai- 
teux. Les intestins étaient rides. Les reins et les veines abdominales anémi- 
ques. 

Nous déclarftoSes qu'une maladie interne et non pas Tabstinence, avait cause la 
mort de l'enfant. 

Obs. 182. •— Mort de faim lenU. 

Dans ce cas, un enfant de trois mois mourut réellement par fj^uie de soin et 
de nourriture. Le cadavre était sale et maigre, la peau des membres était plinèe 
par suite de l'absence de graisse, les fesses et les cuisses étaient rouges à la par- 
tie postérieure et en partie érodées. Anémie générale ; les poumons sans tuber- 
cules, l'estomac vide et normal ; les glandes du mésentère son scrofuleuses, le gros 
intestin tout à fait vide avait un diamètre très petit, le point d'ossificstioa du 
condyle du fémur était de 3 lignes et demie. 

Ainsi l'enfant était mort par suite de Tarrét de nutrition qui n'avait eu ponir ori- 
gine aucune maladie organique. La saleté de la peau, les excoriationa et inlam- 
mations des fesses prouvaient que l'enfant n'avait pas été bien nettoyé. 

L'accusée disait qu'elle avait donné tous les jours à l'enfant trois quarts de litia 
de bon lait et deux fois par jour du biscuit, mais cette déclaration n'était passa 
harmonie avec ce que nous avions trouvé à l'autopsie, puisque cette quantité de 
nourriture aurait été sufllsanle pour un enfant de trois mois et n'aurait pas pu le 
mettre dans l'état où il était. Ajoutons le rétrécissement des parois de l'intestin 
qui, comme on le sait, est un signe d'inanition par manque de nourriture. 

Nous déclarâmes donc que l'enfant était mort de marasme produit par manque de 
soins et de nourriture. 



KMPOlSONlfBMBMTfl. HM 



CHAPITRE 111. 

EMPOISONNEMENTS. 

LiciSLATiON. — Code pénal Prussien, § 197. Celui qui aurt administré volontaire- 
ment du poison ou d'autres substances qui sont capables d'altérer la santé, sera 
pani des travaux foreés jusqu'à dis ans. S'H eu est résulté une maladie ou bles- 
sure grave, le coupable sera puni des travaux forcés à perpétuité. 

Cas dipoaitioBt ne concernent pas le cas où le coupable a eu rinteutimi de tuer. 

AW. I 304. Celui qoi aura empoisonné volo'itairement des puits ou des réservoirs 
^tti MTvent à l'usage d'autrui, ou destinés à la consommation publique, ou qui 
aura ajouté des substances dont il connaît la propriété vénéneuse ou qui vendra 
ou exposera en vente de telles substances empoisonnées en cachant leurs pro- 
prièlda, sera poni des travaux forcés de cinq à quinze ans. Si, par suite de cette 
aeâioo, ua homme a perdu la vie, la peine de mort aura eours ; s'il n'y a en que 
négligence, le coupable sera puni d'emprisonnement jusqu'à six mois s'il y a eu 
dommage; et si par suite de cette action un homme a perdu la vie, on appliquera 
la peine de l'emprisonnement de deux mois à deux ans. 

KM. I S45. Seront punis d'une amende jusqu'à cinquante écus ou d'emprisonné- 

■ani jusqu'à six semaines: i* S* celui qui, sans permission, préparera* 

vendra ou donnera des poisons ou des médicaments; 8*.. é* celui qui 

ne suivra pas les instructions données pour la conservation ou le transport des 
poisons ou pour la préparation et l'exposition en vente de ces substances. 

Coie de procédure criminelle^ f 167. S'il y a eu soupçon que le décédé a péri par 
empoisonnement, les restes de la substance que l'on croit être le poison, et les 
substances suspectes trouvées dans l'estomae et les intestins doivent être soumis 
à l'analyse chimique Le juge aura soin que les substances solides ou liquides 
qui doivent être examinées ne soient pas changées afin que l'identité soit hors 
de doute. Peur cela si l'expertise ne peut pas se faire immédiatement en pré- 
sence du juge, les substances seront cachetées et le juge le notera au proeès-ver- 
bai en les remettant aux experts qui devront plys tard les rendre en remplit* 
sant les mêmes formalités. 

ment du 15 novembre lë58,§ 15. S'il y a soupçon d'empoisonnement, on 

bit une double ligature à la partie inférieure de l'œsophage et au milieu du 

duodénum, puis on coupe l'œsophage et le duodénum entre les deux ligatu* 

tes. On retire i'estomao aveo la partie supérieure du duodénum, on examine sa 

surface externe et interne ainsi que ce qu'il contient, puis on met tout dans un 

vase que l'on donne au juge, afln qu'il en fasse faire l'examen chimique. Dans 

ee mémo vase on doit mettre l'oBsophage après l'avoir lié à la partie supériaore, 

faveir eenpé au des s us de la ligature et l'avoir examiné anatomiqoement. Enfin, 



2tfA PARTIE TUANATOLOGIQCE. 

on doit mettre également à part d'autres substances, telles que du sang, del'urifle, 
des portions de foie, de la rate, etc., si Ton croit, que Ton pourra y troaver des 
traces de poison. 

$1.— BéSoîtioo. 

La science des empoisonnements , malgré les grands progrès de la 
chimie et de la physiologie, est encore le côté faible de la médecine 
légale, aussi bien sous le rapport de la théorie que sous celui de la 
pratique. 

Sous le rapport théorique , le législateur prussien a écarté d'une 
manière très simple et très heureuse la difficulté de la définition dn 
mot € poison > en matière criminelle. Que la substance se reproduise 
dans le corps ou non, qu'elle ait été administrée clandestinement on 
non, qu'elle soit quelquefois employée comme médicament sans cepen- 
dant pouvoir être rayée de la série des poisons, que dans un cas on 
puisse prouver que la substance n'a pas été un poison ; tout cela n*est 
plus à considérer s'il est avéré que la substance dont il s'agit est 
c capable d'altérer la santé de l'homme. » Or c'est là le critérium qai 
est commun à tout ce que l'on appelle c poison > et qui appartient 
à l'eau-de-vie aussi bien qu'à l'arsenic, au pavot aussi bien qn'aa 
phosphore. 

De là, naturellement, on doit déGnir Vempoisonnetnenl^ l'action 
par laquelle c une telle substance a été administrée volontairement 
à autrui > aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur. 

Souvent une autre difficulté s'offre au médecin légiste, lorsqu'il n'y 
a eu que tentative d'empoisonnement, après laquelle la mort n'a pas 
eu lieu ; c'est là une circonstance d'un haut intérêt pénal et qui rend 
Texpertise médicale nécessaire; nous voulons parler de l'appréciation 
de la quantité du poison qui a été ingéré, appréciation qui souvent 
accompagne la question difficile à juger de la forme dans laquelle le 
poison a été donné. 

Il se présente par exemple, beaucoup de cas ou l'acide sulforique 
a été ajouté à des boissons ou à des mets liquides. Jamais on n'a 
contesté que l'acide sulfurique fût un poison. Hais pour ioas les 
poisons il y a des limites de doses au-dessous desquelles ils cessent 



BMPOISOMIfBMBNTS. tôb 

d'être € poifont » pour le médecin. Dans an litre d*eaa, ri on a ajouté 
quelques gouttes d*acide salfurique, on a fait une tentative d'empoi- 
sonnement , et cependant le médecin ne pourra pas appeler ce 
mélange faiblement acide, un poison; car il sait qu'il ne peut avoir 
aucune propriété vénéneuse. Si dans un autre cas la même substance 
a été donnée en dilution dans une proportion telle que le médecin 
reconnaît l'effet de cet acide et sa saveur particulière, alors pour lui 
il y aura empoisonnement. 

Quant à la justice, elle envisage la question sous un autre point de vue. 
N.. était accusé d'avoir versé à la femme J... dans un pot de café 
de l'acide sulfurique concentré. Le café pesait 600 grammes et l'ana* 
'lyse montra qu'il y avait 17 grammes d'acide sulfurique concentré. 
Ce qui représente une dilution de ^ à peu près. Nous déclarâmes 
qu'un tel mélange est encore très acide et que, avalé d'un seul trait, 
il ne tuerait pas, mais serait c apte à altérer la santé, > car il pourrait 
causer une inflammation de la muqueuse de l'estomac. Il est évi- 
dent que quiconque a ses sens ne peut avaler un mélange de 
500 grammes de café et de 17 grammes d'acide sulfurique, car outre 
(pie cette boisson est très considérable , le goût très acide serait trop 
répugnant pour permettre la déglutition. Dans ce sens nous décla- 
râmes que le mélange analysé ne pouvait être considéré comme poi- 
son ou c comme substance capable d'altérer la santé. > A l'audience, 
le oDinistère public prétendit que j'avais à déclarer simplement ri 
l'acide sulfurique concentré est un poison sans tenir compte de la 
dilution, ce à quoi naturellement il fallait répondre oui. Le défenseur 
répondit que l'opinion du procureur royal était fausse, car l'accusé 
n'avait pas administré de l'acide sulfurique, mais un mélange de 
café. Des cas semblables se sont présentés à nous pour les substances 
aborthres (voy. i. I, p. 17S). 

L'opinion du ministère public dans le cas que nous venons de citer 

eal aussi celle de notre cour de cassation. L'accusée L... administra 

à trcns reprises différentes et volontairement à son mari une petite 

quantité de semence de stramonium en décoction. 

La santé du mari n*en fut pas altérée, néanmoins la femme L. .. Ait 



260 PAUTIK THAMATOLOGIlHil!^* 

condamnée « à cause de lésion volontaire produite paruBêaubiliice 
vénéneuse. » En seconde instance, le défenseur prétendait «pe b 
qualité seule d*une substance nm doit pas être prise en conaidintiM 
pour juger si cette substance est un poison ou non, maia qa'il ImI 
aussi considérer si la quanlUé jàimiuisiTée est suffisante pour ahtar 
la santé. Le tribunal refusa de casser le jugeaient et décida qm 
cette opinion était contraire à ta signification du mot c poîsoo, > 
c'est-à-dire une matière qui, par sa qualité seule, est capable d'al- 
térer ou de détruire la santé; d'après cela, l'administration rf'tinf 
quantité quelconque de poison et par conséquent d'une substance 
qui en elle-même est capable de détruire et d'altérer la santé 
constitue le crime du § 197. 

Nous basant sur ce jugement , nous avons toujours déclaré si b 
substance en elle-même était un c poison » , en laissant au juge le 
soin de considérer la circonstance de mélange ou de la quantité. 

§ 2. — Division des poisons. 

Il a toujours été difficile de donner une division satisfaisante des 
poisons. Pour la pratique, cette division a peu d'importance, puisque 
le médecin légiste ne doit envisager que le cas particulier, mais celte 
division est nécessaire dans la science. 

Il faut avouer que nos connaissances sont encore trop reatreintes 
pour que nous puissions établir une division rigoureuse; les connais- 
sances qui servent de bases sont les réactions sur le vivant et les 
résultats de l'autopsie. Ce n est pas qu'il n'y ait des observations 
nombreuses d'empoisonnés, les matériaux sont assez nombreux dans 
tous les livres, mais la qualité de ces matériaux ne permet pas de faire 
cette classification. Des milliers de cholériques ont été observés avec 
soin par les hommes de science dès le commencement de leur maladie, 
et pourtant cette maladie n'est pas bien connue. D'un autre côté, les 
empoisonnements sont souvent observés après la mort ou bien à la fia 
de la maladie, ou bien pendant toute la maladie, mais par des témoins 
étrangers à la médecine. Ajoutez que les symptômes de maladies sont 
différents selon que le poison a été donné en mélange liquide , ou 



ENPOISONMBMBlfTS. — BIVI9I01I DES POISONS. 2<I7 

rmfa t B i é ém «ne buaillie, o« bieii conemitré, oa \àm à jpatîttB éb^ 
set; ou tdon que Ton a administré des contre-poiaoïis. 

On comprend alors la rareté d*oheervations pures comprenant le 
coure complet d'une maladie provenant d'un empoisonnement. Quant 
aux dissections, il faut considérer que le plus grand nombre ont 
été faites dans un temps où les phénomènes cadavériques n'étaient 
pas encore connus et appréciés, et que souvent on n'a pas asset 
pris en considération les symptômes individuels. De là provient h 
nnltitnde d'opinions contraires, et les différences que l'on trouve 
entre les rapports d'autopsie anciens et modernes sur des empoi- 
sonnements. On parle, par exemple, de taches rouges ou d'un rouge 
Mea sur le cadavre et qui sans doute étaient de simplea taches 
de mort; les compilateurs s'emparent de ce renseignement el 
le proclament comme le symptôme de tel ou tel empoisonnement I 
Dans un autre cas d'empoisonnement avec l'acide prussîque on 
a trouvé des rayons bleuâtres qui sillonnaient les parois de l'estomac 
et le rapport attribue une valeur à ce qui n'est qu'une t stase san- 
guine >, sans soupçonner que ce n*est qu'un symptôme de putréfaction 
des plus ordinaires. Dans d'autres cas, après une mort lente, après 
ai empoisonnement, on trouve le cœur affaissé, la raie grande, l'es- 
Undsc petit et contracté, et on prend ces phénomènes mi considération, 
tandis que probablement ils n'étaient que des phénomènes individuels 
et complètement indépendants de l'empoisonnement. 

Il n'y a cependant que sur les effets pathologiques et anatomo* 
pathologiques que l'on puisse fonder une classification valable des 
poisons. Et là les difficultés sont très grandes, car les effets des poi- 
sons en enx*mémes sont presque inconnus. Ce n'est que dans les temps 
modernes que la toxicologie^ en découvrant que les poisons passaient 
dans le sang et en étudiant les effets chimiques sur les parties solides 
«i liquides de l'organisme, est montée au rang d'une véritable science. 
Uns les effets des poisons sont très différents d'après la dose, la pré* 
paratien, l'oiydation , et nécessairement un seul et mêm^ poison 
devrait seul figurer dsns plusieurs classes. Les exemples sont liMiss 
^ donner. Les acides métalloïdes, par exemple Taeide sulfuriqne très 



268 PARTIE THANATOLOGtQUE. 

étendu ne produit qu'une légère phlogose de la muqueuse stomacale; 
moins étendu , il produit des excoriations superficielles; enfin, coa- 
centré y il détruit et gangrène tout te tissu de l'estomac. Ces phéno- 
mènes appartiennent seulement aux acides de cette espèce et pour- 
raient en former une classe à part. Le bichlorure de mercure est 
pour les symptômes sur le vivant comme sur le cadavre tout différent 
des vapeurs de mercure qui également empoisonnent. L'acétate de 
plomb tout autre que les vapeurs de plomb ; l'oxyde de zinc toal 
autre que le chlorure de zinc ; les préparations de sulfure de morcure 
peuvent à peine être comptées parmi les poisons mercuriaux à cause 
de leurs effets tout particuliers. 

Vu foutes ces difficultés y la division que nous donncma n*a pas la 
prétention d'être sans reproche, nous lui attribuons peu de valeur, puis- 
que notre but en médecine légale est la pratique pour laquelle une 
classification est inutile ; c'est celle qui nous a paru la moins mau- 
vaise : 

l"* Poisons corrosifs irritants , enflammants. Ils produisent une 
irritation allant jusqu'à l'inflammation et toutes ses suites, ulcération, 
gangrène , désorganisation de la muqueuse ou de la peau aoit par 
contact, soit consécutivement; il y a probablement par l'empoisonne* 
ment du sang(dysémie) une irritation du système nerveux. Les poisons 
le plus fréquemment employés qui appartiennent à cette classe sont : 
les acides métalloïdes, les composés d'arsenic, de mercure (excepté 
les vapeurs de mercure et les sulfures de mercure) , les composés 
vénéneux de zinc et d'antimoine, l'acide oxalique, les alcalis, le chro- 
mure de potasse, le phosphore, les huiles éthériques, le colchicum, 
les coloquintes , Thuile de croton , les champignons vénéneux et la 
cantharide. 

2"* Poisons hypérémisants. Ils tuent par congestion sanguine 
tantôt du cerveau, tantôt des poumons, tantôt du cœur, tantôt de la 
moelle épinière, ce que l'on peut très bien voir par les phénomènes 
sur le vi\fint et par le résultat de l'autopsie. Les poisons les plus 
employés qui appartiennent à cette classe sont : les opiacés , la bella- 
done, la noix vomique, la strychnine, la vératrine, la brucine, la jus- 



EMPOISOMMBIIENTS. — DIAGNOSTIC. 209 

^iaiDe, la dglle» la digitale^ le stramoniuBi, la nicotine , la conicine 
et les alcaloïdes de ces plantes, les gaz irrespirables et l'alcool. 

8* Poisom neuro^paralyBanls. Us tuent par paralysie du centre 
nerveux, par Tintermédiaire du sang empoisonné; de là la mort subite 
qui a lieu avec parai jsie et convulsions. On ne trouve alors rien à 
l'autopsie. Ce sont : l'acide prussique , le cyanure de potasse, l'huile 
d'amandes amères, le cyanure de zinc, le cyanure de plomb, le cyanure 
de cuivre, le cyanure d'argent, les cyanides de cobalt et de chrome^ 
le seigle ergoté et le chlorofortne. 

A** Poisons tabifiques^ Ds ne procurent qu'un empoisonnement 
lent et cbrcNiique, ils altèrent lentement, mais gravement la digestion, 
d'où il résulte une nutrition incomplète, amaigrissement, consomption 
et mort. Ce sont : le sous-nitrate de bismuth, le carbonate de plomb, 
les vapeurs de plomb, de mercure, d'arsenic et probablement la plu« 
part des vapeurs métalliques. 

5* Poisons septiquesj ou putréfiants. Ce sont les substances et des 
produits morbides qui empoisonnent le sang et amènent la mort. Ce 
sont : les matières vénéneuses des saucisses, du fromage, des pois- 
sons , et ainsi que les poisons contenus dans beaucoup d'aliments 
innocents qui se forment sans qu'on puisse se l'expliquer, et les pro- 
duits morbides, la morve, le charbon et le pus. 

S 3. — X>iagiiostîe de l'empoisonnement. 

L'ancien code prussien demandait que l'on admit l'empoisonne** 
ment comme certain, si la mort était venue après l'ingestion du 
poison et si le poison avait été* la cause vraisemblable de cette mort ; 
en un mot, si le post hoc était constaté et le propter hoc vraisem- 
blable, c'était une sage disposition pour ce temps, car elle facilitait l'ex* 
pertise et n'était pas en butte à toutes les possibilités et tous les doutes 
qui assiègent la justice. Car s'il était prouvé soit par l'instruction, 
soit par l'expert médical d'après les symptômes de la maladie ou les 
résultats de Fautopsie et de l'analyse chimique que réellement du 
poison a été administré , le médecin légiste avait le droit d'admettre 



270 PARTXB THANâTOLOeiVDV. 

fMDpoisoanement si tesrésQlliisderMtoptteraiidaieBtnwaririaHe 
ce genre de mort. 

U en est autrement inamleiiaiit, qne le f 197 dans les ees d'empoi- 
sonnement ordonne de pronver qne la mort a en lien par snile de 
ringestîon du poison. Le jugement est plus difficile tfa'anparsfaii, 
car on demande une c certitude > là où antrefois une c nrâemUsacc) 
était suffisante. Cependant le médecin n'a plus besoin de tenir comfle 
de la possibilité d'une consenration de la ne qui aurait pu aroir liai 
grâce à des soins médicaux appropriés on i d'autres dreonatancei 
quelconques ; il a sentement à considérer si la aihstance X peut atoir 
en les suites qui se sont présentées. Que l'expert se rappelle le $ 186 
qui a aboli les degrés de léthalité. 

Pour répondre à cette question : A-t-on administré du pMon oi 
d'autres substances capables d'altérer la santé? U faut considérer ki 
critériums suivants : 

1^ Les symptômes de la maladie produite par l'empoiaonBement; 
. 2* Les résultats de la dissection ; 

3* Les résultats de l'analyse chimique; 

A" La combinaison de toutes les circonstances ^térieares qui ont 
entouré la maladie et la mort du décédé. 

|o SYMPTÔMES DE LA MALADIE. 

Les symptômes de rempoisonnement pendant la vie ne peuvent 
donner que des indices très vagues, car on sait que souvent dans \e$ 
cas légaux les témoins n'ont pas même vu le malade pendant la vie, 
de sorte que l'on n'a que des renseignements à peu près insigni- 
fiants, si ce n'est tout à fait nuls. De plus, en général, presque tous les 
poisons, excepté ceux qui tuent subitement comme l'acide prussique, 
sulfurique, donnent lieu à des phénomènes vitaux presque analogueSi 
tels que vomissement, diarrhée, collapsus, dérangement de la circii» 
lation, lésion du système nerveux. Ensuite, il existe une série de ma» 
ladies qui ofiBrent tous les symptômes d'un empoisonnement, de aorte 
qu'une erreur est très facile. Enfin, comme dans le diagnostic d' 



EMPOISONNKIIBIfTS. *^ STWTtnM GÉNÉRAUX. 291 

oiakMiîe, il m faot pu Molomtni tenir oomple d*«ni Mal ou de qml- 
4|B6S ey mptômes de la meladley mais de toat Teiiseinble ; on ae dia- 
gDOStiqae pas la rougeole par le seol exanthème ni par le catarrhe 
seul, pas plus qu'on ne diagnostique la grossesse par la groaseor da 
leolre y ou la mort par pendaison par la présence seule d'nm sillon 
alrangulatoire ; de même on ne devra pas diafnostiqaer Teonpoiemi- 
aeuienl par ks seuls symptômes pathologiques. 

Il ne serait cependant pas juste d'en conclure que seulement ior»* 

qu'on trouve le poison» le diagnostic est infoillible, car de cette ma* 

nîère on retrancherait toutes les circonstances accessoires et on 

adopterait pour les empoisonnements une marche déclarée fausse 

pour tout le resté de la médecine. Tandis que la médecine tend é 

augmenter tous les jours les modes d'investigation qui peuvent aider 

le diagnostic tels que le microscope, la physique, la chimie, on vw<^ 

drait réduire à un seul les signes diagnostiques de l'eropoisonne- 

ment ! 

C'est ce que veulent les gens qui séparent la médecine légale de 
la médecine générale qui veulent en faire une c jurisprndentia me- 
dica » y qui ont voulu imposer la théorie des preuves inébranlables 
dont s'est débarrassé le droit pénal moderne dans une science qui 
s'est qu'une science de combinaison, et non une science mathémati- 
que. — Nous allons donner les symptômes généraux de maladie 
dans différentes classes de poisons. 

1" Potfont cofTosifs. Ils produisent, en général, de la chaleur 
et vue sensation de brAlure dans la bouche et dans le gosier, une 
aensatîon de brûlure et une douleur vive dans l'estomac, dans tout le 
ventre, des nausées, des vomissements, soif vive, diarrhée, froideur 
é» la peau, sueur froide, pouls accéléré devenant petit, sensibilité des 
lég am en ts abdominaux au toucher, diminution prompte des forces , 
moft. 

2* Potions hypérémisants. Dilatation des pupilles, perte de con- 
naissance, somnolence, respiration lente et irrégulière, vomissements, 
ebstraetion, collapsus, convulsions cloniques et toniques, paralysie, 

BMIfl. 



272 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

S* Poisons neuro-paralysants. Mort subite ou nausées, vosui* 
sements, pâleur du visage, sueur froide, pouls lent, dilatation on con- 
traction des pupilles, convulsions tétaniques, écume à la bondie fk 
au nés, respiration difGcile, mort. 

A* Poisons labifiques. Amaigrissement lent et progressif, aspect 
cachectique, pour Tempoisonnement par le plomb et le mercure, 
gencives livides, langue couverte, absence d'appétit, obstruction in- 
testinale (colique de plomb ) , tremblement des membres, paralysie, 
mort avec les symptômes de la fièvre hectique* 

5*" Poisons septiques. Affaissement et abattement général, nai' 
sées, vomissements, symptômes locaux d'une inflammation spécifique, 
signes généraux d'une fièvre putride, mort. 

Pour les symptômes d'empoisonnement par les principaux prâsonft, 
voir plus bas« 

2* RÉSULTATS OE L'aUTOPSIE. 

Pris isolément les résultais de l'autopsie permettent plus facile- 
ment de faire une conclusion que les seuls symptômes de maladie. 
Il y a une série de poisons qui font sur le cadavre des altérations telles 
que celles-ci mettent Tenipoisonnement hors de doute et rendent 
l'analyse chimique inutile; je veux parler de l'empoisonnement par 
les métalloïdes tels que l'acide sulfurique. U n'y a pas d'autre genre 
(le mort qui offre ces destructions de tissus que l'on rencontre dans 
ces empoisonnements, et ils ne se produisent pas même de cette façon 
si l'on ingère de l'acide sulfurique dans Teslomac d'un cadavre 
comme nos expériences l'ont démontré. 

Il y a encore d'autres résultats spéciaux qui permettent une grande 
sûreté de jugement, sans que l'on ait besoin d'avoir recours à une ana- 
lyse chimique. Si Ton trouve dans l'estomac d'un cadavre des sub- 
stances granuleuses blanchâtres qui, séchées et mises sur des charbons 
ardents, laissent exhaler une odeur d'ail sensible, ou bien si l'on 
trouve des grains amorphes, jaunâtres, qui pris dans l'estomac d'un 
cadavre, sont briUaata dans Tobacurité et brûlent quand on les firotle» 



EMPOISONHEMENTS. — AUTOPSIE. 273 

el si des vapears phosphorescentes s'exhalent des ouvertures exté* 
lieares du corps, on peut et on doit conclure qu'il y a eu dans le 
premier cas empoisonnement par l'arsenic, dans le second empoi- 
sonnement par le phosphore. 

De même si l'on trouve dans l'estomac des grains de stramonium 
oo de belladone y on peut regarder l'empoisonnement comme certain, 
sans aller plus loin. 

Il y a encore les cas où lors de la dissection on perçoit très 
distinctement dans le eerreau, la poitrine, l'estomac, une odeur d'a- 
mandes amères qui, dans la plus grande majorité des cas, indique 
un empoisonnement par une substance qui contient de l'acide prus- 
sique. Car il n'y a qu'une seule autre substance qui, ingérée dans 
l'estomac d'un cadavre, le pénètre et lui donne l'odeur de ce poison 
violent ; je veux parler de la nitro-benzine employée par les parfumeurs 
pour la Tabrication des savons d'amandes amères et imprégnant le 
cadavre de cette odeur d'après nos expériences sur les animaux. 

Je cite ces exemples pour prouver que l'on a eu grand tort de né- 
gliger dans la question des empoisonnements les résultats de la dissec* 
tionet d'attribuer une valeur exclusive à l'analyse chimique. Cepen- 
dant, ajoutons-le, les résultats de la dissection, dans la majorité des 
cas, ne peuvent avoir une valeur complètement décisive. Car des inflam- 
mations locales dans l'arrière-bouche, l'œsophage, l'estomac, etc., 
analogues à celles qui sont produites par les poisons corrosifs, peu- 
vent avoir une autre origine. De même pour les bypérémies qui se 
trouvent si souvent produites par d'autres causes. De plus, la plupart 
des poisons donnent des produits si variables et ont été observés en si 
petit nombre qu'il serait très hardi d'attribuer une valeur décisive aux 
observations pathologiques en elles-mêmes. Enfin, la putréfaction peut 
masquer complètement les critériums, car, d'un côté, les poisons favo* 
riseot souvent la putréfaction, ce qui masque les résultats de l'autopsie, 
nèoie lorsqu'on la fait de bonne heure; d'un autre côté, la nature 
dandesliDe du fait donne lieu à une instruction ordinairement très 
iarfifo qnin'a lieu quelquefois qu'après l'inhumation du cadavre ; et 
dqiMii k cadavre déterré après plusieurs semaines et plusieurs mois 
n. 18 



27A PARTIE THANATOLOGIQUB. 

est présenté à Tautopsie» les tissas sont déji tellement détroits qne 
Texamen exact n'est plus possible^ le sang est altéré, les hjpéréDiet 
sont effacées. Néanmoins» nous le répétons » en général Tantopùe 
jointe aux phénomènes de la maladie a une très grande talenr» itelb 
ne mérite pas le discrédit dont on l'entoure ordinairement. 

Il ne faut pas perdre de vue, dans les cas d'empoisonnement doi- 
teux, que les résultats négatifs peuvent ôter tous lei doutes, h mm 
parler des cas fréquents dans lesquels la mort ayant en lieu d'nne 
manière surprenante après l'ingestion de oirtiines substances^ m 
soupçonne un empoisonnement, ou bien lorsqu'au hoaime est mort 
au milieu de circonstances suspectes et que sa mort a été anatt* 
geuse i son entourage. Le cas devient très simple lorsque l'on trovn 
une hernie étranglée ou un ulcère perforant l'estomac. Noos en ci- 
terons des exemples plus bas (222% 22S* obs.). Pour ce qui concerne 
les différentes classes de poisons, on trouve en général : 

l^" Pour les poisons corrosifs, très souvent inflammation ou brA* 
lure des surfaces mises en contact , l'ossophage plissé et tanné, éro- 
sions, ulcérations, gangrène, perforations, épaississement, gonfle- 
ment de la muqueuse stomacale qui se séptre Cicilement, des tracas 
d'inflammation consécutive dans les poumons, le cœur et sartout les 
parties inférieures des intestins. 

2« Pour les poisons hypérémisants, on trouve quelquefois dans 
l'estomac des restes sensibles du poison qui se reconnaissent i Te* 
dorât, la forme, les signes botaniques ; des hypérémies considérables 
dans le cerveau, dans les poumons, dans le cœur, la moelle épinière, 
les grandes veines, des hjpérémies partielles en forme de taches 
d'un rouge noir sur la muqueuse de l'estomac et des intestins. 

Nous reviendrons spécialement, plus bas, p. 277, sur les désordres 
que produisent les principaux poisons appartenant ft ces divisions. 
Quant aux poisons des autres classes, leurs effets sont peu connus et 
incertains, et on doit dans les cas qui se présenteront, chercher des 
analogies* Dans ce but nous communiquerons des observations aussi 
nombreuses que possible. 



EMPOISONNEMENTS. — ANALYSE CHIMIQUE. 275 



3* ANALYSE CHIMIQUE. 

Quand par l'analyse chimique on trouve dans un cadavre des 
traces de poison, il est évident qu'il y a grande probabilité pour que 
le crime d'empoisonnement ait été commis, cependant celte présence 
du poison ne constitue pas une preuve infaillible. Car, sans parler de 
Il possibilité d'introduire des substances vénéneuses dans l'estomac 
après la mort, ce qui serait très difficile et se reconnaîtrait bien vite, 
il arrive souvent que des poisons réels sont trouvés dans le cadavre 
au moyen de réactions chimiques sans qu'il y ait eu le moins du 
monde empoisonnement , soit parce que le poison a été ingéré en 
forme et dose de médicament, et ici le témoignage négatif du mé- 
decin traitant est de peu d'importance, car on sait combien il arrive 
Souvent que les malades prennent de leur propre autorité des pilules 
ou des médicaments de toutes sortes, soit parce que les substances 
alimentaires contenaient du poison. 

Wackenroder (1) a trouvé des quantités assez considérables de 
cuivre et de plomb dans le sang des hommes et des animaux , ces 
corps ne peuvent provenir que des aliments. Il nous est souvent 
arrivé de trouver, outre le poison que nous soupçonnions, des traces 
de métaux de toutes sortes qui avaient pénétré dans le sang avec 
des aliments ou des médicaments. 

Ainsi c'est seulement la quantité du poison trouvé chimiquement 

(pd peut faire conclure qu'il y a eu empoisonnement. Des quantités 

très minimes de substances vénéneuses trouvées dans l'estomac, dans 

le sang, etc., ne sont plus ce que l'on appelle des poisons. On sait, 

d'an antre cAté, que la quantité d'arsenic, de stramonium, que l'on 

trouve par l'analyse chimique, n'est pas exactement la quantité qui a 

ité ingérée ; car la moitié a pu déjà être évacuée pendant la vie.' 

Dins cartaias cas tout le poison est évacué et l'examen chimique n'a 

tticuQ résultat. Ce sont les cas assez fréquents qui s'expliquent par les 

{\) Anhiv, fUr Phannacie, 1853, octobre, p. 11. 



276 PARTIE THAKATOLOGIQUE. 

théories de la chimie moderne: l'absorption par le foie, UnU,U 
sang, l'urine, mémo les muscles et les os; on a Irouvé de celle mi- 
nière l'acide arsénieux dans le fuie ; Orfila a trouvé égalemcot dn 
cuivre ; Stas de la nicotine dans le foie et les poumons dans l'aSûre 
du comte de Bocarmé ; Scbackt et Hoppe de l'acide prussîque dut le 
sang (203° et 20A' obs.), Schiirer (1) de l'antimoine dans l'uriDe, 
et il est à piévoir presque avec cerlilude que l'on Irouiera de celle 
manière encore une grande quantité d'autres poisocs. 

L'analyse chimique devient Irès incertaine si les effets du poisao 
ont été combattus par un contre-poison ou si les tissus ont été entaliis 
par la potréfaction. L'nctdehydrocyanique, assez facile à trouver diDs 
les cadavres frais, surtout dans l'estomac, ne se trouve ordinaire- 
ment plus quelques jours après la mort, car il se décompose Irés nie 
avec les matières organiques. Le phosphore, qui g'oxjde si raciiemeai, 
est très difficile à retrouver dans le cadavre, si le décédé a (écK 
quelque temps après l'ingestion de cette substance. Puis remarquooi 
que la chimie, quoique très avancée, a encore beaucoup à faire pour 
devenir infaillible, il y a beaucoup de poisons que l'on ne peut pat 
trouver par la chimie, tels que les alcaloïdes vénéneux, enfin, li 
chimie reste tout à fait impuissante lorsque le poison a été ^iell^ 
menl assimile, ce dont on trouvera un exemple â la '221« obs. 

Pour combattre l'opinion générale qui attribue une trop grande 
■ valeur â l'analyse cljimiqup, je dois encore faire une autre critique: 
l'étude des livres de chimie montre combien les opinions sont diffé- 
rentes sur les méthodes les plus convenables. 

Quiconque a l'habitude de la médecine légale et fréquente les chi' 
s célèbres sait combien ces différences d'opinions se présentent 
nuvent, combien souvent unemOihodc e^tvantéeparlesuas et répudiée 
|Br les autres etc. Toutes ces cousidiiralions doivent faire réfléchir le 

( WkfterZeitichrifl, n««c Folge, 1858, t. X Ctici un malade injlÉ avec du 

D itlbii, trois licurei et demiB aprèi l'ingeslion du premifr gniti on paanil 

<i de* tncei d'ic> 

■a ipc^i l'ingetUon lie la sululioii dcl'uicbrel plusicurt lisureiaptit 
HpX^ d< lu poudre de Couac dti Iraco virib 




KMPOISONNEMENTS. — ACIDE ARSÉMEUX. 277 

médecin légiste qui devra rester à moitié laïque dans cette matière 
et ce sont ces considérations qui m'ont donné l'idée d'ajouter aux 
trois critériums que nous venons d'apprécier, la combinaison de 
toutes les circonstances extérieures qui accompagnent la maladie et la 
iDortda décédé dont nous parlerons plus bas. 

Puisque les procédés de chimie légale appartiennent aux experts 
chimistes, ils doivent être abandonnés aux traités de chimie, quant 
lox effets spéciaux des poisons ils appartiennent aux toxicologistes; 
aussi nous nous bornerons à indiquer seulement les effets généraux 
des poisons les plus ordinairement employés, et les plus importants pour 
la pratique. 

4" PUISONS SPÉCIAUX. 

1* Acide arsénieux. Son absence d'odeur de goût et de couleur, 
sa solubilité dans l'eau et dans tous les liquides aqueux, enfin son 
action détruisante sur les corps organiques, en rendent reropbi aussi 
fieile qae dangereux. Lorsque l'empoisonnement est lent et chroni- 
qne, les symptômes sont ceux de la cachexie générale et de la dysé- 
mie finissant par une fièvre lente. Lorsque l'empoisonnement est 
aigUy il y a desnausées, vomissements souvent sanguins, des angoisses 
précordiales, des douleurs d'estomac, souvent mais pas toujours des 
coliques, soif vive avec sécheresse de la gorge, diarrhées, peau hu- 
mide, quelquefois exanthème, face injectée, fièvre, grand abattement 
enfin souvent convulsions. Il ne manque pas cependant de cas d'em- 
poisonnement par l'arsenic sans que des symptômes bien nets aient 
été observés. 

A Taiilopsie on trouve hypérémie, inflammations, excoriations, 
érosions hémorrbagiques de la muqueuse de l'arrière-bouche, de 
roBBOphage, de Testomac, cette muqueuse devenue lâche se laisse 
EKOsment séparer. 

Linflammation qui peut aller jusqu'à la gangrène, se propage 
qiekiaofois jusque dans le duodénum et même jusque dans l'iléum. 
La sang que Ton trouve dans le cœur et dans les gros vaisseaux n'est 
pas 1res coagulé, il perd la faculté de se coaguler comme à l'ordinaire. 






278 PARTIE THANATOLOOIQUB. 

Quelquefois on trouve des taches d'ecchymoses dans les ventricules da 
cœur et souvent hypérémie du cerveau. Les traces d'inflammatioA se 
trouvent quelquefois après quelques heures. Hais nous devons ajou* 
ter que tous ces résultats ne sont nullement constants. 

L*effet spéciGque de ce poison c'est la momification du corps (TOjex 
page 36y part, générale). Cette momification semble se faire dans 
tous les cas où de hautes doses d'arsenic ont été administrées et n'ont 
pas été tout à fait évacuées pendant la vie. On ne peut cependant pis 
la considérer comme un signe certain d'empoisonnement par l'arse- 
nic (Bordach), car des cadavres de personnes qui ne sont certainement 
pas mortes de cette manière se momifient : soit dans les sols toorbeui 
qui contiennent beaucoup d'humine, soit dans les sables chauds d'an 
désert dans lesquels on dit avoir trouvé des caravanes entières mo- 
mifiées, enfin, soit au milieu de circonstances que l'on ne peut expli- 
quer ; dans un caveau, j'ai trouvé chez un enfant de quatre ans qui 
n'était pas mort d'empoisonnement par l'arsenic, mais qui avait été 
écrasé par une porte cochère et qui Ait déterré neuf mois plus tard, une 
momification très prononcée surtout aux membres supérieun et i la 
figure. Cependant si les autres circonstances appuient le soupçon d'urm 
empoisonnement par l'arsenic, la momification du cadavre donnera 
te soupçon une plus grande probabilité surtout si l'analyse chimiqo 
du cadavre peut encore montrer des traces d'anenic. Cela a été 
sible une fois après dix ans , c'est l'époque la plus tardive que l'o^ ^^ 
ait observée. 

La momification ne se fait cependant pas tout de suite après 1 ^^" 
mort, mais peu à peu, et dans le commencement la pntréfactior ^^^ 
marche comme à l'ordinaire; il est même des observateurs q*^^ ^' 
prétendent qu'elle se fait plus vite qu'à l'ordinaire. (La eause de c 
retard dans la momification provient peut^ètra de ce que l'acid 
arsénieux dans le cadavre, met un certain temps à se changer e 
hydrogène arsénié et à imbiber le corps.) Il s'ensuit que Vabtenc^ 
de momification du cadavre, surtout peu de temps après la mort, n. 
peut pas amener à penser qu'un empoisonnement par l'araenic n' 
paêeu lieu. On trouve chez les auteurs qu'un caractère important ^ 



EMPOISONNEMENTS. — ACIDE EDLFURIQUE. 879 

|m prouve rempoisonnement arsenical, c'est la formation de moisis- 
urê sur le cadavre, parce que des compilateurs ont trouvé ce phé- 
mnène décrit dans quelques cas. Or, la moisissure se trouve sur 
ms les cadavres sans exception qui sont exhumés après peu de 
HDps, et ce phénomène n*est rien moins que caractéristique. 

La présence normale d'arsenic dans les os proclamée par CouerbOi 
(âspail et Devergie, n'a pas été constatée. 

2* Acide sulfurique. Cet acide ne peut être employé pour empoi- 
onnement criminel à cause de son effet corrosif, violent, que quand 
a empoisonne de petits enfants ou des personnes sans connaissance. 
bii la mort par accident ou par suicide est souvent le résultat de 
•lia terrible substance. 

La peau du corps touchée par l'acide devient d'un jaune^brun perche* 
aillé, la muqueuse de la langue revêt une couleur blanche (quand 
l'est l'acide asotique qui est ingéré la langue devient jaune), mais il 
lut prendre garde de confondre cette coloration blanche de la lan« 
^e avec des aphthes. L'administration de ce poison corrosif produit 
b fuite une brûlure très violente dans la bouche, rarrière-bouche 
NNiTent avec le sentiment de constriction) et dans l'estomac, elle 
dl éprouver une soif vive, des vomissements qui peuvent être san- 
uns, et si la dose est haute la mort survient bientôt. 

A l'autopsie on trouve eitérieurement surtout aux lèvres, ou 
sa sillons allant des angles de la bouche vers le cou , ou des 
ches jaunes ou d'un brun sale, parcheminés, et le derme sous- 
cwt détruit. La muqueuse de la langue, de l'arriëre-bouche est 
lanche, dans des cas très rares l'œsophage est brûlé, il est plus 
NB^eot tanné, dur et gris, et on peut y distinguerdans la muqueuse 
sa vaiaseaux injectés. L'estomac, si la quantité d'acide est un peu 
■aaidérable, est coloré d'une manière toute particulière que l'on ne 
eut méconnaître : il est noir, comme charbonné, son tissu est gélati- 
Uorme, il se déchire en lambeaux au toucher. L'acide snlfiirique 
BBS en contact avec des vaisseaux capillaires est assez long à les 
Mraire, mais après quelques heures le tissu est si ramolli que la 
ptQs légère pression les fait tomber en détritus. Ainsi les parois de 



280 PARTIE THÀNATOLOGIQUE. 

ces capillaires se ramollissent, ne peavent plus résistera la pression do 
sang artériel, se déchirent et provoquent des hémorrhagies. Ces cpan- 
chements de sang qui restent encore sous l'influence de l'acide, expli- 
quent la coloration noire du tissu et du contenu de restomic. 1'^ 
même temps on explique par là pourquoi, quand on met de l'adde 
sulfurique dans un estomac mort, une réaction telle que cdie qoe 
nous venons de décrire ne se fait pas, et pourquoi l'estomac est seu- 
lement corrodé et à la longue détruit, la couleur restant d'un gris clair 
par suite de l'absence de l'extravasation. 

Lorsque l'acide sulfurique a agi avec ihoins d'intensité ou a èlé 
neutralisé par des absorbants, la vie peut être conservée tout i fait ou 
dans certains cas elle traîne encore pendant plusieurs semaines et on 
trouve alors dans l'estomac du cadavre, des traces d'une inflammaticm 
plus ou moins aigué ou chronique, surtout des épaississements de la 
muqueuse, des ulcères qui alors empêchent de dire avec certitude si 
un empmsonnement avec de l'acide sulfurique a eu lieu. 

Je n'ai jamais trouvé le sang liquide dans le cadavre après un 
empoisonnement aigu par l'acide sulfurique, il est au contraire d'une 
consistance de sirop ou encore plus épais. Il a une couleur rouge 
cerise et une réaction tris acide; je communiquerai plus bas une ob- 
servalion (197* obs.) dans laquelle j'ai trouvé le fluide du péricarde et 
les eaux de Tamnios réagissant avec acidité chez une femme enceinte 
empoisonnée avec de l'acide sulfurique. 

Dans quelques cas, l'examen chimique des vêtements du cadavre 
qui montrent . des trous , peut compléter le dignostic. (Voyes 
page 160.) 

Un autre efiet de l'acide sulfurique peut-être aussi d'autres acides 
que je ne trouve mentionné nulle part, est l'efi'et antiseptique. Les 
cadavres des empoisonnés par cet acide, restent cœterit paribus long- 
temps frais et n'exhalent aucune mauvaise odeur pendant la dissection. 
La raison en est que l'acide rassasie l'ammoniaque produite par la 
putréfaction, jusqu'à ce que à la longue il soit neutralisé lui-même. 
Quoi qu'il en soit de la justesse de celte explication, on verra plus 
bas la justesse de l'observation. 



EMPOISONNEMENTS. — PHOSPHORE. 281 

3^ Phosphore. La nécrose des maiillaires des ouvriers qui fabri- 
|iient les allumettes produite par l'influence du phosphore, est une 
ivestion d'hygiène et non de médecine légale, mais il peut y avoir 
las empoisonnements aigus par le phosphore des allumettes, ce 
ont alors des questions qui sont du domaine du médecin légiste, 
[Daod on suppose que l'empoisonnement est le résultat d*un crime* 
!m affaires deviennent de plus en plus fréquentes depuis Fusage 
iréquent de la pftte de phosphore pour empoisonner les rats. Cette 
nbslance terriblement vénéneuse, puisque 1 ou 2 grains suffisent 
loar empoisonner, est devenue d'un usage familier pour le public. 

Les effets de cette intoxication sont : bralûre violente à l'estomac 
Bt au ventre, ructus fréquents de gaz ayant unp odeur alliacée, vomis- 
nAients de matières ayant la môme odeur, qui, ainsi que les fèces 
liquides sont quelquefois lumineuses dans l'obscurité ; grande an- 
goisse et inquiétude, pouls petit, à peine sensible, sueur froide, plus 
tard prostration particulière, chez les hommes quelquefois du pria* 
pisme; enfin, la mort arrive au bout de peu de temps, quelquefois 
die envahit insensiblement le malade, d'autres fois elle succède à de 
grandes convulsions. 

A l'autopsie on trouve : expression du visage complètement sereine, 
eieoriation légère de la bouche et de l'arrière-bouche, odeur de 
phosphore dans la bouche, émanations de vapeurs de phosphore par 
'e vagin et par l'anus, qui pendant le jour ont l'aspect d'une mince 
ilmée et le soir sont lumineuses (206^ obs.); quelquefois on voit un 
^ântbème pétéchial qui alors devait être visible dans les derniers 
lomenta de la vie, le péritoine enflammé, l'estomac quelquefois dis- 
^du par des gaz sentant l'ail et contenant dans les plis de la mu- 
nease intestinale, des grains de phosphore qui s'enflamment (1) 
^uand, a|M^ les avoir fait sécher, on les frotte. 

(I) Voir la mélhode nouvelle et la meilleure pour découvrir le phosphore, par 
lilscherlich, dans ma ^VierUljahrsschrifl^t vol. VIII, p. 6. Une grande quanUté 
le cas d'empoisonnements volontaires ou accidenlek, qui sont arrivés pour la plu- 
liarteQ France, ont été compUés par Henry et Chevallier. Voir Études chimiques et 
^féékaUs sw le pho^hore dans les Annales d'hygiène pub. 1857. Avril, p. 414. 



282 PARTIE THANATOUmiQUK. 

Tout le contenu de l'eslomac est ordinairement lunûnciia dans 
l'obscurité, surtout s*il est chauffé; la muqueuse derestomaeeiici 
et la tachée en gris cendré ou en rouge pourpre ; on voit ausii to 
ulcères profonds du tissu pénétrant jusqu'à la coocbe moseidsaN; 
les mêmes anomalies existent dans le duodénum et les parties pro* 
fondes des intestins ; le pancréas et les reins sont plus foncés, lii 
veines de Tabdomen sont pleines de sang foncé et un peu épais, limi 
que les poumons. Le ccsur flasque, veines coronaires et le cobot droit 
bypérémiques, la muqueuse de l'œsophage fortement rougie» érodie 
çà et là ; on ne voit rien de particulier dans la tète. 

Comme les autres empoisonnements par des sobttaneaa inor- 
ganiques, ceux qui ont lieu par le phosphore peuvent présenter à 
l'autopsie des résultats plus . ou moins négatifs, comme on le verra 
dans les obs. 205 et 206, La mort a lieu alors et plus souvent qn'on 
ne Ta cru jusqu'à présent d'une manière dynamique, parce que le 
sang est privé de ses propriétés vitales. Dans les cas que nous avons 
observés, les globulei du sang étaient privés de leur eoloratim 
rouge j et étaient transparents $$ implores; le pigment rouge était 
dissous dans le plasma non coagulé^ de sorte que le sang repré* 
sentait un liquide analogue au sirop rouge cerise et transparent. 
De telles altérations enlèvent au sang sa vitabilité et sa propriété nutri- 
tive (1). 

h^ Colchique et colehicine. Il m'est arrivé, ce qui esl aaseï rare, 
de faire l'autopsie de quatre personnes qui avaient été empoiaotnées 
par la même préparation de colchique (teinture de semenoê de ed* 
chique y Ph. prussienne). Ces cas ont donné lieu aux recherches 
les plus minutieuses de la part des savants les plus distingués de 
Berlin, et ont amené à la découverte d'une méthode nouvelle pour 
retrouver la colchicine (2); ils ont démontré en même temps que la 
colchicine est un des poisons les plus violents, plus vénéneux encore 

(1) Comparez la destruction des globules de sang par empoisonnement avec le 
nitrate de soude (21 5« obs. ), par asphyxie produite par acide carbonique et par le 
gaz hydrogène sulfuré (261* obs.). 

(î) Voir ma Vierteljahrstchrifty 1855, p. 1. 



EUPOISOMNEXKNTS. -^ COLCHIQUE . 288 

qae le phosphore. Car nos qaatres victimes (211 à 21 &, ohi.) étaient 
des hommes de quinze à quarante ans, ils avaient pris chacun tout 
au plus de 2 cinquièmes à un demi-grain de colchieine en une 
■eole fois, et cette dose fut suffisante pour amener une mort rapide. 

Les effets du poison sont, d'après nos observations et le peu de cas 
connus : angoisses et oppressions, brûlure dans la bouche etTarrière- 
bouche, douleurs violentes dans Tabdomen qui ne s'augmentent pas 
toujours par la pression, vomissements torrentiels et continuels de 
matières verdâtres ou jaunâtres, selles copieuses de mômes ma* 
tières, soif très vive, coUapsus, faciès pâle, pupilles normales, peau 
humide et visqueuse, pouls petit, de 80 è 90 pulsations, absence 
d*urine et mort très rapide par inanition. 

A l'autopsie, dans nos quatre observations, nous vîmes : pntré* 
(action ordinaire, réaction acide des liquides de l'estomac et des uri- 
nas, sang épais d'un rouge cerise foncé comme dans les empoisonne* 
meuts avec l'acide sulfurique (1), hypérémie très prononcée de la 
veine cave, des reins, la vessie plue ou moins remplie, hypérémie du 
eoMir droit, du cerveau, et hypérémie médiocre . des poumons. 

Quelques résultats se rencontraient isolément chez un ou plusieurs 
de ces quatre empoisonnés. C'était surtout dans l'estomac. Chez l'un, 
k It surface extérieure de l'estomac, on apercevait les vaisseaux en 
forme de filet, et à l'intérieur, la muqueuse uniformément rouge 
<carlate; ainsi une véritable inflammation. Chez l'autre, les vaisseaux 
de là petite courbure étaient i la partie extérieure gorgés de sang, et 
cependant la muqueuse à l'intérieur était pâle et ne présentait une 
•eebymose qu'à la partie postérieure. Les deux autres cadavres 
avaient leur estomac tout â fait normal. Dans les cas d'empoisonne- 
ment par cette substance que l'on trouve décrits dans les auteurs, on 
voit que quelquefois l'estomac et les intestins ont été trouvés sans 
aucune trace d'inflammation, et dans deux cas le corps n'a présenté 
absolument jiucune anomalie. 

(1) Le professeur SchrofT a trouvé tout à fait le même état du sang dans six 
expériences dites sur des lapins empoisonnés avec 0,5 grammes de colchieine. Il 
dit que le sang était épais et foneé. Voir OEsterreich. Zeitêchrifi^ 1856, n*« SS^Sé. 



f 



28i PARTIE THANATOLOGIQUE. 

6** Champignofiê vénéneux. Le Agarictis phalloïdes j mtiiearivi; 
integer et le Boletus luridus sont les champignons les plus irénéneai. 
Ils produisent : picotements dans le cou, nausées, malaises, vomis- 
sements, vertiges, affaissements, coliques, diarrhée avec ténesme, soit 
violente, respiration difficile, convulsions, mort. 

Les autopsies sont trop peu nombreuses pour permettre de poser 
des bases certaines de diagnostic. On a trouvé des inflammations de 
l'estomac et des intestins, le sang foncé et très liquide remplissant 
le cœur droit, et Thypérémie des poumons. 

6"* Acide oxalique et sels oxaliques. Je ne puis pas déclarer par 
mon expérience, si ce poison trës' violent qui amène la mort ordi- 
nairement par suite d*un accident, est une substance employée son- 
vent par les suicidés et s*il est employé surtout par les ouvriers des 
fabriques de coton comme on Ta prétendu. Car je n'ai pas vu un 
seul cas d'empoisonnement par l'acide oxalique, quoique Berlin pos- 
sède les plus grandes fabriques de toute l'Allemagne ; les statistiques 
prouvent également qu'en Prusse, les empoisonnements afVec les 
acides oxaliques sont très rares, tandis qu'en Angleterre on les dit 
assez fréquents. Les rapports sur les effets de ces poisons s'accor- 
dent : sensation de brûlure, nausées, constriction du cou, vomis- 
sement fréquent et acide, coliques violentes, diarrhées, prostration 
rapide, convulsions, mort Iris rapide, 

A l'autopsie on trouve : La muqueuse de l'arrière-bouche et de 
l'oesophage blanchâtre, celle de l'estomac et du duodénum pâle ou 
seulement rouge claire, en partie gangrenée et soulevée par des plis 
si la mort n'est pas survenue très vite, mais le plus ordinairement elle 
est blanche et facile à déchirer, le sang foncé et épais, hypérémie 
dans le cerveau, les poumons, le cœur droit et les gros vaisseaux 
de la poitrine et de l'abdomen. Ce poison administré en dissolution 
aux animaux a produit du tétanos et une paralysie du cœur. 

7* Sublimé corrosif. Il ne se présente presque jamais dans la 
pratique, des empoisonnements par le sublimé corrosif. Il produit : 
un goût désagréable, métallique, brûlure violente dans l'arrière- 
boucl|a, inflammation et érosion au palais et aux amygdales, des 



EMPOISONNEMENTS. — OPIUM. 285 

^omisseoieQts de saog, soir vive, des selles sanguinoleaUis. peu de 
cbaogeinent dans le pouls, suppression de rurination, le vratre n*est 
ni gonflé ni très douloureux ; dans un cas la mort, même après 
une dose de trois gros, n'arriva que le sixième jour. 

A Tautopsie on trouve : coloration violette, quelquefois blanche 
de la muqueuse de Tarrière-bouclie et de la bouche; la muqueuse 
de l'estomac hypertrophiée, ulcérée, gangreneuse ; la muqueuse des 
intestins enflammée dans une grande étendue, couverte de mucus 
sanguinolent, le gros intestin contracté; les reins rougis, la vessie 
petite» contractée; la trachée- artère et les bronches injectées. 

8*" Acide cyankydrique (et le cyanure de potasse, Teau de lau- 
rier-cerise et rbuile d'amandes amères). Ce poison ne produit pas de 
maladie, car aussitôt après l'administration, la mort a lieu ou subite- 
ment ou après des paralysies du mouvement qui sont de couite 
dorée. 

Lors de Tautopsie,^ Todeur d'amandes amères de l'intérieur du 
cadavre) dépend exclusivement da l'époque à laquelle l'ouverture du 
corps a lieu. Lorsque le poison est décomposé, ce qui a lieu vite si 
l'acide çyanhydrique est en contact avec des substances organi- 
ques, on ne perçoit plus d'odeur, mais, on la retrouvera toujours si 
i'auiopsie est faite très peu de temps après la mort. Le sang du 
cadavre est toujours très foncé et très liquide, il y a hypérémie de 
la cavité crânienne, du foie, des reins, de la veine cave, tandis que 
les poumons et le cœur ne sont pas toujours hypérémiques. L'esto- 
mac ne présente pis d'altération anatomique; une coloration rouge 
l>nuie foncée à l'extérieur comme à l'intérieur de l'estomac avec la 
présence de veines bleues, ne sont que des symptômes de putréfac- 
tion. 

^ Opium (ainsi que ses éléments et ses composés). L'action de 
petites doses d'opium est connue en thérapeutique. Lorsque la dose 
est mortifère il y a d'abord des nausées, des vomissements, dilata- 
tion de la pupille non constante, quelquefois chaleur et tuméfaction 
du visage, surtout chez les petits enfants qui ont été empoisonnés 
par une décoction de tètes de pavot. Quelquefois au contraire, une 



286 PARTIE THAMATOLOGIQUE. 

figure p&le et collapsas, sueur froide, somnolence, stupeur, pools 
dur et accéléré, spasmes et convolsious générales, respinfion 
lente, ronflante, écume à la bouche, cessation complète de la senâ- 
bilité, de sorte que de fortes irritations ne sont plus senties, obstniG- 
tion, rétention d'urine (on prétend que par l'acétate de morphine, on 
trouve constamment des démangeaisons de la peau et on exanthime 
pétéchial); la mort arrive enfin, mais elle est quelquefois évitée pir 
un traitement énergique. Il n'y a pas d'empoisonnement dont les 
phénomènes soient décrits d'une manière si différente que celui-ci, 
car ils se modifient selon que l'empoisonnement est plni <m moini 
aigu. Il est encore plus difficile que pour les antres poisons de ran- 
ger les symptômes systématiquement. lien est de même pour l'an- 
topsie. 

Lorsque le cadavre est frais et que la dose a été haute, par 
exemple lorsqu'elle a été administrée à l'état de teinture, l'estomac 
laisse exhaler une odeur d'opium très sensible, cette odeur jointe i 
l'analyse chimique indiquant la présence de l'opium, constitue un 
bon signe diagnostique de l'empoisonnement, tandis que des taches 
ecchymosées de la muqueuse stomacale, l'hypérémie des reins, de 
l'estomac et de l'abdomen, des poumons et du cœur et surtout de la 
cavité crânienne, ainsi que l'état liquide du sang foncé, s'observent 
dans bien d'autres circonstances et ont peu de valeur diagnostique. 

Les cheveux du cadavre des empoisonnés par les substances nar- 
cotiques tombent facilement, d'après les auteurs, et on trouve par- 
tout ce symptôme noté comme pouvant ajouter une nouvelle preuve i 
un empoisonnement qui est resté douteux. Il est vrai que cela se pré- 
sente surtout pour les empoisonnements par les substances narcoti- 
ques, mais il est tout à fait erroné de proclamer ce résultat comme 
signe diagnostique infaillible, puisqu'il n'est que le résultat de la 
putréfaction qui cœteris paribusj se fait plus prompteroent après 
ces empoisonnements. Tout cadavre un peu avancé dans la putré- 
faction montrera ce phénomène. Je dois diriger l'attention encore 
sur une autre circonstance. Les éléments chimiques de ce poison 
sont en général les mêmes que ceux de nos aliments ; ce qui explique 



EMPOnOimEXENTS. — CIRCONSTANCES PARTICULIÈRES. 287 

lHê quelquefois des préparations d'opium même à hante dose 
INMent par absorption et ne peuvent plus être retrouvées par la chi- 
Wièf drconstatice qui augmente la difficulté de prouver les empoi^ 
lomiements par la présence de Topiuro (221* obs.) 

10" Alcool. Nous ne décrirons pas les effets de l'alcool sur le 
rmnt qui sont connus de tout le monde. Nous avons eu souvent à 
saminer des hommes qui étaient tombés morts d*ivresse et par con- 
éqoenl étaient morts d'un vrai empoisonnement par Talcool. 

L'aatopsie montrait comme caractère commun les progrès très 
sais de la putréfaction non-seulement à l'extérieur, mais aussi à l'in- 
éffieiir, pas d'odeur cadavérique, au contraire, une odeur de viande 
ratehe et quelquefois une faible odeur d'eau-de-vie. Cette odeur, 
Taj^rte les recherches de Duchek (Prager Vierteljahsschrifty 
L86S, ni), provient de l'oxydation rapide de l'alcool en aldéhyde qui 
raah mêlé avec le sang (1). J'ai trouvé constamment : hypérémie du 
cerveau, même hémorrhagie, hypérémie des veines abdominales, ou 
hypérémie des poumons et du cœur et toujours le sang liquide et 
fineé» des exsudations lymphatiques entre les membranes du cerveau, 
le sorte que l'on trouve l'arachnoïde tout à fait blanchâtre et comme 
nmie; ces exsudations sont produites par l'irritation chronique 
h cerveau des ivrognes, et se retrouvent chez tous les hommes adon- 
iés aux boissoiis* 

Nous parierons dans les observations de quelques autres poisons. 
^hm étudierons plus bas l'asphyxie par les gaz irrespirables, et la 
iHirt par la chloroforme. 

5^ LES CUlCONSTAlfCES PARTICULIÈJUU. 

Nous avons signalé comme quatrième signe diagnostique pour 
^tMtttater un empoisonnement, la combinaison de toutes les circons- 
«Bces extérieures qui ont accompagné la maladie et la mort dans le 

(t) Cette explication de Duchek a été contestée par R. Masing, Dissertation 
1 4» MMêtUionUms spirUm vkU in corpus ingesti, Dorpat, lS3t. 



288 PARTIE THANÂTOLOGIQUE. 

cas qui se présente. La pratique démontre an eflel q«e la couidin- j^*^^ ^ 
lion de ces circonstances tôt d*un grand secours poor motiier ^ ^ . 
jugement médical. Le médecin, au lit du malade, ne peut du reste r'^' 
pas s*empécher, si le cas est douteux, d'examiner airec attealion ' ^^ 
toutes ces circonstances; pourquoi le médecin légiste agiraii-ilaïUe 
ment et rcslerait-il sourd aux combinaisons du bon sens? 

Les exemples qui se sont présentés dans ma pratique médico- 
légale expliqueront et démontreront ce que je viens de dire. Od 
disait qu'un homme avait reçu du poison de la main de l'amant de 
sa femme, de complicité avec cette dernière. Il avait mangé dn pain 
sur lequel avait été étalé du phosphore. La tartine n'avait été maogée 
qu'à moitié parce que le goût ne lui en était pas agréable; bientôt 
après il avait présenté des symptômes d'empoisonnement et était 
mort après une courte maladie. Le cadavre ne fut pas disséqué tontde 
suite, mais plus tard il fut déterré quand les soupçons se firent jour. 
La putréfaction avancée avait rendu les résultats de l'autopsie très 
incertains, mais pourtant on trouva encore des traces d'inflamroatioa 
dans les intestins. L'analyse chimique resta sans succès, ajoutons 
que faite dans une petite ville de province, elle laissa beaucoup 
désirer. L'instruction révélait des circonstances suspectes qui n 
concernaient pas le médecin légiste, mais en outre il ^ avait de^^- ^ 
dépositions unanimes et très remarquables de plusieurs témoins ^^ 
qui n'étaient que de simples campagnards; ils s'acccurdaîeDt i dir^^^ 
que les doigts du décédé après avoir mangé la tartine et s'être rendit:^' '^ 
le soir dans une élable obscure, étaient lumineux, et que le restai -^ 
de la tartine le lendemain sentait encore les allumettes, ce qu^P^ ^ 
les témoins ne comprenaient pas. La considération des circonstanc 
que nous venons de mentionner n'appartient-elle pas au domaine 
médecin ? 

Dans un autre cas, le crime avait eu les mêmes motifs i^un homme 
du monde était accusé d'avoir empoisonné avec de Tarsenic son 
ami, avec la jeune femme duquel il avait des relations intimes. Il fut 
constaté que toutes les fois que Taccusé était venu en visite chez son 
ami, ce dernier ordinairement bien portant et robuste, était tombé 






EMPOnOIfllEMENTS. — CIRCONSTANCES PARTICULIÈRES 289 

i^kule après le dîner, avec des symptômes qui annonçaient un em- 
Maonneoiant par une substance corrosive, ce qui paraissait étrange 
tout le monde. Enfin, le mari meurt, et Tami de la maison épouse 
. veuve. Longtemps après le cadavre fut déterré, il présentait une 
omiiication insolite, mais par l'analyse chimique, on ne pouvait 
os trouver d*acide arsénieux. Quand on fit des perquisitions dans 
maison, on y trouva cachée dans une malle une boite contenant 
) Varsenic ; le contenu de cette boite comparé avec la quantité 
mandée au pharmacien (1), fut trouvé diminué considérablement. 
a toutes ces circonstances, devait-on admettre que Ton avait admf- 
istré du poison au décédé? 

Je rappelle aussi le cas communiqué plus haut, d'un empoison- 
ement douteux par l'arsenic , qui s'est présenté à moi il y a 
Nigtemps, dans lequel il y avait tant de circonstances graves qui 
•riaient pour l'empoisonnement, que l'accusé avoua son crime par 
on suicide dans la prison, mais l'empoisonnement ne pouvait pas 
Ire prouvé médicalement, et il serait passé peut-être impuni si on 
'était retranché derrière le scepticisme outré médico-légal que l'on 
vait adopté à cette époque. 

De telles circonstances accompagnant la maladie et la mort, exis- 
«t presque dans chaque empoisonnement, et c'est se priver d'un 
Mours précieux que de vouloir les laisser de côté dans le rapport 
lédicai. Je dis un secours, car je suis bien loin de vouloir soutenir 
ae le médecin légiste, en l'absence de tout autre signe, puisse fonder 

(t) Dans toute U Prusse les pharmaciens sont obligés de ne donner les poi$ons 
ne sur les ordonnances médicales ou à des personnes recommandables, mais 
Niîoiirs la demande doit en être faite par écrit. Dans les pharmacies ces papiers 
ohent être numérotés et conservés soigneusement ; ils doivent être transcrit** sur 
ni grand livre spécial qui doit se composer de six colonnes : 
r Le il** de lu demande. 
2* La date. 

3* Le nom de celui qui a reçu le poison. 
4* S'il a reçu en personne ou par l'entremise de qui. 
l' 5* Le nom da poison. 
C* La quantité. 

n. • 19 



290 PARTIE THANATOLOGIQUB. 

son jugement sur ces circonstances seules ; je sois le premier ï 
proclamer que c'est la mission du jury de les peser et de les appré- 
cier. Mais ma longue expérience m'a donné la conviction que les 
subtilités théoriques, les doutes exagérés des auteurs n'aboutisie&i i 
rien, et donnent toujours lieu à une déclaration d'incompétence per- 
nicieuse pour la médecine et réellement non fondée; car o& doit 
avouer que des doigts brillants dansTobscurité, des indigestions aprèi 
chaque dîner sous certaines circonstances suspectes, des dépoiiiioos 
de témoins telles que celles-ci < cela sentait rail, » ious ces faitami 
Certainement de la compétence du médecin. 

Sur quoi les doutes se fonderaient-ils? sur ce que les symptôroes de 2! 
quelques empoisonnements ressemblent à ceux du choléra asiatique? Il 
s'agit de savoir alors si le choléra existait à cette époque dans le pays. 
Cela pourrait-il avoir été un cas sporadique? La dissection le montrera. ^ 
Ou bien dira-t-on que beaucoup de poisons donnent au cadavre des 
résultats négatifs, ou analogues à ceux que Ton trouve après d'autres» 
genres de mort (l'empoisonnement narcotique et l'asphyxie) ? Et on 
pourrait pas prouver que le décédé est mort d'empoisonnement 
substance narcotique. JHepeut-il pas être mort également de suffoca 
tion? Je répondrai : Quelle est la cause qui aurait pu amener V 
phyxie? Vous n'avez absolument que la ressemblance des phénomèniin ^ 
cadavériques, même dans des cas où il était positivement avéré que 
hommes avaient avalé des substances vénéneuses, par exemple dans^ 
le cas où plusieurs enfants qui mangeaient par gourmandise, du pai 
recouvert avec du beurre el du poison contre les rats, tombèren ^^^ 
malades avec les mêmes symptômes et moururent après une cour 
maladie ; dans cette affaire on osa soulever des doutes ainsi que dan 
d'autres cas que je citerai plus bas. Quoique alors la mort ait eu li 
au milieu des circonstances les plus caractéristiques et les plus évi- 
dentes, inexplicables autrement que par l'empoisonnement, on dé- 
clara néanmoins qu'il n'y avait que € vraisemblance» d'une mort par 
empoisonnement (( parce que la seule preuve d'un empoisonnement, 
la recomposition chimique du poison provenant du corps du cadavre, 
manquait. > 




SMPOISONNEMENTS. — CONCLUSION. 291 

Nons corobattoDS cette doctrine dangereuse, enracinée par la tra- 
Ktion, aveclaquelle nous avons nous-même commencé notre carrière, 
ar l'expérience nous a montré combien elle est mauvaise. Nous 
ifons reconnu combien il est absurde de ne voir la preuve d'un em- 
KMSonnement que dans l'éprouvette du chimiste. Notre opinion a été 
hi reste plus tard confirmée par une haute autorité jurislique; Mitter- 
naier dit : c On ne doit pas conclure que du poison n'a pas été admi- 
UBlré parce que la chimie n'en a pas donné la preuve, il faut alors 
diercber les preuves dans les autres circonstances. Cette thèse 
i*liarroonise avec les principes des législations allemande, française, 
niaise, américaine, italienne et hollandaise.» 

D'après l'étude que nous venons de faire des empoisonnements, 
BOUS conclurons en résumant : 

Si l'examen chimique démontre la présence d'une quantité de poison 
Hffisante pour être mortelle dans le cadavre, c'est alors une preuve 
sartjdne qu'an empoisonnement a eu lieu, même si les symptômes de 
aaladie et les altérations cadavériques n^offrent aucune preuve. La 
béorie contraire n'est pas vraie, car c'est là que s'arrêtent les 
'ggsaurces que peut offrir V analyse chimique. 

Si ea l'absence des preuves chimiques, les symptômes de maladie, 

es résultats de l'autopsie et les circonstances accessoires, s'accor- 

Imt tous pour annoncer un empoisonnement, et si l'autopsie n^ 

lemiel pas d'admettre un autre genre de mort, le médecin légiste 

ait ea droit d'accepter avec certitude qu'il y a eu empoisonnement. 

Si en l'absence de preuves chimiques et des symptômes de mala* 

die, les résultats de l'autopsie s'harmonisent avec les circonstances 

aecassoires et si ces résultats ne permettent pas de croire à un autre 

leare de mort, le médecin légiste est encore en droit d'admettre avec 

iniide vraisemblance qu'il j a eu empoisonnement. Les circonstances 

pvticolières et accessoires sont dans ce cas décisives. Le médecin 

iloTS peut faire beaucoup par la rédaction appropriée de son rapport, 



292 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

en disiintpar exemple que : «d'après toutes les données, radmission 
d'un empoisonnement comme cause de mort du décédé, est ce qui 
est de plus vraisemblable. » 

Il y a enfm des cas où il n'est besoin ni de l'examen chimique, ni 
d'aucune autre considération que les résultats de l'autopsie pour prou- 
ver l'empoisonnement. L'examen chimique sera néanmoins toujours 
fait. 

Quant à cette question: L'empoisonnement constaté a-t-il réelle- 
ment produit la mort? la réponse ne peut être douteuse. En consi- 
dérant que l'effet de tous les poisons n'est connu que par les résultais 
généraux et non dans les modifications qui peuvent provenir de Tin- 
dividualité; que les faits sont connus sans être expliqués, que A. ne 
meurt pas de 10 et même de 20 grains d'un poison dont la même 
dose tuera B., que le même poison administré en formes différentes, 
peut produire des résultats différents, que la thérapie des empoison- 
nements est encore très vague, enfin, que le § 185 du Code prussien 
exclut les catégories de lélhalité et n'ordonne d'envisager que le cas 
particulier, considérant toutes ces circonstances, nous arrivons â la 
conclusion que, lorsqu'un poison a été administré et que la mort est - 
survenue avec des symptômes d'empoisonnement, si l'autopsie 
démontre pas un autre genre de mort, la mort doit être regardé 
comvie un effet réel de V empoisonnement . 

$ 5.^ Séterminer s'il y • faute d'an tiert. 

Il est rare dans les cas d'empoisonnement que Ton soulève d 
doutes sur l'existence d'un crime. Car il n'y a que certaines substan^ — 
ces dont l'effet est connu comme foudroyant et qui sont employées paf 
les suicidés, ce sont : l'acide sulfurique, l'arsenic, l'acide pnissique, 
le phosphore, d'un autre côté les poisons qui sont très désagréables aa 
goût et qui produisent de vives douleurs dans la bouche, par exemple: 
l'acide sulfurique, le sublime corrosif, le nitrate d'argent, les alca- 
loïdes vénéneux très amers, etc., ne peuvent être employés par on 
criminel, car celui qui aura ses sens intacts, n'avalera pas de telles 



EMPOISONNEMENTS. — Y A-T-ÎL FAUTE d'UN TIERS? 29S 

substances volonlairement. Il n*y a que les enfants nouveau-nés qui 
sont quelquefois empoisonnés par des mères criminenesavec de l'acide 
sulfurique. 

Les poisons qui sont sous In main de tout le monde parce qu'ils 
sont employés dans les ménages comme l'acide sulfurique, les poi- 
sons contre les rats, l'arsenic, le phosphore , la noix vomique, ceux 
qui sont employés dans les fabriques ou les ateliers de peintres, peu- 
vent donner lieu à des accidents. Ces données serviront d'appui aux 
cas qui pourront se présenter. 

Obs. 183 et 181. — Deux empoisonnements par l'arsenic. 

D'après une dénonciation, le garçon Feld, âgé de aix ans, et le garçon Ma&sow» 
âgé de cinq ans, étaient dits avoir été empoisonnés par un poison contre les rata. 
Il fut constaté que l'on avait esposé du biscuit recouvert d'arsenic, et que les gar- 
çon s en avaient mangé. Feld était mort au bout de siit heures, et Massow au bout 
de ving-quatre heures, après des vomissements nombreux (c'est tout ce que l'on 
lavait de la maladie). La dissection fut faite le i 5, les résultats essentiels étaient 
les suivants : 

P Feld. La putréfaction commençait à envahir des téguments de l'abdomen, 
i'estoniac pâle à l'extérieur contenait i 50 grammes de chyme jaune verdâtre, sa 
muqueuse présentait sur la paroi postérieure de nombreuses ecchymoses, exco- 
riée i plusieurs endroits, on y apercevait de petits grains, les intestins vides étaient 
pâles et nulle part injectés, le sang des grandes veines était foncé et peu liquide, 
le péritoine et les organes du ventre étaient normaux, les poumons et le cœur 
n'étaient pas hypérémiques mais normaux, les grands vaisseaux de la poitrine 
contenaient peu de sang foncé et épais. La muqueuse de l'œsophage était pâle, les 
membranes du cerveau et les sinus étaient plus hypérémiques qu'à l'ordinaire, 
le cerveau ne montrait rien d'anormal. 

2* Massow. Le cadavre était encore tout à fait frais, les intestins vides mon- 
traient une couleur normale sans injection, l'estomac était extérieurement in- 
jecté; a l'intérieur il contenait 90 grammes de liquide sanguinolent, toute sa mu- 
queuse était rouge pourpre et ecchymosée sans ulcères, la veine cave contenait 
vue asseï grande quantité de sang foncé et épais, les organes abdominaux n'of- 
frûeotaueune anomalie, l'œsophage était vide, la muqueuse pâle,' les organes de 
la poitrioe étaietit normaux, les membranes du cerveau étaient très hypérémiques; 
wr U surface postérieure de rhéniisplicre gauche, se trouvait une exlruvasalion 
de sang d'une étendue de 7 centimètres et demi en longueur et de i centimètres en 
largeur. Les plexus, les sinus et la substance du cerveau étaient également assez 
hypérémiques. 
^(eiif examinâmes les estomacs et leur contenu avec l'assistance du chimiste 



20i PARTIE THANATOLOGIQUE. 

légiste, ainsi que le sang des deux cadavres ; il fut constaté que les «ftooMS li 
leurs contenus renfermaient de l'acide arsénieux en substance et en distohiliQa, 
mais aucune autre «substance métallique vénéneuse, le sang ne eontMaît itMMs 
trace de poison, aussi pendant la maladie très courte des enfants, le poisen a'itiit 
pas eu le temps d'être absorbé et éliminé. Nous ne pouviona paa hétiitr i aceiptflr 
que la mort des enfants avait été causée par l'empoisonnement araenieil. 

Obs. 185. — BmpoisonnemmU par l'ar$emie. 

Le 4 juillet 18**, le ferblantier E..., âgé de vingt ans, Ait reçu àThopHal, wâ- 
frant de vomissements et diarrhée continuels, il ne pouvait plut parler, nais « 
trouva un papier dans sa poche où étaient écrits ces mots : « J'ai pris de l'anenie. > 
On lui administra de l'hydrate d'oxyde de fer en grande quantité, mail on ne put le 
sauver, la mort eut lieu après vingt-quatre heures. 

Le 7, nous fîmes l'autopsie et nous trouvâmes : figure colorée en rouge Uei, 
putréfection commençante des téguments abdominaux, l'extérieur de reatomae i 
la partie postérieure avait une tache ronde d'un bleu noir, de 8 eenlloiètref es 
diamètre, une autre tache se trouvait i la paroi antérieure près du pylore de k 
grandeur d'une pièce de 50 centimes. L'estomac contenait un demi -litre d^m 
liquide couleur chocolat (oxyde de fer) ; sur la muqueuse correspondant aui phcai 
tachées extérieurement, se trouvaient également des taches noires (érosieos bémar- 
rhagiques) et à la loupe on apercevait de nombreux grains blancs adhérents i k 
muqueuse. Un de ces grains séché et brûlé laissa exhaler une odeur sensible dTail. 
Le péritoine n'était pns enûammé, le foie gris (des buveurs) était rempli de sang 
foncé et liquide, la vésicule biliaire était remplie, la rate molle, la vessie vide, las 
intestins'vides et normaux, le veine cave contenaitpeu de sang ; Ira poumons étaient 
normaux, le cœur droit était gorgé de sang foncé et coagulé et avait Taipecl de 
marmelade, le cœur gauche ne contenait qu'une cuillerée de sang plus liquide, la» 
grands vaisseaux de la poitrine contenaient beaucoup de sang épais ; le larynx et k 
trachée étaient pâles et contenaient un peu de mucus noirâtre; l'œsophage était pèle- 
et vide, mai» tapissé d'une grande quantité de petits grains blancs. A la tète 
d'anormal. L'estomac et son contenu, l'œsophage, les morceaux du foie et le 
du cadavre furent soumis à l'examen chimique. L'estomac et l'œsophage ainsi que- 
le contenu de l'estomac, révélèrent la présence d'acide arsénieux et d'oxyde de- 
CBr. Ni le foie ni le sang ne contenaient d'arsenic. (Voir 208* à 210* obs,). 

Obs. 186. — Empoisonnemenl par arsenic contenu dans des couiêurs. 

T3n garçon de deux ans et demi, avala le 30 juin un morceau de couleur Yerle 
provenant d'une boite de couleurs et mourut cinq heures après malgré les secours 
médicaux. Aussitôt après avoir avalé ce poison, la mère s'empressa de lui donner 
des aliments qu'il vomit de suite. Le lait qu'on lui fit prendre fut vomi avec une 
couleur verte. Je ne sais pas quelles ont été les ordonnances du médecin. 

L'autopsie fut faite le 4 juillet, il y avait encore rigidité cadavérique, etdéjà rnie 
coloration verdâtre de l'abdomen produite par la putréfaction. L'estomac è Texte- 



EMPOISONlf BMEIITS. — OBSERVATIONS . 20ft 

irétaH pâle à la paroi antérieure et présentait une place ramollie lonirue de 5 cen- 
llrta d'un bleu roufpe ; à la partie postérieure, on n'apercevait^pas d'injection. II 
t«iait une demie-t^pee d'un liquide rouge brun, sa muqueuse depuis le cardia 
m'mu tiers de l'estomac était couverte d'un liquide brun muqueux, toute la mu- 
ne était faiblement violette, on n'y distingait pas d'injections ni ^e corrosions. 
liie et la rate contenaient peu de sang. A la surface extérieure de l'intestin grêle 
Imiveient quelques taches petites, rondes et noires, qui étaient aussi visibles 
kl muqueuse et ne s'éloignaient pas par le lavage. Autrement la muqueuse 
t pftle et normale. Les intestins étaient vides, la veine cave normale, les pou- 
is anémiques non œdémateux, le cœur gauche contenait une demie-cuillerée à 
de sang, les grands vaisseaux étaient tréshypérémiques, le larynx et la trachée- 
wm étaient vides et pâles, la rouquetisede l'œsophage était normale. Les veines 
m pte-mére ainsi que les sinus étaient hypérémiques. La substance corticale du 
était légèrement colorée en bleu, autrement le cerveau était normal, 
chimique de la couleur dont l'enfant avait avalé une partie, montrait de 
■iniate d'oxyde de cuivre (vert de Scheel). L'examen chimique de l'estomac et 
'iMophage, offrit par l'appareil de Marsh, un anneau d'arsenic. On ne trouva pas 
BUTre dans l'estomac *, le duodénum ne montra aucune trace ni d'arsenic ni de 
vn, pet même aux endroits tachés. Dans le sang on ne trouva pas non plus 
maie, mais des morceaux du foie et de la rate en offHrent par l'appareil de 
rrii (après une maladie de cinq heures !). La présence d'acide arsénieux n'était 
le fat d^Qteate. 

Cas. 1ê7. — Empoisonnement douteux par arsenic. L'arsenic peut^ilse 

retrouver dans les cheveux f 

\me ieeame très riche, vieille et sans enfonts, était morte après une longue ma« 
a d'une fistule vésico-rectale* A propos de l'héritage 11 y eut des querelles de 
ai une parente prétendit que la décédée avait été empoisonnée avec de 
9 elle dénonça même comme assassins des membres de la famille. Ces 
Mieiations furent souvent repoussées, mais enfin, elle déclara qu'elle avait 
■é au pharmacien H*** les cheveux du cadavre et que celui-ci y avait trouvé de 
lenie ! s'appuyant la-dessus, elle demanda l'exhumation et l'examen médico- 
il dv cadavre. 

lonsnlté par le tribunal, je rapportai : « Je ne puis pas passer sous silence, que 
nulle part, je n'ai trouvé constaté dans les actes, que les cheveux qui ont été 
Ijsés ont été ceux de la décédée. ^° La plaignante dit elle-même qu'elle a donné 
cheveux au pharmacien, après avoir lu dans un livre que l'on trouve quelquefois 
( traees d'arsenic dans les poils des animaux empoisonnés. .V Enfin, la sœur de la 
lignante la désigne dans une lettre comme une personne qui a recours à toutes les 
isaurces pour arriver à son but. D'après cela, si H*^ a trouvé de l'arsenic dans les 
«veuxquela plaignante lui adonnés, cela ne peut avoir de valeur certaine médico- 
pie. Puis l'analyse elle-même n'a pas été faite avec les précautions nécessaires, 
v VaippareO àh Marsh n'a pas été examiné d'avance, et l'anneau métallique n'a 



9 



296 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

pas élc essayé aliii de reconnaître si ce n'était pas de l'antimoine. AjouUKn qoc 
M. Mitscherlicb auquel les héritiers ont envoyé aussi des cheveux de la décédèe 
coupés après la mort , n'a pas trouvé trace d'arsenic. 1^ outre , il n'y i pis 
d'exemple que l'arsenic se soil trouvé dans les cheveux des empoisonnés et dans le 
cas où l'arsenic aurait été réellement présent dans les cheveux pendant U m de 
cotte femme, il est probable que la peau de la tète aurait présenté des réaciio&s 
que l'on n'a pas observées. Je crois avoir motivé par ce qui précède, que, malgré 
l'analyse du pharmacien H***, il n'y a pas lieu de croire que la décédée a été 
empoisonnée ; du reste, une exhumation du cadavre ne donnerait plus de résultat 
La plainte fut rejetée. 

Obs. 188. — Empoisonnement par V acide sulfurique. Mort après uns heurt. 

Ce cas est intéressant, parce que l'enfant empoisonné n'a vécu qu'une heure, et 
que le cadavre n'était pas du tout altéré par la putréfaction. C'était une mère cri- 
minelle qui avait fait boire a sa fille âgée d'un an et demi de l'acide sulfurique; 
l'enfant mourut au bout d'une heure, malgré les contre-poisons qui lui furent ad- 
ministres. 

La langue était couverte d'une couche blanche épaisse, dont la réaction n'était 
pas acide, il y avait un sillon jaune sale allant de l'angle gauche de la bouche jus- 
qu'à l'oreille (provenant de l'acide qui s'était écoulé au dehors), et des taches seoi' 
alables se trouvaient sur les bras et les mains de l'enfant, évidemmeut parce q«A 
l'acide avait éclaboussé. L'estomac à l'extérieur comme à l'intérieur, était gris e^ 
rempli d'un liquide noir sanguinolent, muqueux et acide, son Ussu se déchirait *^ 
toucher. La veine cave était remplie de sang rouge cerise comme du sirop, aya^^ 
une réaction acide ; le foie et la rate étaient également remplis de sang. Les po^^ 
inons étaient normaux, le cœur contenait peu de sang, les vaisseaux de la poitri- ^ 
contenaient également peu de sang. La trachée et le larynx étaient vides et ni^*^ 
maux. Les tissus de l'œsophage avaient conservé leur consistance ordinaire, ' 
muqueuse était grise et avait une réaction acide. La tète n'offrait rien de rero^'^ 
quable. 

« 

Obs. 189. — Empoisonnement par Vacide sulfutique. Mort après 

deux heures. 

Un chapelier âgé de trente ans s'était levé un matin dans l'obscurité et avait bu de 
l'acide sulfurique dont il se servait dans son atelier, on ne sut pas si cela eut lieu 
par accident ou volontairement. A ses cris, sa femme accourut et envoya chercher 
du secours. Le médecin fit une saignée et trouva au sang la consistance du sirop. 
Du lait et de l'eau de savon provoquèrent quelques vomissements, mais au bout 
de deux heures, la mort survint. 

Toute la langue depuis la pointe éiait spliacêlée et blanchâtre, la muqueuse en 
partie détachée, l'œsophage était intérieuren ent d'un gris noir comme toute l'ar- 
rière-bouche. L'estomac était extérieurement comme intérieurem^t d'une couleur 
noire, charbonneuse et si mou, qu'il restait après lus pinces comme du papier 



EMPOISONNEMENTS. OBSERVATIONS. 297 

ivard mouillé. On ne pouvait plus le lier et il fallut rechercher sou contenu dans 
cavité abdominale où il s'écoula par accident. L'épiploon était également noir, 
nt doute parce que déjà pendant la vie, le poison avait perforé l'estomac et spha- 
lé l'épiploon. Le duodénum et le commencement de l'intestin grêle offraient une 
lonition noir gris. La muqueuse que l'on pouvait encore examiner était tumé- 
«, endurcie ; le sang du cadavre avait partout une couleur rouge- cerise, fa con- 
rtance était celle d'un »irop peu épais, il y avait des caillots mous. Tous les autres 
fanes abdominaux étaient normaux, ce qui prouve que le poison corrosif pendant 
ideux heures de vie, n'avait pas eu le temps de passer dans les parties inférieures 
m intestins. Les poumons, le cœur et les sinus de la tête étaient remplis de sang 
normaux. 

Quoique l'analyse chimique fût superflue dans ce cas, puisque l'autopsie seule 
MMvaît surabondamment l'empoisonnement par Tacide sulfurique, elle fut faite 
ianmoins, elle prouva que dans l'estomac, le duodénum et l'œsophage il y avait 
frammes d'acide sulfurique. 

is. 190. — Empoisonnement par Vacide sulfurique. Mort au bout de trois jours. 

Le 8 juillet 18**, le garçon S***, âgé de deux ans et demi, but de l'acide sulfu- 
ive qui était renfermé dans une bouteille ; on ne sut pas combien il en avala. La 
ire s'aperçut tout de suite qu'il avait les lèvres, la langue et l'arrière-bouche 
uchâtres et lui donna du lait qui fut vomi à l'état de coagulation. Un médecin lui 
ainistra un vomitif qui lui fit rendre une masse noirâtre, puis il fut traité par 
I autre médecin et on ne voit dans les actes rien de ce second traitement. L'en- 
it mourut au bout de trois jours, le 1 1 juillet. 

Cinq jours après l'empoisonnement, nous fîmes l'autopsie dont voici les résultat}) 
•enliels : la putréfaction était très avancée (16 juillet), la langue gonflée était 
rrée entre les dents, l'estomac était à l'extérieur pâle, seulement à la partie pos- 
rieure il y avait une tache rouge pourpre de 2 centimètres de diamètre, qui se 
seliira tout de suite quand on leva l'estomac. A l'intérieur au même endroit se trou- 
lit un ulcère de forme ovale, long de 5 centimètres et large et de 3 centimètres, 
atet superficiel, dont la couleur ne difl'érait pas des parties environnantes, c'était 
le érosion de la muqueuse comme dans le cas piécédent et dans presque tous 
s cas d'empoisonnement par acide sulfurique dans lesquels la mort n'est pas sur- 
mue subitement et dans lesquels des secours médicaux ont été appliqués. La mu- 
neuse de l'œsophage présentait de nombreux points noirs, mais pas d'érosion. £n 
lire, il y avait une anémie générale produite par la putréfaction avancée. 
L'analyse chimique ne démontra l'existence d'aucun acide inorganique et par 
maéquent pas d'acide sulfurique. Nous déclarâmes que l'enfant était mort d'un 
Icére de l'estomac produit par de l'acide sulfurique, ce que prouvait la brûlure 
iracléristique de l'estomac chez un enfant qui avait été tout à fait bien portant 
ifqu'au moment de l'empoisonnement. Quoique l'on n'eùl pas trouvé d'acide sul- 
irique sur le cadavre, on ne pouvait pas en tirer une objection, puisque l'on saii 
ue Tenfant a été traité médicalement, et a reçu des contre-poisons. Remaïquonii 
afin qu'une autre explication n'était pas possible. 



208 PÀATIB THÀNATOLOGIWE. 

\ 
Obs. 191 . — Empoisonnement par Vacide sulfurique. Mort em bmU 

de huit jours. 

Une fille de sept semaines, illégitime, reçut de sa mère de l'acide tvlftirlqM, 
oette dernière avoua Tavoir versé dans la bouche de l'enfent. Les symplôfliM «rli- 
naires de l'empoisonnement se manifestèrent ; on administra comme contre p iiii a 
du carbonate de magnésie, malgré cela au bout de buit jours la mort rarviat. 

A l'autopsie on remarqua que sur le cété gauche du cou, tout le derme wnà 
été détaché dans l'étendue de 5 centimètres ; les muscles sous-jaeents éttieni 
libres et parcheminés, les bords de cette tache étaient granulés etéteiant eotoofés 
d'une auréole étroite et rouge. L'œsophage d'un gris noir était mou, (Hable au toa- 
cher. L'estomac était très pile et à la paroi antérieure il y avait un ulcère de lam- 
queuse de la grandeur d'un écu. Le sang était foncé et épais. Il n'y avait deaeoafu- 
lations que dans le cœur droit et les sinus de la dure-mère. Le liquide aaiai doot k 
mère s'était servie était de l'acide sulfurique ; l'estomac et le duodénum n'offiniMl 
aucune trace de cet acide. . 

Obs. 192. — Empoisonnement par Vacide sulfurique. 

Une fille de dix-neuf ans, déflorée, s'empoisonna avec de l'acide anlfuriqne. 

La langue était entre les dents, et du milieu de la lèvre inférieure denic BiOoM 
parallèles se dirigeaient vers le menton, larges de 2 centimètres, d'un bran fimeé, 
parcheminés, provenant évidemment de l'acide qui avait coulé au dehors. L'estoflne 
était tout à fait noir, on le lia avec le duodénum, il contenait un litre de liquide 
noir brun ayant une réaction acide, la muqueuse était partout noire et tuméfléiv 
l'épiploon était noir, quoique l'estomac ne fût pas perforé. Le foie, le pancréit, la. 
rate, les intestins, les reins, la vessie, la matrice étaient à l'état normal. La cavité 
abdominale contenait 18 grammes de sang foncé liquide, la veine cave contenait 
peu de sang liquide et acide ; le diaphragme était coloré en noir dans tonte « 
moitié gauche, phénomène que je n'avais jamais observé. Les poumons contenaient 
la quantité normale de sang, le cœur était flasque et presque exsangue. La trachée 
était vide, il n'y avait pas un seul signe d'asphyxie, et cependant la langue 
était proéminente et serrée entre les dents. La langue et le palais ne présentaient 
aucune coloration anormale ni aucun changement de texture. Toute la muqueuse 
de l'œsophage était d'un gris noir et tannée, le sang des vaisseaux de la poitrine 
était foncé et liquide comme celui des autres cavités. Les membranes du cenreti 
et le cerveau lui-même étaient remplis de sang foncé liquide , ainsi que le cer- 
velet et les sinus. 

Obs. 193. — Empoisonnement par Vacide sulfurique et non sIranffulaUom, 

Une femme de soixante et dix ans était morte et on pensait qu'elle avait été 
étranglée. 

Autour du cou du cadavre se trouvait un fichu rempli de trous dont l'aspect 
indiquait une corrosion par un acide inorganique. La muqueuse de la bouche et 



BMPOISONNBIIKNTS. — OBSERVATIONS . 200 

la lanfoe avait la couleur ordinaire et se détachait facilement. Depuis l'angle 
il de la bouche, jusqu'à la clavicule, on voyait une traînée d*un rouge brun par- 
Binée f large d'un centimètre , ce qui indiquait bien le passage d'uu liquide 
"•aif ; au cou il n'y avait aucune trace de sillon strangulatoire , le cerveau et 
poumons étaient normaux, le cœur anémique , le larynx et la trachée vides de 
MMÎtés , la muqueuse de la trachée montrait la couleur ordinaire de U putré- 
ion» le rouge brun. La muqueuse de l'œsophage était grise, le foie gris et ané- 
9Bt la vésicule biliaire était remplie de dépôts calcaires, la surface extérieure de 
MDac était d^un gris noir, l'intérieur était vide, sa muqueuse uniformément 
•y tout le tissu très mou avait une réaction acide, les reins, la rate, les veines 
>niioales , les intestins étaient exsangues , le sang était faiblement acide ; 
Imie du cadavre était évidemment produite par la putréfaction. 
'aiamen chimique prouva que les trous du fichu avaient été produits par 
de sttlfurique, il démontra la présence de l'acide sulfurique dans l'estonuc et 

I rcBaophage. 

Ces. 194. — Suicide douteux par V acide tuXfurique. 

a apprenti âgé de seize ans , robuste et ordinairement bien portant , tomba 
ida et raconta que quelqu'un lui avait donné au lieu d'eau-de-vie , de 
ém aulfurique. 

wama il n'y avait pas de brûlure aux lèvres du cadavre et que les altérationa 
alagiques prouvaient qu'une quantité aiseï grande de poison avait dû être ava- 

II était probable que les déclarations du jeune homme n'étaient pas vraiee 
r«n suicide volontaire avait eu lieu. La langue était blanche et l'épithélium se 
iteit fiicilement. Le pharynx et l'œsophage étaient gris mais encore fermes. 
ogBac était extérieurement d'un rouge-brun, à sa courbure inférieure noir et 
laaox ; il y avait un trou de la grandeur d'un centime, par lequel s'étaient écou- 
00 grammes de liquide sanguinolent dans la cavité abdominale. Intérieurement 
MDac était tout à fait noir et contenait 120 grammes de sang noir et épais. Le 
Hilère et le cûlon transversal étaient noirs, le reste des intestins présentait 
conleur rouge, U vessie vide, le foie, les poumons, le cœur exsangue, mais il 
lit «ne congestion visible dans le cerveau et lei veines de la cavité crânienne. 
iBg de tout le corps était acide foncé et épais. 

Cas. 195. — Meurtre tvhi voUmUwremieni par Vadde sulfurique, 

tcaa était psychologiquement très intéressant. Une fille de vingt ans, avait été 
daonnée par son amant avec de l'acide sulfurique ; ce dernier, homme marié, 
couché dans le même lit avec sa femme et sa maîtresse (!), la femme ignorant 
éganee de la maîtresse, cette dernière avait résolu, ainsi que son amant, de 
^aiaooner avec de l'acide sulfurique aussitôt que la femme légitime se réveille- 
La fille déclara avoir pris deux cuillerées, l'homme, comme cela arrive souvent 
a pareilles circonstances en prit très peu, il cracha tout de suite et n'eut aucun 
la fille mourut après cinq jours de traitement à l'hôpital ; on lui avait ad- 



300 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

ministre de la inuguésie calcinée, on lui avait appliqué des sangsues au coo eu 
l'épigaslre ; elle avait vomi plusieurs fois du sang. 

La langue était complètement normale, elle avilit repris cet état évidemment pen- 
dant les jours de maladie. L'œsophage et le pharynx étaient gris mais fermes, l'eslo- 
mac vide et noir, déchiré à sa grande courbure. L'anémie générale 8*exptiqaait]ar 
les vomissements de sang. Le sang était rouge cerise foncé et épais, d'une réaction 
acide , il était à remarquer aussi que l'acide sulfurique avait retardé la putré- 
faction , car le cadavre disséqué huit jours après la mort, par une température de 
2 à 4 degrés au dessus de zéro, était encore frais. La femme était encore vierge. 
Ainsi c^était un amour platonique qui avait donné Heu à un double suicide ! 

L'analyse chimique était intéressante, on examina l'œsophage, reatomac, lefoie, 
la rate et les reins. Ces organes ne rougissaient plus le papier bleu de tournesol, ils 
bleuissaient légèrement le papier rouge, parce que déjà la quantité d'ammoniaque 
avait le dessus dans ces organes. Puisqu'il était avéré que la décédée avait pris une 
assez grande quantité de magnésie calcinée et peut-être d'autres matières neutra- 
lisantes, nous essayâmes de trouver des sulfates dans les intestins. Pour ccb, 
les intestins furent coupés et furent macérés dans de l'eau distillée, puis oo éva- 
pora le liquide jusqu'à la concentration au bain-marie, on y ajouta de Tacide aïo* 
tique, on filtra et on éprouva par de l'azotate de baryte, il y eut une légère préci- 
pitation blanche, on filtra, on lava, on fit sécher, on chauiTa et on pesa, son poids 
était seulement de 5 centigrammes. L'acide sulfurique correspondante cette qsaatité 
de précipitation était si petite qu'elle ne pouvait pas donner la preuve de renpoi- 
sonnement par acide sulfurique qui pourtant était incontestable. 

Uns. 196 et 197. — Suicides de deux femmes enceintes par Vacide sulfurique. 

Je passe une grande quantité de cas analogues, j'ajoute seulement les deusc^^ 
suivants. Dans les deux, le sang avait une réaction acide et dans le deuxième on 
voit la circonstance intéressante que l'eau de l'amnios avait aussi une réa-lion 
acide. Comme nous n'y pensions pas quand nous avons fait la première autopsie, noui) 
ne savons pas si dans le premier cas le même phénomène existait. 

Obs. 19G. — C'était une femme de quarante ans. On ne savait rien sur la id>' 
ladic ni sur l'époque de la mort. On pouvait exprimer du lait des deux seins, l«^ 
muqueuse des lèvres était en partie détachée, la lèvre supérieure présentait imc^ 
couleur d'un brun sale et parcheminée, la langue était blanche et intacte, les pou- 
mons d'un bleu rouge, étaient sains et exsangues, le cœur également exsangue, le 
sang avait une couleur rouge cerise, mais plus fiquide qu'ordinairement dans ces ca^, 
il avait une réaction acide, les grandes veines de la poitrine étaient remplies de 
sang, la trachée était vide, l'œsophage intact et de couleur grise, l'estomac i'un 
gris noir, gorgé d'un liquide noir brun ; à sa surface antérieure il y avait plusieurs 
trous de la grandeur d'un petit pois à bords noirs, la muqueuse de l'estomac était 
noire, se détachait facilcnienl; mais son tissu était encore assez ferme. Le dutidê- 
num était comme l'estomac, le reste des intestins ne présentait rien d'anonnal. Le 
foie était pâle, exsangue, la vésicule biliaire gorgée de bile foncée, les autres orga- 



^ 



EMPOISONNEMENTS — ODSSRVATIONS. 301 

n«s de l'abdomen anémiqurny compris la veine cave; la malrice, longue de 15 cen- 
Umèlres, lar^ de 1 2 centimètres cl épaisse d'un centimètre, contenait un fruit de 
six mois environ ; il était du sexe masculin et bien conformé, la membrane pupiU 
laire existait encore, le scrotum était vide. Le cordon avait 20 ccntiniélres, il était 
tourné autour du cou. 

Obs. 197 — Une nUe de vingt ans avait succombé depuis quelques jours au 
mois de juin à \m empoisonnement par Tacide sulfurique, nous ne savions pas corn- 
liien de temps elle avait encore vécu après Tcmpoisonnement. 

1^ dissection montrait que la mort avait dû envahir très vite, car les désordres 
causés par le poison étaient considérables. I<'.i aussi la putréfaction était très 
peu avancée; les deux seins conlenaient du lait aqueux, les deux lèvres étaient 
dures à couper, noires ainsi que les dents, la langue était d'un noir gris H tannée, 
des deux angles de la bauclic Tacide s'était écoulé et avait formé deux sillons d'un 
brun sale et parcheminé ; les poumons étaient normaux , et contenaient peu de 
sang. Dans le péricarde il y avait 30 grammes de liquide d*un brun foncé et acide, 
le cœur gauche était modérément rempli de coagulations dures et noires ayant une 
réaction acide, le cœur droit était gorgé do ces mêmes coagulations mêlées de sang 
liquide. Le larynx et la trachée étaient vides, l'œsophage encore ferme était gris, 
IVïtomac était détruit dans sa continuité et transformé en une bouillie plutôt 
grise que noire, son contenu avait une réaction très acide, il se composait de 
cbyme et d*un liquide sale, il était presque complètement épanché dans la cavité 
abdominale. Le foie, la rate, les reins et l'épiploon étaient anémiques. Les intes- 
tins colorés en gris par le fluide épanché étaient vides, la matrice d'un gris noir 
contenait un fruit de quatre mois du sexe màie. Le liquide de Tamnios avait une 
rrtLclion acide très franche. La vessie était vide, la veine cave contenait un peu 
de sang coagulé , les vaisseaux des membranes du cerveau étaient remplis de sang 
à moitié coagulé, les sinus presque exsangues quoique nous ayions laissé le cada- 
vre pendre pendant vingt-quatre heures les pieds en haut et la tète en bas. (L*au- 
'opsie n'était pas légale.) 

Obs. 198. — Empoisonnement par Vacide sulfurique étendu d'eau. 

Le 4 juillet la flile E... avait donné à son enfant, âgé de six semaines, une cuil- 
lerée à café d'acide sulfurique étendu d'eau. Le même soir un médecin trouva l'en- 
fant avec des yeux hagards et brillants, la pupille insensible, les traits altérés, 
la langue et la muqueuse des lèvres épaissies et blanches, le pouls très faible, 
la respiration difficile, la déglutition impossible, ni vomissements, ni diarrhées, 
ni eonvulfions. Il administra de la magnésie, mais à minuit l'enfant mourut. 

Le 6 juillet, lors de l'autopsie, nous trouvâmes le cadavre encore frais malgré les 
chaknn de l'été, la langue blanche et ayant une réaction acide, les lèvres dures 
d'an brun sale, six gros de sang foncé, coagula, ayant une réaction acide, étaient 
épaacbés dans la cavité alnlominale, il y avait un épanchement analogue sur Tépi- 
pkN>n. La paroi postérieure de l'estomac d'un gris sale était déchirée dans toute sa 
longueur, les bords de la déchirure étaient inégaux et sanguinolents. La muqueuse 



S02 PARTIE THANAT0L06IQITE. 

à l'intérieur avait une couleur semblable, ion tissu était méeonnaisiaMe, le Me 
était exsangue, la bile avait une réaction acide. Le duodénum était dans le nèiie 
état que l'estomac, le reste des intestins, la vessie et la veine eave, étaient fidei, 
les poumons, le cœur, l'artère pulmonaire, étaient exsangues, ranophafeèrexté- 
rieur comme à l'intérieur était gris, ainsi que le pharynx. La cavité crêmenie étiil 
anémique. 

L'analyse chimique démontra que les organes de l'enfant contenaient benei^ 
d'acide sulfurique. Cependant cette quantité d'acide avait-elle été «doiiiiiitréi ï 
l'état d'acide libre ou à l'état de combinaison, l'analyse chimîqse nepovfiitk 
dire. 

Ou. 199. — EmpotsonnmMi^t douteux pur de Vaoidô euifwrique ièmàÊ 

d*eau noirei tous forme d'encre. 

Probablement le liquide administré avait été de l'acide sulfurique coloré en ooir 
par des substances organiques, mais l'examen chimique le plus minutieux ne poa- 
vait éclairer cette question. 

Le cadavre encore frais était celui d'un garçon de neuf mois ; Q nous lut pré- 
senté pour l'autopsie sans que nous sachions rien de la maladie, il éiait maigre et 
paraissait anémique, la muqueuse de la langue était blanche, rarrière-bonche éUit 
moins blanche, sa muqueuse tuméfiée se détachait facilement et avait une rèie- 
tion acide. Le foie était p&le, l'estomac était aux trois quarts rempU d'v 
liquide épais, ayant une réaction acide, la muqueuse en était gélatineuse, eOe u 
détachait facilement, le tissu était pâle. Le duodénum et le commencement de 
l'intestin grêle présentaient les mômes altérations que l'estomac, le gros intestin 
était vide, les organes de l'abdomen étaient normaux, la veine cave contensit en 
peu de sang épais, rouge cerise, les poumons étaient anémiques et œdématevx. I^ 
cœur était anémique, l'œsophage normal, la muqueuse de ce dernier tuméfiée. U 
trachée était pâle, vide et toute la cavité crânienne était anémique. L'autopsie don- 
nait à peine un soupçon d'empoisonnement par l'acide sulfurique, le liquide de 
l'estomac n'oifrit à l'analyse chimique aucun poison ni organique, ni inorganique. 

D'après cela on pouvait seulement dire que vraisemblablement l'enfant n'mit 
pas été empoisonné. 

Obs. 200 — Empoisonnement par Veau de laurier-cerise. 

Je regrette de n'avoir que quelques données sur ce cas. Un homme de loiianle 
ans, ennuyé de la vie, avait pris à peu près 60 grammes d'eau de laurier-ceriee, 
comme on pouvait le voir par une fiole que l'on trouva à côté de lui. 11 tomba tout de 
suite saisi de vertige, et on lui prodiga des soins immédiats, il vomit les restât d'une 
pomme qu'il venait de manger, il fut placé sur le canapé et une heure après je le 
vis. Il était couché sur son canapé, la tète pendait tout à fait en avant et il fallait 
se baisser pour lui regarder la figure ; il était pâle et froid. Les pupUles étaient dila- 
tées, le pouls était lent, mou et régulier, il y avait une paralysie générale dn non- 
vement. Toute connaissance ne semblait pas être éteinte en lui, ce que l'on ne pou- 



EMPOISONNBMEKTS — OBSERVATIONS. SOS 

^tâi savoir an Juste puisque le malade ne pou? ait ni parier, ni montrer s^ langue, ni 
donner la main, ni (luire aucun geste. De temps en temps il avait des convulsions de 
la fice, qui altéraient sa figure d une manière effrayante, toute déglutition était im- 
possible, on pouvait seulement appliquer des médicaments extérieurs. Cinq heures 
après Tempoisonnement, il mourut. 

Vingt-quatre heures après, nous fîmes la dissection, la putréfiiction était déjà 
très avancée (au mois de mai), le cadavre laissait exhaler une odeur d'amandes 
aBèraa très sensible , le sang était foncé et liquide, le cerveau et le cœur droit 
étaient bypérémiques. 

Obs. soi — 17ii)poisonfiemenl par Vacide prussigue. 

Cn pharmacien s'empoisonna avec de l'acide prussiqne mêlé d'éther asotique. 
La raison de ce suicide resta inconnue. 

Les pupilles étaient très contractées. La putréfaction au mois de décembre était» 
après deul jours, très avancée, au point que Tépiderme était détaché. En quelques 
endroits il y avait encore rigidité cadavérique. L'estomac à l'extérieur présentait 
la couleur ordinaire de la putréfaction, il contenait 120 grammes d'un liquide 
roaga aanguinolent, ayant une réaction alcaline. La muqueuse vers le cardia était 
d'un rouge brun (symptémes de putréfaction), et aux endroits moins colorés il y 
avait quelques petites taches rouges claires. Les ouvertures extérieures étaient nor- 
■alai. La contenu de l'estomac avait une odeur d'éther mêlée à l'odeur d'amandes 
anères; le foie, normal, contenait une quantité moyenne de sang liquide, la véai- 
fila biliaire était remplie, l'intestin, le mésentère, les reins, et surtout la veine 
ttva élaianl hypérémîques. La rate était normale, la vessie contenait 1 5 grammes 
iWne, las poumons et les grands vaisseaux ne contenaient pas beaucoup de sang; 
W vantricnle droit du ccsur contenait 15 grammes de sang, les autres parties du 
^mmt élaieat vides; le larynx et la trachée étaient à l'état normal. La muqueuse da 
^'•saphaf a présentait quelques petites tâches rosâtres et exhalait aussi la double 
•daor dont nous avons parlé pour l'estomac. Dans le crâne il y avait anémie. 

Obs. 202. — Empoisonnomenl par l'acide prusiique. 

Dans un grand hôtel, on trouva un matin un étranger mort dans son lit, devant 

^Xai était une fiole contenant de l'acide prussique qui, d'après les lois prussiennes, 

^^vait une inscription portant le mot « poison » et surmontée d'une tête de mort. 

ne sut pas combien il avait bu de poison, puisque l'on ne savait pas quel avait 

la eontenude la fiole, ni si le décédé était mort rapidement. 

Traia jours après la mort, au mois de novembre par une temjiérature de 0^ a 

^* R., nous fîmes l'autopsie. Le décédé avait quarante-huit ans, il y avait encore 

^ifidilé cadavérique, le corps était tout à fait frais, les cheveux ne pouvaient être 

^rraebés que difflcilement (voir plus haut), il y avait seulement un peu de couleur 

^^ardâlra près de l'ombilic ; aussitôt après avoir scié les os crâniens, nous sentîmes 

très bien l'odeur d'amandes amères. Les méninges et les sinus étaient anémiques ; 

\ti poumons œdémateux étaient remplis de sang foncé presque noir. Le cœur droit 



âOi PARTIE THANATOLOGIQUG. 

était rempli de sang épais, les globules de saqg observés sous le roierofcope oemoAr 
trèrent aucune anomalie. Le cœur gauche était vide, l'artère pulmoiuire était 
gorgée de sang, la trachée et Tœsophage étaient vides et normaux. Le loie était 
sain et anémique, la vésicule biliaire était pleine, la rate molle, facUemeot va- 
riable. L'estomac était malheureusement viJc, de sorte que Ton ne pounit taire 
aucune analyse chimique du contenu, il exhalait une forte odeur d'amandes auèrcs, 
sa muqueuse offrit une coloration d'un brun sale provenant de la pulréfaetion et 
d'une hypostase cadavérique; cette putréfaction rapide et isolée de l'estoinie esta 
remarquer ; les deux ouvertures de l'estomac étaient normales; ce qu'il 5 avait éga- 
lement de singulier, c'était la putréfaction des reins qui ordinairement se putrifienl 
tard, ils étaient d'un brun sale. L'épiploon, le mésentère et les téguments abilooii- 
naux étaient très épais, les intestins étaient peu remplis ; la vessie était vide, h 
veine cave très gorgée . 

L'analyse chimique ne put révéler la preuve de l'existence de l'acide prussiqu^. 
mais ce poison pouvait èlrc constaté par la seule odeur bien sensible que nous 
avons mentionnée. (Nous n'avions pas encore à cette époque expérimenté a\ff b 
nitro benzine). 

Obs. 203. — Empoisonnement par l'acide prussique et des huiles ethériqitef. 

Cadavre parfumé. 

Ce cas était tout à fait extraordinaire, on y verra une intéressante analyse de 
M. Schachl qui a trouvé de Vadde prussique dans le sang, 

La femme S.., âgée de quarante-trois ans, était mariée à un distillateur d'eau- 
de-vie et de vinaigre. Cette femme était adonnée depuis plusieurs années à la 
boisson et souffrait d'une véritable « dipsomanie » . D'après la déposition du témoin 
elle vivait souvent pendant plusieurs semaines et plusieurs mois tout à fait tran- 
quille, puis tout à coup elle recommençait à boire et restait pendant des journées ea- 
tières conlinucUement en état d'ivresse, lîn de ces accès la prit le 6 juillet, elle 
s'enivra et resta daits cet élal les jours suivants. Le 11, le mari sortit de cheilù 
et recommanda à une voisine de surveiller sa femme ivre. Sur une table se trouvait 
<|uinze fioles contenant des huiles éthériques différentes. S... avait besoin de ces 
substances pour son industrie. C'était surtout de l'huile de girofle, de cumin, de 
menthe, (le citron, etc. 11 y avait aussi une fiole contenant de l'huile d'amandes 
anières portant, selon la prescription, le mot « poison ». La voisine alla plusieurf 
fois auprès de la femme S .. et la trouva toujours grise, elle refusa de lui donner de 
l'eau-de-vie que la femme S., lui demandait. Pour apaiser la soif de cette malheu- 
reuse, elle lui donna un curnichon et lorsqu'elle rentra encore une fois à trois 
heures, elle trouva la femme S... morte lans la cuisine, ayant dens une main un 
demi-coriiichon et dans l'autre une grande cuillère. 

Le 1 3, deux jours après la mort (juillet), nous fîmes l'autopsie légale. Le ventre 
ètîiil vert, la langue serrée entre les dents, les cheveux se laissaient arracher facile- 
ment; pas de rigidité cadavéri(|uc. A l'ouverture on sentit s'exhaler une odeur agréa- 
ble qui indiquait qu'elle avait bu des liquides parfumés. Après l'ouverture du 



EMPOISONNEMENTS. — OBSERVATIONS. 305 

cvÉM DOM Mnllmes une od«ur d'amande» amèrea, las méniiigaa étaient nodéré- 
■Mnl remplies da sanf , la dure- mère détachée, ou sentit encore rôdeur d'a- 
«MDdes amères mais mêlée à - Todeur de girofle et de cumin ; le cerveau était 
normal, les sinus anémiques, le thorax exhalait également une odeur d'amandes 
dde parfums, surtout celui des giroflées, les deux poumons avaient des adhérences 
mciennes, ils étaient œdémateux et très remplis de sang rouge cerise et épais. 
Jhxù la péricarde se trouvait une quantité de liquide normale ; le cœur flasque, 
était fOrgé à droite de sang rouge cerise et liquide, à gauche il était presque vide, 
lea vaisseaux de la poitrine étaient remplis, la muqueuse de la trachée montrait 
«ne couleur rouge brune de putréfaction. L'œsophage était normal, on y perce- 
^vait une odeur d'amandes amères très prononcée. L'estomac était normal extérieu- 
rement. Après son ouverture, il s'exhalait une odeur excessivement intense d'a- 
mandes amères ; il contenait 90 grammes d'un liquide rose, toute sa muqueuse 
était parsemée de taches d'un rouge pourpre, les incisions faites dans ces taches ne 
■iHitraient pas qu'il y eût ecchymose. Le foie était gras et anémique, la vésicule 
hiliaire était remplie, la veine cave hypérémique, la vessie remplie, les organes 
sidominaux normaux. 

Quant à l'examen chimique nous le rapporterons textuellement. 

Le 13 du mois on nous donna à examiner les objets que nous allons énumérer : 

I. Une fiole pouvant contenir à peu près 120 grammes, signée* huiles d'aman- 
éti amères» et au-dessous « poison» ; elle contenait 15 grammes d'un liquide 
jaune clair. 

II. Qn vase sur lequel était écrit « œsophage, estomac et contenu de l'estoaiac 
ëe la femme S...» 

III. Un vase sur lequel était écrite pot trouvé dans la chambre de la femme S... 
et contenant un cornichon » . 

IV. Une fiole pouvant contenir 180 grammes de liquide avec une étiquette où 
ae trouvaient ces mots « sang du ^davre de la femme S...» elle contenait du sang 
épaia et rouge clair. 

V. Une fiole pouvant contenir 340 grammes de liquide, avait 23 grammes d'un 
liquide jaunâtre presque clair. 

Tous ces vases étaient scellés par le cachet de la cour. 

JRoua avions à déclarer : t<^ le contenu de la fiole I est-il de l'huile d'amandes 
amères? 

S* Le contenu du vase H est-il de l'huile d'amandes amères ou de l'acide prus- 
âque? 

3* Le cornichon du vase III avec sa sauce contient-il des substances vénéneuses T 

4* Le sang de la fiole IV contient-il de l'acide prussique ? 

5* Est-il possible d'indiquer ce que contient la fiole V ? 

Ad. L Par l'odeur, la vue, le goût et le poids spécifique, nous avons pu reconnaî- 
tre que le liquide contenu dans la fiole était de l'huile d'amandes amères. Nous avons 
leceué une partie de cette huile avec de l'hydrate de potasse étendu d'eau ; après 
II. 20 



S06 PARTI! THANATOLOGIQUI. 

atoir laîité dépoter, nous tvont i|oiité tn liquide déeenté me toIttllMi de nlMiée 
detttoxide de fer et de l'eclde etilorii^rdrltiee; U y eut «ne prédpttaUoo frit muMiii 
Mme qui prouve la prétence de l'aeide cyanh^fdrique. 

Ad. IL Ce vase renfermait les organes nommés et un liquide roofe tnaUe, 
il exhalait une forte odeur d'amandes améres ; nous séparâmes le lîqiidi èi 
solide, nous mîmes le liquide dans une cornue tubulée, nous confîmes TsiU- 
mac et Toesophafe en petits morceaux, on les remua dans de l'eau dislillèt st m 
recueillit le liquide ; cette opération fut répétée trois fols en ajoutant de raleool, de 
cette manière l'odeur d^amandes améres disparut des intestins, la liquear bl 
ijotttée dans la coraue au contenu de l'estomac. Puis nous avons ajouté no pei 
d'acide pbosphorique et le mélange fut distillé jusqu'à ce que 100 grammes d*u 
liquide clair aient été obtenus. Ce liquide présenta les réactions suivantes : 

a. Traité avec de l'hydrate de potasse, du sulfate de deutoxyde de fer et de Taciie 
chlorhydiique, on obtint un liquide vert foncé qui au bout de peu d'instants aM»- 
tra une précipitation bleue. 

6. En ajoutant deux gouttes de sulfhydrate d'ammoniaque et une goutte d'aa- 
mmoniaque à deux gros de la liqueur en question, et en chaufllint le tout jnsfi'i 
ce que la couleur et l'odeur aient disparu, puis en ajoutant du perchlorure de fer 
on obtint une coloration rouge sang. 

c. En ajoutant du nitrate d'argent et de l'acide nitrique, on obUiit une pé- 
clpttalion blanche qui se déposa quand on eut imprimé I la liqueur de grtnto 
secousses. 

Mous en coueldoMs que la liqueur distillée oonlanait de l'acide pnMaiqne. 

Ad. ///. Le cornichon fut examiné cliimiquement avec des substances inorgsai- 
ques. On le trouva pur, nous croyons pouvoir nous abstenir de reproduire la 
méthode que Ton employa, vu le résultat négatif. 

Ad. IV. Après avoir ajouté un peu d*alcool et de l'acide phosphorique au saBf, 
on le soumit à la distillation jusqu'à ce que deux gros d'un liquide clair non colori 
aient été obtenus. Ce liquide fut partagé en deux parties et examiné cemme ad. If, 
tt et ft. Les deux réactions furent très senstbles quoiqu'un peu plus 



Ad. V. Le liquide contenu dans ce verre avait une réaction alcaline et sentait 
fortement l'ammoniaque que l'on fait évaporer sur un morceau de platine, il laisss 
une couche mince noirâtre, qui disparut par la chaleur sans laisser une tâche de 
sang ; ni avec l'acide sulfliydrique, ni avec le sulfure d'ammoniaque, il ne donna 
aucune réaction et dut être regardé comme un hydrochlorate d'ammoniaque en 
dissolution qui était coloré par des substances organiques. 

Le résultat de mes expériences fut donc : 

Le contenu de la fiole I était de l'huile d'amandes améres contenant de l'acide 
prussique. 

Les liquides de l'estomac de la décédée contenaient de l'acide prusalque dans de 
l'huile d'amandes améres, car l'acide prussique seul n'a pas une odeur si Ibrte. 

Le cornichon ne contenait pas de substances vénéneuses. 



EMPOISOVnXIIEMTS. — OBSERVATIONS. S07 

Le sang de la décédée contenait de Tacide prussique. 

La fiole V contenait trèa probablement de l'bydrochlorate d'ammoniaque étendu. 
La coochision de ce cas n'était pas douteuse, nous déchirâmes que les altérations 
dt l'eatopMe umoncaient l'introduction dt matiérei irritaotoi al corrofiTM, «iqut 
fadtar parfumée da taut le cadavre démontrait que eea matières avaianl M ém 
odoraotea évidemment « aptea à altérer la laoté » ; on pMit ateeUranM la 
avait trouvé la mort par cea poiaona, ai yn autre poiaon bô9mm$p pfam 
fcm fgitu t, Taeida cjfanbydrique, n'avait paa déjà avO pour tser praaq«a a«béia* 
amoi» ca<pii eat prouvé par la paiitiM daaaJaqiifUa on l'a tnwvétt oevabéi taw 
b eiiiaiiw «ne cuiller à la main. D'aprèa cala» on peut adanattra que la taima ê.*. 
a été empoisonnée par l'acide prussique et par daa builea éthériqiaa, at qim le 
prani«r 4a ces deux ^iaona a amené la mort. 

Oia. 204. •— EmpoUanmemmU par Vaeidê prunlfue. 

Mte fois aiiasi l'acide prussique a été trouvé dans le sang par l'expert ebimîate. 
Db pbarmaciM âgé de vingt ans s'ampoisooiia le 14 juin ; la eadavra fut blantflt 
tranajporié dana la eave froide de notre morgue, at malgré la taaipéralwfa ëe 
10* B. la cadavre était la lendemain encore trèa frala. 

La couleur do cadavre était normale ; la rigidité coomiençait i «nvahir ; aor k 

doa ao trouvaient des lividités cadavériques. £n praaiant l'urètbre ou pouvail ao 

tuft iortir quelques gouttes de sperme dans leaqueUea ou uouva daa aparmat»* 

aoairaa. Apréa l'ouverture de la cavité erânieuna ou perçut uue lurta odeur 4'a^ 

wndfs amères. Les méniogaa étaient exaanguea, le cerveau était violet par auiteda 

Il pulréftction, dana les veotriculea se trouvait une certaine quantité de liquida 

sanguino- aqueux, le sang de tout le cadavre était trèa liquida» d'un fvuga violai, 

Ica globules de sang étaient normaux* la traebée-arlèro était vida, la miiquoufe était 

xuvêlue d'uae couleur d'un rouge brun bomogèoe produite par la put réfaa li e u, IV 

deur d'amandes amères augmenta quand on enleva le sternum. Dans chaque plèvre 

se trouvaient 90 grammes d'eau sanguinolente, les poumons étaient b/pérémiques 

et un peu œdémateux ; le péricarde adhérait au cœur, le cœur gaucbe était trèa 

rempli de sang , le cœur droit et l'artère pulmoonaire en étaient gorgés et con- 

tenaient quelques caillots, le Um était hypérémique, la véaicule biliaire était rtm- 

pUa. L'estomac fut lié et été ; extérieurement il était normal» il eonteaait 

30 grammes de liquide sang«fM4ent , ayant fadeur d'amandea amères ; la 

■mqueuae qui avait surtout celte odeur, était tuméfiée et colorée partout en violet, 

c'était évidemment un phénomène cadavérique. La veine cave ascendante était 

pleine de sang, la vessie pleine d'urine. Les intestins, la rate et les reins étaient 

Bormaux. 

L'analyse chimique démontra la préaeoce de l'acide prussique à l'état libre dans 
le sang, on n'en trouva pas dans U^ uriaaa» cependant on y voyait de l'albumine, 
ee phénomène est très smguUer m le déeédé n'était pas altaiet d'a l bum iw y i e ; 
furine ne contenait pas de sucre. 



308 PARTIE THANATOLOGIQCI. 



Obs. 205. — Empoisonnement par le phoephore. 

Une actrice âgée de seize ans résolut de se tuer avec son amant dont elle k 
croyait enceinte ; tous les deux prirent du phosphore que Tainant H... avait ni le 
procurer. Elle mourut bientôt après, mais Thomme tai à peine malade, probiMe- 
ment parce qu'il n'en avait pas avalé. Il fut mis en accusation. De la maladie on 
savait seulement que la femme était tombé malade le 4 décembre, qii*eËe atiit 
▼omi plusieurs fois, et un témoin déposa qu'étant entré dans sa chambre poar lii 
donner du lait chaud, il sentit « dans toute la chambre, une odeur d'allumettes ■ : 
la malade mourut dans la journée. 

Trois jours après la mort nous fîmes l'autopsie légale. Au, ventre, lapotréfictiM 
était commençante ; le foie, la rate et le pancréas étaient normaux ; les veines de 
répiploon et du mésentère étaient asaes remplies, la couleur des iotettins grèki 
était rouge clair à cause do l'injection de leurs vaisseaux ; les reins, la vessie étaient 
normaux ainsi que la matrice qui ne renfermait pas de fœtus ; la veine cave coal^ 
nait une certaine quantité de sang foncé et épais ; l'estomac, & l'extérieur, était plie 
et n'ofnrait rien de remarquable ; à l'intérieur il était tout & foit vide, sa muqueme 
présentait quelques petits grains jaunes, mais n'était aucunement altérée, elle 
oilhiit partout une coloration rose faonâlre ; les poumons étaient normaux, les 
grands vaisseaux ne contenaient que peu de sang, il y avait encore un reste de 
thymus gros comme le pouce (1). Le cœur était presque exsangue dans toutes lei 
cavités, la muqueuse de la trachée et de l'œsophage était normale, les méninges, le 
cerveau et les sinus étaient hypérémiques. On ne s'attendait pas, après un empoi- 
sonnement par le phosphore amenant la mort aussi rapidement, & trouver nn résvl- 
tat de l'autopsie aussi négatif. 

L'analyse chimique démontra d'une manière indubitable la présence du poison 
en substance dans les intestins; le sang offrait une odeur analogue à celle des 

(1) Dans les cas suivants, j*ai observé le tliymus persistant dans une élendoe plus ou motai 
Ijande même dans un âge assez avancé : 

40 Gbei un garçon de cinq ans, encore € très grand » ; 

So Ghei nn garçon de six ans, il avait encore 5 centimètres; 

30 Chez un gardon de sept ans, de la grandeur d'une noix ; 

40 Chez un garçon de sept ans (93* obs.) 4 centimètres ; 

5* Chez un garçon de neuf ans, c encore très grand * ; 

60 Chez un garçon de quatorze ans, 3 centimètres ; 

1^ Chez un garçon de quinze ans, 2 centimètres ift i 

8<* Chez l'actrice susnommée, âgée de seize ans, 2 centimètres 1/2. 

0** Chez un garçon de seize ans, A centimètres ; 

i 0^ Chez un homme de dix-huit ans, 5 centimètres ; 

il<> Chez on homme de dix-neuf ans, 2 centhnètres i/2 ; 

42* Chez an homme de vingt ans, c des restes très visiblet a; 

43» Chez un homme de vingt ans, 2 centimètres; 

44* Chez un bomme de vingt-deux ans, € des restes visibles a. 



EMPOISONNEMENTS. — OBSERVATIONS. 809 

anima m empoisooaéa par le phosphore, et les altérations des éléments du sang 
étaient absolument celles du sang de ces animaux. Il n'était pas du tout coagulé, 
ei présentait une couleur rouge cerise. Le sang artériel était transparent comme 
partout où le pigment a abandonné les globules et s'est dissous dans le plasma, sa 
consistance était celle du sirop. Le microscope montra clairement des globules de 
laof clairs, incolores, les noyaux étaient très visibles comme si on avait été la ma- 
tière colorante par le lavage. La préparation de phosphore qui avait été vendue par 
It pharmacien contenait 10 grains de phosphore dans 90 grammes de bouillie. 
Ainai, dans la dixième partie, deux cuillerées, on aurait trouvé un grain de phos- 
phore. Puisque la décédée avait résolu de se suicider, il est vraisemblable qu'elle 
a bu plus de deux cuillerées, dose qui suffisait complètement, prise en une seule 
fut pour expliquer la mort rapide qui a eu lieu. Par toutes cea raisons nous 
dAmea admettre qu'il y avait eu empoisonnement mortel par le phosphore. 

Obs. 206. — Empoisonnement par le phosphore. 

Une Polonaise, âgée de vingt ans, avait pris le 10 août, à six heures du soir, 
i peu près Iroti grains de phosphore. On ne remarqua d'abord rien d'extraor- 
éinaire en elle, et le soir elle écrivit encore une pétition au roi. Au bout d'un cer- 
tain temps, sa Tamille s'aperçut qu'elle sentait le soufre (ici on confondait évidem- 
Ment avec l'odeur des allumettes de soufre et de phosphore), et elle dit que la 
hmière Téblouissait, mais ne se plaignit pas de douleurs; elle resta toute la 

ôt sans sommeil, affirmant toujours qu'elle n'avait rien bu ; elle ne vomit pas une 
fois et mourut tout à fait tranquille le lendemain matin à six heures, c'est à 
dire douze heures après avoir pris le poison. 

Quarante-huit heures après, a une température de 15^ R., nous Ames l'autop- 
aie. La veille au soir on avait transporté le cadavre dans la chambre des morts et 
l'on fut étonné de voir des vapeurs lumineuses sortant du vagin. Avant la dissec- 
tion, noua vîmes sortir de l'anus des flots de vapeurs blanchâtres qui sentaient le 
phosphore. De la bouche aussi on sentait sortir des émanations de phosphore, mais 
uns vapeurs visibles. Il y avait encore un peu de rigidité cadavérique, les tégu- 
ments du ventre étaient verts par suite de la putréfaction. 

L'estomne, & la petite courbure, présentait des sillons veineux rouges livides, ce 

qiii n'était qu'un phénomène de putréfaction. L'estomac, à l'intérieur, ne laissait 

fss exhaler d'émanations de phosphore, sa muqueuse n'était ni tuméfiée, ni corrodée; 

<a grand cul -de-sac , ainsi qu'au milieu de la petite courbure, il y avait de petits 

^psochements hémorrbagiques très nombreux placés les uns près des autres, 

de U grandeur d'une tète d'épingle, la somme de ces petites taches avait à 

pea près 4 centimètres de diamètre. Le contenu de l'estomac était formé par 

t08 à 200 grammes d'un liquide clair sanguinolent, laiteux; on ne put pas trou* 

>er de grains de phosphore même avec la loupe. Les intestins étaient pâles et ne 

■aentraîent aucune anomalie ni extérieurement, ni intérieurement. Le gros intestin 

contenait des fèces (il est notoire que l'empoisonnée n'avait eu aucune selle). Le 

était d'un rouge sale avec une consistance de sirop, et présentait sous le 



no PARTIS THANATOLOOIQIJB. 

mkroseope 1m mèmM particularitéf anormales que dans le cas préeMeot. le Im 
élait hypérémique, la vésicule du Ûei à moilié pleine, la rate très hypéréniiqw. 
Les deux reins étaient d*ttn rouge brun à cause de la putréfliction coaaMÉCtnte, 
la vessie un peu violette contenait une cuillerée d'urine trouble ; Futénn ikrgs 
était nienstrué, la veine cave contenait un peu de sauf, les poumons étaient pst 
foncés et présentaient une hypostase cadavérique. I^e péricarde contenait udsoiS- 
lerée de liquide sanguinolent, tout le cosur était presque exsangue, maii les gnadi 
vaisseaux contenaient beaucoup de sang. Le larynx et la traebée étaient viéei, 
leur muqueuse éuit rouge pourpre et avèe 11 loupe on y voyait des injectioai. 
L*«Mophage était normal» les méninges asses rempliÎM, le cerveau contenait plus de 
sang qu*à rordinaire ; les plexus étaient livides, les sinus presque vides. 
Ce cas permettait un Jugement sûr sans avoir besoin d'analyse eUmique. 

Obs. 207. — Empoisonnement par des champignons vémémeux. 

Toute une famille qui avait diné avec un plat de poisson assaisonné de champi- 
gnons, tomba malade et tous les membres furent atteints de vomiaanments et de 
diarrbée ; le reste du dtner se composait d*oie et de veau réti» Tous an rétablirsat, 
excepté une vieille femme de soixante-dix ans. Gell»«i mourut au bout de treii 
jours selon la déposition du médecin « avec les symptémes d'une gaslro-^iitérite«. 

Nous trouvâmes à l'autopsie une adhérence des deux poumens et nne hydropisit 
de l'ovaire droit; mais ces deux altérations pathologiquee n'avalent eêrtalhemast 
eu aucune influence sur le résultat funeste de k maladie. Bn outre il y avait lai 
coloration rose des intestins , des ecohymeees nombreuses sur la nraqueiise h 
grand culde-sac de l'estomac ; le sang liquide, avait une cdntenr très Ibneée. L'si> 
tomac contenait 40 grammes de liquide rose, le cœur était tréa rempH de sang, tout le 
reste était normal. L'analyse cliimique démontra l'absence de peiaens Inerganiquai, 
et des poisons organiques que l'on peut ordinairement retrouver. Le poison aupposè, 
les cbampignofls, ne pouvait naturellement pas avoir laissé de tracés ; on ne poa* 
vait dire si c'était les champignons, le poisson, le rétl ou une autre snbstanee qai 
avaient produit l'effet vénéneux. 

Obs. 208, 209, 210. — Trois empoisonnements par Varsenic et la «ominine* 

Du S au 7 mai 18... les trois enfants du vétérinaire E..., Aima âgée de trois ans, 
Hermann d'un an, et Marguerite de 5 ans moururent à la suite d'un empoîsomif» 
aMnt causé par des saucisses et du pain que le sieur W.. avait disposés pour empel 
sonner des rats. Le sieur W... déclara que son poison consistait en un ongntnt 
composé de beurre et de viande hachée, mêlés avec de rarsentc et de la suie, H 
assura que cet onguent ne contenait pas de vomicine. Le docteur L. . . qu! fut appelé 
le premier auprès delà AUe la plus jeune, diagnostiqua « une inflammation du cer- 
veau ». Un quart d'heure après sa sortie de la maison, l'enflint était morte. Il n*a 
pas eemmuniqoé les raisons qui ont guidé ce diagnostic. Il dit seulement qn'O n*a 
pas trouvé les symptéMes d'un empoisonnement. Le Jour suivant, il trouva Mtrgoe- 
file nsalade, peaa le mime diagnostic» ainsi que pour le tn^isième enfant qol temba 



EMPOISON NEH ENT8. -^ OBSERVATIONS . S^i 

\ê jour suhrant ; ehex ees deux enflintf également il dit n'a^r pas remarqué 
4e phénoanèiMs d'empoiionnement. Ghes Marf uerite le doetecr L. . . neta de YanoU" 
ffisiememtt des convuUiofUy des vomistemenU^ de la fièvre : ces deux enfants meu* 
lurent également au bout de peu de temps, il leur avait administré du calomel et 
des sangsues. Un autre médecin, le docteur F.., vit également Marguerite et Htr- 
mann, il trouva la fllle atteinte de vomissements^ de diarrhée, de fièvre , d'assou- 
piamnêHt, le ventre aplati et douloureux^ la pupille dilatée, le garçon avait surtout 
des vonUstements. Le docteur F.. . fut d'avis que les enfants avaient été empoi- 
semiéa par le poison appelé» poison des saucisses ». 

Le père déclara /)u'il avait observé chez sa fille Aima, déjà le 9 mai, de l'assou- 
pissement et une tendance à laisser pencher sa tète. Dans la nuit du 2 au S mai, elle 
devint très inquiète, demanda souvent à aller à la selle et hut beaucoup. Le lende* 
main nutin elle avait les yeux hagards, elle n'avait pas toute sa connaissance, pas 
d'appétit, elle faisait craquer ses dents et le soir elle mourut. Le soir du 3 mai il 
•bsenra que Marguerite était très pâle ; elle vomissait, mais cependant elle dormit 
bien ; le lendemain on s'aperçut que l'enfant avait eu de la diarrhée pendant son 
sommeil. Vers les sept heures elle eut de violentes convulsions qui durèrent un 
quart d'heure, on envoya chercher le médecin. Après le dîner elle eut encore quel- 
qaaa vomissements et de temps en temps l'enfant perdait connaissance. Dans la 
nuit du 5 an 6 l'enfant mourut. Le i mai, le garçon Hermann ne voulait pas man^ 
pmeomuomk l'ordinaire. Il paraissait avoir d0 ki fèvre. Sas yeux devinrent hagards^ 
i f «at dêê vemisaeoaenta et dea aonvulsions, le 5 au matin l'enAint mourut. ij« 
T dm BièaM mois nous llaMa les autopsies dont voiei les résultats essentiels : 



1. Akism. Im langua itait blanchâtre, non ulcérée, las yeux très profoBds, If 

cadavre était eneora /irais; l'estomac à l'extérieur était comme à l'ordinaire, pâla, 

à l'iaftériaur il cootaoait 30 grammes d'un mueus vert jaunâtre, le grand cul-dar 

«ac était coloré en rouge brun, le reste de la muqueuse était coloré en vert; on oa 

Irouva de grains d'arsenic ni dans l'estomac ni dans le duodénum ; il n'y eut l4 

iniaBamation, ni ulcération de l'estomac, tous les intestins étaient pâles et vides, 

la p^rit-Aiw n'était pas rougi , la vessie était vide ; le foie, la rate, les raÎM 

étaiaoi anémiques], la veine cave ne contenait que peu de sang , les pouraooii 

étaiaBt pâles et anémiques, le cœur contenait à droite une certaine quantité da 

iêeg épaîa et écumeux, il y en avait moins à gauche. La trachée et le larynx 

mlinairnl iin f rn rt'érumr sanguinolente, les grands vaisseaux avaient peu de sang, 

r«iap^age était vide et normal, la pie-mère et le cerveau renfermaient la quantité 

de tuif Aormale, laa siaus étaient très remplis de sang fimcé et épaik. 

//. Bmwam, 14 langua blanchâtre, non érodée, les yeux profonds, le cadavra 
Irais. L'aaiMaac et ]» duodénum pâles, le contenu de l'estomac était 30 grammes 
es liquida muquaax» vert-clair, mêlé de lait coagulé. Sur sa muqueuse il n'y 
avait ai graiiVy ni cristaux, ni rougeur, ni aucune trace d'anomalie. Le foie, 
Is râla, laa raiitt exsangues , le péritoine non rougi, la vessie vide, l'intestia pjMa; 
«t vida» la vaiaa cave remplie da sang Coocé et épais, dans loua le« orgaaaa da la 
psilriBa aaéaiia « la traabéa-artâra et la hirynx vidas et sains, la muqueusa da r#- 



312 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

sopbage présenUit une i^jeclioo peu pronoaeéa. La dure-nèc» ti li piMièn , ^ 
étaient vi»ibleaient remplies de sang ; le cerveau non anémique, les siani très \ ^r 
remplis. r^ 

UI. Marguerite. Les yeux très profonds, les pieds tournés en dedans , pco- 
btUMnent par suite des convulsions ; le cadavre avait déjà le ventre verditre ; 
l'estomac et le duodénum très pâles à l'extérieur contenaient 4 grammes de Utioide : 
blanc, muqueux. La muqueuse était plissée; au cul-de-sac se montrait une roogeor «. 

diflbse de 3 centimètres de diamètre, on n'y voyait ni grains d'arsenic, ni ulcères; ^ 

le péritoine était normal, tous les intestins pâles et vides; le foie, la rate et les « 

reins étaient anémiques, la vessie était pleine, la veine cave contenait une certaine ^ 

quantité de sang foncé et épais, les poumons n'avaient que peu de sang, les grands 
vaisseaux étaient normaux. Le liquide du péricarde était sangoinolent, le cobur 
contenait un peu de sang, la trachée-artère et Tcesophage étaient vides et nor- 
manx, les méninges étaient remplies ainsi que les sinus , le cerveau égalemeol 
contenait beaucoup de sang. 

On fit l'analyse chimique du pain et de la viande hachés dont les en&nts avaiaol 
mangé une partie ; on y trouva des traces évidentes de vomicine. 

Dans l'estomac des trois cadavres, on ne trouva ni de la vomicine, ni du phos- 
phore, ni de l'arsenic. Tels sont les empoisonnements ! comment les juger ? 

Nous déclarâmes dans notre rapport : « Les symptômes de maladie que l'on a ob- 
servés chez les trois enfants sont analogues, car ce sont surtout des symptôme» 
d'affections cérébrales, vomissements, diarrhée, convulsions. Ces symptômes sont. 

en même temps ceux des inflammations cérébrales des enfants et ceux des empoison 

nements parles substances corrosîves, surtout l'arsenic. On les observe aussi aprè^^* 
l'ingestion du poison de la voix vomique (brucine et strychnine), mais cela es— ^ 
moins certain car ces deux substances sont peu connues comme poisons, n es" -"^ ^ 
cependant avéré que le poison de la noix vomique produit des convulsions et de=^ -^ 
vomissements. 

» Comme les symptdroes qui ont été observés ches les trois enfknta, ont été le ' 
mêmes et ont été suivis de la mort en très peu de temps, il est probable qu'u^*" 
seul et même poison a produit ces désordres dans les trois cas. Que si l'o^ ^' 
prétend qu'il a pu y avoir choléra asiatique ou inflammation cérébrale, nous répoim ' 
drons qu'il est invraisemblable que la première de ces maladies, qni n'eti pas ^ 
l'état d'épidémie s'attaque ainsi aux trois frères et sœurs d'une même fiimille: 
quant & la seconde qui n'est jamais épidémique, c'est pour ainsi dire impossible. 

» Les autopsies des trois cadavres n'ont donné en général qu'un résultat négatif, 
aucun organe n'a offert une altération notable ; nous ne tenons paa compte des 
liquides rouge brun et rose qui ont été trouvés dans les estomacs d'Alma et de 
Marguerite, et qui ne sont autre chose que des produits de putréfaction. Il n'y avait 
ni inflammation, ni ulcération de l'estomac, on ne peut donc pas nier que les dissec- 
tions n'ont donné aucune preuve d'empoisonnement. D'un autre côté on sait que des 
empoisonnements par l'arsenic sont souvent impuissants à produire des résultats 
sur le cadavre, si le poison a été absorbé rapidement. Il en est de même pour la 



EM P0IS0NNBME1«TS. — OBSERVATIONS . SIS 

Mrieine et la strychine encore peu connues, poisons qui sont dynamiques dans 
«le la force du terme, c'est-à-dire qui tuent par leur action physiolof ique sur le 
itème nerveux. Donc les résultats négatifs de l'autopsie n'infirment ni ne conAr- 
0iit l'admission d'un empoisonnement. » 

Les résultats de l'examen chimique furent : ^ 

1* Le pain et la viande hachée dont les enfants ont mangé, ne contenaient ni 
Maons métalliques (arsenic), ni phosphore. 

S* Ces corps contenaient de la vomicine, ce qui permettait de conclure qu'il y 
rail ea de la noix vomique. 

S* L'estomac d'Alma ne contenait ni poison métallique, ni phosphore. 

4* L'estomac de Marguerite ne contenait ni poison métallique, ni phosphore ; 
I a trouvé du mercure et de l'oxyde de zinc (médicaments). 

S^ De même l'estomac de Herman. 

•* Il n'y avait pas de vomicine dans l'estomac des trois enfants. 

7* Une seconde expertise, du 28, a montré que le pain contenait des traces d'ar- 
snie et pas de vomicine. 

«Gonaidérant que le poison préparé contre les rats (pain et viande) dont les 
ifinU ont mangé, contenait et de l'arsenic et de la vomicine ; que les trois 
iteU ont présenté des symptômes de maladie tels qu'on les observe après les 
Msoos nommés ; que ces symptômes se sont présentés chez les enfanta à court 
ienralle ; que cela n'a pas lieu dans les maladies internes non contagieuses ; 
le CM maladies ont promptement été suivies de mort, que les cadavres deseofiants 
it'y réae nté des phénomènes qui ne s'opposent pas à l'admission d'un empoisonne- 
eai ; que l'absence de poison dans les eadavres ne permet pas de conclure qu'un 
■poiaoonement n'a pas eu lieu, puisque les poisons nommés sont mortels même à de 
titea doses et ont pu être évacués par les vomissements et la diarrhée ; eoaaklé- 
■1 toates ces circonstances, nous conclûmes que les trois enfants ont été empoi- 
flnéa. » 

On. 211, 2t2, 213 et 214. — Quatre empoisonnements par la cotchicine. 

Qoatre cordonniers , Schonfeld , Millier , Rabisch et Them, volèrent le 
H ftvrier 18^ une grande bouteille de teinture de semences de colchique, et 
■«fHit que c*était une liqueur bonne à boire ils en prirent chacun un demi-verre, 
ihonfeld mourut le soir même après avoir eu de fortes diarrhées ; Millier mourut 
St au soir après avoir vomi et avoir eu des diarrhées, mais ayant conservé toute sa 
Mudasance ; Rabisch mourut le 22 au matin, et Them, le 22 à midi, avec des 
npldmes analogues. Les quatre autopsies furent faites le 23, les cadavres étaient 
très frais. 



S1 1 . Schonfeld, âgé de trente ans. L'estomac était tout à fait rempli d'un liquide 
acîde ; sa muqueuse montrait un aspect uniforme rouge écarlate sans 
> iiÔeclion. L'intestin grêle, rempli du même fluide, présentait à l'extérieur 
NHaa tâches roses, ainsi que le foie, la rate, le paœréas, l'épiplooo, le 
el la veasio ; l'urine avait une réaction acide, la vésicule du Ael 



SI A PART» THÀNATOLOOfQUB. 

Tkto. Lêf reiiu hypérémiquet » la vdîna etve remplie de liiif épaîi , 9mà , 
reufe oertie. Da sang de même oeiore rem pli mit le c«or droit, le eèU fitihe 
ne eenteneit que peu de sanf aiiwi que les poumeni et les fraude riiiaeeui ; r«M- 
phage était sain et vide ainsi que le larynx et la traelié»>artère, lee màtàÊpÊ, lu 
sin«s et la substance du cerveau étaient bypèrémiques. 

212. MUllery &gé de quinxe ans. Les yeux étaient profonds ; les vaisseaux de 
la petite courbure de Testomac étaient remplis, & l'intérieur, restomae était cooh 
plétement rempli d'un liquide acide, sanguinolent ; la muqueuse était pâle, b 
paroi postérieure était couverte de petites tâches pourpres, le foie anéraiqoe, b 
vésicule biliaire très remplie ; la rate, le pancréas, Tépiploon et les raésentérei 
étaient normaux, les reins bypérémiques, les intestins normaux et vides, la vesiie 
remplie, Turine acide, la veine cave remplie de sang épais, foncé, rouge eerise. 
Les poumons normaux, le cœur très rempli à droite et & gauche, la trachée et Fo- 
sopbage vides et sains ; l'hypérémie du crâne existait comme dans la cas précé- 
dent. 

fis. Rabimkj âgédeseiseans.Les yeux profonds, l'estomao rompK d*M liquide 
javne aeide, son extérieur et son intérieur normaux ; à Teuvertore oardia^ie II 
muqvense se détachait liicilement ; la vésieule biliaire était remplie, le foie, k nàê, 
répiploon, le pancréas normaux; les reins hypérémiquee, la vessie Irèe remplie, 
farine aeide, les intestins vides, la veine cave ascendante remplie de seag fMii 
d'un rouge brun, les poumons modéréaseot remplis de sang; le péricarde se cee- 
tenait pas de liquide, le emur droit était rempli de sang plus que le tmmi gas- 
ebe ; les gros vaisseeux étaient fortement remplis, rossophage était nomal, Is 
trachée et le larynx vides, les méninges gorgées de sang, lee sinus et reaeépbali 
égaleasent. 

214. Them , âgé de quarante ans. Les yeux affaissés, Testomac extérieure- 
ment comme intérieurement normal et plein d'un liquide acide comme du lait 
coagulé ; les vaisseaux étaient rempUs, les intestins pâles et vides , la vésicule 
biliaire pleine ; la rate, le pancréas, l'épiploon, les mésentères , le foie nor- 
asaux , les reins bypérémiques , la vessie normale i BMitié reaDplie d'vine 
aeide ; les poumons oedémateux, le péricarde sec, le coeur a gauche p«u rem- 
pli, à droite gorgé de sang, l'œsophage, la trachée, le larynx normaux et vides, 
la cavité crânienne hypérémique comme dans les cas précédents. 

L'analyse chimique prouva l'existence de la colchique par toutes les réactioui 
qui sont propres i cette substance. 

Obs. 215. — Empoisonnement par la souiie hydratée. 

La flUe A... fût accusée d'avoir lait une tentative d'empoisoimenieot a«r 
son enflmt âgé de trois ans. Le témoin 6... vit vomir Tenbnt paedMil leag* 
tempe sans interruption, et avoir des accès d'étouffement. Il s'était apirt» avec 
éleimement « que la pea« des lèvres était déUehée , que les ergmiM 



RMPOISOmiBlf BUTS— OBSERVATIONS . 315 

de k viaade cme , et ifue l'eufMt ne peevirit preftfer mit 
pertie». Lb ienëeniim le docteur H... trouva la nuiqoeiite deo lèvret rougie^ 
l'aeeuaée prétendait que l'enteiit s'était ocoaiionné le mal Im-méBie en léchant le 
bencheo de la bouteille contenant du poison ; nous eûmes à jufer cette dépositie* 
et a examiner le contenu de la bouteille, comparativement aux taebes des habita 
de l'eaûint. 

Le eentenu de la bouteille était d'un jaune brun et avait une réaction 
très alcaline, détruisait Tépiderme des doigts, avait une odeur de lessive. Traité 
par le chlorure de platine et l'acide tartrique, on vit qu'il ne contenait pas de 
potasse, cependant, chauffé au chalumeau, on trouva de la soude ; ce liquide conte- 
nait aussi de l'acide carbonique, chlorhydrique, sulfurique, de la chaux, de l'ar- 
gile et do alliée ; dooe c'était ce que l'on appelle de l'eau de lessive, c'est-à-dire 
eue dinaelstioa concentrée de soude hydratée et un peu carbonique mêlée de tels 
Mvtres* Les tachée des vétamenta étalent enduites d'une poudre blanchâtre que l'an 
lecneiHH eveo de l'eau distillée, et que l'on éprouva avec le papier de tournesol, 
ésa eeidee, duchlorura de platine, etc. On y reconnut une solution de carbonate de 
isade ; on pouvait donc adaMttre avec une très grande vraisemblance que ùê$ 
taches atvaient été fiûtes par de l'eau de lessive dont la soude s'était combinée avee 
Tseide onrbonique de l'air. Nous déclarâmes qu'on ne pouvait pas admettre tue 
Vmbmi cAt senlemeat léché le bouebon, puisque les symptômes de la maladie 
preendeat que le liquide caustique était parvenu dens l'estomac ou au moins 
km» rcMOfdiefe. 

Hous eûmes à foire une autre autopsie après un empoisonnement aocideoM 
par la soude hydratée. Un homme de soixante-trois ans avait bu un soir dans 

i*obaeurité 160 à 200 grammes d'une dissolution de soude au lieu de bière. 

Il n'avait ressenti d'abord qu'une forte brûlure dans l'arrière-bouche. On lui donna 
suite beeocoup d'huile d'olive, puis du lait, et il eut de grands vomissements, 
médecin appelé mit des sangsues au cou. Les Jours suivants il y eut des selles 
, plus des vomissements, et des douleurs dans la région stomacale, 
trais jours des symptômes de pneumonie se manifestèrent, et le samedi matin 

<Be malade BMNurut. 

11 resta dans ude chambre chauffée» et nous trouvâmes, trois jours après, la putré* 
ftct i en aises avancée, surtout au ventre et aux organes génitaux. Le sang du 
cadavre n'avait pas une réaction alcaline, mais il avait une couleur spécifique d'un 
rouge brun sale, presque comme du vin de Malaga. 11 y avait anémie générale 
(excepté anx poumons), anémie qui s'explique par la putréfaction, mais le sang était 
coagulé en grande partie, nous ne pûmes faire un examen microscopique du sang 
le jour même ; il ne fut fait que le lendemain : nous vîmes les globules détruits, 
BKs ayaat encore conservé leur matière colorante. L'analyse cliimiqoe montra que 
le saaf était neutre, la réaction un peu alcaline pouvait être attribuée à la putré» 
betiMi. La traebée du cadavre, bien qae d'un brin chocolal par suite de la putré- 
fcetiea, latowit pourtant voir des traces d'inflammation à sa partie supérieure, eHe 
teH ^Ide, Isa deux poumons étaieiit très hypérémiques et très œdémateux, à droite 
il y avail hépitlsation réeente du lobe supérieur. Le cerar , flasque, oentenaH q«el> 



316 PARTIE THANÀTOLOGIQUE. 

ques caillots d'un rouge brun ; les lèvres, la langue, le pharynx et l'asopluige le 
montraienl aucune anomalie. L'estomac n'était |M8 ramolli ni perforé, et ae pré- 
sentait extérieurement que les couleurs de la putréfaction. A l'intériew, b mi- 
queuse était partout tuméfiée, le cul-de-sac était parsemé de bulles de putréfie- 
tion, on pouvait encore distinguer des injections arborescentes et la coukor 
écarlate de Tinflammation. Le duodénum ne présentait aucune trace d'inllammatioo. 
Le foie et les reins étaient d'un rouge gris, provenant probablement de la oovlev 
particulière du sang. 

Obs. 216. — BmpoUonnement par Valeooi, 

Un homme de quarante ans, profondément ivre, tomba mort tout i coup. 

Quatre jours plus tard, nous fîmes l'autopsie. Il y avait encore rigidité cadaié- 
rique, ce qui était très extraordinaire ; le cadavre était très frais. Il y avait chtir 
de poule sur tout le corps, et la langue était entre les dents. La dure-mère était 
très injectée. Une exsudation blanchâtre gélatineuse enduisait le cerveau, ce qoe 
Ton trouve souvent chez les gens adonnés aux boissons alcooliques. Les vaisietox 
de la pie-mère étaient très remplis ; sur l'hémisphère droit il y avait une extran- 
sation de sang liquide ; le cerveau, le cervelet, les plexus, les sinus n'offraieol 
aucune anomalie. Les cavités crânienne et thoracique avaient une odeur très semiliie 
d'alcool. Les poumons contenaient la quantité normale de sang, les grands vais- 
seaux également, le sang était foncé et liquide. Le cœur était exsaïqfue. La véie 
cave était gorgée de sang foncé et liquide. 

Obs. 217. — Empoisonnement par Valcook 

C'était également un homme de quarante ans qui mourut dans la rue en étal 
d'ivresse. 

Ce ne fut que sept jours après la mort, au mois de décembre, & une température 
de zéro degré, que nous fîmes l'autopsie. Il présentait à peine les premières traces 
de la putréfaction. Il y avait aussi dans les cavités du crâne et de la cavité thora- 
cique une faible odeur d'alcool ; une hypérémie considérable du cerveau sans hé- 
morrhagie avait été la cause de mort ; le cœur n'était pas si anémique que dans le 
cas précédent, mais le sang était foncé et liquide. Le reste de l'autopsie n'était pas 
remarquable. 

Obs. 218. — Empoisonnement par V alcool. 

Un homme de vingt ans, mourut dans la rue dans un état d'ivresse profonde ; 
son autopsie fui faite neuf jours après sa mort, par une température de plus de 
6 degrés. La fraîcheur du cadavre et la rigidité cadavérique qui existaient encore 
aux quatre membres étaient très extraordinaires. 11 y avait encore des restes du 
thymus ; les membranes du cerveau et les sinus étaient hypérémiques, le sang était 
ioncé et liquide. Les poumons étaient très remplis de sang, le cœur et l'artère pul- 



EMPOISONNEMENTS. — OBSERVATIONS. S17 

«Met. Le foie conlenait une quantité de sang normale, dans l'estomac à 
MBpli on sentait une odeur d'alcool. La vessie était pleine ; la Yeîne cave 
fée de sang. 

Obs. 219. — Empoisonnement par V alcool, 

maae de quarante-deux ans rentra chez lui dans un état de profonde 
fl se coucha et hientdt après il mourut. 

iptie fut faite trois jours après, au mois de septembre, à la température 
le iO degrés Kéaumur. Le cadavre était encore frais. Les résultats essen- 
Tautopsie étaient : anémie cérébrale, odeur sensible d'alcool dans la poi- 
dème des poumons, le cœur droit, surtout l'oreillette, était gorgé de sang 
Bfolé, de sorte qu'il avait la grandeur d'une petite pomme. Le ventricule 
Bontenait moins de sang, Toreillette gauche était vide ; l'artère pulmonaire 
^fée de sang foncé à moitié coagulé. L'estomac était rempli d'eau ; tout le 
Jt normal. 

Obs. 220. — Empoisonnement par V alcool. 

MBme de vingt-six ans, d'un tempérament vigoureux, rentra un jour ehes 
un état d'ivresse profonde et fut trouvé mort le lendemain matin, 
s examiner le cadavre encore longtemps après la mort, quoiqu'au mois 
ttr, la température était toujours de plus de 2 à 5 degrés Réaumur avec 
la ouest et est. Néanmoins le cadavre resta frais jusqu'au neuvième jour, 
e fut qu'au dixième jour que se montrèrent des colorations vertes sur le 

Biième jour nous fîmes l'autopsie. Toute la tète était rougie par des livi- 
idavériques, la langue éfaût étranglée entre les dents, il n'y avait aucune 
m putréfaction, mais non plus aucune odeur d'alcool. La dure-mère et la 
re étaient hypérémiques, pas les sinus ; aucune extravasation dans le erâne, 
• poumons un fort œdème cadavérique, le cœur droit était gonflé et rem- 
•Df foncé et liquide dont les globules regardés sous le microscope furent 
normaux ; le cœur gauche presque vide, les grands vaisseaux gorgés de 
L'estomac contenait beaucoup de chyme, la vessie était pleine comme après 
es compressions du cerveau. 

181 . — Déterminer s'il y a empoisonnement par une substance narcotique. 

ère d'un homme de quarante-quatre ans laissa un héritage de 1 5000 écus et 
nnent dans lequel il donnait sa fortune aux enfonts de son fils. Celui-ci était 
ifeia sujet et non encore marié à l'époque de la mort de son père. Le 20 avril 
B fils ftit atteint d'un soi-disant tétanos, et sa maltresse, âgée de dix-neuf 
■ii que la mère de celle-ci avec lesquelles il vivait, se procurèrent une attes- 
Médicale, disant qu'il était mourant; là -dessus, comme les lois l'autorisent, 
lefe sfi exfremjs eut lieu avec cette fille. Le joiu* suivant, le 21 , le nouveau 
M tnaupotié à l'hépital comme atteint de deliriwn tremens; on M admi- 



320 PARTIE THANATOLOGIQDS. 

liquide. 11 n'y avait nulle part, ni diot Testonuic, ni danale tube di|;e*tif, d'acckj- 
moses. Lea poumons élaient fortement remplis de sauf, le cœur droit contsuilèi 
sang foncé, le gauche était vide. Dans chaque plèvre se trouvait une ciiOarée de 
sérum. Le thymus était encore très grand. La muqueuse de la trachée-artère étût 
rouge, les méninges étaient injectées, les sinus remplis et le cerveau conieaail 
plus de sang qu'à l'ordinaire. L'analyse chimique de Testomac et de son eonteou 
ne montra aucune substance minérale vénéneuse. Quant à rempoisonnement losp- 
çonné de ciguë on déclara que l'ignorance des antécédents ne permettait pii de 
juger la question, car dans l'estomac on ne put trouver de restes de plante, et la 
chimie ne possède pas de moyens de trouver dans le corps le poison de la cipi 
quand la digestion a été faite. 



CHAPITRE IV. 

ASPHYXIE. 
SI. Oéoéralités. 

La mort par asphyxie est un empoisonnement produit pour mi 
dire par une intoxication négative; l'oxjgëne de l'air atmosphé- 
rique faisant subitement défaut au sang, celui-ci ne peut plus entre- 
tenir la vie du système nerveux. Si tout le système nerveux esi 
paralysé subitement, il y a une neuro-paralysie dont le scalpel de 
Tanatomiste ne retrouve aucune trace sur le cadavre si les systèmes 
nerveux des poumons et du cœur seuls sont paralysés, la circu- 
lation est arrêtée, et on trouve à l'ouverture du cadavre la preuve de 
cet arrêt de la circulation. Les asphyxies ont lieu ou par une action 
mécanique ou par une action dynamique. 

L'asphyxie est produite mécaniquement lorsque les organes de la 
respiration sont altérés ou détruits de manière que les poumons ne 
peuvent plus faire leurs fonctions, ainsi toutes les blessures graves du 
thorax produisent une asphyxie de cette sorte, Técrasement d'une 
voiture, la chute d*un corps lourd sur la poitrine, l'écrasement dans 
une foule, remballage violent d'un nouveau-né dans une caisse, ou 
la pression du corps entre des matelas, la pression du nés et des < 
lèvres des nouveau-nés pendant ou après la naissance par les cuisses^ 



ASPHYXIE. — DIAGNOSTIC. 321 

^Q d*autres parties de la mère, récrasement des petits enfants la 
loit par leur nourrice, enfin les écroulements, les éboulements peu- 
ent donner lieu à cet arrêt de la respiration; le diagnostic est alors 
rdinairement facile, car, outre les symptômes de l'asphyxie, on trouve 
68 blessures à rextérieur. L'asphyxie peut être encore mécanique 
>rsqae la mort est le résultat de la conslriction des voies aériennes, 
ar exemple de la pendaison, de la strangulation, ou bien est produite 
ir suite de la fermeture des voies aériennes par un corps étranger 
aelconque (1). Le diagnostic de ces divers genres de mort sera 
xposé dans les chapitres suivants. Ces corps étrangers sont alors 
rouvés dans les voies aériennes du cadavre, ou bien on trouve dos 
races de réaction sous forme d'égralignures, blessures, ecchymoses, 
|ui, jointes aux symptômes généraux, prouvent indubitablement quil 
a eu asphyxie. 

L*a$phyxie est produite dynamiquement lorsque, sans qu'il y ait 
n obstacle à l'entrée de l'air dans les voies aériennes, le sang est 
lour ainsi dire empoisonné parce que l'oxygène cesse de le régénérer, 
e qui amène promptement une paralysie du système nerveux. C'est 
:e qui a lieu lorsque des corps irrespirables peuvent seuls entrer 
lans les voies aériennes. 

Ces différentes espèces d'asphyxie donnent les mêmes résultats sur 
le cadavre. 

§ 2. — Diagnostic. 

Les symptômes cadavériques que présentent les asphyxiés sont dif- 
f&ents selon quo la mort a eu lieu par neuroparalysie ou par hypé- 
Kfniie des organes do la poitrine ou de la tôle, selon que la -mort a eu 
ieu pendant l'expiration ou pendant l'inspiration ; dans ce dernier 
M les poumons sont toujours beaucoup plus remplis de sang ; selon 
individualité, tantôt le sujet est naturellement hypérémique, tantôt 
n contraire il est anémique, et enfin selon que la mort par asphyxie 
[ ea lieu subitement ou lentement. 

L'homme est asphyxié subitement dans la plupart des cas de pen- 

(I) Je dis corps étranger, car je ne crois pas à la possibilité d'un suicide produit 
l'iclMn d'av.iler sa langue. 

tu 21 



3*22 PAliTIE TIIANATOLOGIQUK. 

liaison et île strangiilution, très souvent dans In submersion; ilesl 
asphyxié lentement lorsqu'il ne peut inspirer que des gai imspin- 
bles, surtout ce qui est le plus fréquent, la vapeur de charbon, ou lors- 
qu'un éboulement accidentel Tensevelit dans un espace où il ni 
pas assez d'air respirable, quelquefois dans la submersion, enfin 
dans tous les cas où les poumons reçoivent encore pendant quelque 
temps de l'air atmosphérique plus ou moins pur. En mettant de 
côté les variations accidentelles ainsi que la neuroparalysie, les 
résultats de l'asphyxie, que nous allons décrire j sont tout à fait carac- 
téristiques et il n'est pas difficile de les constater sur des cadavres frais. 

l"* La rigidité cadavérique a été niée après la mort par asphy 
xie ou du moins a été prétendue très courte; j'ai déjà démontra 
(page 22) que cette théorie était complètement erronée. Elle a li 
dans les mêmes conditions et avec la môme durée que dans to 
autre genre de mort. (Voyez les observations). 

2'* Quant à la chaleur^ elle reste proportionnellement plus Ion 
temps qu'après les autres genres de mort (voyez {lage 12). 

S"" La fluidité extraordinaire du sang se rencontre après tous 1 
genres d'asphyxie sans exception, mais elle se rencontre aussi ap 
quelques autres genres de mort, tels que les fièvres putrides, I 
empoisonnements par substances narcotiques. Cette fluidité du san-^ 
donne lieu à des phénomènes auxquels on a donné de fausses expli- 
cations; par exemple, lorsque le sang est fluide, on trouve de petift^ 
points sanguins nombreux en découpant le cerveau par couches; ces 
points sanguins peuvent provenir de la fluidité du sang et non de 
l'état hypérémique de l'organe, de même aussi le sang coule quand on 
scie le cerveau, symptômes que Pyl regarde comme caractère delà 
mort par submersion, tandis que cela se voit chez tous les cadavrei 
dont le sang est très liquide ; du reste, je ferai observer que^ malgré 
la consistance liquide du sang, on trouve aussi chez les asphyxiés 
quelquefois des coagulations dans le cœur. 

It La couleur foncée du sang, produite parce que le sang se 
trouve rassasié d'acide carbonique chez tous les asphyxiés. Quelque- 
fois cependant dans les aspliyxies parla vapeur de charbon, on trouve 



ASPRYXIR. — niACNOSTir. 2'2^ 

utôt au sang une couleur rou{i;e cerise (obs. 249). Dans lous les 
I9 la perception des couleurs el des nuances est trop individuelle 
«r qu*on puisse la considérer comme une base solide de diagnos- 
î— Une connaissance plus exacte des différents composés de 
lémaline donnera peut-être plus tard des renseiperoentsplus précis. 
5* Hypérémie des poumons (apoplexie pulmonaire). C'est là un 
linomène qui se rencontre souvent, mais, ajoutons-le, qui peut 
■nquer. Ordinairement les deux poumons quelquefois l'un plus que 
mire sont remplis par le sang ; l'hypostase sanguine des parties 
ielives produite après la mort ne doit pas induire en erreur. (Voy. 
. 17.) 

0* Il y a hypérémie du cœur droite tandis que le cœur gauche ne 
Hitient ordinairement que peu ou point de sang. (Pour juger exacte- 
lent ce que contient le cœur, il est nécessaire de l'ouvrir avant les 
CNiaions.) 

7* Varlire pulmonaire est également remplie de sang. 

8* Il y a quelques années j'ai déjà attiré l'attention sur un résuU 
^ très important que j'ai trouvé après les asphyxies souvent chez les 
HNifeaa-nés (voy. les obs. 233, 235, 230, 2A0, 242), deux fois chez 
taadalles(voy. obs. 270, 285), et deux fois chez des garçons de six 
i dix ans asphyxiés par la fumée (voy. obs. 259 et 260) , que d*au- 
ires observateurs ont trouvé depuis (ROderer, Blichaeiis, Bayard 
Biaaeiaer, Weber, Hecker, Hoogeweg, Tardieu, Hascbka, Schwariz 
Il avires) : ce sont les ecchymoses des capillaires qui ressemblent 
biMiciNip aux pétéchies, elles se rencontrent sur la plèvre, sur l'aorte^ 
I la surface du cœur, même au diaphragme, et ont l'aspect de 
pHNtes de sang qui auraient éclaboussé ces parties. Nous avons vu 
OIS ecchymoses particulières chez des enfants qui étaient indubita- 
UsfliMit mort-nés, je les ai même trouvées sur des fœtus se trouvant 
iMore dans Futérus avant Taccouchement ; sur un fruit de huit mois 
loDt la mère enceinte s'était pendue ; chez un fruit de sept mois dont 
la mère était morte d'apoplexie après une maladie de quatorze heures. 
Las poamons da premier de ces deux fruits n'avaient jamais respiré 
elataient au bord inférieur beaucoup de ces ecchymoses; le second 




iràRTIF. TliANATOLOClQUe. 

rruit avait égareinent des poumons qui n'avaient puntpS 
trouvailaussi des ecchymoses sous-pleurules. pâles mais très évidente. 

Hascbka (1) trouva ù la surface des poumuns d'un enTant mort-n^ 
piitréHé des eccliymases nombreuses de In grosseur d'uue léle A'^^n- 
£le. Schwartz (2) en découvrit dans douze cas, Elsaesser, ïlttitT ei 
Hoogeweg (3) en ont vu un grand nombre qui se rnpporleraient i ds 
eiifiinis niorl-nés. Ces ecchymoses, que ]'ai appelé rcchymonifili- 
chîahs, indiqiienl qu'il y a en asphyxie, mais celle asphyxie peiil 
avoir eu lieu dans l'utérus ou nprès la naissance, el pourdécidn 
cette dernière partie de la question, on trouvera bien assez de don- 
nées dans les autres résulkils lie l'autopsie. 

Lorsque ces ecchymoses sont produites sur ud enfant encore dins 
l'utérus, elles sont causées par suite de l'interruption de la circuli- 
lion par le placenta. En effet on a dit avec raison que la respiralifln 
n'était autre cbese qu'un cchange de gaz. Holil a appelé le corJun 
< h tracbée du fœtus >, et ou a appelé depuis longtemps le placent» 
f les poumons du fœtus >. Lorsqu'une lésion quelconque se trouie 
au cordon ou au placenta, ou lorsque la femme enœinte vient i mou- 
rir, l'enfanl fait des eiïorls instinctifs pour continuer sa \ie respira- 
toire, de là des congestions et des ecchymoses que l'on retrouve sur 
des enfants qui ne sont pas sortis de I'uIltus. 

Les quatorze observations de llecker et les observations de 
Hoogeweg sont très importantes, car les enfants étaient morts certai- 
nement avuQt leur naissance, ils présentaient tous les signes de 
l'HSphyxie ainsi que les eccbymof es pétéchiales sur le cœur et les pou- 
mons, el avaient donc été suiïoqués en faisant des efforts instinctifs dans 
l'utérus. Schwarlï (lac. cil.) a répété les expériences de Winslow et 
(le Béclard sur des lapines pleines, il a fendu l'utérus et a observé ce qui 
te passait dans l'œuf. En comprimant seulement les artères ulérines 
par la contraction des muscles, les fwlus ouvraient et fermaient la 

(I) Prager Vierle'jahrachrifi, 1858, p. 90. 
(3) Die vomiligm ÀthembeweguBgen. t-cipiif, 1858. 

(3) Vsrhondl. d. geburtih, GesellKhap. R«rlin, 18^8. diliier 7 cl ma tWM- 
jaknicSrift, 185», I, p. iO. 



■»'• 
■^ C 



1 






ASPHYXIE. — DIAGNOSTIC. 325 

lioucliael scalevaieot très vite les parois do thorax , puis ces efforts 
devenaient de plus en plus Taibles. On trouva après ces essais instinc- 
tib de respiration c les signes réels de l'asphyxie par submersion : le 
tUBOfy surtout les oreillettes très remplies de sang foncé et liquide, les 
arlères et veines pulmonaires remplies de sang, dans les voies 
aériennes un liquide qui était vraisemblablement l'eau de l'am- 
nios. . De même , chez des enfants mort-nés ou morts immédiate- 
ment après l'accouchement, presque toujours on trouva un liquide 
aqueux dans les voies aériennes ». Nous reviendrons sur cette ques- 
tion d'ecchymoses pétéchiales en parlant du vagissement utérin. 

U" Un signe très caractéristique de Tasphyxie que la plupart des 
auteurs ne mentionnent pas ou dont ils ne parlent que dans les cas 
de submersion, c'est celui que présentent le larynx et la trachée. On 
trouve Qfris toutes les asphyxies la muqueuse du canal plus ou 
moins injectée d'une couleur rouge vermillon, depuis l'arborisation 
jusqu'à l'injection uniforme ; ce phénomène ne s'observe pas dans les 
cas où il y a eu neuroparalysie, car alors la mort a eu lieu avec Isi 
titesse de l'éclair et elle a laissé le sang dans le statu quo. Cette colo- 
talion rouge vermillon delà muqueuse ne doit pas être confondue avec la 
coloration d'un rouge brun sale que la muqueuse revêt par l'imbibition 
imtrescente, et que nous avons déjà mentionnée. On a parlé souvent 
d'une coloration sale de la muqueuse trachéale après la suffocation 
flans Foxyde de carbone, mais on a évidemment pris celte imbibi- 
lion putrescente pour un phénomène spécifique ; la précipitation de 
charbon que l'on cite également ne s'observe que dans les cas d'as* 
pbjxie par la fumée, et non dans l'asphyxie par l'oxyde de carbone. Ce 
dernier gaz s'il est pur ne produit jamais une coloration noire dans la 
trachée, tandis que la fumée la produit toujours (voy. obs. 257, 260). 
De plus on trouve généralement plus ou moins de liquide dans la 
trachée, ce liquide consiste en mucus et sang mêlé avec de l'air 
sous forme d'écume plus ou mois épaisse qui peut remplir tout à fait 
la trachée; quand la putréfaction est avancée, le gaz qu'elle déve- 
loppe pousse ce liquide et le fait sortir par le nez ou par la bouche 
du cadavre. La quantité plus ou moins grande de ce liquide dépend 



320 rAKTin: thanatologique. 

de la rapidité avec laquelle Tasphyxie a amené la mori; lor^ieeeU« 
mort a eu lieu trèa vite, par exemple chez lea pandas, on en troau 
moins, mais si elle a lieu lentement, comme cbex les asphyxiéi fir 
la vapeur de charbon ou chez les noyés, on troafe une ^oanlilé de 
liquide écumeux beaucoup plus considérable. Du reatei il lîiutivrair 
que quand on ne trouve pas ce liquide écumeux dans la trachée 
elle-même y on le trouve très souvent dans les bronches ou ktfi 
ramifications ; il est facile de s*en convaincre en exerçant une légife 
pression sur les poumons ; on voit alors monter cette écume josqse 
dans la trachée. Cette méthode que nous avons indiquée a été adoptée 
dans le c règlement >. Néanmoins nous ne voulons pas établir une 
règle absolue, car il y a des cas où la trachée-artère reste vide pir 
exception. Enfin on peut trouver dans la trachée-artère des eori» 
étrangers de toutes espèces : de la vase, du sable, des Aragneoli 
de végétaux, des fèces, des urines, quand il y a eu submersion daas 
ces substances. 

A ces résultats directs se joignent les résultats indirects : 

lO"" Vhypérimie des organes abdominaux el des oi^anet eéré- 
braux. L'hypérémie des organes abdominaux se voit surtout da» 
la veine cave ascendante qui n'a pu vider son contenu daas la 
cœur droit déjà rempli et paralysé. Toutes les autres veiMi» lorleut 
celles de répiploon et des mésentères, sont hypérémiques. Quant aux 
viscères abdominaux, c'est dans les reins que se trouve Thypérémie 
la plus constante; l'aspect rouge pourpre de la partie extérieure des 
intestins des asphyxiés est aussi la suite de l'hypérémie de leurs 
veines. 

11'' Vhypérémie de la cavité crânienne. Elle est souvent très 
prononcée dans les sinus, dans les vaisseaux des méninges, dans le 
cerveau, ainsi que dans le cervelet à cause de l'arrôt du reflux du 
sang; c'est alors une apoplexie capillaire jointe à l'asphyxie, mais 
cette hypérémie se trouve à des degrés très différents et quelquefois 
est peu remarquable. 

Les signes que l'on trouve à Textirieur du corps sont beaucoup 
moins importants. 



AbHlYXIK. — DIAGNOSTIC. 5J27 

12"* £f visage des cadavres n*est pas comme on le croit ordinaire- 
ment, d*unbleu rouge, tuméfié, les yeux proéminants, cela n'arrive que 
dans quelques cas rares; la plupart du temps, au contraire, la physio* 
Qomie des cadavres, après Taspbyxie, ue diffère pas de celle des 
hommes qui ont succombé à d*autres genres de mort. 

13* La proéminence et V étranglement de la langue entre les 
dénis, sont désignés partout comme un signe caractéristique de l'as- 
phyxie; j'ai déjà dit dans un autre ouvrage (1) que cet étranglement 
n*esl pas du tout un signe spécifique de Tasphyxie, car on trouve sou- 
vent des cas d*asphfiie dans lesquels on voit la langue à sa place 
habituelle, et d'un autre côté Tétrangleroent a été souvent noté après 
des genres de mort tout différents, tels que des hémorrhagies, des 
empoisonnements, ce que nous avons déjà rapporté dans les obser- 
vations qui précèdent. C'est pourquoi on ne doit pas attribuer une 
grande valeur à ce signe. Cette observation peut être importante, 
lonqoe, par exemple, il s'agit de savoir si une strangulation a été 
pnnlaite avant ou après la mort. 

i A** Enfin l'écume au bord de la bouche s'observe souvent sur Us 

cadavres d'axphyxiés, mais ce n'est pas un phénomène constant, et 

''on sait qu'après toute espèce de mort même naturelle, ce symptôme 

est journalier, comme phénomène cadavérique produit par la putré- 

^ction« 

Dnns les cas douteux d'asphyxie par des gax irrespirables, le dia- 
irnoslic peut encore quelquefois être complété par l'examen du sang. 
Ici il faut rapporter notre découverte de la destruction complète des 
globules de sang parles vapeurs diacide sulfhydrique (obs, 261) , il 
faudra constater par des observations ultérieures si ce phénomène 



constant. Noos attribuons moins de valeur au signe proposé par 

H. Claude Bernard (2), qui a observé que, après les empoisonue- 

inents par la vapeur de charbon, le sang même après plusieurs 

semaines peut reprendre la couleur rouge; comme nous l'avons dit 



(t) GerickOkhe lekkenoffnungen, d'^édii., |>. 155. 

(2) Leçons sur les effets des substances toœiques, Parif, 1857, p. tSl. 



328 PARTIE TUANATOLOGIQUE. 

précédemment, la perceplion des couleurs est puremen indiiidaelle, 
et de plus ce phénomène ne se présente pas dans tons les cas. Ce 
qui est beaucoup plus important, c*est lorsque Ton trouve dans le 
sang les restes du g<iz délétère. M. Hoppe est parvenu i en décou- 
vrir dans les quatre cas communiqués plus bas (obs. 250 à 253). 
Si Ton mêle du sang défribriné avec un volume égal ou double 
de soude hydratée (de 1,8 poids spéciflque), et si l'on secoue, 
on obtient une masse noire et visqueuse qui, observée en courlie 
mince sur de la porcelaine^ donne une teinte d*un vert brun. Nais, 
du sang rassasié par Toxyde de carbone traité de la même ma- 
nière, donne une masse coagulée de couleur ronge qui, étendue 
en couche mince sur de la porcelaine, a l'aspect rouge vermeil. 
Observons cependant que M. Hoppe n*a pas trouvé le sang de nos 
quatre cadavres rassasié avec de l'oxyde de carbone , ce qui expli- 
que pourquoi le mélange avec la sonde n'a pas donné une nuance 
aussi claire que lorsque le sang est bien rassasié de ce gaz. Or, l'as- 
phyxie peut avoir lieu sans que le sang soit rassasié, et la possibilité 
de sauver un asphyxié semble dépendre du degré de cette carboni» 
sation (1). 

A l'occasion de l'observation curieuse 261, nous avons fait une 
série d'expériences sur les effets des gaz sur le sang. Du sang frais 
provenant d'une saignée, fut distribué dans trois verres , à peu près 
30 grammes dans chaque verre. Ces verres étaient remplis d'acide 
sulfhydrique, de chlore, et d'acide carbonique; ils furent secoués. 
Les résultats furent très curieux. 

La coagulation ne se fit presque pas dans l'acide sulfhydrique, et 
même après huit jours le sang était tout a fait liquide, il avait une 
coloration d'encre, et était devenu méconnaissable, le dichroîsme était 
très visible sur les parois du verre qui, quand on secouait, devenaient 

(i) Virchow. >irc/iiv., 1858, XIII, i, p. 104. Les expériences de M. Lothar 
Meyer s'accordent avec celles que nous venons de citer. Il conclut que Teffet 
mortel de Toxydc de carbone s'explique parce que chaque partie du gaz arrivanL. 
en contact avec le sang dans les poumons, extrait un volume égal d'oxygène, jus» 
qu'à ce qu'il reste assez peu d'oxygène pour que la vie cesse. 



ASPHYXIE. — DUGMOSTIG. 329 

vertes ; les globules étaienllwnnauxy leurs couleurs étaient jaunes, 
les bords nets et ronds, le noyau visible; entre ces globules, on voyait 
libres de petites molécules noires. 

Dans le mélange de sang et de chlore, il se fit tout de suite une 
coagulation complète qui persista, sa couleur était d'un vert sale, sa 
consistance était celle du goudron; le liquide était tout à fait analogue 
au méconium. La couche mince supérieure et la couche qui adhérait 
aux parois du verre avaient un aspect bleu sale (albumine coagulé). 
Sous le microscope on voyait des globules de sang nombreux, décolo- 
rés au milieu d'un slratum amorphe et également décoloré. La par- 
tie ressemblant au méconium contenait également des globules de 
sang non colorés mais peu nombreux. Leur forme était tout à fait 
normale. 

Le sang mêlé avec de l'acide carbonique se coagula bientôt, revê- 
tit et garda une couleur rouge cerise fanée ressemblant à de la gelée 
de cerise. Les globules de sang n'avaient plus la forme d'un disque, 
mais étaient ronds, sans dépression, de grandeur normale, colorés en 
rouge jaune. 

Dans les expériences de Heidenhain sur l'influence de l'acide car< 
bonique sur le sang, il y eut une coloration du rouge de sang eu 
bmn. Mais il faut remarquer qu'il a observé ce changement de Thé- 
mâtine en traitant le sang avec les acides chlorhydrique, sulfurique 
et acétique. Comparez les observations de Nasse et de Harles (1), sur 
l'influence de l'acide carbonique sur les globules de sang, les expé- 
riences de Lehmann sur le mélange du sang de veau avec de l'éther , 
l'acide arsénieux, l'acide chlorhydrique, les acides organiques, la 
potasse, le cyanure de potassium ferrure ( dans la Chimie physio^ 
logique, Leipzig, 1853, tome II, 2* édition, pages 139, lAl). 

M. Lehmann dit avec raison que l'on ne doit pas faire des conclu- 
sions précipitées à propos des réactions chimiques, il remarque que l'on 
a obtenu de nombreuses réactions avec des globules sanguins et des 

(1) Wmdgriich. Arohiv. fur phytioi. HeUk, 1857, 1, 1, et 11, p. SSO. 



330 PAiiTlK THANATOLOGIUUK. 

f:oiDposéift cilimiquesy mais que l'on iimil tort dt les «{ipUqoer aveii- 
gléaneot à des pliénomëDes pathologiques et physiologiqiuii. Il w smb 

dire que c'est là une manière d*agir tout à fait iausie an médeciae 
légale. Nous devons également dire que nos expériences de laélaDge 
de sang frais avec les gaz nommés ne peuvent dtre asaimilées 
aux procédés de Tinspiration de ces gaz dans les poumons vivants. 
Outre la disproportion du gai et du sang dans ces expériences, 
j'observerai que l'acide carbonique pur, le chlore, Tammoniaquei etc., 
ne peuvent être respires puisqu'ils causent une occlusion contulsive 
de la glotte. 

Ce que nous venons de dire permettra de diagnostiquer une asphyxie, 
mais seulement lorsque le cadavre sera frais et non encore alteini par 
les ravages de la putréfaction. Car si la putréfaction est très afancéei 
les bypérémies disparaissent, le sang se décomposant et s'évaporent; 
les poumons, le cœur, les veines, etc., deviennent vides, k conlear 
chocolat de la trachée empêche de voir les iiyections sanguines, le 
contenu écumeux de la trachée est évaporé; aussi est-il souvent im- 
possible de déclarer même avec probabilité s'il y a eu asphyxie ou 
non. 

S 8. — lMtcnaw«f t'il y a fiMile é'as tâcrt. 

Lorsque des corps étrangers sont entrés dans les voies aériennes 
et ont été la cause de l'asphyxie, il est très rare que le médecin légiste 
puisse décider s'il y a eu accident , suicide ou crime, quand , par 
exemple, un haricot ou bien un palais artiGciel est entré dans la trachée; 
ici, comme dans beaucoup de cas, la combinaison des circonstances 
accessoires donnera plus de lumière que l'autopsie elle-même. On 
sait que le suicide de cette espèce est tout à fait extraordinaire, aussi 
ne devra-t-il être admis que dans des circonstances tout à fait parti- 
culières. L'infanticide causé par l'introduction de corps étrangers 
dans la trachée est moins rare, mais néanmoins ce crime est ordi- 
nairement exécuté d'une autre manière. 

L'observation "lli montre quelles sont les grandes difficultés que 
Ton peut rencontrer dans le juf^ement. Il en est de même pour les 



ASPHYXIE. — ÛBSËUVATIOKS. 3S1 

Bi irrespirables. En France, le suicide par la vapeur de charbon est 
hte firéquent, tandis qu'il est très rare en Allemagne. L*espèee de 
ax, les lieux, les circonstances de la levée, les antécédents du sui- 
idé doivent élre pris en considération. 

En pratique médico-légale on ne rencontre que des asphyxies par 
^ gaz suivants : l'oxyde de carbone et Tacide carbonique qui se for- 
lent par la combustion du charbon, Thydrogène, Tazote qui ne sont 
as délétères, mais qui amènent l'asphyxie par Tahaence de l'oij* 
tee, le gaz sulfhydrique, q«f est très délétère, tue instantanément 
aand il est mêlé à Tair à l/800\ L'acide carbonique tue par 
les convulsions de la glotte (cet acide se trouve partout où il y a de 
inades fermentations) ; le chlore, l'hydrogène phosphore et l'hydro- 
rène arsénié, le gaz d'éclairage, l'air des égouts(81 azote, 13 uzy- 
^e, 2 acide carbonique et 3 acide sulfhydrique). 

Quant à moi , mes expériences se bornent à l'oxyde de carbone, 
rbydrogène carboné, l'acide sulfhydrique, l'acide carbonique et le 
gaz d'éclairage. 

Oas. 226, 227 et 228. — Asphyxie par suite d'un ensevelissement sous un 

édi/tce écroulé, 

Troie hommes util dans une cave furent tués par l*écroulement d*un édifice. 
'uo d'eux seulement présentait une blessure : une fracture de la cuisse droite. Les 
Oit hommes étaient morts asphyxiés. 

Le plus vieux. G..., âgé de trente-six ans, était un homme de forte constitution, 
m cadavre avait une figure rouge vermeil, tuméfiée, la langue était à sa place 
tlinaire, les poumons remplis de sang foncé et liquide, le cœur droit contenait 
sa de sang, le cœur gauche encore moins. L'asphyxie se montrait d'une manière 
ridente dans la trachée, sa muqueuse était rouge et tout le canal était rempli do 
fuide écumeux, foncé et sanguinolent. Le foie, la rate, le cerveau étaient très 
fpérémiques, surtout les deux reins que la congestion avait rendus noirs. 

La deuxième victime était le frère de G..., âgé de vingt-six ans, ses deux reins 
Mwnt également gorgés de sang liquide, fa langue élait en!re les dents, la figure 
;ait rouge et tuméfiée, la trachée ne présentait pas d'écume, mais une coloration 
««je claire de la muqueuse, le cdté droit du cœur et les veines coronaires étaient 
-et remplis, les poumons et les grandes veines de l'abdomen Tétaient beavcoop 
soins. 

Le plus jeune des trois était un garçon de vingt ans, il avait épient*' * 
Mn rouge» tuméfiée, sa langue était foncée et tunéfléi al iorff|| t 



3S2 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

en avant des denU. La trachée était semblaUe k celle du cadavre précédeat, A tes 
poumons étaient très remplis ainsi que les veines de rabdomen, les deu niu 
étaient gorgés et le cerveau hypérémique. 

Obs. 229. — Asphyxie dan$ dusMe. 

Un homme de trente-trois ans, très vigoureux, fut disséqué au mois de jultel, 
deux jours après sa mort (4- 17® R.)- ^^^ homme s'était couché dans un trosde 
sable, et pendant son sommeil il y avait eu un éboulement '; toute sa flpre étiil 
couverte de sable, sa langue était à la place ordinaire et elle était couverte de 
sable. Dans la tète rien de remarquable. Dans la trachée déjà imbibée pir b 
putréfaction se trouvait de l'écume sanguinolente, il y avait aussi beaucoup di 
table jusque dans les bronches. Les poumons (cdémateux étaient gorgés de sans, 
le cœur était très rempli dans ses deux moitiés de sang foncé et liquide, rartère 
pulmonaire très hypérémique, l'œsophage vide, le foie normsd, l'estomac vitt, te 
vessie remplie, les reins hypérémiques, la veine cave normale. 

Obs. 2a0. — Asphyxie par suite de récroulemenl d'un plafond. 

Dans ce cas, l'asphyxie eut lieu par neuroparalysie. Un garçon de neuf ans Ail 
enfoui par l'écroulement d'un plafond, pendant qu'il dormait dans son Ut, dans U 
chambre supérieure étaient étalées des écorces d'arbres dans une épaisseur de 
i mètre 50 centimètres. Le cadavre de l'enfont asphyxié Ait trouvé au-desaous de 
ces écorces. 

La tète, les oreilles et les joues étaient rouge bleu, les yeux non proéminents, 
la pointe de la langue entre les dents, le cerveau et les méninges hypérémiques; fl 
n'y avait pas hémorrhagie cérébrale, les poumons de ce cadavre, déjà un peu 
putréfié, étaient anémiques, le cœur droit contenait deux gros de sang à moitié 
coagulé, le cœur gauche et les coronaires étaient anémiques, l'artère pulmonaire 
modérément remplie (le thymus était encore assez considérable). La trachée-artère 
était d'un rouge cuivre et vide, la veine cave remplie de sang foncé et liquide. 

Obs. 231. — Asphyxie d'un enfant dans de la tourbe, Ya-t-H eu accident 

ou crime? 

Le 9 juin, au soir, la flUe G..., accoucha clandestinement dans la cave, la dénon- 
ciation de la police disait qu'elle avait étouffé son enfant et l'avait enterré et avait 
mis par-dessus une caisse de pomme de terre. La sage-femme A... trouva Tenfa n 
dans cette cave à une profondeur de 1 5 centimètres, la tète en bas, elle raconta 
que la cave était remplie de terre sablonneuse, de copeaux, de sciure de bois et 
de restes de tourbe. L'accusée avoua que l'enfant vécut après la naissance et 
remua ses pieds, mais elle déclara qu'il n'avait pas crié. « J'ai posé, » dit-elle, 
« l'enfant dans un endroit où se trouvaient des restes de tourbe dans une petit* 
fosse qui se trouvait près d'une caisse de pomme de terre, pois j'ai poussé la caisia 



ASPHYXIE. — OBSERVATIONS. 383 

t je suif partie, ainsi je n'ai ni enterré Tentant ni couvert avec quoi que ce soit, et 
i n'ai jamais eurintention de le tuer. » Elle dit aussi qu'elle avait été surprise par 
•ccoucbement et que le cordon s'était déchiré de lui-même ; elle dit avoir mis 
•■fiint dans la fosse « sur le dos, un peu sur le cété. » 

Cependant le maître de la maison qui a retiré Tenfant, dit Tavoir vu « sur le 
entre qui, ainsi que la Hgure, {lait noirci par de la terre. • Un médecin qui a 
lawté également à la levée le vit « noirci par de la terre presque sur tout le 
oipt. La bouche de l'enfant était un peu ouverte et on y vit un morceau de terre 
oire. » 

Le 9« nous fîmes l'autopsie. C'était un enfant né à terme et viable ; dans la bouche 
ooe trouvâmes un morceau de tourbe de la grosseur d'une noisette, la pointe de 
I leoguft était entre les maxillaires. Toute la bouche et l'arrière-bouche étaient 
eespUes d*une poudre d'un brun noir provenant probablement de la tourbe, la 
iuqueuse de ces parties, ainsi que celle de la langue, n'était ni rougie, ni tumé- 
ièe, ni ecchymosée. Les lividités cadavériques se trouvaient sur la partie antérieure 
hi cadavre, tout le corps était plus ou moins noirci par la tourbe, le cordon 
rétait pas lié, il arait été certainement déchiré. Au milieu du front, il y avait 
me faible ecchymose longue de 2 centimètres, large de 6 millimétrés. A la partie 
paebe do cou se trouvaient quelques tâches rouges brunes non ecchymosées. Le 
liapbragme était à la hauteur de la cinquième cèle, les organes abdominaux ne 
présentaient pas d'hypérémie, la veine cave modérément remplie, la vessie vide, 
la muqueuse de la trachée et du larynx rouge clair ; au-dessous de Tépiglolte se 
IroBvait une petite masse de matière noirâtre du volume d'une lentille. Les pou- 
•aas remplissaient presque complètement la cavité Ihoracique, ils pesaient avec le 
Bœar 65 grammes ; leur couleur était d'un rouge vermeil uniforme, çà et là marbrée 
!a bleu. Ils nageaient complètement, crépitaient à l'incision, et contenaient une 
eoine sanguinolente, les bronches étaient vides et normales, ie cœur était tout à 
lit exsangue dans ses cavités et dans ses artères coronaires; à l'ouverture posté- 
e«re des fosses nasales se trouvait du mucus noir sur la muqueuse ; la partie posté* 
eure de l'aponévrose épicrânicnne était couverte d'une couche de sang, il s'en 
owait également sur les deux os pariétaux ; les os crâniens non blessés étaient 
es hypérémiques , les méninges et la substance cérébrale non hypérémiques, les 
exus très pâles, les sinus modérément remplis. 

La maturité de l'enfant et sa vie après la naissance étaient évidentes ; comme 
iisae de mort, nous devions admettre un empêchement subit de la circulation par 
betmction des voies aériennes produite par un corps étranger et nous insistâmes 
■r la présence de la poudre mêlée au mucus qui fut trouvée sous l'épiglotte et â 
ouverture postérieure des fosses nasales. 

On ne trouve pas toujours les signes ordinaires de l'aspbyxie dans tous les cas où 
1 j a obstruction des voies aériennes, comme le prouvent de nombreux exemples de 
leodaison chex lesquels l'obstruction des voies aériennes est évidente et qui, 
cependant, ne présentent aucun des phénomènes de l'asphyxie ou de l'apoptaie ; 
aa ae trouve que des résultats négatifs et on doit en conclure que la BOfta wr 
ïkm par neuroparalysie : c'est ce qui est arrivé ches cet enùint. Oq pc 



SSi PAUTIB TnANATOLOGIQUE. 

ôtre dire que cette neuroparalysie doit être attribuée i «ne autre ciase : pr 
exemple, le froid de la cave, en expliquant la présence de la tourbe Aus b 
bouche d'une manière quelconque. Mais cette poudre se trouva jusque dans le 
larynx et elle ne peut y être entrée que par une inspiration profonde, de sorte qM 
Fenfant était certainement vivant lorsque le corps étranger est venu en conlict 
aveo les voies aériennes. 

On nous demanda, ce qui était plus difHcile à résoudre, si la pondre avait pupésé- 
Irer dans les voies aériennes par accident ; il n*y avait pas de trace de violeoce 
extérieure exercée sur Tenfant, la couche de sang observée sur les os crâmensse 
penvait être comptée, puisque c'est un effet fréquent de l'accoucbenoent, la tache 
•«r le front n'avait également aucune valeur, puisqu'elle s'explique par le décs- 
bitvt de l'enfant la figure en bas, ce que les témoins ont déclaré avoir vu ; on pei- 
nait seulement en conclure que l'accusée ne disait pas la vérité en soutenant qu'elle 
avait posé l'enfant sur le dos. Les taches rouge brun du eêté gauche du cei 
étaient plus suspectes, elles pouvaient avoir été produites par &e9 doigts, naais il éliil 
possible aussi qu'elles lussent le résultat du contact de la belp» 4e bois, on de 
morceaux de tourbe dure. Du reste, toutes ces traces de violom étaient iaatilsi 
pour prouver que l'obstruction de la bouche n^avait pu avoir lieu par «eoideat : 
renAint pouvait mourir s'il avait été simplement abandonné dans le fbtsé, et il 
aurait pu se trouver alors un peu de terre dans la bouche ; malt on no pouvait 
admettre qu'une obstruction complète et profonde, s*étendant Jusque dans le 
larynx et le canal nasal ait pu êtie produite par le contact accidentel de ces 
matières ; il est très probable, au contraire, que la terre se trouvant dans le pha* 
rynx a été attirée jusque dans le larynx par des tentatives de respiration. D* 
cela nous conclûmes que l'obstruction n'avait pas été le fait du hasard, mais le 
d'un crime. Les jurés acceptèrent notre conclusion, ils déclarèrent que l'aecusée 
avait obstrué avec intention la bouche de l'enfant, mais ils déclarèrent qu^elle n'avait 
pas eu l'intention de tuer son enfant et elle fût acquittée ! Le jugement fbt cassé, 
l'affaire passa devant une nouvelle cour et l'accusée fut condamnée aux travaux forcés. 

Obs. 232. — Suffocation d'un enfant par un nouet à sucer. Est-ce par suite 
d'un accident^ d'un crime ou d'une négligence? 

C'était encore un des cas rares d'asphyxie par obstruction des voies aériennes 
produite par un corps étranger. Une fllle, âgée de trois moi^, avait le dos taché par 
des traces de décubitus, elle était nourrie par sa mère et fut trouvée morte dans 
son lit au mois d'août pendant que sa mère, en allant à son travail, l'avait laissée 
seule dans la chambre. 

Nous trouvâmes à l'autopsie, dans la bouche ce que Ton appelle un nonet à 
sucer, long de 3 centimètres, large de 2 centimètres, rempli de semouille ; il rem- 
plissait toute la cavité buccale. A la racine de la langue se trouvait une tache non 
ecchymosée à forme pointue, d'un rouge bleu, molle sous le couteau, une autre 
tache tout à fait semblable se trouvait juste au-dessus sur la muqueuse du palais. 
Ki la langue ni les lèvres n'étaient tuméfiées, la langue n'était pas entre les dents 



ASPHTXIR. — ODSFJIVATIONS. S35 

I dans lout le pharynx, il n'y avait pas tranomalie. La Crachée el le larynx 
laJeDt pÂlet, il y avait seulement çà el là quelques iigcclioos arborescentes, les 
•ies respiratoires étaient vides, mais en pressant sur les poumons on pouvait faire 
lonlerdans la trachée une écume à grosse bulle, qui n*était.ni épaisse ni sangni- 
•lente. I«es poumons extérieurement normaux étaient anémiques, oinsi que 
artère pulmonaire, le cœur et les cavités alniominale et crânienne. La couleur du 
ini; était asses foncée, il était lui-même assez liquide. Mous admîmes que la 
Bort avait eu lieu par neuroparalysic et que celle-ci provenait de la suffocation 
amée par le corps étranger. Quant à la question : Y a-t-il eu crime ou accident? 
ne poavions répondre autre chose que : il n'y a pas de preuve qui puitra 
croire que le petit sac a été mis avec intention dans cette position, et il etl 
rès possible que le petit sac devenu glaireux par son séjour dans la bouche, ait glissé 
lans Tarriére-bouche soit par l'action de sucer soit par sa pesanteur. Il était très 
sxplicable que, par suite de la mort rapide, le corps étranger n'ait pas produit 
Ukt ecchymose, mais pourtant les deux taches de la bouche étaient une preuve 
Mdente que le petH sac n'avait pu être introduit dans la bouche après la mort. 
Rovt avions enwÈt k déclarer si l'accusée a été cause de la mort de son enfant 
par négligence. A eet égard nous disions dans notre rapport : 

Cette question peut se rapporter : 1* à l'introduction du nouet ; 2* au traitement 

général et aux soins donnés à l'enfant. 

1* On ne peut nier que la position de l'enfant, la tête enlbuie dans l'oreiller et 

verte d'un drap, a rendu beaucoup plus difllcile la respiration quand il eut le 

daas sa bouche, que l'aeeusée aurait pu et dû prévoir la possibilité d'un malheur 

t son absence. Il faut cependant considérer que eette manière d*agir a lieu 

les jours sans avoir des suitea aussi funestes, et pour ce qui concerne ies 

morales de l'accusée, nous devons laisser le jugement de la ques* 

taon au tribunal. 

^ Il est avéré que l'accusée a tenu son enfant dans une grande malpropreté et 
It'elle a négligé ainsi une des premières conditions de son bien-être. Nous 
a savons que peu de chose de l'alimentation de l'enfant ; il a été trouvé chélif, 
tee des eschares de décubitus; l'amaigrissement ne permet pas de conclure qu'il y 
'an nourriture insufRsante, mais le décubitus prouve beaucoup de négligence dans 
ia aoios en général ; il indique un manque de propreté, car l'enfant a dû être laissé 
'es longtemps dans la même position et au milieu de ses urines et de ses fèces, 
es raisons nous font croire que l'enfant serait mort au bout de peu de temps par 
aile de cette incurie. Mais, puisque ici la mort a eu lieu d'une autre manière, nous 
èpaodofis à la question posée que : les raisons médicales ne pouvant pas foire con- 
kmre que la mort de l'enfant a été produite par négligence de l'aeeusée. 

Obs. 233 a 244. — Douse cas d*asphyxie d'enfanU dans le lU de la 

fiowrrice. 

Le code ancien défendait sous peine d^eroprisonneinent de prendre 
Aau leurs \\% pendant la nuit, les enfanls au-dessous de deux ans. 



/■ 



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- J 



336 PARTIE THilNATOLOGlQUB. 

Cette loi singulière fut souvent violée. Le nouveau code ne pnte 
plus de ce délit, cependant la justice punit les imprudences de celte 
espèce quand elles ont entraîné la mort de l'enfant, comme « meurtre 
par imprudence > . Dans ces cas les enfants meurent ou parce qii*ib 
s'endorment sur le sein de la nourrice ayant encore le mamelon dans 
la bouche, ou parce qu'ils appliquent leurs têtes sur le corps de h 
nourrice, ou parce que la nourrice en se retournant dans son som* 
meil écrase l'enrant, ou enfin parce que Tenfant glisse sous les drap 
et est asphyxié par suite de la privation d'air. Cette asphyxie est d'au- 
tant plus facile que l'estomac est plein. 

0b8. 233. — Une fUle de trois ans fut trouvie morte un malin dans le Ut de 
sa mère. Outre les signes ordinaires de l'asphyxie, nous trouvftnes des eccbymoies 
pétécliiales innombrables sur le cœur, Taortc et le poumon d y i^i^ayant la forme de 
petites éclaboussures, la pointe de la langue était entre les masUlairw» reatiBae 
était h moitié rempli de lait coagulé, la trachée-artère contenait de l'éciUBe sangui- 
nolente. 

Dm. 234. —Une ttlle d*un mois fut trouvée morte dans le lit de sa nourrice, 
les symptômes de Tasphyxie étaient très prononcés, tout le cœur avait une eokira- 
tion bleu foncé dans laquelle on distinguait des ecchymoses pétéchialet nom« 
breuses, ainsi que sur les deux plèvres, la rate était hypérémique, les pouaaeBS 
étaient remplis de sang foncé et épais, la trachée remplie d*écume sanguinolente. 
La langue entre les maxillaires sortait un peu de la bouche, Testomac contenait du 
lait coagulé. 

Obs. 235. — Une flllc ('e deux mois fut asphyxiée dans le lit de si mère. Ici 
aussi la surface du cœur paraissait comme éclaboussée à cause des nombreuses 
ecchymoses pétécliiales qui y étaient parsemées, on reconnaissait facilement de 
nombreux signes de l'asphyxie. La trachée-artère remplie d'écume rose, sa 
muqueuse injectée, l'estomac très rempli de lait coagulé ; les lividités cadavé- 
riques sur les parties sexuelles et la partie antérieure des cuisses indiquaient que 
l'enfant s'était endormie sur le ventre de sa mère et avait été asphyxiée dans cette 
position, ce qui fut constaté. 

Obs. 236 et 237. — Chez un garçon de deux mois et une fille de neuf mots, 
qui moururent tous les deux dans le lit de leur mère, il y avait apoplexie cérébrale. 

Obs. 238. — Une ûlle de six semaines fut trouvée morte dans le lit de sa mère. 
L'autopsie fut to\it k fait négative, il n'y avait nulle part hypérémie, la trachée- 
artère était vide et normale ; la mort avait eu lieu par neuroparalysie. 

Obs. 239. — Chez un garçon de quatre semaines mort dans les mêmes cir- 
constances, l'asphyxie se présenta sous la forme d'apoplexie pulmonaire, le pou- 



ASPHYXIE. — OBSERVATIONS. 337 

mon droit éUit parsemé d'ecchymoses pétéchiales, U y en avait mointaupouniM 
iche et au cœur, lei poumons n'avaient pas la couleur rose clair marbré, ordi 
à cet Âge, ils étaient hypéréroiques et d'un rouge bleu foncé. Le cœur droil 
contenait peu de sang, et le cœur gauche pas du touU La cavité crânienne était 
normale et la tracbée-arlére était injectée et vide. 

Om. 240* — Un garçon de neuf jours présenta un cas tout à fait semblable, U 
avait été allaité à trois heuresde la nuit par sa mère aliénée et fut trouvé mort le len- 
demain à six heures du matin, ici aussi il y avait hypérémie pulmonaire. La langue 
était à sa place ordinaire, U trachée-artère vide et injectée en quelques endroits» 
les poumons très remplis de sang épais et foncé, les lobes inférieurs des deux pou- 
mons étaient couverts d'ecchymoses pétéchiales, leur couleur était d'un brun ronge 
foncé, faiblement marbré, les grands vaisseaux très remplis, le cœur contenait seu- 
lement un peu de sang dans les oreillettes, l'estomac à moitié rempli de lait; le 
foie, les reins, la veine cave très bypérémiques, la cavité crânienne congestionnée 
seulement dans les sinus. 

Obs. 241.— Ua garçon de six jours, mort de la môme manière, présentait un 
phénomène particulier et assez rare. La muqueuse de la trachée était très ii^ectée, 
rile ne contenait pas d'écume, mais on y voyait un sillon de sang coagulé de 
l'épaisseur de 2 millimètres. La position de l'enfant, au moment de sa mort» 
était indiquée par l'apldtisscment du nez et les lividités cadavérii|ucs qui se trou- 
vaient sur la figure ; le cerveau et les sinus étaient hypérémiques, mais ce qui est 
très rare dans ces circonstances, il y avait eu hémorrhagio cérébrale. Un épan- 
cbement de sang coagulé de 2 millimètres d'épaisseur était étendu sur la tente du 
cerveau, les poumons étaient rouge bleu foncé, très hypérémiqucs, mais comme 
dans tous les autres cas ils nageaient dans l'eau, les grands vaisseaux étaient très 
rem|flis d'un sang foncé et liquide, le cœur à moitié rempli de sang, l'estomac 
gorgé de lait coagulé ; les intestins et la vessie étaient vides. 

Obs. 242. — i'n garçon de trois mois, mort de la même manière, présenta une 
35phyxic dont les phénomènes évidents furent une hypérémie des poumons et du 
cœur. Il y avait une hypérémie modelée de la tète, le larynx et la trachée étaient 
faiblement injectés et vides, sang épais, poumons rouge brun foncé et très 
bjpérémiques, cœur dioit très rempli, cœur gauche vide ; les veines et les organes 
Ue Kabdomen très hyi érémiques, l'estomac rempli de lait coagulé. 

Obs. 243.— Dans la nuit du 12 au 13 novembre, mourut sans qu'on s'en aper- 
çût, l'enCant de la femme H..., né le 10, à deux heures du matin, ainsi âgé de deux 
jours. Il fut trouvé le matin mort dans le lit de sa mère. A sept heures du soir, un 
témoin avait pris l'enfant encore vivant du lit de la mère et l'avait tiouvé si 
enrhumé « qu'il ne pouvait pas pousser un cri. » La mère déclara qu^elle reprit 
l'enfant et le remit duns son lit pour le récbaufler et que pour le réchauffer plus 
vite, elle l'avait pressé sur son sein avec son bras. Le lendemain reiifknt fut trouvé 
mort à quatre heures du malin. 

L'autopsie donna les ré^ullal^ suivant : l'enfant, né à terme, avait U GQVJit^. 
u. 22 



f 



38S i^AnTlk TtlAfVXTOLOGlUUE. 

atHliiain de» cadaireft, la putrélhction commençait aux téf umenls de rabdooeo, 
lea yeux n'étaieiit pa» proéminente, la lahgue était datis aapotiiîoo normale, lu 
dAHi léTfes étaient noir bleu, dures sdub le couteau, elles présentaient de Euhks 
éeeliymostos ; aucune atlitre blessute extérieure ; le dlaphragihe était entre U qoa- 
triéme et la cinquième cdle, la Teine cave était \Ha refnpÛe ; il n*y avait rien autre 
chose de remarquable. Dans la poitrine les deux poumons rempliaanient lé eiHIé; 
leur couleur était d'un brun rouge clair et uniMvMi; ils peetfeni tvee lé ecnr 
.180 grammes; le liquide du péricarde était sanguinolent, la eerar iMl peoal 
90 grammes» les poumons et toute la surfine du ccrar étalent parsemés d'êcchj- 
saaas pétéchiales excessivement nombreuses. Les poumons nagaaieiit aToe la emar, 
■ais cependant montraient une tendance à s'enfoncer dans Teau ; oéparéa du cmar, 
la pommom gamokê nagmU aimsi qtte Umt ses more mu x les p<M paff I», laadb 
t«e U poumon droU t'enfonçait an fond êm wae^ et en le eaapanl on rh qal 
h*y avait qu'un petit morceau qui nageait. Des Incisions dans les daak paamsai 
firent entendre de la crépitation et montrèrent une grande quantité de sang 
fbnoé et écumeux ; les poumons incisés sons Teau laissèrent l^pper das balles 
d^air du poumon ganche et pas du droit. La trachée était T|4e« et sa Mugnsais 
légérèihiént injectée. Le coeur dans ses deux cavités, surtout la cavité droite 
cdnteiiait du sang foncé cl coagulé. Dans la tète, il y avait hypérémie dea vaisseaux 
dé là pie-mère. 

La concltasion ne pouvait pas être plus douteuse que dans les cas |»réeédanls. 
La mort pat* asphyxie était évidente, elle avait dû avoir lieu de la manière décrite 
l|Md^ la mère, 041* le médecin traitant avait déjà remarqué une certaine difficulté de 
I* rêspiratioh et le témoin l'avait trouvé enrhumé, enfin l'état des lèvres nsontrait 
qA^ i avkit eu une pression exercée contre le sein de la mère. Pour U doeimasie, 
le cas était certainement très remarquable. 

Obs. 244. — Un garçon de dix semaines avait été airis dans aH Ht et r e cmi ve rt 
complètement par les couvertures, il fut trouvé mort. La figure» les gencives, la 
ranjîde étaient pfttel» quoique la pie- mère et les sinus fiusent asses hypérémiques, 
la cause de mort était l'hypérémie du poumon droit et de l'artère pulmonaire, qui 
étalent gorgés de sang foncé et liquide. Les deux cavités du cmur, svrtont l'oreilletta 
dilnte, étaient très remplies. La trachée-artère, pâle et vide, l'estomac rempli de 
hdt coagulé ; la rate était grosse, le foie hypérémique, la veine cave était modéré- 
ment remplie. 

Je suis persuadé que ce genre de mort des petits enfants se présenta tria fré- 
quemment, on comprend facilement que les parents cachent au médecin la caosa 
réelle de la mort, et alors le cas passe inaperçu. 

Obs. 245. — Asphyxie produite par la vapeur de charbon. 

Il s'agissait d'un homme de trente-quatre ans qui mourut asphyxié par des éma- 
nations de la vapeur de charbon. Les circonstances rendaient un suicide vralsemMa- 
ble. Toute la tète était couverte de lividités cadavériques. Quoique les signes de 
TasphyxiefiisSent très prononcés, b Ungne était à 5a place ordinaire. Les os crâniens, 



ASPHYXIE. — OBSEIIV.VTIONS. 539 

eoflinic loul le cerveau, étaient très hypérémiques, les sinus étaient très remplis 
d'an sang foncé et liquide. La muqueuse du larynx et de la trachée était partout 
i^iielée «i range vernilloD, et remplie d'écume blanchâtre. Les poumons 
Il trèa hypérémiques et les bronches étaient remplies jusque dans leurs der- 
bartsations du même liquide écumeux. L'artère pulmonaire eontenail du 
Mnf foscé at liqaida» la cœur droit en contenait beaucoup, qui était moitié coa* 
filé* te «Bar gaucba était preAque vide. La veine cave était gorgée de sang, ainsi 
^M laus les organes deTabdoroen. 

Ofts. 246. — Atphyxie par la vapeur de ckafifoa, 

Une lénme de soixante-quatorse ans, en état d'ivresse, se mit pendant ThiTer 
ésfanl an fourneau dans lequel brûlaient des charbons, elle perdit probablement 
MentAI connaissance et fut trouvée asphyxiée. 

La conjonctive des deux yeux était rouge vermillon et ecchymosée, ce phénomène 
était plutôt un «Mil de la chaleur des charbons que de l'asphyxie. La pointe de la 
était entra las dents ; la figure était aplatie, des lividités cadavériques se trou- 
vr toute la partie antérieure du corps et leur absenea sur toute la partie 
IwoQtait que la décédée était tombée sur le ventre et était restée dans 
laftion jusqu'à la levée. Le corps était flexible, et quoique Ton fDlt au mois 
de d éc e i b r e , le bas-ventre était coloré en vert, les méninges et les sinus étaient 
Irèi remplis de sang fbncé et liquide. La substance du cerveau était également 
IflpéléBii^ae. La trachée vide ne pouvait aider en rien le diagnostic de l'asphyxie, 
lar elle avait déjà la couleur nofige cui\Te de la putréfaction. Les poumons étaient 
iMieéa et remplis d'une écume sanguinolente, ils remplissaient la cavité thora- 
eiqne, presque comme dans la mort par submersion, il y avait également grande 
i^^yèfé^^ie des vaisseaux de la poitrine, du cœur droit et des artères coronaires, 
tandis fue le cceur gauche ne contenait que peu de sang. Le sang était très 
l^yide, naia il contenait quelques caillots. Les organes do l'abdomen étaient très 
hjpérésDîquee. 

Obs. S47 — l?fT0ttr dans l'admission d*une asphyxie par la vapeur de charbon, 

U«e ftmiît de aoixanta-eÎAq ans fut trouvée morte devant un fbaraaaa da ebar» 
L*avia da la police iadiquait « asphyxie par acide carbonique. » Toute la figure* 
la flpofit, les yeax» le nef, les lèvres étaient couverts de pblyetènes sèches 
al de cendres. Le corps était très maigre, la trachée était pâle, vide et méase au 
priiaBt aor la poumon aucun liquide ne montait ; les poumons étaient anémiqvai 
atnai que le cœur gauche, tandis que le cœur droit contenait 30 grammes de sang 
normal, l'artère pulmonaire était anémique, ainsi que le foie, la rate, les reins et 
la vetne cave. Ainsi il n*y avait aucun signe d'asphyxie par acide carbonique, 
que, évidemment, cette vieille femme ivre s'était laissée tomber sur son 
m, s^élait brûlée et était morte par neuropfralysie. 



S&O PARTIE TUÀJNATOLOtilQUE. 

Obx. 248 et 249. — Asphyxh$ par la vapeur de charbon. 

Obs. 248. — Le cadavre d*un homme de trente adt nous fut présaoté à Vm- 
topsie, (rois jours après sa mort, la température était — 12* R., amsi ètait-ï 
encore frais et roide. La flgure était pâle et tachée de sang sec provenant da mIi 
les yeux n'étaient pas proéminents, la pointe de la langue était un peu entre Hi 
dents. Il n*y avait pas d'hypérémio dans le crâne, les poumons étaient nomavx 
pour leur couleur, mais très œdémateux, le cœur gauche contenait une petite cuil- 
lerée de sang foncé, très liquide, le cœur droit quatre cuilleréea. Les grandi 
vaisseaux de la poitribe gorgés ; la muqueuse du larynx et de la trachée, d'une cou- 
leur rouge vermillon, très injectée, était couverte d'une couche mince d'écume sao* 
guinolenic, la pression exercée sur !c3 poumons faisait monter dans la trachée une 
grande quantité de cette écume. Le foie hypérémique, la muqueuse de l'estoDUic 
injectée, les plis tuméAcs et d*unc couleur rouge pourpre, l'intestin grêle avait 
la couleur rose que l'on voit dans les cas de choléra, les reins, la veine cave, 
les veines du mésentère cUiient très hypérémiques. ' V 

Obs. 249 — Un teinturier de vingt-huit ans fut trouvé dans aon lit aapbyiié 
par la vapeur de charbon, au mois de jan\icr 18**; quatre jours après h mort 
(-f- 2° R.), raulop»ic fut faite, et l'on trouva tout à fait les mêmes symptêmes 
que dans le cas précédent, excepté qu'il n'y avait pas d'écume sanguinolente dans 
la trachée-artère qui, du reste, était également rouge vermillon et injectée* quatre 
jours après la mort, il y avait encore rigidité, la muqueuse de restomac était pâle 
et normale, le sang était plutôt rouge cerise que rouge noir. 

Ods. 250 à 253. — Quatre asphyxies par la vapeur de charbon, 

Quatre garçons bouchers, ôe vingt à vingt-cinq ans, furent asphyxiés dans leur 
lit BU mois de novembre. Cinq jours après leur mort, on en fit l'auptosie. Aucun ne 
présentait sur la figure une trace de charbon, non plus dans la trachée ; tous les 
quatre avaient la langue ù sa place ordinaire, tous les quatre avaient encore la 
rigidité cadavérique et étaient tachés de fèces. 

Obs. 250. — Chez A..., la muqueuse de la trachée, était injectée et de 
l'écume épaisse y montait quand on exerçait une pression sur les poumons ; ceux- 
ci étaient œdémateux, non hypérémiques ; les grands vaisseaux remplis de sang 
foncé et liquide, les deux côtés du cœur ne contenaient chacun qu'une cuillerée â 
calé de sang ; le foie normal, les reins hypérémiques. 1/estomac contenait des 
pommes de terre, mais était normal, ainsi que les intestins, la veine cave, très rem- 
plie, contenait quelques caillots. Dans la tète, très peu de sang. 

Obs. 251. — Chez B...,les poumons adhérents étaient œdémateux, la trachée 
injectée et remplie d'écume, le cœur gauche contenait trois petites cuillerées de 
sang foncé et coagulé, le cœur droit et l'artère pulmonaire étaient gorgés I.e foie, 
les reins, la veine cave très hypf'rémiques. L'estomac et la cavité crânienne 
n'avaient rien d'anormal. 



ASPHYXIE. — OBSERVATIONS. 341 

Cm. S51. •» Ches C..., les pouraons étaient comme dans le cas précédent, mais 
plus hypérémiques. La trachée-artère contenait beaucoup d'écume blanchâtre, le 
ventricule gauche contenait une cuillerée et demie de sanj;: foncé et coagulé, le 
^TMlricale droit, l'artère pulmonaire et la veine cave étaient gorgés de sang coa- 
gulé Le foie était hypérémique ; la rate et les reins l'étaient moins ; l'estomac et la 
catité crânienne étaient normaux. 

Obs. 153. — Les poumons étaient très hypérémiques : de l'écume blanchâtre se 
veyait dans la trachée qui était injectée et d'une couleur rouge éearlate Le cœur 
gauche très rempli d^ sang foncé, en partie coagulé, le cœur droit tout à fait gorgé ; 
l'oreilletCe droite surtout était excessivement dilatée. L'artère pulmonaire égale- 
BMot gorgée de sang, en partie coagulé. Le foie, ïgb reins, la veine cave, la pie- 
■ère ei les tibus étaient modérément remplis, comme ou devait t'y attendre, vu 
li répartition anormale du sang. 

Obs. 254 et 25ri. — Asphyxie de deux vpoux par la vapeur de charbon. 

Quatre jours après leur mort, au mois de novembre ( — 2^ à -j- •^'' H), les 
cadavres de deux époux nous furent présentés à l'autopsie ; ils avaient mis un 
fMmaaii de charbon sur la table pour se réchauffer dans leur chambre ; on les 
tfstfv» niiNis le lendemain, le mari était âgé de soixante ans et la femme de cin- 
^■te-«ix ans. Le mari était dans son lit, la femme assise près de la table sur 
laquette sa trouvaient les charbons. Il fut curieux de voir les différences dans 
Il iNiIrélaelion ches ces deux sujets, dont la mort avait eu lieu dans les mêmes 
conditions, qui avaient & peu près le même âge, c'est une nouvelle preuve de Tin^ 
inence des circonstances individuelles dans la marche de la putréfaction (page 27). 
La peau de l'abdomen du mari était déjà verte, la trachée-artère d'un rouge brun, 
tandia que le cadavre de la femme était frais. La chaleur du Ht qui n*a dû agir que 
^•elquea heures sur le corps du mari, ne peut expliquer la grande différence qui 
•siate entre ces deux degrés de putréfaction. Les yeux des deux cadavres étaient 
AHtnés, les traits respiraient la sérénité, la langue du mari était à sa place ordinaire, 
la eavité crânienne anémique, la (rachée et le larynx étaient vides ; les poumons 
■ermaux, modérément remplis de sang et œdémateux. Le cœur contenait, dans ses 
^natre cavités, peu de sang liquide, les grands vaisseaux ne contenaient également 
qœ peo de sang en partie liquide, en partie coagulé, les globules de sang (dans les 
deux cadavres) étaient normaux; le foie, la rate et les reins étaient anémiques, 
l'estomac vide et normal, ainsi que les autres viscères des intestins; la veme cave 
contenait peu de sang. Ces résultats négatifs étaient certainement assez extraordi- 
naire*. 

La femme présentait des résultats plus positifs. Elle avait également sa langue à 
la place ordinaire, le cerveau et les sinus étaient également a> émiques, la trachée 
pâle, non injectée et vide, mais un liquide aqueux y montait quand on exerçait 
une pression sur les poumons, les deux poumons étaient anémiques, le cœur droit 
gorgé de sang foncé, épais et à moitié coagulé, le cœur gauche n*en contenait 
qo'ane cuillerée â caré, les grands vaisseaux de la poitrine étaient re i.plis. La veine 
cave, comme tous les organes de l'abdomen, contenait peu de sang. 



3A2 VXV,T\\u TUAt\ATOLOGlQU&. 

Obs. 256. — Asphyxie par la vapeur de charbon. 

Une femme de vin^t-quatre ans fut asphyxiée lentement, elle avait été trouvée 
eneore vivante, mais sans connaissance, on Pavait saignée et tramportée i HiépiUI, 
mais elle y mounit en arrivant. 

La rigidité cadavérique était encore complète trois jours apréi la nort. La potré* 
faction avait fait, dans ce cas, des progrès rapides, ear Tabdomao était déjà fert 
(lampéralure — i* à -|- 3* R.)- La langue était à ta plaça ordinairv, la earvaai 
noo hypérémique, la trachée- artère injectée, mais ayant déjà la eoulaur brna eW- 
eolat de la putréfaction. Elle ne contenait que peu de liquida sanfwaolaat, qii 
s'augmentait quand on pressait sur les poumons, cea derniers étaiant pèlaa, tavliB 
las cavités du cœur, surtout le ventricule droit et les eoronairea«étaiaat farféaaéi 
sang foncé et très coagulé. Le foie, la rate et les reina contenaient peadt aaaf,i 
y avait des flbroïdes à la matrice, des fèces et de l'urine sur la chemisa. 

Ods. 257 et 258. — Asphywies pmr la fmnêêm 

Deui femmes aliénées habitant une maison de santé depuis dix-liuît an« Mlféai, 
Tune de cinquante, Tautre de trenta**daiii ans. Autant trouvéaa oiortan 4ap»lnril^ 
au mois de janvier. La garda-malada avait fait du feu dans la poêla la malin à aiaf 
heures, tandis que toutes les deux étaient encore andormiet at alla avait «nWJé 
d'ouvrir la clef du poule. £Ue revint après deux heiiras» trouva iMln la ohamkin 
remplie d'une fumée épaisse, le feu éteint #t las lemma» mortaa. 

Trois jours après, quoique la fenêtre fût rastéa tonionra ouvwrtat 1« aliamlira aaail 
encore l'odeur de fumée. Le* deux aadavres présantaiani awatjwifpt )aa wéa s es 
symptômes, ils étaient encore, après trois jours, tout, i Ait fraia (—4* R.) al 
rigides. Les deux trachées étaient injectées en rouge varmillon, rempliaa d'éanaM 
épaisse, le larynx et un peu les trachées étaient couverts de poussière da aharto, 
les poumons étaient très œdi^mateux, leurs colorations étaiant normales ai lia 
étaient peu riches de sang. Le cœur et les deux artères pulmonaires étaient vidas, 
le foie rempli de sang foncé et liquide ; les estomaci normaux. La rata, les raina a( 
la veine cave très hypérémiqurs. 

Obs. 259 et 260. — Asphyxie par la fumée. 

Au mois de mai (-|- 16" H.), nous dmcs l'autopsie de deux frères, âgés de dix et 
six ans qui avaient été asphyxiés dans la fumée, trois jours auparavant. Les 
résultats de l'autopsie étaient tout à fait identiques, le» cadavres frais et encore 
roides, étaient culorés en vert, seulement sur le ventre ; la figure et le cou de cba» 
cun étaient légèrement noircis, les narines, la langue, le palais de Tarrière-bouche 
également. Les papilles de la langue des deux garçons étaient très développés. Laa 
veines de la pie- mère injectées, le cerveau normal, les sinus peu remplis, la trachée 
remplie d'écume noirâtre, et la muqueuse partout injectée, les poumons peu rem- 
plis (Je lang et œdémateux, présentaient chez le garçon atné plusieurs ecrhvmoses 



>uf-pleural^s, chez 1^ cadet deux ou ^-pis de ces eccl^iamfes et plus peliUi. le 
wf det <|eiix çi|davres #Uit assez rouge et liquida* Leg à9ï^\ Ci^urs étaient (Uaniies 
l contenaient très peu de sang, ainsi que les artèrfis pnlmppaires. Les deu9 (dso- 
l|9fes étaient eooverls d'une couche de charbon, les eslpmacg vides et nornuM^ ; 
t fâie et la rate contenaient peu de sang, mais les reins heaueoup, la veine cev# 
l \n veines du fiié^eotère asaet remplies. 

OlM. tei.Rrisjiàyâsie da»$ V acide carbomiquô'ei Vêcide m^fkyéhque. 

tts liMODiafs forent asphyxiée par les émanations de gu délétère. Six restè- 
MliBorta si|r-le-ebamp et quatre furent sauvés après une maladie plus ou BMiBi 
ffV». L'aecident eut lien dans une tannerie ; une grande cuve destinée au ma- 
ifif^ dea peaux avait été fixée dans un trou, elle était vide ; elle ftit soulevée de 
fif |i9r une eeusfi inconnue ; comme l'on croyait que c'était dû à un eenrant d'eau» 
I fer ga la çvve par le fond ; l'ouverture avait un diamètre de 9 centioiètrea, 
ipn^diatement un* eau înCsete pénétre dans la cuve. Un des tanneurs descendu 
mr pomper Te^ii» au bout de dix minutes il t'affbissa et mourut. Un aeceod 
iiIlKil !• sauver mourut sur-le-cbamp, dès qu'il arriva au fond. De même un troi- 
!■•• Alorv le mettre, un jeune homme robuste, descendit également et tomba tout 
Irrite car lestroif eadevres, et^prèsétre resté pendant plusieurs heures asphyxié 
4|4 feayé* l^nif aix^ autres (nivrieia eurent le courage de ftoMendre l'un apsèi 
iplro, ot tpiif lombèrent firappés dn même mal, enflui apréf la dixième v|ctimo, 
I ^ d^eidn è retirer les corpi avec des cordes. Tons, sana exception, étaient 
H conn* ■#«•■«•« Ai let témoins racontaient qu'ils étaient couchée dans la cuve 
fi 9«r Tf ntri f cqmuM des kiarengs ^ . 

1% lendemain je vis le« six c^davren. Tous evjifent loi traite calmée, les yeux 
paéf, non proéminent^, 1« langue k M place ordinaire. Tons, gq mnis d'ectobre 
- Ç| I -ir i^<» R.}« avaient une rigidité complète nprèe ^ente heufes. Tous evaient 
I lMri4|téf cndavériques très grandes, deux avaient ^ne polecatiqn jaUM vert de 
llyvro, phénomène très singulier. Le cas ne dpnne pes reccasien de faire des 
flpeies légales, et ce n'est qu'avec grand'peine que neuf pûmes obtenir de la 
pille d'un de cea melheureux le permission d'en feifn l'autopaie. 
[TéUit nu ouvrier de trente ans , il était descendu le lecond dans la cuve ; 
itbpeie fut fof^ trenie-|iuit heures aprèa la mort, la rigidité n'existait plus 
•IKI membres inférieurs, il y avait çè et là des taches de putréfectipn verte au 
HTf nMlfré le temps froid et humide et le décubitua dn cadavre nu sur un 

aéré. Le cerveau était ferme, fi y avait anémie prononcée des veines ot 
taalo complet^ de tous les siniis ; la «ubstaoce corticale d» cervean et du conrelo^ 
Mt IM>* ^ffl^V FÎ9 Mie 9^ez singulière, qui ne pouvait étrp miie 9m le complo 
lu i^tréfoction coinmeQ^nle, puisque le ceneau f)ans f)(H circonv^inpoe leasble; 
s n'est pea saisi si yitf; p^r la pf}lréfoction* Les venirjçnMi du cervea» élaieot 
es, les plexus livides. Les poumons remplissaient, comme chez les noyés, tonte 
jBeiilé thpracif fie, ilf étaient ffiès hyrérépaiqnçs, i|B|j# avajentlenr tou H»- 
f >Wf 4f W |N)|i|HPP8 avaji unp couleur tfM rpinarquablf , il étiil comme dg 



SA& PARTIE THANATOLOGIQUl!:. 

Vencre ; les taches que faisait ce sang sur le bois avaient tout à fiiit Taspect di 
ttehes d*encre. Il y avait un peu d'œdème. La surface des poumons était HMfi 
bleu foncé avec des taches louge vermillon. Ce sang, examiné sous le mierot 
cope, montra une destruction complète des globules dont on ne put rûconmêltr 
que quelques-uM. L'art6re pulmonaire était tr^s remplie de sang moins noir, aioi 
que la veine cave. Le cœur était affaissé , les coronaires vides, le ventrieul 
gauche tout à fait vide, le ventricule droit ne contenait que quelques goutici d 
sang. Le larynx et la trai'hée étaient vides , il n'y avait pas de trace d'écnme, I 
muqueuse avait une couleur rouge brun, non pas la couleur sale de la putrJ 
ikction ordinaire ; cepeu'lant la décomposition qui se fait si tôt dans cet orgid 
avait dû certainement participer à la production do cette coloration. La conle« 
foncée du sang avait dû aussi y avoir sa part. L'estomac était vide, toute sa m 
queuse sans interruption était couleur lie de vin, cette coloration également n'éla 
pas un phénomène cadavérique , car la couleur de putréfaction de la mnqoeni 
stomacale est plutôt rouge livide. Le foie était hypérémique, la rate et les nm 
Tétaient moins; les intestms et la vessie normaux. Notons encore qne les cavili 
pectorales et abdominales offraient une sensation de chaleur sensible. 

Il est très difficile de dire avec certitude quel était le gaz qui avait prodaît 

mort de ces six hommes, un examen direct en recouvrant la cave était la 

possible et dangereux ; les ouvriers ont beaucoup parlé de Todeur aulfurea 

montante. Il est donc probable qu'elle contenait de l'acide suiniydriqoe. Maia 

crois que ce n'est pas ce gas seul qui a produit la mort ; il est vrai qu'il tue vH 

mais il n'est pas plus lourd que l'air atmosphérique ; le premier ouvrier puisa * 

l'eau pendant dix minutes lorsque tout à coup il tomba mort, il fiint qu'i par 

de ce moment un autre gaz soit sorti du trou, car les autres hommes qui desre 

dirent dans la cuve moururent tout de suite. Il est donc probable que ce g 

plus lourd que l'air était de l'acide carbonique. Néanmoins on ne peut douter q 

l'acide sulfhydrique y ait participé. La couleur noire du sang en est l'indice et il 

contre- épreuves l'ont confirmé. J'ai fait passer à travers le sang normal d' 

cadavre frais un courant d'acide sulfhydrique et le sang eut bientét une couk 

noirâtre d'encre. L'aeide carbonique que nous fîmes également passer dans 

sang le salit, mais ne le noircit pas. Nous avons donc les probabilités pour un ■ 

lange d'acide carbonique et d'acide sulfliydrique. Ce que l'on appelle Pair « 

cloaques est un mélange d'azote, d'acide carbonique et d'acide sulfhydrique. Ri 

ne prouve qu il y ait eu dans le gaz en question de l'azote, mais on peut soapçc 

ner qu'il y avait de l'oxyde de carbone qui accompagne souvent l'acide carboniq 

dans les conditions telles que les présentes. Si l'on considère que les gaz mort 

que Ton connaît, l'air des cloaques, le gaz des fossés, des lieux d'aisances, etc.« 

sont pas des gaz simples, mais des mélanges, on peut admettre que le gai 

question qui s'était développé sous la terre était un mélange de gaz parmi leiqs 

l'acide carbonique et l'acide sulfliydrique étaient présents (1). 

M) L'analyse du liquide conttnu dans la euTe fut faite plus tard par ledoctew Sobm 
thfin, «Ua eonfirma dos prcvinons. H admit que la mort avait on très probaUemeat lien 



ASPBTZIB. — ^ OBSERVATIONS. 345 

Ois. 262. *— Asphyxié par VhjidrogèfM carboné et V oxyde de carbone 

( gaz d'éclairage ). 

Dtnt les fabriques d'huile on soumet la colophane et le plâtre à une distillation 
léehe qui produit une huile grasse qui oit employée dans Tindustrie, en même 
temps il se déireloppe un gaz analogue au gaz d*éclair<ige ( gaz de résine ) qui se 
compose d*bydrogéne carboné mêlé à de Toxyde de carbone et du gaz de benzine. 
La sanedi la distillation est interrompue, et le dimanche le chaudron refroidi est 
■ettoyé. C'était l'occupation de l'ouvrier N.,.« âgé de trente ans, qui le samedi 
iO janvier, probablement pour se chaufler et se reposer était entré dans ce chau- 
dron. Un de ses camarades vint se coucher à cdté de lui, tous les deux perdirent 
Menldl connaissance, mais ce dernier tai retiré et sauvé, tandis que M... resta et 
fet asphyxié. 

Six jours après nous ftmes Tautopsie. Le cadavre était noirci par du charbon et 
avait les cuisses brûlées à quelques endroits. La putréfaction ne faisait que conw 
■MBcer et il y avait encore rigidité cadavérique, les traits étaient calmes analogues 
a eesz d'un homme endormi, il était en effet probable que le décédé était mort en 
dormant. Dans l'urèthre il y avait des spermatozoaires. Il y avait peu de sang dans 
la cavité crânienne ; le cerveau était dur. Les poumons normaux et remplis de 
Mif rouge clair et liquide. La trachée ne contenait pas d'écume, elle était in- 
jaetée fortement i sa hiAvcation. Les grands vaisseaux, les artères coronaires et 
le eceur lui-méoM n'étaient pas bypérémiques ainsi que Ib foie, la rate et les reins, 
tandis que la veine cave était gorgée de sang. L'estomac était rempli de pommes 
de terre, sa aniqueuse normale. Les veines des intestins bypérémiques. 

OiS. 263. — Asphyxie par cause interne. 

On canotier de quarante ans tomba mort tout h coup, d'après la déclaration de 
ton compagnon qui était seul avec lui dans son canot. Cela parut suspect et l'au- 
lopaie fut ordonnée. 

lloaa trouvâmes les signes de l'asphyxie très prononcée : les poumons très rem- 
plis de sang, ainsi que le cœur, les veines coronaires ; le sang était foncé et li- 
quide ; la trachée contenait de l'écume rose , les veines du cerveau et les sinus 
étaient modérément remplis. Comme le cadavre ne présentait aucune trace de 
lésion, il fallait admettre une asphyxie par cause interne. 

Nous avons cité ce cas parce que nous savons par expérience combien il arrive 
de ces cas qui, parce qu'ils sont si iioiples, embarrassent souvent les médecins au 
détriment de Taflbire ; la réponse telle que nous l'avons faite est la plus convenable, 
fsaa avoir besoin d'expliquer les causes plus ou moins probables de la mort. 



Vdhidw acidM lolllijrdriqae et carbonique. Le liquide eontcnait 43 pour tOO d*actdo talfli)- 
Jriqntet 12 pour tOO d'tclde carboaique. Voy. Mûllsr et Ziareek, Ardtiv, iêuticker Mèdic. 
^^m^^ IftM. D« 8 et 9. 



949 PAHTW rM(MIATOI.Q«i«iii, 

CHAPITRE V. 

rp«n4iso9> sTiunaPUTioN. 

Qpnil la pep()f)uon l« mort » lieu par mile de la |ira8aian aitKéi 
sur le cou par le poids da eorps au moyen d'un objet strtBgulatefnï 
entourant plus ou moins le çon. Dans la strangulatjpn (i), )% inorti 
Im «oit par suite d'un^ pression (orto ou continua, aiarete au la 
cou avec les doigts sur les parties latérales ou rarement aor les 
parties antéro-postérieures, soit par suite ^^ûm pression circDlsirç 
exercée sur le çoo aq moyen d'uQ ol^^t ltnmglll«(oif9 qpftom4Mt 

Par eas deux procédés, il y |i une pression sur les gfands ? aiaaaau 
qui arrête le flux et le reflux du sang, sur des nerft très |mpoiiaat| 
sur Tos hyoïde, sur le laryni^i sur la traçbéo, il y ii sQyvfmt mhhî vm 
comipotioA de \% moplle épinièro. Prdinairemanl la eaoao pkfsiaitq 
gique de la mort est la même, on trouve pourtant i Pantopsie des 
différences dans les phénomènes de réaç|ion| 9e)9i|*qnf) l'py ^p ç^ 
désordres sus-nommés a prévalu sur les autres. La mort par strangu- 
lation ou par pendaison a lieu par suite d'un arrêt subit de la circa- 
latiop, arr^t qui p^ut prpdiiire les quatre sortes d'asaifleats aiiifants : 

Ou une hypérémie cérébrale (apoplexie cérét>rale), 

Ou une hypérémie des organes thor^ciques dans ses différentes 
formes (voy. le chapitre préçé4eQt), c'pst cp que l'on uppplle Tas? 
pbyxie proprement dite, 

Ou en même temps une hypérémie cérébrale et thoracique (apo- 
plexie cérébrale et asphyxie proprerpepl dite), 

(0 Nous devons ici menMonner une difficolU de traduction : 0p aUenifi^ |çi tf^ 
erwuergen s'emploie pour exprimer la cqnstriction très forta pu eoaliqiMi 4vppmii 
moyen des doigts, soit qu'elle agisse latéralement, soit dans des cas plut rares 
d'avant en arrière ; le mot prdroitein exprima la aoippreiHoa çk^ukUrê du aM 
ai» mpym 4*U0 iiiatrumeiit qwBloon^ua. 

En français nous n'avons qu'un seul et n^ème mot pour cet dam ^aarM 4e OMrf , 
c'ept le mot sfran/^uloffoit 



PENDAISON y «TIUh'aVUTI(M- ^ PUtiNOSTlG. M^7 

Ou enfio une oouropiu'alyûe, oa qui eil b««ttcoap plus fréquoitt 
qu'on Qe le (sroit ordinsirement ; on en trouve néaomoinii qaetqain 
obserfations dans les autanrs (Orflla, PevergiOi Eggert, Krombboli, 
Remer et autres). La cause de ce dernier genrf» de mort t éii dévo* 
loppée en parlant de Tasphyxie en général. 

Outre que les phénomènes de la mort par strangulation ne MHii 
pas toujours présents sur les cadavres, il y a encore d'autrei cir« 
conatances qui rendent la ^uipstatation de ce genre de mort très 
difficile pour le médecin-légiste, Ainsi, je n'hésite pas é déclara qiHli 
cmiiris paribuif la mort par strapgulation est plus difficile i déter^ 
miner que la mqrt par submersion. Hais ponr ce qui çoncernfi 1| 
fauta d*na tiers, la snbroersion est beancoup plus difficile. 

I«a statistique démontre que les meurtres ne sont presque îmm 
commis par pendaison, rarement par strangulation produite par nn 
corps circulatoire, plus souvent par la strfogulation provenant de lu 
pression des doigts ; comparé %u% homicides par blessnres, Tbomi- 
cidn par étranglement est encore assex rare. Ainai, en sens inversfi 
Il stranfulation produite pi|r la pression des doigts n'annonce ]iiniMi 
1» suicide, la strangulation produite par un lien circnliira, très 
rartmnntf la pendaison an contraire presque toujours, 

S a. llHigvoflif • 

Nous distinguons, dans Tétude du diagnostic : 1* les phénomènes 
Igénâ^ux extérieurs ; 2* les phénomènes locaux au cou ; S*" les phé- 
nomènes que Ton trouve à l'intérieur. 

t* ratNOIIÉlllS OÉMftiAUX BXTÉftlIDM. 

a. On voit souvent^ dans )ei enteurs, décrire la figure violetlOi 
bleu rouge, tuméfiée des strangulés et des pendus. Rien n'est 
plus faux que de croire que tout pendu ou étranglé doifo présenter 
ce phénomène. Déjà Haller a Tait connaître des observations de 
pendus qui avaient une figure pile et des traits aflfaissés, beaucoup 
4*aulres observations de cette espèce ont été faites depuis et non 



3A8 PARTIE THAIfATQLOGlQUE. 

pouvons, quant ft nous, dire d'après notre longue expérienee, que It 
plupart des strangulés présentent une figure semblable à celle des 
autres cadavres et non pas une figure bleu rouge et tnméfiée. Je 
suppose toujours qu'il est question de cadavres qui ne sont pas encore 
altérés par la putréfaction. Les divers procédés de pendaison et de 
strangulation ne présentent pas de différences sous ce rapport; quand 
il en existe, elles sont dues à Tindividualité du sujet. 

Quelquefois, il est vrai, des hommes très robustes offrent, après h 
mort strangulatoire^ la tète turgescente, une coloration bleu rouge 
des oreilles (qui ont encore plus souvent une teinte cyanosée même 
quand la figure est pâle), le vidage violet, les lèvres tuméfiées. Mais 
il est important en pratique de bien savoir que Tabsencd de la turges- 
cence de la tète ne peut pas faire conclure qu'il n'y a pas en mort 
strangulatoire. Car, je le répète, la plupart des slrangulés ont la 
figure pftie comme tous les autres cadavres. 

b. Il en est de même pour la proéminence des yeux^ elle se voit 
rarement et seulement lorsque la figure est très turgescente. Il arrive 
plus souvent que l'on rencontre des ecchymoses sur la sclérolique. 

c. Proéminence de la langue avec étranglement entre les dents 
ou les maxillaires. J'ai déjà signalé plus haut combien ce symptôme 
est inconstant, il ne se présente que chez la moitié des strangulés, 
qu'ils soient morts d'apoplexie cérébrale, d'apoplexie pulmonaire ou 
de neuroparalysie. Belloc, Fodéré et Orfila, d'après la position de 
la langue dans la bouche ou hors de la bouche, prétendent recon- 
naître quelle a été la disposition de Tobjet slrangulant et prétendent 
que In langue reste dans sa position ordinaire, si l'instrument stran- 
gulant a été situé au-dessus de Tos hyoïde, que la langue est entre?^ 
les dents si cet instrument a été situé au-dessous du larynx. Fleisch- 
mann dit que la position de la langue varie selon que la mort a eu lieu 
pendant l'expiration ou pendant l'inspiration. C'est avec raison que 
H. Devergie s'élève contre ces deux théories, sous ce rapport, nos 
observations sont en harmonie avec les siennes. Nous avons déjà 
prouvé par nos observations de toutes sortes que dans tous les genres 
de mort, par submersion, par hémorrhagie, par empoisonnement, U 



PENDAISON, STRANGULATION* — ÉRECTION. 3A9 

langue esi tantôt derrière les dents, tantôt entre les dents, sans que 
Ton puisse en savoir le motif. Pour nous, il nous suflit de savoir que 
le fait est sans conséquence. 

d. Turgescence des organes génitaux mâles et même (d'après 
Remer) femelles^ c'est-à-dire chez l'homme érection avec sortie de 
sperme ou de liqueur prostatique, chez des femmes érection avec hu*» 
midité du vagin. Plus j'ai observé les strangulés, plus je me suis con* 
vaincu que cette thèse qui a envahi la médecine légale et qui a été 
copiée d'un livre dans un autre, était contraire a l'expérience. 

Guyon (1), médecin de la marine française, raconte que quatorze 
nègres, pendus en même temps, ont eu tous, au moment de leur mort, 
une érection qui, chez neuf d'entre eux, persista encore pendant une 
heure après la mort. Il s'agirait d'abord de savoir dans quel état ces 
cadavres se sont trouvés plus tard, en combien de temps la turges^ 
cence a disparu chez les cinq autres, puis une érection réelle qui a 
eu lieu au moment de la mort, peut-elle disparaître avant la putré* 
fiction, quand lereQux du sang est arrêté? 

Nous nous passerions des objections théoriques, si l'expérience 
pemneltait de constater les faits, mais c'est ce qui n'a pas lieu. J'ai 
pu obsen'er un très grand nombre de pendus, dont la plupart 
s'étaient suicidés, ainsi étaient bien vivants au moment de la pen* 
daison, j'ai toujours examiné avec soin l'état des parties génitales et 
je n'ai jamais vu une érection; quelquefois, mais très rarement» 
îl semble qu'il y avait une espèce de turgescence, une demi-érection, 
mais c*e8t là un fait trop rare et trop peu prononcé pour qu'il mérite 
la peine d'être noté. 

On pourrait croire qu'il y a toujours érection si l'on trouvait tou- 
jours éjaculation de sperme^ mais cela n'arrive pas» Il est étonnant 
qu'un savant comme M. Devergie qualifie les taches de sperme sur 
le linge des pendus comme < très fréquentes », quoiqu'il avoue 
n'avoir jamais vu, lui non plus, ni une érection ni une demi-érection 
sur le cadavre. On ne sait pas si ces taches observées par N. Devergie 

{\) Bévue mtdicale , 1823. 



S50 ^AnTlB tttAXATOLOGIQUC. 

étaient fraîches; était-ce lAtn du aperme^ les a t on examinées atfc 
le microacope? Nona atons souvent trouvé au méat de l'nrèthre dv 
fluide visqueux, mais qui ne contenait que très rarement des spc^ 
ttatoiôairea ; noua tes ayons trouvés : chei un ouvrier de cinqiiantfr 
huit ans ; cbes un homme de quarante ans qui s'était pendu avec ni 
ttdsud-coulanti lequel avait Tait une marque strangulatoire sur lool 
la ciit^onféfence dit coii ; ehet un ouvrier de vingt- neuf ans qui 8*élli 
également penda avee un nœud-coulant ; dana quelquea autrM tt 
encore ttmta trèa rares. 

Une autre circonstancei aur laquelle je n*ai dirigé mon ailentioi 
que depnia quelques années, diminue beaucoup la valeur diagnoi 
tique de la présence du sperme. En ftiisant des expériences sur 1 
contenu de Turèthre, j*ai trouvé des spermaloxoaires ehes di 
hommes mort) subitement, tués par armes i feu, asphyxiés dai 
dea gai irreapirablea (obs^ 262), empoisonnés par Tacide prai 
alqtte (obs. 20A), chet un noyé de vingt-neuf ans. On ne peut pi 
admettre que tous ces hommes aient exercé le coït tin instant aval 
la mort! 

Quant aux partiea génitales des femmes, que d*erreurs ne penl-o 
)[>as commettre dans cette question ! Quelle valeur peut avoir la pré 
«ence d*huroidité dans le vagin ! 

Ainsi, dans aucun cas, l'état des organes génitaux, dans les dei 
ièkes, ne peut atoir une Taleur quelconque dans le diagnostic de ! 
mert par pendaison ou par strangulation. 

a. Sortie de ficeê et d'urine au moment de la mort. Très aoi 
vent on voit le linge et les habits salis de rèces ou d*urine chez li 
stratigulés, même dans des cas oA Ton ne peut expliquer cet écoulemei 
par le transport de cadavre et par la position béante du sphincta 
Mais c'est encore un signe sans valeur dans le diagnostic, car i 
phénomène )se présente dans tous les genres de mort, surtout pot 
les morts subites même non violentes. Cela s'explique physiologiqiM 
imsnt pst Tarrèt de la circulation précipitant les mouvements péri! 
tal tiques des intestins. 



FBUDAISOM, STRÀMè^liÀttOll. — MLLOU StHANGULÀTOlRE. S5l 

1* NÉmaAni tiocAini tliR li c«lr. uLtéM stluMoLAtoiftt. 

Les réastioDS sur le cou donneroni dans tous les cas de strattga- 
klÎMi des résaltats importants ; sous ce rapport, les tégumetits mousi 
les os, les cartilagesi les faisseaui ont été l'objet de rechereiiis 
eembreuses. 

Les anciens regardaient la présence d'un sillon rouge Ueu ecchf- 
nosé autour du cou» comme la preute de la mort stningulatoire { 
dc|Niia P. Zaccbias, jusqu'à Foderé» on a euaeigné ^u'on siUoB 
eecliffliosé, tisible sur le cadavrC) est une preuve sâre qu'un homme 
TÎTant a été pendu, que l'absence d'un sillon ecchymose proufe» 
avec k même certitude» que la pendaison n's eu lieu qu'après la 
BMrt ; par conséquent, que l'homme n'est pas mort par strÉdgula« 
tioft. Daniel a dit {Instùul. nud. puhl. admmkr.^ 1778» in-A^ 
p. 108) : MaUf eeckymoiin semper locum Aafrert kmcientiM docuere 
wigiie. forens. scriptores* 

Celle théorie a été renversée au commencement de ce sièchi par 
ks Mservatians de Hersdorff, de Klein, Hiuse, Remer, Fleischmann, 
bqoirol et autres. Dès l'année 1826, j'ai Tait des eipériences k ce 
tajel ei dqiuis ce temps, j'ai eiposé mes résultats dans mes leçons 
ai dans mon journal (1). Bientôt après, Orfila fit des expériences 
Semblables dont les résultats s'harmonisèrent coaiplétement avec ce 
^•e j'avais trouvé. Maintenaut penonne n'admet plus que la pré^ 
d'un sillon ecchymose au cou est un signe constant et néce»* 
de la mort par étranglement, c'est-è-dire de l'étranglefflent 
mjwûlL eu lieu pendant la vie. Si l'on compare les observetions dee 
ladeua» ou voit que l'erreur provient de ce que le bmI eceliymose 
m*a pas été délim exactement. 

Sugillatîon, ecchymose, extravasation (daus le tissu eellolaire), 
seul dee expressions analogues et veulent dire la wrût du sang 
des vaisseaux et son épanchement dans le tissu celhilaire sous- 

(I) Woe)lmut^nfi, 1S37, n» I. DmkrwUrdiikeim sur med. SflitHk uatf 
SlÉatariMkim*. terfin, l»4S, p. SI. 



352 PARTIE THANATOLOGIQDE. 

cutané et dans les interstices des muscles. On peut férifier l'exis- 
tence d*un tel épanchement sur le cadavre en faisant une incision 
dans Tecchymose ; on voit alors ce sang épanché en quantité plus 
ou moins grande. Les colorations bleue, rouge, violette de la peau cpii 
se rencontrent quand il y a ecchymose, ne prouvent rien par elles- 
mêmes, puisqu'une seule hypostase cadavérique on une congestion 
sanguine produit une coloration semblable. Mais il y a encore les 
pseudo-ecchymoses (pseudo-sugillations), qui se forment lorsque, 
par nne pression sur le derme, le reflux des petits vaisseaux est 
arrêté et que la mort survenant, le sang reste dans cet état. Si l'on 
incise une telle pseudo-ecchymose, on voit perler des gouttes de 
sang, sortant des vaisseaux coupés, mais il n'y a pas de sang épanché 
dans le tissu cdlnlaire sous-jacent. Autrefois, on ne distinguait pas 
ces différentes sortes d'engorgements sanguins et on donnait le nom 
d'ecchymose à toute tache d'un bleu rouge, et les médecins légistes 
n'essayaient pas les € ecchymoses > avec le scalpel. C'est ainsi 
qu'est entrée dans la science la théorie du signe constant de la pen- 
daison, le sillon ecchymose. Il n'est pas possible de s'expliquer autre- 
ment, cette grave erreur qui s'est propagée pendant si longtemps 
et dans tant d^uuvrages. 

On trouve, dans presque tous les cas, la trace de l'instrument 
slrangulant en forme de sillon qui, chez les strangulés, correspond i 
la largeur de l'instrument ; il n'en est pas de même chez les pen- 
dus. Le sillon esl tantôt profom. de 2 à 3 millimètres, tantôt telle- 
ment superficiel qu'on ne le voit qu'en regardant de très près. Ch» 
les strangulés, il fait le tour du cou, chez les pendus, c'est très rare, 
cela n'arrive que dans les cas où l'on a employé un nœud coulant qui 
se ferme exactement par la pression exercée par le poids du corps, 
de sorte que l'homme est plutôt strangulé que pendu. Hais dans li 
plupart des cas, Tanseda cordon n*est pas fermée et Ton trouve toute 
la partie postérieure du cou sans sillon, le sillon monte derrière les 
oreilles et se dirige vers rarrière-téte. Il y a aussi d'autres parties du 
cou qui peuvent n'avoir pas de sillon, par exemple, lorsque, en mou- 
rant, la tête a été penchée de côté, le côté opposé ne présente aucune 



FBNBAlflONy STRANGULATION. — SILLON 8TRANGULAT0IRE. 353 

înce. Une forte barbe peut empêcher la formation d*an sillon et 
alors le cou n*a aucune trace, comme on le verra par l'observation 
iatéresstnte 276. Dans quelques cas, le sillon n'est pas uniformé- 
flieot creusé dans tout son pourtour, soit parce qu'on a employé des 
Golfes non uniformes, par exemple un fichu ayant des bords plus 
durs que le reste de l'étoffe, soit parce que l'on a plié en certains en- 
droits l'étoffe en double ou en triple, de sorte que, à une certaine place, 
le lien est très gros et serre fortement, tandis qu'à une autre, il 
touche à peine, alors le sillon est plus ou moins entrecoupé et pré- 
sente différents aspects et différents états. Voici quels sont les diffé- 
r«il8 états du sillon : 

Tantôt il présente une coloration d'un brun jaune sale avec une 
consistance dure d'un aspect parcheminé , il ressemble alors aux 
taches produites par des sinapismes ou vésicatoires qui ont été posés 
peu de temps avant la mort (sillon momifié) i quelquefois on y 
trouve, çà et là, de petites écorchures produites ptr des liens* durs, 
tels que les cordes de chanvres, qui frottent l'épiderme et favorisent 
l'évaporation (dessiccation). Il n'est pas rare alors, en coupant les 
bords du sillon, de trouver les pseudo-ecchymoses décrites plus haut, 
mais on ne trauve pas d'ecchymoses réelles. 

Tantôt il montre une coloration bleu ou clair, rouge sale ; il est 
nwu sous le couteau. 

D'autres fois il est peu ou pas coloré et est également mou sous 
le couteau. 

Souvent il offre des taches livides dans leurs bords , ce que les 
mteurs ont souvent mal interprété, ces colorations ne sont que des 
lividilés cadavériques comme on peut facilement le vérifier, mais rien 
moins que des traces d'ecchymose. Je répète que, dans beaucoup de 
cas, le même sillon présente ces trois formes. 

Un sillon bleu rouge foncé qui, à l'incision, présente du sang 
éfancké dans le tissu celluUire sous-cutané, est excessivement rare 
après la mort par pendaison ou strangulation. Je n'en ai jamais vu 
et si réellement il a été observé, il doit être considéré comme une 
Iriê rare exception. 

n. 93 



ibà PARTIE THANATOLOGIQOK. " 

Il est bien entendu que la putréraction avancée efface le 
atrangulatoire. 

On a prétendu que les différences de Tétat du sillon strangulatcNre 
dépendent des différences du lien strangulatoire ou des différentes 
positions du même lien par rapport à Tos hyoïde, et Ton a expliqué 
ces différences, parce que tantôt des corps mous, tantôt des corps 
durs étaient employés, que le liett était tantôt au-dessus, tantôt au- 
dessous du larynx. Ce sont là des thèset que ne confirme pas Tobser- 
valion. J'ai trouvé les liens les plus divers appliqués dans des po»* 
tions toutes différentes qui offraient des résultats tout à fait ana- 
logues, tandis que le même lien, placé dans la même position, présen- 
tait des résultats très différents. Du reste, cette question n'a aucune 
valeur, comme le prouvera le paragraphe suivant; ce qui est très im- 
portant en pratique, c*est de distinguer le sillon strangulatoire produit 
par rentorlillemenl du cordon autour du cou d'un nouveau né ; da 
(illon produit par une strangulation criminelle ; c'est facile à recon- 
naître sur le cadavre, nous y reviendrons plus bas. 

Quand la strangulation a eu lieu par la pression des doigts, on 
trouve des deux côtés du cou les traces de Timpression des doigts; 
ou bien une trace de chaque côté ou bien une d'un côté et deux 
l'autre. Il n'est pas rare surtout de reconnaître l'impression do. 
pouce. Ce sont des lâches rondes ou semi-lunaires ou tout à faiC 
irrégulières, quelquefois accompagnées d'égralignures d'ongles, 
c'est-à-dire d'écorchures de l'épiderme, ces taches^sont ordinaire- 
ment d'un brun jaune, parcheminées, non ecchymosées, elles son/ 
aussi quelquefois comme le sillon strangulatoire d'un bleu sale; 
enfin dans des cas exceptionnels, quand la mort n'a pas été immé- 
diate, elles sont réellement ecchymosées. 

Expériences sur le cadavre, — La certitude diagnostique, attri- 
buée à la présence du sillon strangulatoire, est très amoindrie par 
les expériences qui ont été faites par nous et par des médecins de 
Paris, expériences qui démontrent qu'un sillon strangulatoire peut 
être produit après la mort, de manière à ne pouvoir être distingué 
d'un sillon fait pendant la vie. Nous rapportons ici des expériences 



PENDAISON, STRANGULATION. —SILLON STRANGULATOIRE. 855 

fie pendaison faites après la mort qui prouveront ce que nous venons 
d'avancer. 

1* En avril 1855, je fis une expérience sur un homme mort 
depuis à peine un quart d'heure. Cet homme, âgé de quarante-cinq 
ans, était monté dans un fiacre pour se faire conduire à l'hôpital, et 
mourut chemin faisant. Le cadavre fui mis dans la chambre des 
morts, où nous nous trouvions par hasard. Après nous être assuré 
que la mort était réelle, nous flmes étrangler le cou du cadavre encore 
chaud avec un cordon de chanvre de 5 millimètres d'épaisseur, serré 
avec une grande force. Trois jours après, nous examinâmes le sillon. 
11 était d'un brun jaune très prononcé , mou sous le couteau , 
profond de près de 2 millimètres, sans ecchymose, et naturellement 
entourant tout le cou sans interruption, mais plus prononcé à gauche 
qa*à droite. La figure était pâle et affaissée. Il y avait une circon* 
itance accidentelle très curieuse, c'était une turgescence du pénis au 
méat duquel se trouvait un liquide muqueux, ne contenant pas de 
sperme. Bref, l'aspect extérieur du cadavre était tout à fait celui 
d'un homme mort par strangulation. L'autopsie montra que la cause 
de mort avait été une asphyxie prorduite par hépatisation du pou- 
mon droit et de la moitié du poumon gauche, qui les rendait imper- 
méables. La trachée- artère était remplie de liquide écumeux blan- 
châtre. 

2*" Un honune âgé de vingt-huit ans, mourut du typhus, le 
6 août 1827, à dix heures et demie du matin. Une heure après la 
mort, dont on ne pouvait douter, il lut pendu à six pieds de terre au 
mojea d'on cordon tourné deux fois au-dessus du larynx. Le lend»- 
main, à dix heures, le cordon fut coupé et le cadavre fut examiné 
par moi et deux de mes collègues. Le cadavre était encore frais. 
Les lividités cadavériques se trouvaient en grande partie ù la surface 
postérieure. Autour du cou, entre le larynx et l'os hyoïde, se trou* 
vait un double sillon parallèle, de 6 millimètres de profondeur ; 
les bords da sillon étaient colorés en bleu jaune brun. Ce sillon avait 
tant à fiait l'aspect de ceux qui sont formés sur le cou des hommes 
vivants. Il y avait surtout des places plus colorées an c6té 



356 PARTIE THANATOLOCIQUE. 

droit du cou, à 2 centimètres de l'apophyse mastoîde. La peau était 
dure à couper et parcheminée. A plusieurs endroits, elle était légè- 
rement excoriée. L'incision du sillon ne montra pas de sang ni 
d'ecchymose. La peau et même les muscles étaient seulement 
colorés en i^iolet, ce qui, évidemment, était un phénomène cada?é- 
rique. 

S^'Le 21 septembre 1827, un jeune homme mourut de phthi»e 
pulmonaire. Une heure après la mort, on pendit le cadavre comme 
dans le cas précédent, et il fut examiné le lendemain. Tout autour 
du cou, au-dessus du larynx, il y avait un double sillon, dans lequel 
on distinguait très nettement la disposition du cordon. Le sillon rouge 
brun parcheminé pénétrait au-dessous du derme, dans le tissu cellu- 
lulaire; il n'y avait ni épanchement de sang ni coloration des muscles, 
mais le derme était bruni et comme brûlé dans tout son tissu. La 
veine jugulaire, qui ne proéminait pas beaucoup à l'extérieur, était 
très remplie à Tintérieur. 

h"" Un homme de vingt-sept ans était mort d'hydropisie. Deux 
heures après la mort, il fut pendu. Il présenta les mêmes résultats 
que dans le cas précédent, excepté que la couleur jaune brun était 
plus visible des deux côtés, près des apophyses masthoîdes. 

5o Une femme de trente-deux ans se noya le i"*^ janvier 1816 ; et ne 
resta que quelques heures dans l'eau, on lui serra, douze heures 
après la mort, un cordon autour du cou; il y avait déjà rigidité cadavé- 
rique. On laissa le cordon pendant vingt- quatre heures. Dix heures 
après, nous examinâmes le sillon. Celui-ci était très prononcé, pro- 
fond de h millimètres, il parcourait toute la circonférence du cou 
et était coloré en brun sale, au côté gauche du cou et à la nuque ; 
mou sous le couteau et ayant tout à fait l'aspect du sillon produit par 
la strangulation pendant la vie. 

L'expérience était d'autant plus instructive que nous pouvions 
comparer avec le cadavre d'un suicidé de soixante et dix ans, qui 
s'était pendu, disait-on, pour ne pas mourir de faim. En effet, ce 
sujet très amaigri, était mort de neuroparalysie, il présentait un 
estomac contracté, ayant les dimensions du gros intestin. Quant au 



PENDAISON y STRANGULATION. — SILLON STRANGULATOIRE. 367 

sillon, il éUiit beaucoup moius visible que celui qui avait été produit 
artificiellement sur l'autre cadavre. 

6'' Le 17 août 1827, dans Taprès-midi, un homme mourut de 
neuroparalysie. Treize heures après la mort, il fut étranglé au 
moyen d*un cordon placé au-dessus du larynx, avec autant de force 
que possible; six heures après, le cordon fut enlevé. Je trouvai un 
sillon facile à efiacer sans coloration ni altération de la peau. 

7* Le même jour, une femme était morte d'un cancer de l'utérus. 
Six heures après la mort, on lui posa un cordon double au-dessous 
di larynx et on serra fortement. Le lendemain matin, le cordon 
f«t détaché et dans la journée j'examinai le cadavre; je ne'trouvai 
rien du tout, on pouvait à peine retrouver la place où le cordon 
avait été placé. 

8"* Vingt^quatre heures après la mort qui avait succédé à une 
phtbisie pulmonaire, on posa sur le larynx d'un homme un cordon 
disposé de telle sorte que le nœud se trouvait en avant et on serra le 
cordon fortement. Le jour suivant, 18 août 1827, je dénouai le 
cordon et je trouvai le sillon peu profond, on voyait toutes les 
empreintes du lien, mais il n'y avait ni coloration , ni dureté de la 
peau, ni aucune tache remarquable. En incisant ce sillon, on ne 
troova rien comme dans les cas précédents 6 et 7. 

9^ Le même jour, un homme mourut d'ascite, le lien fut mis 
tringt' quatre heures après la mort, au-dessus du larynx et fut serré 
Enriement , et plus tard il fut impossible de reconnaître l'endroit où 
le cordon avait été serré. 

10* Une fille d'un an et demi, mourut le 25 août 1827. Le jour 
nn^anl on cordon mince fut serré fortement sur le larynx. Après 
fingt-qnatre heures, on dénoua le cordon; il y avait, autour du cou, 
in sillon bleu très mince, sans concavité, mais très visible. On ne 
trouva aucun épanchement à l'incision. 

Dans tous ces cas, les cadavres qui ne furent pas strangulés, 
fiurent pendus en les abandonnant au seul poids de leur corps. Hais 
le sillon est beaucoup plus visible si, en pendant le cadavre avec un 
aood eoolanty on tire fortement le tronc, ou en pressant sur les 



868 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

épaules, ou en tirant par les pieds, de sorte que le nœud coulant se 
ferme avec de plus en plus de force. 

Il ne faut que quelques minutes, même si la mort date de fin- 
sieurs jours, pour produire de cette manière un sillon profond, uni- 
forme d'un brun jaune sale, plus ou moins dur, nous citons ici quel- 
ques-unes des nombreuses expériences que nous avons faites. 

Il"" Un aliéné très maigre, mort à Tftge de quarante-si;c ans 
d'une paralysie, présentait, soixante heures après la mort (-4- l^-^'à 
-4- 15^ R.), les téguments du ventre déjà verts. Le cadavre fat 
pendu et tiré par les pieds ; deux heures après, le lien Ait coupé. Le 
sillon était très visible, large de A millimètres, profond de 2 millimè- 
tres, coloré en jaune sale et momifié. 

12'' Une fille de neuf ans, morte de phlhisie, fut traitée de la 
même manière, quarante-huit heures après sa mort. Trois heures 
après, le cadavre fût examiné. Le sillon était très visible, quoique 
entrecoupé à droite et à gauche ; il était large de A millimètres et 
profond de plus 2 millimètres, coloré en jaune brun et momifié. 

13<) Une femme de vingt-deux ans, très maigre, morte de phthisi^ 
pulmonaire, fut pendue de la môme manière, deux jours après sm 
mort. Le ventre était déjà vert. Après un quart-d'lieure, le lien fut 
coupé. Nous trouvâmes un sillon large de S millimètres, profond do 
h millimètres, tournant autour du cou, sans interruption d'un jaune 
sale, mou sous le couteau. 

1A° Une vieille femme de soixante et dix ans, très maigre, était 
morte d'une maladie inlerne depuis trois jours, elle avait le cou 
décharné, les téguments du ventre verdâtres, elle fut pendue et tirée 
fortement par les pieds. Cinq minutes après, nous trouvâmes an 
sillon non interrompu, tournant autour du cou, profond de 2 milli- 
mètres, d'un jaune sale, mais encore mou. 

Très souvent, le siUon des suicidés par pendaison est moins pro- 
noncé que les sillons produits artificiellement dans ces expériences 
que tout le monde pourra répéter. 

De ces expériences, il résulte : qu'un lien avec lequel un homme 
est pendu ou étranglé même quelques jours après la mort^ smr- 



PENDAISON, STRANGULATION. ~ CAROTIDES. 560 

(oui #1, pendant la pendaison, le cadavre est ItW par les pieds 
ou les épauleSf peut produire absolument le même sillon que 
celui qui est observé ordinairement chez les hommes pendus 
vivants^ 

Je déclare que Je suis arrivé, par ces observations, à la conviction 
que le sillon straogulatoire n*est qu'un phénoniène cadavérique, qu'il 
n'a par conséquent aucune valeur diagnostique. Cette opinion eal 
basée aussi sur ce que la mort des pendus se fait tellement vite, 
que la production du sillon dans toutes ses formes, ne peut avoir 
lieu qu'après la mort. Cette assertion est encore confirmée par les 
observations que l'on peut faire sur les pendus qui sont sauvés, quand 
on leur coupe le lien assez tôt Chez ces individus» nous avons trouvé 
presque toujours le cou complètement normal, quelquefois, il y avait 
quelques traces de sillons bleu rouge qui (chez ceux qui restaien' 
rivants) avaient l'aspect d'ecchymoses. 

Quant à la momification du sillon, qui est si fréquente, elle ne se 
Tait évidemment pas pendant la vie, puisqu'elle est le résultat de 
l'éiraporation des liquides du cadavre et est toujours un phénomène 
pos$ mortem. 

D'après cela, le sillon strangulatoire doit être mis sur la même 
ligne que la macération des mains et des pieds, observée chez les 
cadavres tirés de l'eau, phénomène que je démontrerai être cadavé- 
rique, tandis qu'on l'a regardé longtemps comme un signe de mort 
par submersion. 

La grande importance de ces observations sur le sillon strangula- 
toire est prouvée dans les cas assez fréquents où les assassins pendent 
Irars victimes immédiatement après leur crime, afin de faire croire k 
aa sttieide. QoestioQ que le médecin légiste a à résoudre (voy. obs. 
72, 277, 282, 283). 

3* MUSCLIS DU cou, OS HTOÏDE, LARYNX, VERTÈBRES CERVICALES, CAROTIDES. 

Je vais examiner, dans ce paragraphe, les lésions locales du 
Gou, antres que le sillon strangulatoire : déchirure des muscles 



860 PARTIE THAIfATOLOGIQUB. 

sterno-cléido-nrastoïdien, sterno-thyroidien, et hyo- thyroïdien, da 
sterno-hyoïdien et du pharynx ; luxation et fracture de 1*08 hyoïdien ; 
fractures des cartilages du larynx, déchirure des ligaments des ver- 
tèbres cervicales, luxation et fracture des vertèbres cervicales. 

Quand des observateurs comme Morgagni, Valsava, Bohm, Krom- 
bholz, Mildner, pour ne pas dire Orfila, qui n*est pas toiyoors exact, 
et Remer qui n'a cité que des observations étrangères, qu'il qualifie 
lui- môme comme € pas toujours exactes, > disent avoir vu les acci- 
dents que nous venons d'énumérer produits par la strangulation du 
cou, on ne peut pas douter de la fidélité de ces observations. Cepen- 
dant tout expert expérimenté sait que chacune de ces lésions est 
une exception qui se présente sous des circonstances toutes parti- 
culières (1), et, quant à moi, je n'ai jamais vu une lésion de cette 
espèce au cou des strangulés. Si, dans un cas, on rencontre un de 
ces phénomènes avec des signes évidents de réaction vitale, ce sera 
une preuve certaine de la strangulation pendant la vie, car mes 
expériences sur le cadavre (page 18 A, partie spéciale) ont prouvé ^ 
que les fractures de Tos hyoïde et du larynx ne peuvent être produitesE 
après la mort, quelque grande que soit la force qui est mise en ac — 
tion. On voit donc que l'absence de ces lésions ne peut pas du tou^ 
prouver qu'il n*y a pas eu mort par strangulation. 

Amussat le premier, en 1828, a observé la rupture des mem • 
branes interne et médiane de la carotide^ et en a parlé comme d'un 
signe de strangulation pendant la vie. Ce n'est que récemment que 
cette question a été discutée et approfondie sérieusement, elle a été le 
sujet d'expériences sur le cadavre ; les résultats contraires auxquels 
on est parvenu, m'ont engagé à faire des recherches sur tous les 
cadavres de pendus qui ont été à ma disposition ; ces expériences 
nombreuses ont été faites sans prévention, j'y ai mis d'autant plus de 
soin que, convaincu du peu de valeur du sillon strangulatoire, j'ai 

(1) Par exemple dans les exécutions de peine de mort, lorsque le bourreau, en 
pressant sur les épaules du condamné, ajoute son poids à celui du corps du pendu, 
ou bien dans le cas d*un matelot qui tomba du haut d'un mât et fût étranglé par 
un litn sur lequtl il tomba avec violence. {Archiv. gén, de méd.t avril 1857.) 



PENDAISON , STRANGULATION. — CAUOTIDES. 361 

cherché quel pourrait être le critérium digne de confiance de la stran- 
gulation. Les observations des autres médecins sont les suivantes : 

Dever|;ie (loc. cit.) a trouvé, parmi treize pendus, une fois, une 
rupture de la membrane interne de la carotide gauche, non suffisam- 
ment décrite. 

Mildner (Pra^er Vierleljahrsscrifty 1850, III p. 167) a trouvé 
sur un pendu de quarante- huit ans, très gras, qui s*était pendu avec 
une corde de chanvre de la grosseur d*un petit doigt, la carotide 
gauche, à l'endroit correspondant au bord inférieur du sillon, pré- 
sentant deux déchirures transversales de la membrane interne. La 
déchirure supérieure avait une longueur de 6 millimètres, l'infé- 
rienre une déchirure de A millimètres; elles étaient parallèles et sépa- 
rées d'un centimètre. Les bords de la petite plaie étaient un peu 
renversés, non sinueux et très colorés en rouge par imbibition. Le 
fond de la plaie était la membrane celluleuse qui semblait d'un bleu 
rouge dans l'étendue d'un haricot, couverte de sang, injectée et infil- 
trée de sérosité sanguinolente. Toute la carotide était, dans ce cas, 
peu élastique et déchirée. 

Simon (1) trouva la déchirure deux fois sur six pendus qu'il 
observa. Dans les deux cas, il est question d'une c légère lésion de 
la membrane interne », mais sans qu'il soit fait mention de réaction. 
Simon cite Faler qui a vu deux déchirures et Klotz qui en a vu une 

Kussmaul (2) rapporte que son père a vu trois fois la rupture chez 
des pendus et lui-même une fois. Ces deux observateurs entrent dans 
le vif de la question et citent leurs expériences qui valent la peine 
d'être méditées. 

Wallmann (3) rapporte qu'il a observé, après un coup de pied de 
cheval dans la région inguinale, une déchirure transversale, large de 
i 1 millimètres des membranes interne et médiane de l'artère cru- 
rale droite, au-dessous du ligament de Poupari. 

A cette occasion Wallmann dit que chez des suicidés il n'a jamais 

(!) Vvrchou/iArck., 1857, XI, 4. p. 297 et suiv. 

(2) /M., 1858, XIII, 1, p. 60 et suiv. 

(3) Oulêrr. Imùckr. fiir pract. Hmlk., i858, n* 6 et 7. 



862 PARTIE TUANATOLOGIQUE. 

VU une déchirure de la carotide, pas même chez deux individus 
maigres, i long cou qui s'étaient servis d'un cordon très mince et qui 
présentaient un sillon très profond, lequel était situé cbei i*un aa- 
dessus, chez Tautre au-dessous de l'os hyoïde. 

Ces trois derniers observateurs ont aussi fait des expériences sur 
le cadavre, ainsi que Malle. Sur quatre-vingt-deux corps pendus ou 
Btrangulés après la mort. Malle trouva seulement deux fois des déchi- 
rures, Simon en trouva une fois sur trois individus qui avaient été 
pendus après la mort, trois sur six strangulés; Wallmann, dans des 
expériences faites avec le professeur Engel, ne réussit dans aucun 
cas même en se servant d'un fil de fer comme lien. 

Quant à moi, parmi mes observations de pendus, qui sont très 
nombreuses, car à Berlin c'est le mode de suicide le plus fréquem- 
ment employé, je n'ai observé que deux fois une rupture de la mem- 
brane interne de la carotide. Voici des observations détaillées à pro- 
pos de ce phénomène : 

1^ Le cadavre encore frais d'un menuisier Ait examiné trois jours 
après sa mort qui avait été le résultat d'une pendaison. On avait 
trouvé le cadavre très haut dans un arbre du parc; il y avait chair de 
poule très prononcée. Dans l'urèthre on trouva un liquide contenant 
des spermatozoaires. Le sillon strangulatoire situé au-dessus du la- 
rynx, tournait autour du cou ; à droite il était peu prononcé, à gauche 
il était un peu rouge bleu, large de 2 millimètres et sans ecchymose. 
Le cordon avait dû serrer en cet endroit très fortement. Ajoutons 
que le corps était très lourd, de sorte qu'il y avait certainement 
toutes les conditions favorables pour une déchirure. On trouva effec- 
tivement une double rupture des deux membranes interne et médiane 
de la carotide gauche. La rupture supérieure était longue de 2 milli- 
mètres, l'inférieure de 3 millimètres, parallèles et séparées l'une de 
l'autre de 8 millimètres. La rupture supérieure avait une auréole 
bleuâtre longue de 2 millimètres et était faiblement ecchymosée, les 
bords n'étaient pas renversés; l'inférieure était moins remarquable etne 
présentait pas d'indice d'ecchymoseni d'imbibition. Les deux carotides 
étaient athéromateuses (ossifiées). Pas de phénomènes aux vertèbres 



PENDAISON, STRANGULATION. -7- CAROTIDES . SOS 

(ce qui cependant n*aurait pas été extraordinaire dans ce caa). 
Les jugulaires étaient gorgées ; l'asphyxie avait eu lieu par hypéré- 
mie des artères pulmonaires. 

2** Le 25 mars le maçon R..., âgé de trente ans, se pendit dans sa 
maison, le lien fut coupé bientôt après, on lui ouvrit la veine jugulaire 
et Ton fit une saignée au bras ; mais le pendu ne put ôtre sauvé. Le 
lendemain le cadavre fut examiné. Je ne me rappelle pas avoir jamais 
vu un sillon si peu prononcé ; cet homme avait le faciès pâle, les yeux 
fermés, la langue à sa place ordinaire, des lividités au cou. Tout autour 
du cou qui était gros et court se trouvait un sillon large de 3 millimè* 
très, superficiel, blanc et mou, qui était un peu plus visible à droite 
qu'à gauche et à la nuque, le sillon était situé entre le larynx et l'os 
hyoïde ; en remuant le cadavre on vit s'écouler de la veine jugulaire 
beaucoup de sang foncé et liquide. Les carotides furent ouvertes, elles 
contenaient encore un peu de sang. La carotide droite présentait au- 
dessous de sa bifurcation, à l'endroit qui correspondait au sillon, une 
déchirure très fine de la membrane interne de la paroi antérieure. Celte 
déchirure avait 3 millimètres de longueur et était très faiblement 
colorée; il n'y avait ni tuméfaction ni renversement des bords, et la 
déchirure avait absolument l'aspect d'une déchirure artificielle faite 
sur le cadavre. La carotide gauche ne présentait rien, les deux caro- 
tides étaient trèsathéromateuses. Il était très curieux de trouver une 
rupture dans ce cas où le lien n'avait fait qu'un sillon si peu pro- 
noncé. La mort avait eu lieu par hypérémie du cœur et des poumons. 
La trachée-artère était injectée, enduitedemucussanguinolent, le cœur 
droit très rempli de sang foncé et liquide, de même les grands vais- 
seaux et la veine cave ascendante, les poumons hypérémiques ainsi 
que les reins. Pas de spermatozoaires dans l'urèthre. 

Excepté dans les deux que je viens de rapporter, je n'ai jamais 
trouvé une rupture de la membrane interne de la carotide, quel que 
soit le corps strangulant ou sa position sur le cou. 

3* Le cas suivant donna lieu à une série d'expériences sur le 
cadavre J'en citerai quelques-unes des plus importantes. Un cocher 
de trenle-lrois ans, robuste , grand de 1 mètre 78 centimètres , se 



S6& PARTIE THANATOLOGIQUR. 

pendit. Le lendemain nous trouvâmes le sillon entre le larynx et Tos 
hyoïde y large et peu profond , d'une couleur jaune brun, mon, plos 
prononcé à gauche qu*à droite ; la carotide droite fut retirée avec 
une pince comme à l'ordinaire, elle était très athéromaleuse; il y avait 
une déchirure de la membrane interne longue de 5 millimètres, 
dentelée avec faible imbibition sanguinolente des bords. Les circon- 
stances de Tautopsie firent soupçonner que cette déchirure avait été 
produite artificiellement avec la pince, alors l'artère fut pincée deui 
fois et nous produisîmes de suite à l'intérieur y deux déchirures tout 
à fait analogues à la première qui, après quelques minutes, s'imbi- 
bèrent du sang qui se trouvait encore dans l'artère. Comme contre- 
preuve on retira la carotide gauche, mais sans se servir d'une pince, 
on n'y trouva pas de rupture, on pinça l'artère trois fois et on pro« 
duisit trois déchirures. 

V L'ouvrier N. . ., âgé de quarante-six ans, mourut de phthisie pul- 
monaire. Deux heures après la mort, le cadavre encore chaud ayant 
le cou très maigre fut pendu avec un cordon de chanvre très mince, 
large seulement d'un millimètre 1/2, puis le corps fut fortement 
tiré par les pieds. L'examen fut fait deux jours après. Le sillon 
placé très près et au-dessus du larynx allait sans intermption de 
chaque côté jusqu'aux apophyses masloïdes, large d'un millimètre 1 /2, 
d'un jaune brun sale, parcheminé, non ecchymose et très prononcé. 

La carotide droite fut retirée avec beaucoup de précaution sans 
que Ton se fût servi d'une pince. Elle était intacte. On pinça trois 
fois l'artère et on fit trois ruptures des membranes internes â bords 
lisses qui ne s'imbibèrent pas de sang parce que le sujet était très 
anémique. La carotide gauche fut retirée de la manière ordinaire avec 
la pince, et à l'endroit correspondant à celui où on avait touché il 
y avait une rupture de la membrane interne large de h millimètres. 

6° Un homme de trente-cinq ans qui s'était suicidé au moyen d'une 
arme â feu fut strangulé le lendemain avec un cordon de chanvre large 
de 5 millimètres. Les deux carotides furent préparées sur place sans 
pincette et furent ouvertes. On ne trouva pas la moindre Irace de 
rupture. Par une pression modérée avec la pince on produisit des 



PENDAISON, STRANGULATION. — CAROTIDES. 366 

ruptures à bords lisses qui ne s'imbibèrent qu'après doute heures 
parce que ce sujet était très exsangue. Un morceau de l*artère bra- 
chiale traité de la même manière, donna les mômes résultats. 

6° Le cadavre maigre d'une fille de neuf ans morte d'une maladie 
interne fut pendu quarante-huit heures après la mort avec un cordon 
lai^e de à millimètres, le cadavre fut tiré fortement par les pieds et 
retiré après trois heures. La carotide droite fut préparée avec des 
doigts, il n'y avait qu'une faible empreinte, pas de rupture; pour la 
carotide gauche on se servit de la pince, il n'y avait également qu'une 
empreinte^ Il fallut une forte pression avec la pince ponr produire 
une rupture de le membrane interne. L'élasticité et l'état sain de la 
carotide de cet enfant expliquent ce résultat. 

7"" et S"* La même chose fut observée sur une fille de sept ans et 
demi qui avait été étranglée par sa mère, laquelle se pendit ensuite. 
Chez cette enfant aussi il fallait une forte pression pour produire une 
rupture de la membrane interne de la carotide. La mère n'avait pas 
de lésion à la carotide, mais on pouvait en produire facilement. 

^ Un morceau de l'artère crurale d'un homme de cinquante-six 
ans mort depuis quatre jours fut légèrement pincé et ou vit une rup- 
ture large de 2 millimètres, des deux membranes interne et médiane. 

Des expériences analogues ont été répétées sur beaucoup de ca- 
davres avec le même résultat , mais, comme l'observe avec raison 
Mildner, il n'est pas même besoin d'employer une pince, une simple 
pressioik.avec les ongles des doigts suffit pour produire la rupture 
surtout dans les carotides si fréquemment athéromateuses de sujets 
an-dessus de trente-cinq à quarante ans ; c'est ainsi que l'on pro- 
duit, sur le vouloir, une phénomène artificiel qui peut induire en 
erreur surtout si les bords de la petite plaie s'imbibent de sang. 

En voici encore quelques exemples : 

10* Un aliéné fut pendu après sa mort et tiré fortement par les pieds, 
on vit dans la carotide droite qui fut retirée sans instrument deux 
déchirures Tune 2 centimètre 1/2 au-dessus, l'autre 1 centimètre 
au-dessous du sillon très profond. Nous soupçonnâmes que ces rup- 
tures avaient été produites par les ougles des doigts du préparateur; 



360 FARTIB THANATOIOOIQUE. 

nous en eûmes la preuve par la carotide gauche qui, laissée en place, 
était intacte, mais qui, retirée par la même personne, montra les 
mêmes ruptures produites par les mêmes ongles. 

11"* Un ouvrier de trente-huit ans se tua par un coup de pistolet 
dans la bouche. Les deux carotides Corlement atbéromateuses furent 
retirées avec les doigts, dans la carotide gauche se trouvait une 
petite rupture de la membrane interne en forma triangulaire. 

12® N..., tisserand, âgé de trente-six ans, se pendit au mois de 
septembre; après cinq jours (+ i2*' à+16* R.) , la putréfaction était 
très avancée. Le sillon produit par un nœud coulant tournait au- 
tour du cou. Les deux carotides furent retirées sans pmce, les vais- 
seaux étaient déjà couleur rouge pourpre à cause de la putréfaclion , 
mais intacts. Les empreintes de doigt sur les carotides retirées pro- 
duisirent très facilement des ruptures. 

l'a"" Un homme de trente-six ans fit une tentative de pendaison, 
on coupa le lien, mais cependant il mourut après quelques heures. 
Le sillon était très curieux , il était tout à fait superficiel k gauche 
du cou et d'une couleur rouge bleu. Néanmoins il n'y avait pat de 
trace d'ecchymose dans le tissu cellulaire sous-cutané. La carotide 
fut retirée sans pince, elle était athéromateuse mais intacte ; deur 
pressions avec la pince produisirent facilement deux ruptures. A 
droite, où le sillon était peu visible , la pince fut employée pour 
retirer la carotide , et on trouva aux endroits correspondants des 
ruptures de membranes internes et médianes de l'artère. Les on- 
gles produisirent effectivement, avec facilité , de pareilles dé- 
chirures. 

lA"* et lô\ Dans ces deux cas on réussit à produire la rupture 
des carotides sur le cadavre. 

Une femme maigre, âgée de soixante-dix ans. Ait pendue au moyen 
d'un nœud coulant fait à un cordon large de 5 millimètres, deux jours 
après sa mort. Elle fut tirée fortement par les pieds, elle ne resta 
pendue que cinq minutes et pourtant le sillon était très profond et 
d'un jaune brun. La carotide droite fut ouverte sur place, on y trouva 
une rupture dentelée longue de à millimètres, sans tuméfaction des 



PENDAISON, STRAIfOULiTlON.-^ SYMPTÔMES INTERNES. S67 

bords, qui s'imbiba au bout d*un quart d'heure. La carotide gauche 
était iotacte. 

Une femme Agée de vingi-deux ans, également très maigre, fut trai« 
tée de la même manière le lendemain de sa mort. Après deui heures 
de pendaison, le sillon n'était pas si prononcé que dans le cas prè^ 
cèdent. La carotide gauche ouverte sur place était athéromateuse, 
mais intacte. Maniée avec la pince et les ongles, elle offrit des rup- 
tures. L'artère carotide droite était également athéromateuse et 
présentait aux parois antérieures une déchirure de 3 millimètres de 
la membrane interne. 

D'après tout ce qui précède on peut conclure : 

1** Dans des cas très rares il se forme chez des pendus (stran- 
gulés ) une rupture des membranes internes des carotides; 

2'' Il s'ensuit que l'absence de ce signe sur le cadavre ne peut 
pas faire admettre qu'il n'y a pas eu mort par pendaison ; 

3** Ces ruptures peuvent être également produites par pendaison 
après la mort ; 

h"* La présence de réaction vitale peut seule prouver que la stran- 
gulation a eu lieu pendant la vie. Une seule imbibition sanguinolente 
des bords ne prouve rien ; 

b"" La rupture des membranes peut très facilement être produite 
par mégarde en préparant l'artère ; 

ô"" Les conditions pour la production de ces ruptures chez un 
vivant Mmblent être surtout : constriction très violente du cou par le 
lien, maigreur du cou, surtout état alhéromateux des carotides. 

4® STMPTdmCS nfTCSNES. 

Après ce que nous avons dit plus haut sur la mert physiologique 
des pendus et des strangulés et sur la mort par asphyxie en général, 
nous avons peu de chose à ajouter. Si la mort a eu lieu par apoplexie 
cérébrale, on trouve dans les organes de la tète une hypérëmie générale 
(pas une hémorrhagie qui, même chez les vieillards, est très rare), si 
toolelim, bien entendu, le sang n'a pas été évaporé par la potré- 



SOS PARTIE THANATOLOGIQinS 

faction. Or c'est ce qui arrive souvent, car les suicidés ordinairement 
choisissent des endroits déserts pour se pendre, et alors le cada^ 
n*est souvent trouvé qu'après plusieurs semaines ou plusieurs mois. 

Si la mort a eu lieu par apoplexie pulmonaire ou asphyxie pro- 
prement dite, on trouve rhypérémie ou bien dans tous les organes 
de la poitrine ou principalement dans les poumons, ou seulement 
dans le cœur droit, et le sang est liquide et foncé. L'injection 
rouge de la muqueuse trachéale dans ces cas est habituelle, mais 
récume sanguinolente dans la trachée manque plus souvent dans ce 
genre d'asphyxie que dans celui qui est produit par des gas irrespi- 
rables ; on trouve toujours une hjpérémie des veines de la cavité 
abdominale. 

Il est assez fréquent de ne trouver, au lieu des hypérémies crâ- 
nienne ou thoracique, que des résultats tout à fait négatifs, lorsque la 
mort a eu lieu par neuroparaljsie. Si dans un cas particulier il y a 
probabilité qu'une mort par apoplexie ou suffocation autrement qne 
par la strangulation et que le décédé n'a été strangulé qu'après la mort, 
le diagnostic peut être très difficile. Mais cette difficulté est encore 
bien plus grande si l'aùtopsie ne présente que des résultats négatifs. 
Si, enfin, dans un tel cas les symptômes locaux au cou sont absents 
ou si l'on ne peut savoir s'ils ont été produits après la mort , alors 
l'expertise médicale n*est d'aucun secours, car elle ne peut donner 
aucun renseignement, et la justice est obligée d'aller chercher des 
probabilités dans les circonstances de toutes sortes qui ont entouré 
la mort. 

Les cas de celte espèce ne sont pas très rares, ils se présentent 
surtout à propos des nouveau-nés qui naissent dans des endroits 
froids et humides et meurent bientôt après leur naissance de neuro- 
paralysie (ou même d'apoplexie), sans qu'il y ait eu aucune manœuvre 
criminelle de la paît de la mère, puis celle-ci quelquefois entoure alors 
le cou de son enfant d'une corde afin qu'il ne puisse revivre; j'en ai 
vu des exemples. Dans un autre cas très difficile l'enfant nouveau- 
né fut trouvé dans un tonneau rempli d'eau, enveloppé d'un tablier 
et étranglé par le ruban de ce tablier. Il fallait décider si, comme le 



PENDAISON, STRANGULATION. - OBSERVATIONS. 369 

disait la mère, Tenfant avait succombé à une moit naturelle bient6t 
après la naissance, et si elle avait seulement caché le cadavre et 
entouré par hasard, après la mort, le cordon du tablier autour du 
cou de Tentant, ou bien si Tenfant était mort d'asph;xie par stran- 
gulation. 

Obs. 264. — Suicide par pendaison, Hypévénm cérébrale. 

Une femme grasse , âgée de soixante et dix ans, s'était pendue pendant la nuit. 
On trouva à Tautopsie une hypérémie dans la tête, surtout dans les sinus ; les 
poumons étaient pâles et exsangues, ainsi que le cœur droit; le cœur gauche était 
Tide. Les grandes veines exsangues, la trachée pâle et vide , la tôle tout à fait 
rouge bleu, les lèvres très ecchymosées, la langue tuméfiée, étranglée entre les 
dents. Le sillon strangulatoire non interrompu tout autour du cou prouvait qu'elle 
s'était servie d'un nœud coulant. Au cdté droit du cou le sillon était d'un bleu 
rouge dans l'étendue de 3 centimètres, à la nuque il était large de 2 centimètres, 
momifié, jaune brun, dur sous le couteau, non ecchymose. Ce cas prouve que l'on 
peut trouver un sillon ayant dans ses différentes parties des états différents, et que 
par conséquent le même lien peut produire des résultats divers. 

Obs. 265. — Suicide par pendaison. Hypérémie cérébrale. 

Un tiomme de trente-six ans, mort au mois de février, depuis sept jours, fut 
disséqué. Le lien était sur le larynx ; le sillon était peu profond et visible seule- 
ment à droite depuis le larynx jusqu'à l'oreille ; il était d'un bleu gris, mou sous le 
couteau, non ecchymose et large de 6 millimètres ; il y avait chair de poule aux 
deux cuissei, la pointe de la langue était entre les dents, le faciès pâle, les yeux 
aflaissés, la trachée pâle et viJe, les poumons normaux, le cœur droit était très 
rempli de sang peu liquide, mais le cœur gauche en contenait aussi. Dans le crâne 
l'hypérémie était très prononcée, il était facile de reconnaître qu'elle avait causé la 
mort. 

Obs. 266. — Suicide par pendaison. Hypérémie du cœur et des poumons. 

Un homme inconnu, d'une quarantaine d'années, fut trouvé pendu. Sa langue 
était à la place ordinaire, des fèces avaient coulé hors de l'anus, des spermalo* 
zoatres se trouvaient dans l'urèlhre. Le sillon passait sur le larynx et se dirigeait 
vers l'apophyse niasto'ïde, d'un jaune sale, large de 6 millimètres, mou et non 
ecchymose; dans le cerveau il y avait une certaine quantité de sang, la muqueuse 
de la trachée était injectée el d'une couleur vermeille, la carotide intacte, les pou- 
mons hypérémiques, le cœur droit gorgé de sang foncé et épais, le cœur gauche 
vide, les grands vaisseaus remplis, la veine cave remplie. 

Obs. 267. — Suicide par pendaison. Hypérémie pulmonaire. 

Un homme de soixante ans s'était pendu depuis quatre jours au mois de février, 
lorsque nous en fîmes Pautopsie. Le cadavre ^tait 1res frais, la face pâle, les yeux 
U. 24 



370 PARTIE THANATOLOGIQtJE. 

affaissés; la langue, luméBée, sortait de la bouche, le pénis était lonf de 10 een- 
timètres et avait presque l'air d'être en demi*érection, on n'y trouva cependant 
aucun spermatozoaire. Le sillon slrangulatoire, profond de 2 millimètres, tournait 
autour du cou sans interruption et paraissait au-dessous du larynx, d*une couleur 
brun jaune, dur sous le couteau, sans trace d'ecchymose. L'arachnoïde atait l'al- 
tération que l'on trouve chez les buveurs, les enveloppes du cerveau étaient hypé- 
rémiques, mais Içs plexus, le cerveau, le cervelet et les sinus ne l'étaient pa». Le 
poumon gauche Fortement rempli de sang foncé et liquide, le droit moins, et tons 
les deux œdémateux. Les artères coronaires du cœur étaient très remplies, le cœur 
droit et les grands vaisseaux étaient gorgés d'une grande quantité de sang. Le larynx 
et la trachée étaient vides et en partie injectés, la carotide et les vertèbres intactes. 
La rate et les reins assez remplis de sang, la veine cave gorgée. 

Obs. 268. — Suicide par pendaison. Hypérémic pulmonaire. 

Un homme de ving-huit ans se pendit au mois de mai. La conjonctive était assez 
injectée, la face rouge, les deux oreilles bleues, la langue d'un bleu rouge entrf 
les lents, les parties sexuelles normales, les cuisses salies de fèces. Le sillon situé 
entre le larynx et l'os hyoïde était brun , parcheminé, non ecchymose et seulemeni 
visible du côté droit du cou, les bords incisés montrèrent des gouttes de saof 
sortant des petites veines remplies ; la dure mère hypérémique, la substance céré- 
brale et les plexus assez remplis de sang, et les sinus très gorgés. Le larynx et 
la trachée d'un brun cerise de putréfaction étaient intacts ; la muqueuse enduite 
de liquide visqueux, les coronaires remplis de sang, le cœur grand contenait, 
dans son côté droit, beaucoup de sang ayant la consistance du sirop, les deux 
poumons très foncés, très hypérémiques, très œdémateux. 

Obs. 269. — Suicide par pendaison, llypérèmie pulmonaire . 

Un homme de trente-deux ans s'était pendu. Il avait le faciès pâle , la langue 
derrière les dents à sa place ordinaire , ni érection , ni éjacuhition. Les fèces 
s'étaient écoulées. Le cerveau n'était pas congestionné ; il y avait hypérémie pronon- 
cée dans les poumons et le cœur droit, la trachée injectée contenait de l'écume san- 
guinolente, la veine cave ascendante gorgée de sang, les intestins d'un rose foncé. 
Le sillon à peine visible, non coloré, mou et non ecchymose. 

Obs. 270. — Suicide par pendaison, Hypérémie pulmonaire. 

Un homme de dix-huit ans, se pendit au mois de mars avec une corde de 6 mil- 
limètres d'épaisseur. 

On fit l'autopsie deux jours après la mort. Chair de poule à la poitrine et aux 
cuisses, langue non tuméfiée, mais étranglée à sa pointe, faciès pâle, yeux fermés 
non proéminents, ni érection, ni éjaculation, ni sortie de fèces; le sillon n'était 
visible qu'à partir du milieu du cou entre le larynx et l'os hyoïde, il se dirigeait à 
droite et se perdait derrière l'oreille de ce côté, il était parcheminé, d'un Jaune 



PENDAISON, ItRANOtLATION. — OBSERVATIONS. 371 

bran, non eeehymosé. Au crftne il y avait une quantité normale de sang. Le cœur 
était partemô d'ecchymoses péléchiales surtout à sa base, la surface interne du 
périeinle en était également couverte. Ce résultat est très remarquable et très rare 
(n»yet obaenration 289) ; le sang était très liquide, le cttut* droit, gorgé. Contenait 
qteh|«es faillots ; dans le cœur gauche peu de sang, les gros vaisseaux étaient 
remplis. Larynx et vertèbres intacts ; la trachée très injectée. En ^irestant sur les 
poumons on vit monter dans la trachée beaucoup d'écume jaunâtre, les poumons 
très hypérémiques, ainsi que les reins, les veines du mésentère et la veine cave. 

Obs. 271 . — Suicide par pendaison. Hypérémie pulmonaire. 

Le 10 avril un homme de trente-deux ans s'était pendti, on flt l'autopsie deux 
Jevra api es la mort-, faciès affaissé d'un bleu sale, oreilles bleues, yeux fermés, 
profonds et non ecchymoses, chair de poule très considérable , fiénis flasque, urè- 
tkr« aee, sur la chemise aucune tache ni d'urine, ni de sperme, ni de fèces ; langue 
éerHère les dents, écume blanche devant la bouche. La muqueuse de la trachée et 
ift larynx rouge et injectée, une ecchymose à la paroi postérieure de la trachée ; le 
einal d(! la ttanchée rempli de liquide rose écumeux ; le sillon ressemblait exactement 
à ceux que l'on produit après la mort, situé entre l'Os bycrldë et le larynx ; au côté 
poche du cou il était peu profond, d'un jaune brun en partie gris rosâtre, mou sous 
le couteau, sans ecciiymosc ; au côté droit il se perdait et reparaissait très super- 
AeielleinenI, blanc, au-dessous de l'apophyse mastoïde. Il y avait une hypé- 
rénia des poumons, l'artère pulmonaire était très remplie de sang foi.cé et liquide, 
IttMlia que le cœur était presque vide. Les veines de l'abdomen étaient hypérémi- 
ques ; ni dans le crâne, ni dans les autres organes, il n'y avait aucune anomalie. 

Obs. 272. — Suicide par pendaison. Mort par neuroparalysie. 

Un homme de cinquante ans s'était pendu au mois de décembre et le cadavre 
nous arriva tout frais. La langue était derrière les dents; le faciès pùle et affaissé, 
les yeux enfoncés ; le sillon se trouvait sur le larynx, sa plus grande largeur était 
de 2 centimètres, il était interrompu en quelques endroits, un peu dur, d'un brun 
rouge saloy mou à couper, sans ecchymoses, le sillon se perdait derrière les 
oreilles ; aucune lésion des muscles ou des vaisseaux du cou, pas de fracture du 
lerynx ni des vertèbres cervicales. Les organes du crâne normaux, les poumons 
également ; le cœur, flasque, avait dans chaque cavité i 5 grammes de sang foncé 
al liquide *, Tartère pulmonaire remplie, larynx et trachée vides et sans injection, 
par conséquent mort par neuroparalysie. 

Obs. 273. — Suicide par pendaison. Seuroparalysie. 

Un garçon de dix-huit ans se pendit au mois de janvier. A l'autopsie nous 
trenvAnies les téguments de l'abdomen déjà verts, la langue derrière les dents, le 
iKies pâle, les yeux affaisés, le sillon large de 8 millimètres, d'un gris sale, situé 
•■Ire l'os hyoïde et le larynx s'étendant jusqu'aux vertèbres cervicales, tout à fait 
wpafflciol, BOtt sons le couteau et non ecchymose, vertèbres et larynx intacts, 
pis d'anonudie aux parties génitales, la cavité crânienne contenant la quantité de 



372 PARTIE THANATOLOGIQUE. 

fang normale, le thymus ayant 5 centimètres de longueur, les poanKms peu hy- 
pérémiques, dans le péricarde une cuillerée de liquide sanguinolent, Teine coro- 
naire vide, oreillette gauche contenant un peu de sang noir, de même l'oreittetle 
droite, les deux ventricules presque vides, les grands vaisseaux peu remplis, le 
larynx et la trachée intacts et vides, la muqueuse ayant la couleur cho